‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 36 sur 50 · Tome II. G g · texte numérisé non relu

Tome II. G g

grand besoin de lui , pour les affaires de la religion en Perse. Je désirerais fort de le voir à son passage , pour apprendre le détait des fruits de' salut qu'il a opérés. Mnis sachez au moins s'il a reçu mes deux lettres ; je lui. écrirai de nouveau , s'il daîi^ne me répondre : s'il ne juge pas à propos de le faire , intruisez-votis par son moyen , et instruisez-moi de l'état de l'église dans ces régions. Apprenez-moi en même temps s'il espère encore d'y évangéliser. Cet évêque Maruthas était un homme d'un grand mérite , d'une grande piété , et l'église l'honore entre les saints martyi-s. Il avait assisté au. conciledii Chêne, mal instruit et prévenu, ainsi que bien d'autres bons évêques , contre saint Jean Ciirysoslome, qui ouhliases préjugés , et les restes de froideur qui en étaient la suite. L'évèuuedeConstantinople nétaitplus un hommCj et ibidait aux pieds tout intérêt personnel, quand il était question de ceux de l'église.

Maruthas avait été envoyé en ambassade au roi de Perse Isdegerde , et par 1 éminence de ses talens et de ses vertus , il s'était rendu respectable à ce prince infidèle , au point d'alarmer la jalousie des mages , et de leur faire craindre la conversion du roi. Il l'avait guéri d'un mal où tous leurs remèdes et les secrets de leur magie avaient échoué. H* résolurent sa perte , et pour en venir à leurs fins t ils s' avisèrent de cet artifice : Dans le temple ot\ l'on ■ conservaitle feu perpétuel qu'adoraient les Perses, ils firent cacher un homme sous terre ; et quanti ïe roi vint prier , une voix, souterraine cria qu'il fallait chasser Isdegerde , comme un profane qui favorisaitle prêtre des chrétiens. Le prlncevoulut aussitôt renvoyer Maruthas , malgré ^estimequ'^^ avait pour lui ; mais l'évèque éventant la sunei-eherie , dit au roî de faire creuser à l'endroit cVoi'i la voixétaitsortie , etqu'il se convaincrait del'imposture. Isdegerde suivit ce conseil , et découvrît en effet l'imposteur. Son indignation fut terrible : on décima tous les mages ; ou permit ù Maruthas

'de bâtir des églises par-tout où il voudrait ; et par une aventure qui devait anéantir le christianisme dans la Perse , y il devint très-florissant. De nouvelles fourberies de la part des mages ne servirent u'à les confondre de houveau , et à faire honorer e plus en plus l'évangile. Peu s'en fallut que le roi ne l'embrassât enfin , à l'occasion d'un second miracle qui opéra la guérison du prince son fils y et qui fut accordé aux prières , tant de Maruthas, que d'un autre «évéque nommé Ablaat ou Abda (i).

Les affaires de la religion chez les Goths occu-^ paient également saint Jean Chrysostome. Il leur avait donné un excellent évêque, dans la personne d'Oulinas , qui mourut après avoir fait beaucoup de bien parmi eux. Le roi des4jOths écrivit aussi^ tôt pour avoiV un nouvel évêque de la même main : les clioses^ en étaient là, quand le saint fut chassé

Srécipitamment de son siège. Il craignit que ans te tumulte où restait l'église de Constantinople , on n'ordonnât un sujet peu convenable ^ pour une mission où il ne fallait pas moins qu'uu. apôtre. Il prit donc le parti de garder le secret ,' et de laisser traîner l'affaire en longueur , jusqu^à ce qu'on vît jour à mieux faire. En attendant , il écrivit à quelques moines goths , et à d'autres personnes bien intentionnées, de pourvoir aux besoins les plus pressans de l'église de Gothie.

Il prit le même soin des églises naissantes de la ' Phénicie, où les païens en fureur avaient tout nouvellement massacré plusieurs ouvriers évangéliques. Pour en avoir de nouveaux, il écrivit de toute part , et il pressa particulièrement le prêtre Ruffin , homme d'une telle vertu et d'un tel mérite , que sa seule présence était capable , à ce que lui écrivait le saint docteur , de remédier à tous les maux de ces églises désolées. Il le pria de lui donner continuellemeAt de ses nouvelles , même

(i) Socr. Yii , 8.

4GB Histoire

en route ; et il lui promit , de son côté, tous les secours possibles. Hâtez-vous, ajouta-t-il, d'achever avant rhiver les églises qui ne sont, pas encore couvertes. Quant aux reliques des saints martyrs , n'en soyez point en peine : je viens de m'adresser à l'évêque d'Arabisse , qui en a quantité de trèsauthentiques ; je les enverrai dans peu en Phénicie (i). Ces reliques devaient servir , suivant la coututne , à la consécration des autels.

Cet évêque, dont saint Chrysoslomc fait l'éloge, était Otrée , qui eut occasion de signaler son hunianité envers le saint , quand il se réfugia dans la forteresse d'Arabisse , après une irruptioi^ des plud alarmantes de la part des Isaures. Dans cette petite ■ville, plus septentrionale que Cucuse , Chrysostome, né sous le ciel pur et tempéré d'Antioche, avait beaucoup à souffrir de la rigueur de l'hiver, qui toujours rude en Arménie , le fut extraordinairement cette année-là. Rien n'était plus contraire à son tempérament et à l'état de faiblesse où l'avait réduit l'opiniâtreté de la fièvre, que ces frimats continuels. Mais la férocité deslsaui^s était encore plus terrible que la maladie; Quelque part qu'on aille , dit-il dans plusieurs de ses lettres, on ne voit que maisons abattues , que champs jonchés de cadavres , que ruisseaux convertis en fleuves de sang , que débris et que ruines. La forteresse où nous nous trouvons est plus vSÛrc c[ue les autres ; mais nous n'en sommes guère plus tranquilles ; car ces audacieux barbares insultent les meilleures places ; et le moindre inconvénient de leurs attaques , c'est de nous tenir enfennés comme dans une triste prison. Nous avons perpétuellement la mort à nos portes ; tout est moissonné parle An'ou par le feu, et nous avons tout à craindre de la famin? , à cause de la ^nultitude , qui ne cesse pas de se réfugier dans un lieu si étroit ; car TeAroi chasse tout le monde des grandes villes : les cités ne sont plus

•' ' '■ — *^^— I I ■! mil ■■III 11 ■ I ■<>— »— — M»»^— ^

(i) EpisU i4()-

Te

[jûe de tristes amas de maisons vides et taciturnes ; es forets et les cavernes sont devenues les' habitations des citoyens^ et les Arméniens^ réduits à la * condition des bétes sauvages, ne trouvent leur sûreté que dans les déserts. Ici , Ton change tous' les jours de demeure à la façon des Scythes et des Nomades ; mais plus mous que ceux de ces peuples , les petits enfans emportés de nuit avec précipitation , restent souvent sans vie et roidcs de froid , au milieu des neiges.

■ Cependant le Seigneur se déclara de nouveau pour son serviteur si cruellement persécuté.- II arriva plusieurs accidens , qu'on regarda comme des punitions divines de la persécution. C'est ainsi qu'on jugea d'un orage affreux , où la grêle tomba y grosse comme des noix , à Constantinople et aux environs. Peu de jours après , mourut l'impçratrice Eudoxe , en mettant au monde un enfant pareilïçment mort. L'évêque de Calcédoine , qui ne cessait d'invectiver contre saint Chrysostome , mourut d'un accident tout particulier , et le plus léger en apparence. Au conciliabule du Chêne ^ saint Maruthas lui avait marché par mégarde sur le pied j la blessure s'envenima , la gangrené suivit de près , il fallut enfin couper le pied et la jambe à plusieurs reprises ; le mal gagna l'autre jambe , puis tout le corps , et devint incurable. Entre les autres acteurs! de cette cabale , plusieurs furent affligés d'horribles maladies, plusieurs moururent d'une manière étrange. L'un tomba d'un escalier , et resta sur la place; l'autre mourut inopinément, en exhalant une odeur insupportable. Un troisième eut les entrailles brûlées, le ventre ulcéré, et tout le corps rongé de vers, avec une horrible infeclion. Un autre encore eut la langue si enflée , qu'elle lur boucha la respiration et le suffoqua ; mais avant d'expirer, il nt par écrit sa confession publique. Le ciel parut ne vouloir épargner aucun des coupables. Tel eut la goutte^ précisément au doigt dont il avait souscrit l'inique proscription. Tel qui

Gg3

avait donné carrière à sa langue enrénée, perdit tout à coup la parole , et resta huit mois sur vn lit , sans pouvoir porter la main à sa bouche. Tel ■e rompit la jambe en tombant de cheval, etmou- Tut sur le champ. Plusieurs enfin eurent des accès de frénésie , où croyant voir des bêtes féroces, des Barbares armés , des gouilVes embrasés ouverts sous " leurs pieds, ilspoussaientle jour etlanuit des cris effroyables (i).

Saint Nil, un des pins illustres solitaires de son temps, donna tous ces iléaux pour autant de châtimens de la persécution exercée conire le saint patriarche. Il en écrivit par deux fois àTempereur. Comment prétendez-vous , lui dit-il (a) , voir Cons* tantinople délivrée des maux qui lallligent, après

3u'on eu a chassé la colonne de l'église , la lumière e la vérité, le plus digne organe du\erbede Dieu , je veux dire le bienheureux évêqiie Jean ? iTous me dites d'interposer le secours de l'oraison ; mais comment prierais-je pour une ville en butte à la ]usie indignation du Tout-puissant , moi c[ui suis consumé de tristesse, moi qui ai l'esprit comme aliéné par les énormes excès que l'on continue d'y commettre ? Prince , commencez par faire pénitence d'avoir privé cette église des instructions de son incomparable pasteur, et d'avoir cru légèrement Bur son compte, je ne dirai point quelques évèqnes, mais quelques hommes revêtus de l'épiscopat qu'ils profanaient par la fougue de leur passion insensée. Ce ton de prophète ou d'apôtre convenait à saint - Nil, a|)rès les preuves qu'il donnait depuis longtemps de son détachement des vanités du siècle et d'une sainteté consommée. Issu de la plus haute noblesse de Constanlinople , il avait élc préfet de cette ville, et avait joui de ta plus brillante for> tune.

Déjà père de deux fils , il fut extraordinairement touché de Dieu, se séjMia d'une digne et tendre

DE l' E G L I S E. 47*

cpotise , dont il n'obtint le consentement cpi'avec peine. Il lui laissa le plus jeune de ces deux enfans , et prit Tainë avec lui dans sa solitude. Il se retira jusqu'au mont Sinaï , où il passa un long espace de temps , avec des solitaires d'une éminente perfection. Ils y habitaient , en des grottes ou en des cellules non moins pauvres , qu'ils bâtissaient euxmêmes , à quelque clis tance les unes des autres. Mais ils s'assemblaient le dimanche, pour recevoir la communion , et pour conférer ensemble des choses spirituelles. La plupart ne mangeaient point dé pain , et ne vivaient que d'herbes crues ou de quelques fruits sauvages 9 en très-petite quantité : quelques-uns ne prenaient de nourriture qu'une seule xpis la semaine (i).

Tous les grands servitpiirs de Dieu , à l'exemple de saint Nil^ épousèrent , dans tous les états , l'intérêt de saint Chrysostome. Quatre évêques eurent le zèle de se transporter à Rome , et de remettre en main propre au pape , trois lettres, l'une du saint, Tautre de son clergé, la troisième de quarante prélats qui lui étaient des plus attachés ; et mirent ainsi l'indignité de l'oppression dans la plus sensible évidence (2).

C'était saint Innocent qui occupait alors la chaire de saint Pierre; le pape Anastase, dont saint Jérôme relève extrêmement les vertus , étant mort en 402 , vers la fin du mois d'Avril. Innocent est le second pape dont il nous reste des décrétâtes authentiques et bien assurées. Entre ces décrétales ou lettres pontificales , qui ont force de loi , et que toutes les églises , au moins dans l'Occident , se sont toujours fait un devoir d'observer, comme les anciennes règles de la discipline du siège apostolique, on remarque celle qui est adressée à saint Victrice , évêque de Rouen , l'un des plus dignes prélats des Gaules , et qui , formé à l'école du grand saint Martin , joignit les sollicitudes générales de l'apostolat

(ï) Nili Narr. 2 , /?. i3 ; Boîland. i4 Jan. (2) Pall. p. 10.

Gg 4

au gouvernement d'une église particulière. II porta la lumière de Févangile aux peuples dé la Belgique y sur les côtes de l'Océan , et il établit de nombreuses églises dans le pays de Tournai et de Térouanne , ou le christianisme avait fait jusqu'alors peu de

{)r Offres. Il n'en. cultivait pas avec moins d'ardeur e champ confié spécialement à ses soins. L'église de Rouen devint , sous ce pasteur , une des plus florissantes des Gaules , non-seulement par le règlement des mœurs et la majesté du culte divin , mais par la beauté et le nombre des édifices sacrés ; en sorte que cette ville, dit saint Paulin dans une lettre de félicitation à ce saint évêque (i) , auti'efois peu connue même des provinces voisines , est aujourd'hui renommée dans tout le monde chrétien pour la magnificence de ses tentpless

Victrice avait un zèle égal pour toutes les parties de la discipline , et c'est à sa demande qu'Innocent premier lui envoya quatorze articles de règlement , assez semblables à ceux de la décr étale du pape Sirice à Himérius, et comme eux, concernant pour la plupart les ordinations et la continence des clercs. Ce qu'il y a de plus particulier dans cette seconde décrétale , datée du quinzième de Février .404 î c'est qu'une femme , qui du vivant de son .mari en a épousé un autre , n'est reçue à pénitence qu'après la mort de l'un des deux. De même , et ])ar assimilation au châtiment de ce genre d'adultère 5 les vierges chrétiennes , qui après avoir reçu le voile (le révêque , viendront à se marier , même secrètement , ne sont point admises à la pénitence , que celui qu'elles ont épousé ne soit mort : c'est-àdire que ces cas étaient de ceux où l'église, sans déses|)érer du salut des pécheurs , et en leur accordant le viatique nécessaire ou Tabsolution secrète , leur refusait la réconciliation publique, afin d'intimider leurs semblables.

L'année suivante , saint Exupère de Toulouse

bel' Eglise- . 478

consulta aussi le. saint siège , et reçut des réponses claires et précises sur les sept questions qu'il avait proposées. Dans la première , concernant la continence des prêtres et des diacres , il ne s'agît pas de l'obligation qu'ils avaient de la garder. Le pape venait de répondre à saint Victrîce , généralement pour toutes les églises comme pour celle de Rouen ,

(u'on devait avoir soin que les prêtres et les lévites e la loi nouvelle n'eussent point de commerce avec leurs femmes. Il était question du traitement qu'on ferait aux i^fracteurs de la règle. Innocent prononce qu'il faut les éloigner du ministère , et les priver , suivant la décision de son prédécesseur pirice , de tout honneur ecclésiastique ; que s'ils * n'ont pas eu connaissance de cette décision , il£atut user de quelque indulgence , et leur laisser l'excrcice des ordres qu'ils ont reçus , mais sans esj>érance de monter aux ordres supérieurs, et cela même sous la condition de garder religieusement la continence à l'avenir. Il n'est pas décidé moins clairement dans cette décrétale , qu'après le divorce fait^ pour quelque raison que ce soit , on ne peut, sans adultère , se remarier du vivant de la personne dont on est séparé.

La seconde question d'Exupère , et qui peut répandre un nouveau ^our sur la dccrélaîe précédente 5 concerne les pécheurs qui demandent à la mort la grâce de la réconciliation, après avoir passé tout le cours de leur vie, depuis le bifj>tëme, dans les désordres de l'incontinence. Le papo répond , qu'on avait coutume autrefois de leur accorder la pénitence , et de leur refuser la communion. Les auteurs ne s'accordent pas sur ce qu'il faut entendre ici par le mot de communion. Les uns l'interprètent de l'absolution sacramentelle , et les autres de l'absolution donnée solennellement pour larcconciliationpublique.Lacraintede ne paraître pas plus savant que le vulgaire , em|)êche souvent de découvrir la vérité; si par le mot de comrauliïQn ^o^ entendait ici , avec le simple peuple ,

la participation de Teucharistie y il ne resterait plus de diflieultë. On voit par cette réponse da pape saint Innocent , que Féglise peut avoir de bonnes raisons de changer sa discipline , selon les circonstances. Ce qu^elle présente de plus étonnant^ c'est la sévérité , plus grande durant les persécutions que dans les temps calmes et tranquilles : mais la décrétale même donne la raison de cette conduite^ en nous apprenant que quand les épreu-

^ ves , et par conséquent les occasions de cnute , étaient plus fréquentes , on craignait que la facilité du pardon n entraînât la subversion des lois et des mœurs.

Saint Exupère , à qui cette décrétale s'adresse , fut , aussi - bien que saint Victrice , un des plus illustres cvêques des Gaules. Il avait été prêtre de l'église de Bordeaux, d'où la réputation de sa sain* teté le porta sur le siège de Toulouse. Entre toutes ses vertus, il signala principalement sa charité et sa libéralité, quil étendit au delà des mers. Ayant appris que les solitaires de la Palestine et de l'Egypte avaient beaucoup à souffrir d'une famine 2ui affligeait ces provinces, il leur envoya d'ahonantes aumônes. Les monastères de saint Jérôme ne furent pas oubliés dans ces largesses , auxquels le saint bienfaiteur joignit une lettre pleine de témoignages d'affection et d'estime. Jérôme était alors occupé à rédiger ses commentaires sur les petits prophètes ; et pour marquer sa reconnaissance à Exupère , il lui dédia le commentaire de la prophétie de Zacharie.

Les Gaules avaient beaucoup d'autres grands évêques ; saint Paulin en nomme pluvsieurs qui faisaient l'honneur de l'épiscopat , entr'autres, Simplice de Vienne , Amand de Bordeaux , Diogénien d'Albv, Dynamius d'Angoulême, Vénérand d'Auvergne ou de Clermont , successeur de saint Ar-

■ terne , Alithius de Cahors , successeur de saint Florent, et Pe'gasius de Pcrigueux. Tous ceux-ci étaient de la Nai^bonnaise ou de VAqriiaine , et ils

DE L* E G L ï S F. 4?^

aTaîent des rapports particuliers avec Paulin , en

3aalité de voisins ou de compatriotes. Il en est 'autres , dont les vertus ne méritaient pas moins d'éloges^ tels que saint Séverin de Cologne, saint Evre de Toul , saint Marcel de Paris, et saint Agnan d'Orléans , à qui Ton présume que le général Agrippin accorda le privilège dont jouirent jusqu'à notre temps ses successeu|ft dans Tépiscopat , c'està-dire , de délivrer les pionniers a leur installation, Félix de Trêves ,quoiqu'ordonné par les Ithaciens , mérita aussi d'être compté parmi les saints. Il quitta son siège , par esprit de pénitence, et finit ses jours dans un monastère qu'il avait bâti quelques années auparavant.

Cependant les Gaules éprouvèrent un scandale . domestique , qui se communiqua même aux ré-^ gions voisines. Les erreurs de Vigilance se répandirent dans 1 Espagne , de la vule de Convènes où il était né , c est-à-dire , de Comminge , alors appelée Convènes , du mot latin qui signifie des gens assemblés de divers endroits; parce que Pompée, son fondateur , Tavait peuplée de brigands et de pirates qu'il venait de subjuguer. Vigilance commença par tenir cabaret en Espagne , puis devint Srêtre de Barcelone , où il eut l'adresse de se lier 'amitié avec saint Paulin. Il en obtint même des lettres de recommandation pour saint Jérôme, dans le dessein où il était d'entreprendre le voyage de la Palestine. Mais il se joignit , bientôt après son arrivée , aux ennemis du saint docteur , pour aider aie diffamer. Jérôme eût dissimulé les injures faites à sa personne , si le détracteur n'avait en même temps fait injure aux livres saints , par quelques interprétations impies.

Il lui écrivit donc avec ce genre d'énergie qu'il savait si bien ^employer contre la témérité orgueilleuse des sectaires. Si ce n'est pas perdre le temps , lui dit-il (i) , de faire des leçons a un homme qui

i^—F— — ■ ■■ — il— — ^<a— «i^— — «^.1— — — 1— — .1— — — ^-^—i — — ^

(i) Epist, 75.

n'a point apprîsFart de parler et qui n'a pas la prudence de se taire, je vous avertis de ne faire étalage que des sciences nourricières où vous vous êtes exercé, de peur qu'en écrivant, vous n'apprêtiez à rire à ceux qui en ont le moins d'envie. Ce que vous entreprenez aujourd'hui, n'est pas ce que vous avez appris dans votre jeunesse ; vous y fûtes appli-

Î[ué à d autres études, etce n'est certainement pas e même talent, de goûflP les vins et d'entendre les divines écritures. Si vous prétendez vous livrer aux travaux de i'esprit, étudiez d'abord les élémens delà grammaire, les préceptes de la rhétorique, la dialectique et la philosophie ; et quand vous saurez toutes ces choses , apprenez encolle à garder le silence.

Vigilance ne suivit pas ce conseil, et se déshonora,

Ear la corruption grossière desa doctrine. ElJecomattait la virginité , l'état monastique, la continence des clercs. Ce fut vraisemblablement pour s'autoriser davantage contre ces erreurs, que saint Victrice et S. Exupere ,quoicju'instruits des bonnes règles , firent constater les saints usages, et renouveler les décrets du saint siège. Vigilance, dans :)resqué toutes ces idées sur le culte public, pré-

udant aux sectes qui sont venues long-temps après lui , traitait encore de superstition , même d'idolatrie , le culte des saintes reliques, et sur-tout la coutume d'allumer des cierges en plein jour , pour les honorer. Du milieu de l'Espagne, où ces dogmes impics avaient déjà porté Falarme , on pria saint Jérôme , regardé comme l'oracle de l'église universelle , au moins pour ce qui était du sens des écritures , et on le ut presser par le porteur des aumônes de saint Exupère , de lire et de réfuter les écrits pervers qu'il était chargé de lui présenter. Le départ précipité du commissionnaire ne laissa u une nuit pour cette réfutation , d'une éloquence

'autant plus vive et plus naturelle, que lart et l'étude \ eurent moins de part.

On a vu, dit-il à la louange des Oaidos , dont

âl observe que Vigilance futile premier hérésiarque ; on a Yu plusieurs monstres dans les autres contrées soumises à Féglise. Les Gaules étaient les seules qui n^en eussent point enfanté. Jusqu'ici elles n'ont été fécondes qu'en hautes vertus, en grands capitaines et en orateurs excellens. Mais Vigilance, qu'on appellerait plus convenablement Dormitance , en se réveillant tout à coup , en quittant la poudre et l'a ivmkée de sa cuisine , leur en rayit en un moment Oette prérogative. Ce cabaretier parvenu , mêle encore Feau avec le vin , et par un artifice de sa première profession , il tâche d'altérer la pureté de la foi catholique , et d'y insinuer la lie contagieuse de l'hérésie. Il déclame contre le jeûne au milieu des banquets ; et c'est en philosophant parmi les plats et les bouteilles , qu'il dénigre la virginité , et tourne en dérision la pudeur. Tu crains sans doute, ô prudent Vigilance , que si la continence ^ amie du

Cûne et de la sobriété^ restait en vigueur dans s Gaules , on ne fréquentât plus les hôtelleries (i). Saint Jérôme nous apprend toutefois qu'il y avait

Suelques évêques engagés dans les erreurs de Vigiince , si cependant , reprend-il , on peut appeler évêques ceux qui n'ordonnent que des diacres mariés , et qui , malgré l'autorité et la pratique des églises de l'Orient^ de TEgypte et du siège apostolique ,qui ne reçoivent que des clercs vierges ou eontinens, ne laissent pas de croire qu'on ne doit point garder dans cet ordre l'intégrité du célibat (2). Le saint docteur ne pouvait nous laisser un témoignage plus expressif de l'antiquité de la discipline ecclésiastique , touchant la continence des ministres sacrés. Il ne justifie pas moins fortement l'invocation des saints , la vénération des reliques, ainsi que la coutume d'allumer des cierges en plein jour clans les églises; usage qui , à la vérité, commençait en Occident, mais qui se trouvait universellement établi chez les Orientaux. Quant aux

(i) Hier, in f^igik ip-) ihid. c, 2, /

i T O t It Ë

calomnies de Vigikncecànlie l'église, et ses absurdes iinputalJons de superstition et d'idolâtrie , Jérôme répondit que nul fidèle n'avait jamais adoré les sainls , ni érigé les hommes en divinités. Mais l'hérétique , ajoula-t-il , traite de sacrilège le soin que nous prenons de couvrir leurs reliques d'étoifes précieuses. Nous sommes donc" sacrilèges , quand nous marquons noire respect dans les basiliques des apôtres. L'empereur Constance fut donc sacrilège , quand il fît apporter à Constantinople ces restes véoérahles d'André , de Luc , de Timothée , devant lesquels les démons rugissent. Il faut encore aujourd'hui nommer sacrilège l'empereur , Arcade , qui vient de transférer , avec tan t de pompe, (le Judée et de Thrace , les os du bienheureux Samuel. Tous les évcques , les peuples de toutes les provinces , qui accouraient sur toute l'éLenduo de la route, et qui faisaient au saint prophète un cortège sans interruption , depuis la Palestine jusqu'à Calcédoine , étaient non-seulement des sacrilèges, mais des insensés, de vénérer à Tenvi de froides et viles cendres (i).

Le saint veut parler de la translation des reliques de Samuel , que l'empereur Arcade fit en effet, avec le plus pompeux appareil , sous le pontïUcat d'Atticus.

Il avait succédé à Arsace, qui était mort figé de quatre-vingt-un ans, seize mois après l'expulsion de saint Jean Lhrj sostome. Cet événement n avait rien changéau sort du saint patriarche , ni à celui de ses vertueux partisans. L'oppression continuait toujours , malgré l'intérêt que tous les gens de bicnt et les plus dignes prélals prenaient à celle grande* affaire , qui émut toute l'église. Le souverain pontife , par une sage économie , employa tous les ménagemens de la charilè et de la condescendance , et il demeura d'abord en communion avec les deui^. partis, c'est-à-dire j celui de Chrvsostome,ei celui*

(0 Cap. ...

DE l' £ e L I S e. 4^0

de son antagoniste Théophile ; il blâma néanmoins très-hautement ce violent adversaire d'avoir procédé- d'une manière si dure y et sur-tout l'accusé

sait point d'autres , relativement à cette affaire, que ceux de Nicée. Ceux que les hérétiques ont corn-

I)osés , ajoute-t-il , doivent rester sans effet , suivant e concile deSardique^ quand d'ailleurs ils seraient équitables. Pour le saint évêque, il lui écrivit une lettre affectueuse, afin de l'encourager , en attendant que Ton put ajouter une justification éclatante à celle qu'il avait déjà dans le témoignage secret de sa conscience.

Il arrivait journellement à Rome de nouvelles lumières sur 1 iniquité de la trame , qu'on y avait d'abord entrevue sans la pénétrer. Outre les évêques déjà venus d'Orient en grand nombre, il vint à Rome un prêtre de Constantinople , nommé Théotane , avec les lettres synodiques d'un concile d'en^ viron vingt-cinq évêques en faveur du saint exilé : il y vint aussi des solitaires et des vierges qu'on avait traités cruellement , pour leur attacnementà leur pasteur légitime , et qui portaient encore les empreintes des coups endurés pour une si belle cause. On apprit que la persécution avait été poussée jusqu'à prononcer la peine de déposition et la confiscation des biens , contre les évêques qui refuseraient de communiquer avec Théophile et d'approuver sa conduite. Les laïques constitués en

auelques dignités avaient été condamnés à les perre ; les oflj^rs et les gens de guerre , à être cassés ; la bourgeo^lf^ ^^ 1^^ g^^^ ^^ métier , à une grosse amende et au bannissement. Mais l'attachement héroïque de ce bon peuple pour son saint pasteur faisait affronter tous les périls , et sacrifier ce qu'on avait de plus cher.

Le souverain pontife écrivit à l'empereur Honorius , touchant une affaire qui bouleversait la moitié

48Ô Histoire '

de réglise. On délibéra mûrement^ au conseil de ce prince religieux, et parmi ses prélats. En consé-

Suence , on députa vers Arcade cinq évêques , avec eux prêtres^ et un diacre , chargés des lettres les S lus pressantes d'Honorius , du pape et des évêques 'Occident. Les Orientaux qui avaient porté leurs plaintes à Rome , s'en retournèrent pleins de confiance , avec ces députés; maisTissucdelanégociation fut bien contraire à leurs espérances. Les députés étaient encore en chfemin sur la côte d'Athènes , u ils furent arrêtés par un triBun militaire , tirés e leur navire', et rembar/jués en deux vaisseaux différens , où ils essuyèrent une horrible tempête, sans avoir presque rien à manger pendant l'espace de ti'ois jours. Arrivés à Conslantino.ple , à l'entrée de la nuit , les gardes les arrêtèrent à leur tour^ et les reconduisirent brusquement sur leurs pas , sans leur dire par quel ordre ils en agissaient ainsi ; puis ils les enfermèrent dans une forteresse , au bord (le la mer , où on les traita avec la dernière insolence. On mit les Romains dans uue chambre , les Grecs dans plusieurs autres , sans leur laisser un seul domestique pour les servir.

Le point capital qu'on se proposait, après avoir écarlé les Romains de raudicnce de l'empereur , c'était d'intercepter les dépêches qu'ils avaient à lui remellre, A la demande qu'on leur fit de les livrer^ ils représentèrent le respect dû à la qualité , tant des personnes qui les envoyaient, que de celles à qui elles étaient adressées. Mais on n'avait pas fait une première démarche de cette nature, pour reculer. Un tribun , nommé Valorien , arracha ces lettres à l'évêque qui en était chargé^vec tant de violence , qu'il lui cassa le pouce. Le ]Q|plemain on vint pour les corrompre , l'argent à la main ; et on les sollicita long -temps de communiquer avec Atticus. Ils résistèrent avec courage ; mais désespérant de mettre lin aux troubles de TOrient, ils demandèrent qu'il leur fût au moins |)ermis de retourner en paix à leurs églises. Yaléricn viuieniln

les

D B L^ E G LIS ffv^ 4^4

tes tirer du cliâteau où ils étaient , et les fit em« barqaer sur un bâtiment ruineux ^ avec vingt soldats féroces, tirés de différentes compagnies. On disait nême que les mesures étaient prises pour les faire périr. Mais ils changèrent de vaisseau à peu de distance , dans le péril manifeste du naun*age y et ils gagnèrent, vingt jours après, la côte dltalie. . lis ignoraient cependant ce qu'étaient devenus les évêques de Grèce partis avec eux. Le bruit courut d'abord , qu'on les avait jetés dans la mer. On sut depuis, qu'ils avaient été bannis aux extrémités, les plus barbares de lïempire ; l'un sur la frontière de Ferse , l'autre bien avant dans l'Arabie , près des Sarrasins ; un troisième jusqu'au voisinage des Ethiopiens; les uns et les autres dépouillés de tout j^ et mis sous la garde des esclaves publics. Ils ne furent, pas les seules victimes de l'esprit de schisme et de vengeance. Sérapion , l'un des plus fidèles disciples de saint Chi^sostome qui l'avait ordonné évêque d'Héraclée , lut charcé de mille imputations calom-^ nieuses , fouetté publiquement , condamné par une

vivait dans une austérité où il ne se permettait pas même l'usage du pain , fut battu cruellement ; non par. ordre du juge laïcjue, plus équitable envers l'homme de Dieu , mais par l'emportement de la partie rebelle du clergé. Plusieurs autres personnages distingués , soit par leurs dignités , soit par leurs qualités personnelles , pour se cacheï* et pouvoir subsister, se virent réduits, durant des années entières , ou à labourer la terre , ou à vivre des plus vils métiers, et enfin à se bannir euxmêmes , de peur d'un traitement plus cruel.

Les lâches pnnemis de Chrysostome lui enviaient jusqu'à l'estime qu'on avait de ses vertus , et la gloire des cpnversions cju'il faisait parmi les infidèles de son voisinage. C est pourquoi ils sollicitèrent et pbtinrent un nouvel ordre de la cour , pour le faire

transférera Pylionte, lieu désert, sur les bords sep^ tentrionaux du Pont-Eusin. Ce nouveau vojage dura trois mois , quoique le saint fût extraoi*dinai rement pressé dans la marche, par deux soldats

Sretoriens qu'il avait pour conducteurs. L'un des eux ne put s'empêcher de lui en faire quelque sorte d'excuse , dansTétald^atraiblissement ou il le voyait; et il lui révéla que tel était Tordre précis de la cour. L'autre s'irritait des ménagemeus de son com-

Îiagnon , pressait le saint de marcher la nuitcommo e )our , se faisait un spectacle amusant, et raillait avec insolence , tantôt d'un évêque ou d'un grand tout trempé de pluis, tantôt de sa lète chauve et brûlée des ardeurs du soleil. 11 ne soulfiaît pas qu'on s'arrêtât un moment dans les villes , ni dans les bourgs qui fournissaient quelques soulagemens et quelques commodités. Enfin l'on arriva près de Comane , terme marqué par le ciel aux travaux et à la vie du grand Chrysostonie. On ne le laissa point loger dans la ville , maïs à cinq ou six milles de distance, dans un réduit dépendant d'une église dédiée à saint Easilisque, ancien ëvêque de ce lieu , et martyrisé autrefoisavec saint Lucien d' Antioche. Pendant la nuit, le saint martyr apparut à Chi^sostonie , et lui dit : Courage , mon frère Jean , nous serons demain ensemble. Jean se tenait si assuré de la révélation , qu'il pria le lendemain son impitoyable conducteur de retarder un peu le départ. Il ne put l'obtenir; mais à peine avait - on marché trente stades, ou une lieue et demie, que le patriarche se trouva si mal, qu'il fallut revenir à réélise d'où l'on était parti. La il commença par quitter ses vêtemens ordinaires , pour se revêtir tout de blanc ; il distribua aux pauvres le peu qui lui restait, puis reçut, élant encore à jeîin , la communion des sacrés symboîf^s de Wo Ire-Seigneur , dît la Chronique d'Alexandrie , c'est-à- dire l'Eucharistie; il fit sa prière devant tout le monde , la finit par ces mots qu'il disait souvent : Dieu soit loué de lout i puis il expira le i4 Septembre de

Tannée 407. On l'enterra avec honneur auprès djà saint Basilisque , et ses funérailles , disent les autei^ri du temps , eurent tout Fëclat du premier jour de fête d'un martyr. 11 y eut un concours prodigieux de gens de tout pays et de toute condition. On y Tit avec le peuple , des moines et des vierges , non** seulement aes lieux voisins , mais de la Syrie , de la Cilicie , du Pont et de l'Arménie : il semblait qu'ils se fussent donné le mot pour s'y trouver tous ensemble (i).

'Le saint évêque était âgé d'environ soixante ans^' et il avait gouverné l'église de Constantinople neuf ans et huit mois , en comptant son exil de plus dé trois' ans eudemi. Sa mort n'ôta rien au zèle de sed ' défenseurs ; et tant que les Orientaux ne voulurent pas rétablir sa mémoire , l'église romaine y avec tout l'Occident , leur refusa sa communion , prii^cipalement à Théophile d'Alexandrie ^ le premier artisan de cette iniquité.

Comme sa cause fut celle de toute l'église y tous les souverains pontifes de son siècle et tous les doc^ teurs le plus renommés ont fait à l'envi son élogo^ et celui de ses ouvrages : monumens trop universellement estimés , pour appréhender que personne nous reproche de sortir de ïiotre plan en finissant ce livre par une notion de quelque étendue sur les écrits du plus éloquent des pères de l'église. Le pape saint Célestin, en exhortant le cierge deC. Pi a ]uger des impiétés de Nestorius ^ par la pu^^e et sublime doctrine qu'il avait reçue du grand Chrysoslome : Que ne vous a point appris , dit*il , ce docteur de sainte mémoire , cet évêque si plein de lumière , dont les discours répandus dans toute la terre habitée, mettent en si grande recomman^* dation la vérité catholique ?Sa voix n'a pu se faire entendre qu'en peu de lieux ; mais il n'jMn a point

3u'il n'instruise encore par ses écrits : Ifinnort, loin e lui fermer la bouche , en a fait le prédicateur

(l) SOZ. TIII y C. Ult,

Hh a

484 H I s T 0 1 ii E

de tout l'univers , qui lit ses œuvres suWîmeJ arM^ autant de fruit «jue d'admiration. Saint Léon Iou9 dans ce père ces fleuves d'une doctrine spirituelle et vivifiante, €iui sortant encore plus de son cœur que de sa boucne , portent dans toutes les ames 1 onction , la force et la vie. Tous les Orientaux en concile le mirent après sa mort au rang de» docteurs de l'église , le proposèrent non-seulement comme l'honneur de l'episcopat dans la ville' impériale, et comme l'une des plus grandes lumières de l'Orient; mais comme un flambeau capable de dissiper les ombres de chaque pi-ovince et du monde entier. Saint Ephrem ne se contente pas de lui donner simplement le nom de Bouche d'or/

gu'on attribuait à plusieurs autres docteurs; mais l'appelle la bouche de toute l'église. 11 s'est reposé, dit Cassien , sur le sein de Jésus , comme l'apôtre dont il porte le nom; et comme lui, il y a puisé ces traits de flamme qui embrasent les coeurs du divinamour. Formez-vous sur sa doctrine : si l'on ne Eeut l'égaler , il est au moins glorieux de l'imiter, e grand évêque d'Hippone , avec l'autorité que donne la même étendue de génie, parlant de ce père grec , qu'on peut , à quelques égards , nommer l'Augustln de l'Orient, relève spécialement la pureté de sa foi , l'élévation de son esprit, la fécondité de sa science , et la juste célébrité de sa réputation.

Saint Isidore de Peluse examinant enfin , avec toute la précision de la critique, tous les caractères de l'éloquence de saint Jean Chrysostome, et le jugeant sur les règles fiévères de Plutai-que, ii conclut à le mettre au-dessus de tous les autres orateurs sans exception. Il excelle en elFet dans tout ce qui est de Véloquence noble et naturelle , dans la coÉ||>osition , dans la méthode , dans les pensées et les expressions : à quoi il faut ajouter ce qu'on ne peut s'empêcher de sentir, avecSozomène , en lisant plusieurs de ses discours , que ses expressions, comme scspensceSjOQtsouTeptquelqui;

8* t'Eatiîf. 48$

icîhose de divin qui surpasse la capacité derhomme. 5on style est toujours clair , simple, dépouillé de ces vains omemens dont les déclamateurs avaient surchargé la beauté naïve de l'antique atticisme« Il conserve , jusques dans les termes , toute la pu-* reté de ces anciens" attiques. Toujours il plaît et toujours il persuade y parce qu'il a un air d!e vérité et un ton de sentiment qui pénètrent l'ame toute entière. On trouve par-tout des raisonnemens forts, mais simples , et mis à la portée de totis ses auditeurs y des comparaisons justes , des tours vifs et frappans , de grandes et lumineuses images , toute» les figures qui ornent et qui font sortir la vérité , au lieu de TafTaiblir. Mais entre toutes les pro« priétés de sa plume , celle qui la caractérise d ujae manière unique , c'est l'art inimitable de toucher et d'attacher , en donnant du corps et des couleurs aux objets les plus sublimes, et quelquefois les plus subtils; de tirer des instructions aussi intéressantes que solides , du fonds le plus aride et le çlus stérile en apparence. Il avait encore l'art , si familier aux anciens , de discerner et de manier les vrais ressorts de l'éloquence ; de saisir le temps et les rencontres ; de s'aider de tous les accessoires

![ui , pour les effets , , l'emportent souvent sur le ond des choses p comme il le pratiqua , avec tant ^e succès , dans la consternation qui suivit la Sjsdition d'Antioche.

On trouve cependant le style de saint Chrysos-' tome un peu asiatique , ou trop diffus ; mais .en même temps ^ et jusque dans ses longueurs, on trouve tant d'esprit , tant d'agrémens , et sur-tout tant de traits d'une imagination vive et brillante , qu'entraîné dans la lecture par un charme inexplicable , on ne peut se riJsouare à en rien omettre^' C'est là ce qu on éprouve , au moins dans les ouvi^ges de ses belles années. Car on sent une différence considérable entre ceux qui furent publiés à An- .tioche , et ceux qu'il composa depuis sur le siège ëpiscopal de la ziouveUe Uosie ^ où la multiplicité

jaib 3

de ses occupations et de ses travaux ne lui pefmettait plus de leurdonner le même degré de perfection.

Ce fut même avant d'être chargé de l'instruction publique , avant d'être engagé dans le sacerdoce, qu'il écrivit ses traités et tous ses longs ouvra- §es , entre lesquels on admire sur-lout ses livres du acerdoce même, cbef-d'œuvre en ce genre, et l'une des plus pures sources où l'église ait puisé les règles cléricales. Sa litureie , pour le fond des iÇboses, prouve combien il était versé dans tout ce ^uî concerne ces divins objets. On compte encore

fiarmi ses meilleurs traités , ceux qui sont contre es gentils , ses avis aux veuves, son apologie de la vie monastique, son exhortation au moine Théodore tombé dans l'apostasie , et le sublime parallèle où il élève le vrai solitaire au-dessus des princes du monde. Le traité delà Componction remplit si parfaitement son objet , en excitant à la contrition du cœur par la confiance en la grandeur infinie de la divine miséricorde, qu'on en appela le pathétique et sage auteur, la langue de la miséricordeetFoei! delà pénitence. C'était là, avec l'aumône et avec le danger des faux biens dé ce monde , le champ le plus ordinaire de son éloquence.

Il composa presque toutes ses belles homélies , après qu'il eut été fait , à 1 âge de trente-huit ans , prêtre d'Antioche , ville nommée l'œil de fOrient , autant pour l'éclat destalens ef des arts, que pour ceUii de la magnificence , et où il fut toujours si coûté, que toute sa modestie ne put faire cesser les applaudissemens qu'on lui donnait au milieu de ses discours publics. Souvent il en était interrompu; et contraint de s'arrêter , il protestait , mais toujours en vain , qu'il ne se tenait pas honoré quand on battait des mains ; mais quand on suivait la vérité. •

Entre toutes les pièces de saint Chrvsostome , «çs homélies au peuple d'AntiocIie , qui tiennent

DE l' E 6 L î 5 E. 4^

sans doute un des premiers rangs pour leur élo-

Suence , produisîfent encore plus d!^effet , par l'haileté. de l'orateur à préparer les ressorts cjui opè« rent les grands mouvemens , et quMl ne sera pas hors de propos de développer ici , pour ceux qui suivent la même carrière. Pour corriger ses concitoyens de leurs habitudes invétérées , il ne manque pas l'occasion que lui présentent les alarmes où ils gémissaient depuis leur révolte , dans Fattente du dernier châtiment ; mais , contre sa coutume, il laisse Classer sept jours entiers sans leur parler en pubHc. Il les rassemble ensuite fréquemtment , se i^ontre plus inquiet et plus affligé que

Sersonnedu malheur commun , partage ladouleùir e chacun , les plaint, les rassure, leur présente tous les motifs de la consolation et de l'espérapce-, ne les entretient de presque rien autre chose dans ses trois premiers discours. Après quoi , jugeant par leur empressement à courir en foule au lieu saint , que la foi s'était ranimée dans leurs cœurs-, il leur peignit vivement la vanité du siècle , la fo?lie des spectacles pour lesquels ils étaient passionsnés , l'horreur de l'intempérance , des emjportemens , de la profanation du nom de Dieu , de tous leurs vices dominans; et à l'occasion .d'un crime qui devait ruiner la ville , il l'orna de toutes les vertus , et lui fit repi^ndre une face toute nouvelle. . •'

Parmi les productions les plus dignes du grand Chry SOS tome , on compte encore la suite des homélies sur l'évangile de saint Matthieu , les premières homélies sur les épîtres de saint Paul, avec un grand nombre de panégyriques et de sermons détachés , que nous nous garderons bien de disséquer par morcea\ix. Il faut lire dans toute leur étendue chacun de ces chef- d'oeuvres , admirables , sans contredit , par mille traits enlevans , mais beaucoup plus encore par les beautés d'ordre , par la disposition oratoire et par la^ force victorieuse de l'ensemble. A ce sujet même , nous avertirons ,

488 HisTÔiSê BÊ i-'EctiSE.

en passant , que l'extrait des œuvres de ce pèrej

fait par un ancien auteur , en trente-un sermons

3u'Dn donne pour le recueil des plus beaux en* roits de l'original , est toutau contraire exécuté ■ pans exactitude et sans goût.

On vante encore , avec justice , plusieurs lettre» j écrites par ce saint orateur , du lieu de son exiï , où la continuité du péril et dessoufl'rances, l'acliap- ■ ïiementdeses persécuteurs, le dévouenient plus grand encore de ses amis , et le concours de mille circonstances attendrïssaptes, rendirent à son stjle le feu et les grâces de son plus bel âge.

Quant à l'interprétation des divines écritures , c'est tout dire d'un mot, que saint Jean Chrysostome occupe entre les pères grecs , le même rang que saint Jérôme entre les latins. Mais quand il expose la sublimité de la doctrine, au moins delà morale et des maximes de perfection de l'apôtre saint Paul , on doit avouer, qu'entre tous les in- < terprètes de tous les temps et de toutes les langues , seul et inconteslableraent il occupé la première 1 place. Il semble souvent que Tesprît de Paul s' ex- 1 ^rirae par la bouche de Cnrjsostome , dont l'ad- ' miration pour cet apôtre allait jusqu'au transport et à un saint enthousiasme. On assure qu'en ecri- Tant il en avait toujours le portrait sous les yeux ;

?uVn le regardant fixement, et en l'interrogeant de œil , il làontait son génie sur celui de son modèle , et s'élevait, pour ainsi dire , avec lui jusqu'au troisième ciel. C'est ainsi que le plus éloquent des apôtres a formé le plus éloquent des pères de l'église.

|«*v**tHA*»»n»»^

Page 1