‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 35 sur 50 · H I s Ta îii B · texte numérisé non relu

H I s Ta îii B

coiNlaninatîon d'Origène par ïérêqne d'Alesan^ drie. Il fît plus : il se rendit à Çonstanlinople ^ malgré son extrême vieillesse.

Cbry^stôme feignit d'ignorer le but de ce voyage , envoya par honneur son clergé au-devant de lui , et le fit inviter à prendre un logement dans

avec sa personne , à mains qu'il ne condamnât Or i^» gène , et ne chassât les grands frères. Chrysos^ tome représenta ayec douceur qti'il ne fallait rien précipiter^ sur cette réponse , on fit prendre à £pipnane \une résolution extrême , et dont Texé* cution eut fait de ce prélat vénérable la fable et la risée de tout l'empire. On l'excita à se présenter au milieu de l'éslise, devant tout lé peuple àssem* blé, afin d'y condamnera voix haute les livres d'Origène, les moines veniis d'Egypte, comnïeorjgéhîstesy et le patriarche de C. P. comme leur fauteur. Le ^int vieillard commençait à donner dans le piège ^ quand quelques personnes , plus censées ou plus politiqueis , lui en firent craindre les suites. L'évéque Jean , lui dit-on , est adoré du peuple ; il pourra s'élever une sédition , et vous serez le premier en péril , comme la première cause du soulèvement* Cette remontrance l'arrêta.

On ne laissait pas de rendre justice à la droiture de ses intentions, et tout le monde révérait ses vertus. Le jeune prince , fils d'Arcade et d'Eudoxe , étant» tombé malade , la mère demanda à Epiphane le secours de ses prières. Il promit que l'entant gue'rirait , si l'impératrice fuyait les grands frères, comme tous les autres hérétiques. Eudoxe , qui les protégeait, j>arut scandalisée , et fit cette réponse : Si Dieu veut prendre mon fils , il en est le maître ; pour vous ^ je me garderai bien d'imaginer (Itsormais que vous soyez un homme à miracles. Elle conseilla néanmoins aux solitaires de Nitrie d'aller s'expliquer avec cet homme exliaort

dllDaire, et ils obéirent. Qui étes-YOus, pour oser TOUS présenter ici, leur demanda-t-il brusquement? Mon père , répondit respectueusement Ammone qui. était à la tête , nous sommes ces grands frères

Îu'on vous a peints de si noires couleurs ; mais je ésirerais savoir si jamais vous avez entendu nos disciples ou vu nos écrits. Il répondit franchement c[ue non , et Ammone reprit : Comment donc nous )ugez-vous hérétiques , sans aucune preuve de nos sentimens ? Tout le monde m'a dit qiie vous Tétiez , répondit Tévéque. Le solitaire répliqua : Nous eu avons usé bien autrement à votre égard ; car nous avons souvent lu vos écrits , entr'autres votre An-? corat; et comme plusieurs personnes le censuraient et Faccusaientd'nérésie , nous avons pris votre dé« fepse. Vous ne devriez donc pas sur des rumeurs vagues et incertaines y condamner ceux qui ne disent que du bien de vous (i).

Cette entrevue adoucit beaucoup S. Epiphane y

3ui n'avait pas moins de droiture dans 1 ame que e vivacité dans le tempérament. Peu de temps après, il partit pour son ile ; soit qu'il se repentit d être allé trop vite en cette affaire ; soit qu il eût eu révélation de sa mort prochaine , comme on Ta cru , sur ce qu'il dit au moment de s'embai-quer. Plusieurs évéques le reconduisant jusqu'à la mer ; )e vous laisse , leur dit-il, la ville , le palais, et tout ce grand théâtre : pôlir moi ^ je m'en vais ; car je suis très-pressé. Il mourut en effet sur mer , avant que d'arriver en Chypre. Il y avait trentesix ans qu'il gouvernait 1 église de Salamine ou Constance , capitale de cette ile. Il -était d'une iprande érudition; mais sa critique n'est pas fort exacte. Sa droiture naturelle le rendit crédule, et l'ardeur de son zèle l'exposa aux préventions. Il faut néanmoins reconnaître que Ihéophile, qui surprit sa confiance , avait une habileté et mule autres qualités extrêmement imposantes.

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accusation I

devant les préfets , et Thëopliile tenu de comparaître, pour être jugé par saint Chrysostome, La demande fut accordée dans ses deux chefs. Le»

Î>réfets examinèrent l'accusation formée par le» J aux-frèi-es qu'avait subornés Théophile; et luî'^fl même fut contraint de venir à Conslantinople , ■ d'où l'empereur envoya un de ses officiers pour l'amener. Les accusateur^ .rju'on examina en premier lieu , ne purent riçn prouver , et rejetèrent toute la trame sur l'évèque d'Alexandrie , en déclarant qu'il les avait trompés , et <(u'il leur avait dicté leur requête. On les emprisonna jusqu'à son arrivée , le casétantgrave et digne de mort, suivant la lettre des lois romaines contre les calons niateurs. Quelques-uns moururent en prison avant l'arrivée de Théophile. Les autres , moyennant l'argent qu'il fournit , en furent quittes pour le bannissement.

Le patriarche d'Alexandrie avait été mandé seul, et il arriva comme en triomphe , avec un cortège de trente-six évêques. Saint Jean Chrysostome , qui avait préparé des logemens pour ces prélats, les invita ue la manière la plus cordiale à descendre chez lui; mais ils le refusèrent sèchement, Théophile ne voulut ni le voir , ni lui parler , ni lui donner aucune marque de communion. Il avait dès-lors son plan tout dressé, tant la faiblesse du gou- Terncment lui était connue. Loin de se défendre des prévarications qu'on lui reprochait, il «e proposa d'attaquer Chrysostome sur son propre siège ; persuadé que s'il le pouvait chasser de la capilale , il n'aurait plus de peine à écraser les solitaires. Pendant trois semaines qn'il resta à Conslantinople ■, il n'approcha point de l'église , quoique saint Chrvsostorae le fit continuellement presser de lui dire'^au moins le sujet d'une guerre si inattendue , et dont Itt public était si scandalisé. Mais Théophile |

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Théophile ne daigna jamais lui répondre. Le saint jerêque ne laissa point de lui donner l'exemple dé la modération et de la douceur. Cependant Tempereur ^ sollicité par les moines , le pressa de leur rendre justice , lui commanda formelle^nelit d'aller au logis de Théophile, et dMnfortner juridiquement contre lui : car on l'accusait de violences ^ de meurtres et de plusieurs autres crimes. Mais le saint refusa constamment d'en prendre connais-* sance , tant par considération poitr un accusé dô ce rùjr^ ^ que par respect pour les canons , qui défendaient de juger les câfuses ecclésiastiques hors de leur province. *

Théophile, au contraire, travaillait jour et nuit contre Chrysostome, de concert avec toutes les personnes qu'il trouva indisposées contre le saint patriarclie. Ce fut alors principalement que l'évêque dé Cabales fit voir le peu de fond qu'on doit faire sur la réconciliation d'un ennemi jaloux. Âcace deBérée^ mécontent du patriarche , précisément pour un accueil peu honorable dont il croyait avoir sujet de se plaindre ; d'un autre côté Antiochus de Ptolémaïae , et un abbé dé Syrie nommé Isaac , tous deux vagabonds d'habitude et d'humeur tracassière, accoutumés à courir de diocèse en diocèse pour en tourmenter et calomnier successivement les évêr

Sues, entrèrent dans le complot de Sévérien , et s'en rent sous sa direction les agens principaitx ; iU envoyèrent d'abord à Antioche , pour rechercher la jeunesse de Chrysostome ; mais n'y ayâpt rien trouvé qu'à son avantage , ils se retournèrent du * côté de la ville impériale , qui fournit seule à bien • des attaques contre son zélé prélat.

Il avait d'abord ppur ennemis, dans son clergé , tous ceux qui ne pouvaient souffrir les lois qu'il y voulait rétablir, et en particulier deux prêtres , cinq diacres et trois veuves du premier rang, dont deux avaient eu pour époux des consuls , et qui étant vieilles , ne pardonnaient point au patriarche les avis mortiuans que leur attirait le mélange Tome IL Fî

"^Sè H 1 s T o I n e

ridicule de l'afiaterie du premier âge, avec les rî--

des et les cheveux blancs. Outre cette partie gan-'l

§ renée du clergé , quelques-unes de ces personnes! e cour , toujours prêtes aux cabales et aux révo-» [ lutions , prêtèrent la main à Théophile. On pré^ lendaussi que l'impératrice était déjà irritée contre J Chr>sostoine , pour un discours où emporté pai* ] fardeur de son éloquence , il avait parle des ferames en général, avec une véhémence et sous des images que le peuple appliquait à la princesse. Les evêques d'Asie qui avaient été déposés , ne manquèrent pas non plus de signaler leur ressentiment.

Théophile profita de tout. Opulent et naturellement magnifique , il répandait For avec profusion , tenait une grande table, se rendait alfableet caressant, malgré sa fierté naturelle qu'il savait plier 9. l'intérêt, écoutait tout le monde, plaignait les mécontens, flattait les clercs ambitieux j et leur faisait espérer de les avancer (i). Entre tous les ecclésiastiques , il n'y en avait point de plus animés contre leur évêque, que deux diacres, dignes de mort selon les lois civiles , et qu'il avait chassés de l'église , l'un pour cause de meurtre , l'auli-e pour crime d'adultère. Tels furent les premiers boutefeux qu'employa Théophile , encore fut-il obligé de leur promettre qu'il les rétablirait dans le clergé ; ce qu'il exécuta , suivant la méthode qu'il savait si bien ; il les ens^agea à lui présenter des requêtes, les dicta lui-même , et les remplit de faussetés.

Il fallait avoir l'autorité pour soi , au défaut de 'Téquité. La fourbe et l'intrigue opérèrent encore ce nouveau prestige : Arcade, qui venait de mai"- «uer de la vigueur contre les premières tentatives de la cabale , reçut au moment décisif toutes les impressions qu'elle lui voulut donner. Les richesses de Théophile , jointes aux ressentimens de finipéralrice , levèrent tous les obstacles. On sema l'ar-

DÉ t* Ê 6 1 1 i e. 4^i

Hent i la cour ayec tant de fruit , qu'au moment où Théophile semblait ne pouvoir échapper à une condamnation canonique , on vit écloreTétrange résolution de traduire Chrysostome lui-même au jugement d'un concile^

On choisit pour le lieu du Conciliabule , le bourg du Chêne , près de Calcédoine , tant parce que Cyrin , évéque^e ce petit endroit ^ était ennemi déclaré de saint Chrysostome ^ que parce qu'oa appréhendait Taffection que le peuple de Constan-*

une église et un monastère. On cita le saint ^ qui refusa de comparaître. Quarante évéques qui se Irouyaient avec lui , ne pouvaient revenir de la torprise où les jetaient l'adresse , l'audace et l'iniquité/de Théophile» Us députèrent trbis d'entr'eux^ avec deux prêtres , et les chargèrent de répondre à l'évéque d'Alelutndrie y qu'on avait encore la lettre ou il' déclarait que nul évêque ne doit s'éri« ger en ju^e hors de ses* limites; que s'ils n'avaient eu plus d égard que lui aux canons de Nicée , ila l'auraient jugé le premier ; que leur concile était plus nombreux et d'un tout aujtre poids que le sien^ puisqu'il n'avait que trente-six éveques aune seule

preuves articles de crimes manifestes»

Saint Chrysestome répondit de son côté ^ que nonobstant 1 irrégularité dte la procédure , et quoi« qu'il dût incontestablement être jugé dans Con^^tantinople ^ e9 cas qu'il fût coupable , il ne dispute^ rait pourtant pas sur le lieu du jugement , pourvu qu'on exclût quelques-uns des juges qu'il nomma ^ et qui étaient récusables par toutes les raisons de droit» n fit la même réponse à un notaii^e de |^empereur j char|;é d'uu ordre de ce prince, pour ler

ciontraincire à se présenter. • Quelque respect qu'il eût pout les puissances établies de Dieu , il jugea que dans cette affaire , purement ecclésiastique , sa soumission serait moins édifiante pour Ifs fidèles , que préjudiciable à l'église. Dés evêques attachés au saint patriarche s'étant' fait les porteurs de sa réponse , les partisans de Théophile les arrêtèrent ianominieuse'ment , se portèrent Contre eux aux plus grandes violences , battirent l'un fort rudement, déchirèrent les habits d'un aiitre^ eïi chargèrent un troisième des fers qui avaient ét-é préparés pour saint Chrysostome même, et comme si c'eut elé lui , ils jetèrent cet ami fidèle dans une barque , et le transportèrent en un lieu inconnu.

Du reste , on procéda comme dans les cas de contumace ; on tint pour prouvés tous les chefs d'accusation auxquels Taccusén'était pas venu répondre, !y y en avait jusqu'à vingt-neuf; l'oppressioii et la calomnie cherchant d'ordinaire dans. la multitude des imputations, ce qui manque à leur solidité et à leur vérité. La plus spécieuse était qu'il exerçait peu l'hospitalité, j[usqtiç-là fort en recommandation parmi les évêques , mais qui commençait à faire divertir le patrimoine des pauvres au profit ou à l'amusenient des riches , sur-tout dans une capitale où il y avait une alîluence prodigieuse. A cette sainte épargne et à l'esprit de retraite , de recueillement et de pénitence qui engageait le saint evêque à manger seul habituellement, on donnait les qualifications les plus injurieuses : on l'appelait sauvage , cyclope , et du nom de tous ces monstres fabuleux que la haine de la société et de l'humanité tenait renfermés dans leurs cavernes. On voulait aussi faire entendre qu'il en usait de la sorte , pour faire bonne chère avec plus de liberté. Mais outre l'austérité notoire de sa vie, tout le monde savait quelles précautions et quel régime lui im]X)sait sa faible santé ; il n'osait boire de vin, à cause des chaleurs de tête qui le tourmentaient , et son estomac était dans uu état ^ où tout ce qu'on pouvait

lui préparer n^ excitait que son dçgoût. Les autres accusations n étaient que des présomptions imaginaires , de vagues imputations , dénuées de circonstances et de Vraisemblance, alléguées même de manière à laisser voir que personne ne faisait fond là-déssus. On lui reprochait, entr'autres choses, de ne donner connaissance à personne de Temploi qu'il faisait des revenus ecclésiastiques , et d'avoir Tendu des choses consacrées à Dieu , telles que le marbre p|(j||iaré par son prédécesseur pour 1 ornement d'une église. Ses immenses charités justifiaient assez cette conduite. Le crime qu^on lui fît vaguement d'avoir injurié les clercs , et composé un livre contre eux, a'avait trait qu'à son. zèle contre Tabus des femmes sous-introduites, et faisait au fond l'éloge de sa vigilance pour la pureté cléricale. On l'accusait aussi d'avoir procuré le bannissement jie Porphyre, prêtre d'une conduite plus qu'équivoque ; d'avoir décelé le comte Jean , coupable de sédition ; de s'habiller et se déshabiller au milieu de l'église , dans le trône pôntifîcal : articles que nous rapportons, uniquement pour montrer que dès -lors on changeait de vêtement pour le ministère dé l'autel, et qu'on reprenait eh rigueur les défauts contraires à ce qu'on appelle mansué* tude ecclésiastique. ]Ënfîn on osa l'accuser, non*seulement d'avoir admis des personnes du sexe dans sa chambre, après ayoir congédié tout le monde, mais d'entretenir un commerce habituel avec une femme mariée : calomnie atroce et manifeste , qui tomba d'elle-même, par^ la connaissance de l'état où l'avaient réduit les austérités de sa jeunesse , et l'incommodité qui lui était survenue dès-lôrs , en s'exposant avec une ferveur indiscrète aux froids rigoureux de l'hiver. ^

Mais comme il ne comparut pas , bien que cité à quatre reprises différentes, il ne fut pas seulement question de prouver, et on le condamna simplement par contumace. La lettre qu'on en écrivit à l'empereur était conçue en ces termes :

' Ff 3 .

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Comme Jean , accusé de plusieurs crimes , n'a pai 'ïOuJu se présenter , parce qu'il se sentait coupa- Ile, il a été déposé suivant les lois; mais parcfs . 3 ne les libelles contiennent aussi une accusation e lèse-majesté , nous laissons à votre piété le soin de le punir pour ce délit particulier : car ce n'est pas à nous d en prendre connaissance.

Dans ce procédé des ennemis les plus acharnés , on doit remarquer la retenue des évêques , par rapport au juaement des crimes capitaux. 01» prétendu crime de lèse-majesté , consistait à s'être échappé de paroles contre l'impératrice; |>arce qu'on appliquait à cette princesse différentes expressions qui avaient paru singulières ,. dans les sermons que Bt saint Clirysostome pendant le concile même du Chêne. Vous savez , mes frères, avait-il dit, en se livrant trop peut-être au feu de son éloquence, TOUS savez pourquoi l'on m'en veut : c'est que je ne suis point vêtu de soie, et que la race de I aspic domine aujourd'hui : on appliquait ces mots figurés â la nation des Francs, dont l'impératrice était issue. On releva plusieurs autres expressions, plus dures encore ou plus claires, ctTraiment inexcusables ; mais indépendamment de la réputation de sagesse et de modération si bien assurée à saint Jean Chrysostome^ on a mille autres raisons de dou< ter ([u'elfes aTent été fidèlement rendues. .

Il n'en fallait pas tant, pour que de jaloux et sanguinaires flatteurs en tirassent parti. Aussi le bruit courut-il que le patriarche devait avoir la tête tranchée. Je suis près d'être immolé, dit-il aux évêtpies de son parti ; je reconnais la conjuration de satan ; il ne peut plus souffrir la guerre Sue lui font les discours de celui que vous nommez hrysostome. Souvenez-vous de lui dans vos prières, et que la peur ne fasse abandonner à personne les intérêts de l'églisç. A ces mots , tout le monde fondit en larmes ; les uns se jetèrent à son cou et l'emi brassèrent tendrement; les autres sortirent de l'aal" semblée , parce qu'ils ne pouvaient plu& soutenir

isau

raccâblement de leur douleur ; il let pm de ren^ trer , et leur dit : Asseyez- vous , mes {rère$ , WM, pleurer sur mon solide avantage. JesusrClù*iH éÀ ma vie ^ et la mort m'est un g^in. Valpas^nouf mieux ^ue les prophètes et «^ue les apôtres , pour «tre moins en butte aux traits de Tenvii^ , et de-meurer plus long-temps en ee monde? N'avons-nou4 pas sujet de pleurer , dit un des assistans , au mo<* ment de rester orphelins, de voir l'ëglise veuve | ses lois méprisées , les pauvres abandonnés , le peupla fidèle dépourvu d'alimens et de lumières r Samt Chrysostome frappant de sa majn gauche dans \% droite , par un mouvement qui lui était ordinaire dans les grandes émotions , répondit en ees mots : C'est assez , mon frère ^ n'en dites pas davantage : la lumière dç l'évangile n'a pas commentée par moi^ et ne s'éteindra point avec moi (i).

Toutefois il ne fut condamné qu au bannissement! que le faible empereur accorda au concile , ou plutôt à Théophile , content dans sa jalousie d'éloir

du saint à un jugement plus régulier. Il fui mis hors de l'église par un comte et des soldats. Tout le peuple le suivit en versant des larmes ; les moinei^ 'Ct les vierges poussèrent des cris lamentables ; de tous côtés on entendit retentir ces regrets : Hélas I il vaudrait mieux ravir au stoleil l'éclat de sa lumière,

S;ie de condamner au silence la bouche de Jean*, n le jeta dans un vaisseau qui le passa de nuit eit Asie ; mais ce bannissement ne dura qu'un jour. Dès la nuit suivante il survint un affreux trem-, blement de terre , qui menaça de renverser le pa« lais, et sur-tout l'appartement de l'empereur. L'im-» pératrice se montra la plus empressée pour le rap-

Sel du saint patriarche : elle lui écrivit sur le champ» a^s les termes^ les plus affectueux et les plu^

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(i) Pallad. p. 67 el 68.

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4S6 Histoire

satisfaisans, attribuant a des hommes perfides et ' corrompus tout ce qui s'était fait contre lui. On en- " Voya courrier sur courrier pourlesupplier de venir li sans délai rendre à la ville désolée la joie et la vie, * Avec la cour , tous les esprits rentrèrent dans les dispositions les plus avantageuses à son égai-d, ÇeuiC (jui lui avaient été les plus opposés , publièrent à haute voix , qu'on l'avait colomnië indignement. Sévérien de Gabales , prêchant dans ces conjonctures, et ayant encore eu l'imprudence de déclamer , contre lui, ne fil qu'émouvoir le peuple, qui courut en troupes vers le palais , en demandant à grands cris que l'évèque Jean lui fût rendu au plutôt. On envoya l'eunuque Brison en diligence a Prénèle , où était le saint, et tous les citoyens coururent en foule au-devant de lui. La mer en un moment disparut sous les navires et les barques ,'OÙ se jetèrent avec précipitation les hommes de tout âge et de tout état , les femmes mêmes tenant leurs enfans entre leurs bras. C'est ainsi qu« le saint pa- ■ triarche rentra , comme en triomphe, accompagné d'une multitude de grands, entre lesquels on compta plus de trente évêques (i).

Il ne voulait pas reprendre ses fonctions , qu'il n'yeûtéte' rétabli par un concile plus nombreux que celui qui les lui avait fait quitter; mais le peuple n'eut point d'égard à celte délicatesse, qui gênait son empressement. Ils se rangèrent outonr de lui avec des cierges allumés , cl chantant des cantiques composés dans un enthousiasme soudain , ils

I emmenèrent dansTéglise, le contraignirent de monter dans sa chaire , et de reprendre le couit de ces divines instructions , dont l'éloquence parut encore avoir pour eux des charmes toulnouveaux :

II leur parla en elfet avec plus de sublimité que jamais, se surpassa en quelque sorte lui-même, dans une occasion si propre a élever le sentiment; çt ce discours excita des applaudissemens si vifs et

(i) Theod. Y, 34,

•si continuels , que l'orateur ne put l'acheyer (i). ' 11 persista néanmoins à demander un concile nombreux , où il pût se justifier. A sa prière , l'empereur écrivit de toutes parts pour rassembler des évêques ; mais ils se cachèrent , et se dispersèrent avec empressement. Ceux du parti de Théophile s'enfuirent secrètement de Constantinôple , dans la crainte du peuplé, et ils se retirèrent chacun dans son église'. L'audacieux Théophile trembla lui-même ; on mes naçait de le jeter dans la mer : il s'embarqua préci pi tsAnnient durant la nuit, malgré les rigueurs de l'hiver , afin de repasser bien vite en Egypte. Déjà cependant il s'était réconcilié avec Eusebe let Euthyme , les deux grands frères qui seuls restas^ sent en vie , car Ammone et l'évêque Dioscore étaient morts quelque temps auparavant , avec la réputation de saints à miracles. Le zèle de Théophile contre les écrits d'Origène se dissipa avec sa cabale. Quand on lui en ^marqua de la surprise , ces livres , dit-il ^ soiit une prairie où je cueille les 'fleurs , sans m'arrêter aux. épines. Saint Chrysostome demeura tranquille pour ^lors , parut plus cher au peuple , et re{)rit plus d'autorité qu'avant cette disgrâce.

' On raconte de Théophile, qu'en arrivant en Egypte il aborda par hasard à la petile ville de Gères. L'évêque était mort , et les habitans avaient jeté les yeux sur le solitaire Nilammon , pour le

• mettre sur ce siège. Il demeurait hors de la ville , dans une cellule , dont il avait miiré les porles pour vivre plus retiré. Comme il refusait lépiscopat , Théophile vint plusieurs fois pour l'engager à 1 accepter; il répondit enfin : Demain , mon père, vous ferez ce qu'il vous plaira ; permettez-moi ao^

I'ourd'hlii de régler mes affaires. Théophile revint e lendemain , et lui dit d'ouvrir , en lui rappelant sa promesse. Prions auparavant, dit Nilanamon ; prions , ^ftit de son côté Théophile , qui se mit

(i) Chrys. lom. 8 ; p. i62.

aussitôt en prières. Un long espacede temps s'éconla. de la sorte. Knfm Théophile et ceux, cmi élaieot avec lui , se lassant d'attendre hors de la cellule, on appela JVilamraon à haute voix ; il ne répondit point. On démolit la muraille qui bouchait sa porte, et on le trouva mort, 11 fut enterré avec beaucoup de pompe ; on bâtit une église sur son tombeau , et tous les ans on j venait célébrer sa mémoire avec de grandes solennités. L'église en fait encore la fête le six de Janvier (t).

La manière glorieuse dont saint Jean Chijsostome avaitctéretabligsemblait lui annoncer une paix ioaltérable ; mais à peine dura- t-elle l'espace de deux mois , an bout desquels on érigea une statue, en l'honneur de l'impératrice, sur une place pu-" blique , entre le palais et l'église de Sainte-Sophie. Oo fit pour l'inauguration de grandes réjouissances, avec les cérémonies accoutumées , encore mèle'es de superstition ; ce qui ne fut corrigé que sous le régne suivant. Le préfet de la ville, qui était manichéen et demi-païen , enchérit sur les pratiques ordinaires , donna des dauses et des farces d'une licence scandaleuse , dont le tumulte et les cris troublèrent indignement le service divin, Ciirjsostomequi voyait ce désordre de ses propres jeux, ne put souffrir l'injure faite à l'église , et prêcha hautement contre celte espèce d'idolâtrie. On prétend que son discours commençait par ces paroles : Héroaiade fiirieusedemande encore latétedeJean; quoique d'autres auteurs révoquent en doute cette circonstance ; et même toute l'uïvective contre les. femmes, qui commence par ces mors, passe , at^, jugement des meilleurs critiques , pour n'être pas du saint docteur dont elle porte le nom.

On n'en fut pas moins ardent à conspirer de nouveau contre lui , etThéophile fut iuvité à revenir;, mais il se souvenait encore de la manière dont il avait été contraint de se sauver : il envoya troi«

(i) Soz. VIII , ig.

evéques , qui rassemblèrent les acteurs dé la pre« mière scène. Il ne fut plus question des accusations^ dont le saint offrait nardiment de se layer : ainsi Taffaire n'ayant plus de fond^ on s'étudia k ïewt* liarrasser par les formes.

On lui opposa qiAlques canons sans authenti^ cite , qui semblaient ôter toute espérance de ré* lablissement à un évéque rentré dans le ministère f après avoir été déposé par un concile. Une multitude de pieux et savans prélats répondirent pour ^ le patriarche y qu il n'avait |ç>as été déposé juridî* quement , mais chassé par violence ; que loin ce^ pendant de s'ingérer lui-même dans le 'ministère, (outes les puissances l'avaient forcé à en reprendre les fonctions; que d'ailleurs les canons allégués étaient l'ouvrage d'un concile hérétique d'Antioche, nommé de la dédicace , et qu'ils n'avaient par con« •équent nul caractère d'autorité. La cabale , sans répliquer à cette justification solide^ obtint une audience secrète de l'eallwreur , et fit entendre à te prince , avissi faible que borné y que Jean se tenait pour convaincu , et qu'il fallait l'éloigner avant la, fête de Pâques qii on allait bientôt cé^ lébrer.

On envoya du palais des gens qui le mirent hors de l'église , avec ordre à lui de rester dans la maison épiscopale. Par un mélange de foi et d'impiété tout« à-fait étranger à nos moeurs , on voulait sonder en quelque sorte la toute-puissance divine , afin que si elle se déclarait une seconde fois en faveur du saint persécuté, on pût le rétablir sur le champ , et arrêter

£ar4à les fléaux du ciel aussitôt qu'ils éclateraient» A veille de Pâques arriva cependant. Plus de qua-

eonjurant avec larmes d'épargner à Tégli }eur d'être privée de son pasteur dans une si grande fête ; mais on n'écouta rien. Ceux des prêtres qui lui demeuraient fidèles , assemblèrent les catéchu n

mènes dans le bain' public, où la foule du peuple les suivit (i). •

Antiocbus , Acace et Sévère , les trois évêques les

5 lus. animés contre le patriarche , conseillaient 'empêcher cette assemblée. Le maître des oflices leur dit : Il est minuit, la multitude est innom* brable , il pourrait arriver du désordre. Acace reprit , en se trahissant lui-même : Les églises sont désertes; l'empereur , à son arrivée, n'y trouvant

Ïersonne , remarquera l'afFection du peuple pour ean ^ et nous regardera comme des imposteurs , nous qui l'avons assuré que personne ne pouvait souffrir cet homme insociable (2). Tout ce qu'il put obtenir, ce fut qu'un officier, nommé Lgcius^ chef d'une compagnie de gens de guerre , irait inviter doucement les citoyens à venir dans l'église. Ce Lucius-était païen , ou de moeurs tout-à-fait païennes, sans probité comme sans foi , uniquement sensible à l'appât de l'or et de l'intérêt.

Acace et les autres subcfcieurs l'engagèrent à dissiper la multitude , s'il ne pouvait la ramener. Il prit , sans délibérer , le paru de la violence. Quatre cents Thraciens , nouvellement enrôlés, accompagnaient cet oflicier. Ces hommes naturellement féroces, fondirent tout à coup sur les catéchumènes , en se faisant jour l'épée à la main. Lucius s'enfonça jusque dans les eaux sacrées, pour empêcher qu'on n'administrât le baptême , et il poussa les diacres si brutalement, que le saintchrême fut répandu. Il déchargea de grands coups debâton sur la tête des prêtres , sans respect pour les plus avancés en âge , et les fonts sacrés furent teints de sang. Les femmes préparées pour le baptême s'enfuirent confusément avec les nommes , sans trouver le moment de se revêtir, la crainte d'un plus grand opprobre, ou de la mort, leur faisant oublier les soins ordinaires de la bienséance; plusieurs furent en effet blessées. Leurs cris aigus , confondus avec

(i) Socr. VI , i8. (2) Pall. p. 84.

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ceuT des^nfans , portèrent au loiii les alarmes et la consternation. On vit les prêtres et les diacres fuir par les rues en habits ecclésiastiques ; l'aulel et les vases sacrés abandonnés au pillage; les armes et les ^temens des soldats teints du sang de F Agneau sans tache (i). Le lendemain , l'empereur étant sorti èè la ville y aperçut dans la campagne une multitude dé personnes vêtues de l)lanc. Il en demanda la raison avec étontiement. Ses gardes lui donnèrent pour des hérétiques ces ouailles fidèles qui aimaient mieux s'assembler en pleine campagne que de s'unir avec les ennemis de leur pasteur. Il y en avait environ trois mille de nouveaux baptisés, qufportaient l'habit blanc , suivant la coutume.

. Ces ennemis cruels , abusant de la crédulité du prince , firent détacher les plus impies de ses gardes contre cette multitude nombreuse. Elle eût pu se défendre avec avantage ,'et accabler cette poignée de furieux ; mais elle était trop fidèle aux leçons de saint Chrysostome , pour s'éloigner ainsi de l'esprit de l'évangile. Il y eut quelques clercs arrêtés, avec beaucoup de fervens laïques de l'un et de loutre sexe. On arracha brutalement à plusieurs femmes de distinction , leurs voiles , leurs coiffures , leurs pendans d'oreilles , et à quelques-unes les oreilles mêmes. L'une des plus remarquables par son rang et sa beauté , fut obligée de fuir à perte d'haleine , et de se travestir en esclave , pour sauver son bon-, neur : il y eut même des magistrats qui se laissèrent emprisonner pour le saint évêque , et plus ses adversaires firent d'efforts. contre lui, plus les assemblées des vrais fidèles devint^ent nombreuses.. Elles né se tenaient plus à la vérité dans les églises , où Ton n'entendài t que le bruit du fouet et des chaînes , des menaces , de l'imprécation , du blasphème ; mais les lieux écartés , les antres , les prisons même retentissaient du chant des hymnes , et l'on y offrait les sacrés mystères avec une ferveur d'autant plus

(i) CUrys. Epist, adinnoc, ) Soz. vui , 411.

ardente , qu'elle avait plus d'obstacles à sormonter.*

Cette oppression dure depuis Pâques jusqu'à près de la Pentecôte ; et pendant cet intei'valie , on attenta plusicui's fois à la vie du saint : on stirprik d'abord un homme qui avait déjà le poignard a 1» main pour le tuer , et qui tenta de cacher son crime d en contrefaisant l'énergumène; mais le peuple ne lo Toulut croire que possédé du démon de l'honiicidA ou de l'avarice , et le traîna au tribunal du préfet, où on l'accusa d'avoir reçu de l'argent pour cont^ mettre ce forfait.

Le sain t patriarche , sans perdre de temps , envoy» des évêques , pour empêcher qu'on lui fit aucuir mal. Quelque temps après , un dometitique du prêtre Elpide , grand ennemi du patriarche , ayant , reçu cinquante sous d'or pour le massacrer, courais armé de trois poignards vei's la maison épiscopale^ Un homme qui le reconnut le voulut arrêter ^ mais il fut poignardé sur le champ. Un autre ci-î» d'horreur , à la vue de ce crime , et fut aussi poignardé ; ensuite un troisième et un quatrième^ ainsi jusqu'à sept, dont quatre moururent sur la place. Le peuple ayant enûn pris ce furieux , la

Iiréfet se le fit remettre en promettant justice, e6 aissa tout impuni. Depuis ce temps-là les citoyent' firent la garde jour et nuit devant la maison^ patriarcale (i).

Alors, par l'instigation des méchans évoques/ le pusillanime empereur , contre son naturel et sm propre conscience , fit déclarer au saint qu'il eût a sortir de Conslantinople. Toute la terre est aU Seigneur , répondit-iî ; je le trouverai en tout lieu , et je ne crains pas le bannissement. Il était peu sensible à ses propres peines ; mais la désolation de Gon peuple faisait ime vive impression sur la tendresse extrême de son cœur. Il plaignait sur-tout les personnes faibles et sans appui , telles que les irierges et les veuves cousacrées au service divin.

AVec la diaconesse Olympiade , reuve du préfet ou gouverneur de la ville impériale , il y avait plu-* sieurs autres personnes également intéressantes par la beauté de leurs sentimens , et par le religieux sacrifice qu'elles avaient fait de leur jeunesse , de leur fortune , de toutes les joieà et les espérancea du siècle. Au. milieu de tant de sujets d'atten^ drissement*, le saint pasteur s'efforça de cacher sa propre sensibilité , et même de tromper celle de sou troupeau. La ville était si agitée , qu'il y avait à oraindre que les citoyens n'en vinssent aux mains avec les scàdats , s'ils le voyaient en leur pouvoir. Cest pourquoi îl fit tenir son cheval tout prêt devant le grand portail de l'église , à l'Occident ; et tandis que la multitude l'y attendait , il sortit à la dérobée du côté de l'Orient ^ et s'emi>arqua aussitôt pour passer en Bythinie. Sa mère qui vivait encore , l'avait elle-inéme exhorté à sacrifier les intérêts de Jean aux devoirs de l'évêque (i).

On mit en sa place le prêtre Arsace, frère de Nectaire : il était très-vieux et assez bon bomme ; mais ses partisans abusèrent dé son pouvoir y <m plutôt de sa faiblesse , pour exercer mille violentces. On fit même deux martyrs en éette occasion ^ le prêtre Tigrius et le diacre Eusèbe , qui endu^ rèrent toutes sortes de tortures plutôt que de renoncer aux intérêts de leur' pasteur légitime; ce qui leur a mérité le culte public de l'église* Les plus dignes fidèles , malgré lés persécutioins , con-^ tinuèrent à tenir leur assemblées à part.

Le saint patriarche fut conduit en exil à Gueuse^' petite ville de l'Arménie , sur les confins de la €1-^ licie y c'est-à-dire , dans une contrée alarmée sans ciesse par les courses des Isaures : barbares d'une férocite effroyable , et qui des détroits du Mont- Taurus, où ils étaient cantonnés, s'échappaient au moment qu'on s'y attendait le moins, et portaient au loin. dans le plat pays la ruine et la mort. Mais

akM*i

(i) Gkrys. JEpisi. iS?.

•tout desagréable qu était le terme du bannisse-^ ment , la route en fut encore plus fâcheuse. Le saint, qui se portait assez bien en partant, fut attaque de la fièvre , dans cette route pénible y et l'on eut la cruauté de le faire marcher jour et nuit en des lieux dépourvus de tout , et par des chalèui^ excessives. Le respect des provinces le dé* dommagea en quelque sorte de cette barbarie : sa renommée volait devant lui; et par-tout où il passait, le peuple. accourait pour le voir, seprosterjiait en versant des larmes, célébrait ses louanges ^ et maudit»sait ses ennemis.

A Césarce de Gappadoce , où il arriva dans la

Elus grande ardeur de sa! fièvre , le clergé aussiien ([ue le ])euple , les moines , les religieuses , tout le monde s'empressa pour le soulager et le servir. Uévêque Pharétrius , qui avait souscrit à sa condam/iation , et qui voulut d'abord dissimuler , conçut enfin une jalousie dont il ne fut plus le maître. Il lui fit toutes sortes de mauvais traitemens , et n'eut point de repos qu'il ne Veut contraint de partir, dans le péril imminent de tomber entre les mcins d'une troupe d'Isaures , qui courait le territoire de Césarée, et qui venait d'y brûler un gros bourg. Le saint monta en litière , en plein midi ^ dans un accès de fièvre , en présence du ])euple rassemblé qui gémissait et murmurait haulement contre son impitoyable évêque. Séleucie, veuve du fameux Rufiiu , avait une maison à cinq milles de Césarée : elle la fit offrir à Chrysoslome , qui fut contraint de s'y arrêter. Mais Puai (Urius ne le put encore souffrir en cet endroit. Ou le fit déloger précipitamment par une nuit très-obscure. D'abord on alluma des flambeaux ; îiiais la crainte des barbares, peu éloignés, les iit êlciiulre. Comme le chemin clait raboteux et dans une pente diillcile, un des mulelS s'abattit sous la litière 5 et la renversa : le malade fut réduit à marcher ou à se traîner comme il put , en prenant le bras de quelqu'un de la compagnie , dans

le

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le tremblement de la fièvre et des rencontres alarmantes qui se renouvelaient à chaque moment;

Enfin il arriva à Gueuse, après deux mois de marche , dont j^lus de moitié dans une maladie sérieuse. Il se trouva cependant assez bien à son arrivée. Dans ce lieu barbare et sauvage , on lui fit un accueil qu'il n'avait point éprouvé depuis long-temps. Le peuple , les gens de distinction , Tévêque , tout s empressa de lui donner des marques touchantes de vénération et d'une sincère afFection; Plusieurs grands , des dames de la première qualité , de tous les quartiers de l'empire , ou le visitèrent , ou le firent visiter , afin de fournir à ses besoins ; en sorte que ce désert lui devint agréable , et qu'il écrivit à sainte Olympiade da surseoir aux mouvemens qu'elle se donnait pour changer ce lieu d'exil (i). Il y demeura une année, durant laquelle il s'occupa, en philosophe chrétien , à écrire, tant pour sa consolation que pour celle de ses ouailles. C'est là qu'il fit son traité contre le scandale cm' on prenait de cette persécution , ainsi que le discours où il prouve d'une manière si admirable^ que notre bonheur ou notre malheur , après Dieu , ne dépend que de nous-mènjLes. Toutes les lettres qui nous reslent.de .ce père , sont aussi le fruit de cet exil. Celles qui sont adressées à Olympiade , au nombre de dixsept, montrent bien que les cœurs des saints, pour* élre tout à Dieu, n'en sont pas moins sensibles aux pures ardeurs de l'amitié. On ne voit rien dans les liaisons mondaines , non-seulement de si vrai et de si constant , mais de si cordial.

Cependant le zèle de cet homme vraiment apostolique ne put être oisif dans ces lieux sauvages* Comme il était sur la frontière des Perses , il s'occupa vitilement aux progrès de l'évangile parmi ces inudèles. Rendez tous les services possiUes à révêque Maruthas ,. écrivit-il à Olympiade (2) , car j'ai

(i) Ejtist, 11 , al, 3t. (3) Epist» ij.

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