‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 37 sur 50 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

Depuis la mort de saint Jean Chrysostonie en 407 J ' jusqu'à la condamnation du pélagianîsme en 4 1.8«

JLjA mort de Fempèreur Arcade suivît de prè$ celle de saint Jean Chrysostome , qui avait été si indignement avancée par ses persécutions. Dès le premier jour de Mai de l'année suivante 4o8 , ce prince religieux et faible, doux et inconstant^ timide et borné y â la fleur de son âse y n^ayaiit que trente-un ans , alla rendre compte du mal quMl avait fait, ou plutôt qu'il avait laissé faire, avep de bonnes vues , pendant un règne de treize ans , abandonné à la conduite de sa femme et de ses eunuques. Heureux s'il a^ pu trouver son excuse dans la faiblesse de son courage ou dans les borner de ses lumières ! L'inipératrîce Eudoxe, qui fut la première cause de la persécution , n'en vit pas la £n , étant morte dès le 6.0ctoBre de Tannée pré« çédente.

Tbéodose , surnommé le Jeune , parce qu'il n'avait que buit ans à la mort de son père Arcade , fut son successeur. Il eut le bonheur de trouver dans i^thémius; ancien ami de $aiat Chrysostome e(i

4go Histoire

de saint Apliraate, un guide aussi liatile que vertueux , (jui fil tout l'honneur de ce nouvean règne, jusqu'à ce que la princesse Pulqiierie prit connais- Eance des affaires de l'empire. Elle n'avait que deux ans plus que l'empereur son frère , sur qui la nature parut avoir pris tout ce qu'elle accorda si libéralement à la sœur. Cette ame , élevée au-dessus de son âge et de son sexe , tant par son énergie naturelle que par sa vertu prématurée , se trouva dès-lors en état de prendre soin de Téducation de Théodose , aussi-bien que de ses deux jeunes sœurs, Arcadie et Macrine. Elles gardèient toutes trois ensemble la virginité, et firent admirer au milieu de la cour la piété ainsi que la pureté des plus ferventes religieuses.

Par les soins et la prudence de Pulquérie, IVm-

Ïiire fut préservé en Orient des tléaux qui désoaient les provinces occidentales sous le gouvernement d'Honori us, trop éloigné, pour son malheur, d'une nièce si digne. Il s'était défait de SliMcon. On avait été persuadé, que peu conlent-de son pouvoir , tout énorme qu'il était , ce régent ambitieux n'aspirait ,à rien de moins qu'à détrôner l'empereur son gendre , à mettre son propre fils en sa place , et que pour y réussir plus aisément à la faveur des troubles et de U confusion, il avait attiré les Barbares dans l'empire. Il y eut en elfet des irruptions elfroyables de tous les peuples de la Germanie , qui portèrent la mort et le ravage dans toute l'étendue des Gaules. Tout fut ruiné, dit saint Jérôme (i) , à la réserve de peu de villes : Les provinces les plus fertiles et les plus opulentes n'en jurent qiie plus long-temps le théâtre de la cruauté et des dernières horreurs; les femmes de la première qualité, et les vierges consacrées à Dieu , devinrent le jouet de la brutalité du soldat; les évèques furent traînés en captivité, les prêtres et les moines égorgés , les reliques déterrées et fou-

(i) .'îd llelioilor, ^^^^^H

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lëes aux pieds, les églises renversées ou changées * en écuries , et les chevaux attachés aux autels. J'ai TU de mes propres yeux , dit un autre auteur du même, temps (1) , les corps de l'un et de l'autre sexe honteusement dépouillés au milieu des villes, déchirés par les chiens , ou tombant en lambeaux et en pourriture , infecter les vivans. Comme ces Barbares étaient d'une superstition stupide et inhumaine j il firent beaucoup de martyrs , dont les plus célèbres sont saint Nicaise , archevêque de Reims , €t la vierge Entropie sa sœur, saint Didier, évêque de Langres , et saint Fraterne d' Auxerre , martyrisé le jour même de son sacre.

Les Goths , sans être païens , ne se rendirent guère moins odieux par leur séditieuse intelligence avec l^ilicon , et depuis sa mort , on les maltraita sans ménagement dans les provinces romaines. En plusieurs endroits on pilla leui^ biens , et dans quelques villes on fit mourir leurs femmes et leurs enfans.. Irrités de cette lâche vengeance , ils se réunirent sous Alaric , le plus accrédité de leurs chefs, guerrier Valeureux , et qui avait servi utilement le grand Théodose dans la guprre d'Eugène. Après quelque tentative , au moins apparente ,

Sour concilier les partis, il marcha vers Rome. On it qu'un saint solitaire qu'il rencontra , l'en voulut détourner', en lui faisant la peinture des maux dont il allait être cause. Je n'y vais point de moimême , répondit Alaric; mais ]e sens quelqu'un qui me presse et me tourmente chaque jour , en me disant : Va châtier la superbe Rome. Il serra la ville si étroitement , même du côté de la mer , que « la famine et bientôt la peste y jetèrent la cons-

et une quantité aussi excessive d'autres choses pré-' cieuses , les Romains délivrèrent leur ville de ce premier péril.

(i) Salv. de Gub, /. 6t

fes Histoire

Mais le prince barbare revînt ensuite jusqu'à AeuTL fois , parce que les conférences qu'Honorius fit sagement commencer , furent rompues par l'imprudente sécurité des négociateurs , ou plutôt parce que cette nouvelle Babylone , enivrée du sang des saints , devait à l'édification de l'univers une expiation éclatante de sa cruauté , et de rattachement invincible à l'idolâtrie , de la part de ses grands et d'une bonne partie de son sénat. Durant le siège même , et sous les coups de la divine justice , on eut l'impiété de recourir aux devins et aux aruspices, de faire couler le sang des victimes impures dans te capitole et les autres temples. Rome succomba aux attaques réitérées, et devint la proie des Sarbares, l'an 1 164 de sa fondation, c'est-àdire, l'an de Jesus-Cbrist 4^0, le vingt-quatrième d'Août. Alaric l'abandonna toute entière au pillage, excepté l'église du Vatican , qu'il érigea même en asile , par respect pour l'apôtre saint Pierre : ce qui préserva la ville d une ruine totale (1). Cette église, y compris les bâtimens de sa dépendance , occupant un très-vaste espace , il s'y réfugfa un peuple assez nombreux pour empêcher la dépopulation deRome; mais elle souffrit prodigieusement. Après les vols , les assassinats, les outrages de toute espèce, nonseulement les palais particuliers , mais les plus beaux édifices publics furent réduits en cendre.

Les fidèles, à la vérité, se trouvaient exposés aux mêmes calamités que les païens ; maïs tout tourne à bien pour les adorateurs sincères du vrai Dieu. Les occasions de chute les plus dangereuses ne servirent qu'à rehausser le prix de leurs mérites et la splendeur de leurs couronnes. Une femme catholique , d'une beauté extraordinaire , tomba entre les mains d'un jeune Gotli arien, qui tira son épée pour l'épouvanter et la faire condescendre a ses désirs ; il lui effleura même la peau, et lui mit le cou tout en sang. Elle présenta liardi-

^0 ProBp. C/iPpn. r^n , ad fa.

jbient iâ tête ; mais le Barbare , changé tout k coup ^ la prit sous sa protection y pourvut à sa subsis« tance /et fit chercher son mari pour la lui remet* tre. (i). Un autre Goth, des principaux de Farmée^' trouva dans une église une vierge avancée en âge et préposée à l'ornement des lieux saints. Il lui demanda assez doucement, ce qu'elle pouvait avoir de richesses. Aussitôt , et avec une confiance que l'événement fit croire inspirée, elle le mena dans un endroit où il fut étonne de la multitude des vases d'or et d'axHent qu^il y vit. Ce sont, lui dit-elle ^ les vases de Fapotre saint Pierre : comme je ne puis les défendre , c'est à vous d'en répondre. L'officier .fit avertir Alaric, qui Ordonna sur le champ de reporter 'ces richesses à la basiliqiie du saint apô« tre , d'y escorter en même temps la vierge qui les avait gardées et tous les chrétiens qui se joindraient à elle (2). . Ainsi la désolation publique devint le triompne de la religion. Les vases étaient portési respectueusement et a découvert ,. entre des soldats

2U1 marchaient l'épée à la main ; les spectateurs omains et Barbares se piquant d'émulation à les révérer , en chantant des hymnes à la louange de Dieu. Les fidèles se rangeaient en foule autour de cette sauvegarde sacrée ^| et à la gloire de la reli-

gioh protégée si merveilleusement , beaup de païens rent semblant d'être chrétiens; lesGoths, dans l'accès de leur ferveur n'en faisant point le discerne* ment. La multitude obstinée, dans l'idolâtrie , eu se bannissant elle-même , en pugea ht ville de Rome:, les Barbares laissaient aller tous ceux qui voulaientj^f leur donnaient même escorte, et les aidaient k emporter leurs biens ^ moyennant une modique contribution.

On regarda néanmoins comme un bonheur pour le souverain pontife , qu'il ne sefût pas trouvé dane la ville au moment de ce pillage. Il en était sorti peu auparavant , pour aller en députation ^ à Pocca^

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(r) Soz. IX ', i©. (2) Orost Tii a Sg,

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sion même de ces troubles, vers l'èmperenr qni résidait encore à Ravenne. L'illustre sainte Marcelle n'eut pas le même sort (i). Les Barbares entrèrent chez elle, lui demandant son or et les autres richesses qu'ils y supposaient cachées. Elle eut beau dire qu'elle était pauvre, et produire en preuve rhurabfe simplicité de ses vêtemens prirent pour un déguisement artificieux, portèrent jusqu'à la frapper, ne pouvan Toir qu'une personne de cette qualité se fût ainsi dépouillée pour Jesus-Clirist. Bientôt ils reconnurent le langage de la vérité et de la vertu ; et la vénération succédant à la férocité , ils conduisirent la sainte à l'église de saint Paul , qui servit d'asile ,| aussi-bien que celle de saint Pierre. Mais ce qui intéressait cette mère chrétienne beaucoup plus que sa propre personne , elle obtint qu'on ne la séparerait pas de sa lîlle Principie , pour qui elle redoutait les insultes dont son âge avancé la garantissait elle-même. Peu de jours après, elle mourut dans les bras de cette vertueuse fille , bénissant le Seigneur d'en avoir conservé l'innocence , et da l'avoir préservée elle-même de la perte infructueuse de ses biens , en acceptant le sacrifice qu'il lui avait inspiré d'en faire long-temps avant le pillage,

Il ne dura que trois jours; et le sixième jouip après qu'Alaric y fut entré , il en sortit sans mèma y laisser de garnison. Il passa dans la Campanie , où ses troupes pillèrentencore la ville dejVole. Saint Paulin en était devenu évêque, quoique l'cpiscopat lui parût un fardeau bien plus redoutanleencoreque la prêtrise, qu'il n'avait reçue que malgré lui. Mais la réputation de ses vertus croissant de jour en

I'our , et le siège de Noie étant venu à vaquer , on? e pressa avec tant d'instance , qu'il ne put se refuser à funanimité des vœux et des sulfrages qui se réunirent en sa faveur. Tout étranger qu il était au siècle depuis fort long- temps, il continuait à

r Episl. 16.

jouîr de la plus grande célébrité, plus encore pour • la beauté de son esprit et de ses écrits , que pour les dignités qu'il avait occupées datrefois.

A peine y avait-il une personne distinguée par les talens comme par la piété , qui ne fût de ses amis. Il avait reçu chez lui sainte Mélanie , à son retour de la Palestine ; et quoiqu'il n'eût dans sa maisoa

S[u'une salle dans un étage supérieur , avec une gaerie qui communiquait aux cellules destinées à l'hospitalité, il trouva moyen de loger toute la suite de la sainte, qui était nombreuse : car pour sa

Sersonne et son équipage , on ne pouvait rien voir e plus humble. Elle était vêtue pauvrement, montait un cheval de la taille d'un âne, et qui ne valait pas mieux ; mais plus elle avait le faste en horreur , plus il semblait que le ciel se plût à honorer sa servante. Ses illustres enfans et petits-enfans , qiu tenaient les premières places dans l'empire , étaient tenus au-devant d'elle jusqu'à 'Noie , avec un cortège convenable à leur rang. Tout avait logé cheife

Paulin ; la providence consacrant cette cérémonie toute entière à faire honorer la pauvreté évangélique et le mépris de la gloire terrestre.

Ce fut sous son épiscopat que les Goths vinrent piller la ville de Noie. On arrêta l'évêque , on fouilla sa maison ; mais on respecta sa personne. Il avaît fait àDieu cette prière : Seigneur , ne permettez pas que Paulin soit tourmenté pour les biens péri ssanles de ce monde ; vous saveî où sont tous mes trésors (i)^ Quoiqu'il n'eût plus ni or ni argent , il trouva moyen de soulager une infinité de misérables, et de racheter beaucoup de captifs. On dit même que ses ressources étant épuisées , et ne pouvant pas racheter le fils d'une pauvre veuve que les Barbares emmenaient en esclavage , il se livra pour le rendre libre. (2). Il y a des difficultés pour les circonstances de cet événement , et même des contra*

(1) Aug. de Cun mort, c. 16.

Id. de Civ, Dei ^ i, lo.

(2) Greg. Diah l.Z , c. i.

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dictions Je ctronologie, pour le maître quoif «lonne communément a Paulin dans cet esclavage. Mais la persuasion' universelle où l'on along-temps été louchant le fait même , si elle n'en rend pas la Terité inconstestable, constate au moinsridée(iu'on avait de la charité de ce digne disciple du boa Tasteur.

Entre les Romains qni se sauvèrent de leur ville-' •accagée, plusieurs se retirèrent dans les îles voisines , et jusqu'en Afrique ; d'autres en Orient, et particulièrement en Palestine. Saint Jérôme en recul plusieurs à Bethléem ; et le chagrin que lui causa ce touchant spectacle j retarda l'interprétation des grands propliètes, dont il était alors occupé. En voyant tant d' illustres fugitifs de l'un et de l'autre sexe réduits à la mendicité , demi-nus , blessés en grand nombre ,et trop heureux, après avoir perdu d'immenses richesses , de trouver la vie et le cou- Tert , il fondait en larmes , et s'empressait en touta "i manière à leur rendre leur infortune moins insup-^ m portable ; adorons cependant le bras de Dieu dans " ï ces coups terribles, ainsi que l'efficacité des oracles et des menaces prophétiques (i).

Quoique l'empire d'Orient fût moins exposé que rOccideiit aux incursions des Barbares , il y en eut aussi qui firent beaucoup de ravages en Syrie , en Egypte et en Arabie. Ces Sarrasins vagabonds, qni ne vivent que de brigandage , se jetant dans le désert de Sina , tout peuplé de fei-vens solitaires , leur ravirent les choses les plus nécessaires à la vie , et firent une multitude de martyrs. C«ux qui échappèrent s'enfuirent comme ils purent loin des saintes retraites où leur affection demeurait toute entière. Saint Nil fut du nombre de ceux-ci ;raais la vie qu'il se conservait lui devint presque insupportable, parce

Sue son fils était resté entre les mains des Barbares, omme il était dans la plus cruelle perplexité à son çujetj il fut rejoint dans sa fuite par un nouveau

(.) Ep. .j « ,

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Ds l'Kolisc. 497

fugitif qui avait eu le bonheur de s'évader , à ce au il lui raconta sans le connaître y comme il pliait atr^ in^i^ple , avec Je fils de Nil , à Tastre de Vénus qu'adorent les Arabes : il ajouta que cet infortuné compAgnon était resté à la merci de leur superstition sanguinaire. ]N[îl ne douta plus de 1^ mort de son fils. Quelque temps après néanmoins on lui assura qu'il était vivant et captif à Eluse. ijl partit aussitôt pour cette ville j et il apprit en chemin que son 61$ y étaijt devenu clerc ; révêquç l'ayant racheté , puis ordonné sur la bonne opiniom guil en avait çonjcvœ, comme par inspiration y au premier aspect. Nil reconnut le premier son sang ; et ii f^t si sai^i , qu'il tomba en défaillance. Le fils Je serre entre ses tras , le fait revenir de soja^éva^^ nouissement , puis lui raconte en ces termes l'his^ toire consolante de sa délivrance :

Quand mon compagnon d'esclavace se sauva,' tout était prêt pour nous immoler , l'autel , Vea-t pens , les lioations et le glaive dont on se proposait 4e faire usage le lendemain dès le point du jour. •Tétais prosterné sur la terre , et je priais avec toutf l'ardeur qu'inspirent de tels périls. Seigneur, di^ gaisrje , ne permettez pas que mon sang soit ofFer( aux démons , et que mon porps deviexme la vic^ time des esprits ténébreux. Rendez-moi à mon père fotre èervitevir , qui m'a instruit à espérer en vous^ Je priais encore , quand les Barbares s'éveillèrent , tout étonnés de voir le temps du sacrifice passé; cay* l'étoile de Venus avait disparu , et le soleil dorait

repos y sans me donner aucun signe de méconten* tement. L'espoir commença de renaître dans mon irœur. Quelques momens après , ils me présentè**rent des viandes immolées , et m'invitèrent à prenr î^re part à leurs divertissemens licencieux avec des femmes : j'invoquai de nouveau le Seigneur , et i\ me donna la forcQ de leur résister* A la première Tome JJ^ li

(Î98 Histoire

boiirgadeoù ils arrivèrent , ils me mirent en vente ; mais comme onleuroffrait une sommetrop modique, après m'avoir exposé plusieurs fois,ils m'attachèrent enfin tout nu à 1 entrée du bourg, une épée pendue an cou pour donner à entendre que si l'on ne m'achetait, ils allaient me trancher la tête. Je tendais les mains à tous ceux qui se présentaient ; iqjj les conjurais de compter à, mes ravisseurs le pnij dont ils ne voulaient rien relâcher ; je prometlaii non-seulement de leur rendre cette somme , mais de rester encore à leur service après l'avoir rendue. Enfin je fis pitié , et vous savez comment j'obtins ensuite beaucoup au delà de ce que j'espérais. \ Lévèque d'Eluse traita le père et le fils avec | beaucoup de générosité ,.les retint quelque temps pour les remettre de leurs fatigues , et quand ils partirent, il pourvut aux frais de leur voyage. On ne sait pas le reste de la vie de saint Wil , qui avait alors cinquante ans j et qui en vécut encore qua- i rante, à ce que l'on croit. Il nous reste de lui pIu^-J sieurs traites de piété , et plus de mille lettres, la plupart courtes , mais d'un style vif et rempli de sens. C'est lui-même qui raconte l'histoire de la captivité de son fils , comme nous venons de la rapporter (1). C'est aussi dans ses oeuvres que nous lisons (3) , que saint Jean Chrysostome voyait souvent les anges dans le lieu saint , sur-tout pendant le sacrifice adorable du corps et du sang de Jésus* Christ ; que du moment où le prêtre commençait l'oblation , ils entouraient l'autel , jusqu'à la consommation des sacrés mystères. Rien au reste da. jilus formel , que ses expressions touchant la présence réelle du Sauveur dans l'eucharistie. Aprèj', les invocations , dii-il (3) , el la descente de l'esprit' sanctificateur, ce qui est sur la sainte table ,n'est plus du siinple pain , ni du vin commun , mais le corps et le sang précieux de Jesus-Christ noire Dieu , qui purifiedetoute tache ceux qui le prennent avec ua saint tremblement et une sainte confiance.

[0 jSarr. 2. (2) Liù. u , £pist. 294. (3) Liù. i , Ep. 44.

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Les moùvemens des Barbares et les trôuÈles dé l'empire en occasionèrent beaucoup à la religion* Alaric ^ afin de diviser les forces ennemies , avait donne un rival à Hônorius, dans la personne d' At^ taie , préfet de Rome , ou il le nt reconnaître empereur. Ce nouveau parti voulut d'abord s'emparer de l'Afrique , de tout temps aussi enviée par les différentes factions ^ qu'elle leur était né^cessaire pour se soutenir* Le comte Héraclien qui

}r commandait ^ défendit avec zèle' et avec succès es intérêts du maître légitime. Mais avant qu'où les y mît à couvert , on fut contraint de se relâcher beaucoup à l'égard des donatistes , qu'on regardait avec raison comme toujours prêts a seconder les ennemis de l'état et de la tranquillité publiqu«i Ce fut pour lors, à\îe qu'on croit, que ces scnis^ matiques obtinrent une loi , qui leur accordait le libre exercice de leur l*eligion«

Auparavant, lesévêques orthodoxes étaient par* venus à les faire déclarer hérétiques ; ce qui les soumettait aux peines portées par les lois civiles contre l'hérésie. Dans 1 exécution néanmoins , oii ne prétendait pas les exposer tous indistinctemjent à cettesévéï'ite , mais simplement ceux qui seraient dénoncés pour càu^e dé violence. Encore n'avait^ on pris ce parti qu'après bien des années de pa-^ tience , et aptes de mûres délibérations en plu-'sieurs conciles, dont quelques-uns convoqués de toutes les provinces de l'Afrique. Dans celui de l'an 4o3 , on voit nettement la manière de pror céder dans ces conciles nationaux. L'évêque do Carthage faisait tenir ses lettres de convocation à tous les primats , c'est-à-dire, à ceux de la Mau^ ritanie Césarienne et de la Mauritanie de Sitifi, et à celui de la Numidie. Chaque primat envoyait ses lettres pour assembler le concile de sa province, et dans ce concile on choisissait des députés en nombre proportionné à l'étendue de la province- Lesab^ens devaient justifier leur absence, et l'évêque de Carthage leur Êdsait parvenir les décrets

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du concile , pour qu'ils les confirmassent par lenrS consentemens. 11 iaut ici remarquer une singularité assez étonnante : c'est qu'en Afrique la dignité déprimât, qui ne paraît guère difTérente de celle d'archevêque , si ce n'est pour le siège de Cartha^e , se réglait communément sur 1 ancienneté de l'ordination, et non sur la qualité du lieu, qui n'était quelquefois qu'une bourgade.

Dans ces conciles , il fut statué que les évèques catholiques proposeraient des conférences anx évèques schismatiques , dans l'espérance où l'on était de gagner leurs peuples. Car des donatistes sans caractère avaient souvent fait ces propositions; et quand !es pasteurs catholiques les pressaient dese convertir . Traitez , leur répondaient-ils , avec nos docteurs ; et plaise à Dieu que par cette voie on parvienne enfin à la connaissance de la vérité ! Mais quand on s'adressait à leurs évèques, ils éludaient l'olfre avec artifice , et souvent avec une arrogance injurieuse.

Crispin , evècpie donatiste deCalame , invité par< Possiduis , évèque catholique de la même ville, àconférer ensemble , remit d'abord la chose à un' concile , où il pourrait concerter ses réponses avec ses confrères. Quelque temps après , il répondît d'une manière encore plus mal-adroite , et d'autant plus déshonorante pour la secte,que ce vieillard y était plus révéré pour son expérience et pour sa réputation de doctrine et d'habileté; au lieu que Possidius était un jeune évéque , sorti depuis peu du monastère ou séminaire de saint Augustin. Ai défaut de la doctrine , on eut à l'ordinaire recom à la violence , et l'on mit des gens armés en em* buscade , pour surprendre Possidius , comme il ïisitait son diocèse (i). Le prêtre Crispin, de même nom et de même famille que l'évèque donatiste de Calame , était à leur tête. Possidius évita l'embuscade dont il avait été averti assez à propos,

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ixk inoîns pour sauver sa vie ;. iiiâls 11 perdit ses chevaux, après avoir été fort maltraité. La nouvelle dé cet attentat étant parvenue à la Calame j l'évêque Crispin fut sommé jiiridiliuemeïit de désavouer cette indigné maiitjeuvré aiine manière effective , en faisant justice dé ton prêtre. Il le refusa , et toute la secte rééôtttmeiiçsl dés courses et ses mouvement séditieux , au point d'énlpéchér lût liberté des chemins.

Alors les catholiques irivdquèrerit la protéctioii des lois y en protestant qu'ils souffriraient tout sans se plaindre ^ s'il n'était Question que dé leurs intérêts temporels. Maisceînême Cristfiii ayant pri* une terre à bail emphytéotique ^ il en intimidai tellement les serfs c^tlioliques, (Ju'il lés contraignit de se faire relMiptisc^r, aii nombre d'environ quatre^ vingts, nonobstant là rigueur dés resfcrits qui le défendaient. Tant d'audace à la fois le fit poursuivre par le défenseur de l'égli^é y qui obtint con-^ tre lui la condamnation à lamënd(e de dix livrée d'or , décernée pair l'héodo^ contre lès. héréti* qués. 11 prétendit n'être pas dans les termes de la loi y et il appela ail proconsul , ^ùi ne laissa point de confirmer ht sentence : niais à la sollicitation de son antagoniste même , il fut dispensé de paLyeï" l'amende. Peu touché d^une charité si généreuse j îl osa encore appeler aux empereurs. Alors intervint le rescrit qui soumit les donatistes à cette amende , aussi-bien que les hérétiques. On infligeai , la mêine peine au juge de Calante y pour n'avoir pas fait payer réellement Crispin. Mais les évêques orthodoxes en obtinrent encore la décharge : conduite vraiment pastorale , qui toucha les éœurs les pltïs niai disposés , et servit plus que les meilleurs raisonneméns, à la réunion des esprits: conduite d'autant plus honorable à saint Augusti il en particulier , que personne n'était plus en butte que lui à leurs insultes et à leurs attentats (i).

(i) Aug- Ibîd.

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§05 II I s T O ! Il B

. Ces furieux circoncellions , dont a t!cjâ vu. tant d'ijorreurs , outrés de dépita cause du grand uomhre de scbismalifjues que ce saint docteur ramenait journellement à Teglise , lui dressaient souvent ^es embûches à lui-même , quand il allait visiter ou instruire les paroieses catholiques. Un jour entr'autres il ne fut manqué que par la méprise de son guide , qui s'écarta sans y penser du droit chemin , où les donatistes l'attendaient. Il reconnut • dans cet événement , si fortuit en apparence , le bienfait d'une providence toute particulière.

Tous ces embarras et ces distraottons n'ôlèrent rien à sa plume de sa merveilleuse fécondité. Les deux livres à Simplicien, où il satisfait aux questions que cet évèqiie de Milan lui avoit proposées sur l'écriture; lelivre du Combat chrétien, sur la manière de vaincre le démon en vainquant nos passions , contre les principes des manichéens ; lelivre 3 ni attaque directement la fameuse épUre du Fonement , c'est-à-dire toute la tpiintessence de la doctrine de Manès; le livre du Travail manuel des moines; le traité de la Foi des choses qu'on ne voit

S oint; celui du Catéchisme, ou de finstruction es catéchumènes; ses Confessions ; ses trente-trois livres contre l'évêque manichéen Fauste; les quatre li vresde la Conformité des évangélistes, qui forment une excellente controverse contre les païens ; les questions sur les évangiles de saint Mallhieu et de saint Luc , et les annotations sur Job ; le livre du Bien conjugal : ce n'est là qu'une partie des ouvi-ages qu'il mit au jour dans ses trois ou quatre pre-» mières années d'épiscopat.

Il est impossible dans notre plan , et dans toute histoire , de rendre compte d'un si grand nombre d'ouvrages. Mais nous ne pouvons nous dispenser d'exposer la doctrine des livres à Simplicien, si propres à faire prendre le vrai sens de pkisieura autres écrits du docteur de la grâce, et dont l'omission pourrait nous attirer les blâmes qu'elle fi fait essuyer à d'autres historiens. Saint Augusl^ii»

■k. 9 fait

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is'^st proposé dans ces deux livres d'établir la liberté^ de la TOionté humaine , en conservant à la grâce divine la préséance qui^lui est due. Telle est Fidée

3n'il donne de cet ouvrage , tant dans son liVre es Rétractations , qiie dans ceux de la Frédesti- Bation des saints et du Don de la persévérance. II

Îr renvoie même , pour justifier sa doctrine contre es semi-pélagiens. En un mot , cet ouvrage est d'une autorité et d'un caractère à ne devoir pa^ être passé sous silence.

Le premier livre comprend deux questions tirées de répître de S. Paul aux Romains. Il s'agit , dans la première , de l'homme sous la loi y en parallèle avec l'homme sous la grâce. Sur quoi le saint doc- . teur dit que la loi n'est pas vicieuse par elle-ûiême; mais qu elle devient nuisible à celui qui en abuse y ou qui ne se soumet pas à Dieu avec un pieuse humilité, afin de la pouvoir accomplir par la grâce. H est vrai , ajoute-t-il , que là loi né donne pas la • force de faire ce«qu'elle ordonne ; mais elle nous fait sentir notre besoin , et nous avertit de demander la grâce qui confère cette force. En méi4é temps que le Seigneur fournit le secours extérieur de la loi, il agit intérieurement dans l'âme, et donne la grâce de la prière , avec laquelle on obtient la grâce d'accomplir ce que la loi prescrit.

Il s'agit dans la seconde question , de la gratuité de la vocation à la foi ; mais avant d'y eatrer , il faut bien saisir ce que- l'auteur observe d'abord , comme nécessaire pour l'intelligence de saint Paul à ce sujet ; savoir , que l'apôtre avait en vue d'abattre l'orgueil des Juifs, qui s'imaginaient que par l'observation servile de la loi , iîs avaient mérité d'être appelés à l'évangile. De même pour entendre ici notre saint docteur^ il tkut rapporter sa doctrine à la gratuité de la grâce. îl pose pour principe, que Is^ foi n'est pas due aux œuvres pi'écédentes, et

Îru'elle est la première grâce; non que le don de la oi précède nécessairement et sans exception toute autre sorte de grâce , ou qu'il n'y ait point de grâce

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dans l'elat d' infidélité j ou hors de l'ëgUse; maïs parc^ que la grâce de la foi n'est pas la récompense derf mérites précédens , soit effectifs , soit prévus.

Saint Augustin cite, d'après saint Paul, l'eXetrtpItf de Jacob et d'Esaû , ponr montrer la gratuité de la première grâce, en ce que Jacob avait été préféré a Esaù, avant que l'un et l'antre fussent nés, et pal*, conséquent avant qu'ils eussent rien fait pour dé^ terminer le chois du Seignetir. Toutes les opératioïiSr de la grâce , et tous les actes de la volonté ([ui lui correspond, sont compris ici par le saint docteur sous le nom de justification , faquelle ne peut êtrtf que l'effet de la divine miséricorde : ce qui n'em^ pêcîie pourtant pas qu'il n'y ait une couronne de

iustice , puisqu'elle est fondée sur la coopération dtf a volonté. Si dans le grand nombre de ceux qui' sont appelés il y a peu d'élus , c'est qu'il en eSfr',

5 eu qui suivent la voix qui les appelle. La vocation^ it l'apôtre, ne vient pas de Celui qui veut , lïi dé**! ' qui court: mais iln'en est pas moins nécessaîrtf; luloir et de courir; et par la vocation, l'un et* 1 autre est en notre pouvoir, oii moyen de Tins^' piration et de l'impulsion qu'elle renferme. Si donc' tous ceux qui sont appelés ne suivent pas , c'est parce; qu'on ne suit pas sans le vouloir , et que tous ne leveulent pas. Esaù, ajoute le saint docteur en des ternies que nous avons cru devoir traduire scrupuleusement et à la lettre , Es?ù n'a pas voulu et n'a' pas couru ; mais s'il avait voulu et s il a^ait couru , j1 serait parvenu par le secours de Dieu, qui en l'appelant lui donneraitaussi de vouloir et de courir, si par le mépris de la vocation il n'encourait la réprobation. Ainsi la bonne volonté est tout à la fois de Dieu et de nous ; de Di^ par la vocation , de ' nous par la cooijération.

Or, il y a différentes manières d'appeler, et dif^ férentes manières de se conduire par rapport à la Tocation , en conséquence desquelles elle a ou elle n a pas son effet. Dans le grand nombre de ceux qui Bout appelés j ceux-là sont choisis qui ont été appelés

celi de vou

DE t' E G i ï S E. 5o3

àe telle maniéré qtt'ils Suhrisseùt k tôïx qui les? appelait : mars ceux qtii n'obéi$*àiènt pas à la vocatiori ne sont pas élù^, parée Qu'ils n'oWt pas suivi , quoiqu'ils i'usàent àppélësj et ^ttôrqtte le Seigrïetrr a^ppelie la nïifititudë , il ne comble cependant de ses ihiséricordeè cpxe cëu± qu'il appelle en la raanièrcr qu'il leur coiivieiit d'être appelés, pour qu'ils sui* vent. Mais pourquoi, reprend le saint docteur, Esaû n'a-t-il pas été appelé d'une tnantère qui fût suivie du consentement ? C'est que le Seigneur est maître de sés dons , et qû'ôïi ne petit lui demander compte de ses oeuvres. Un reste il ne force point à pécher celui à qui il rie donne point ces grâces de choix ; c'est-à-dire, selon ce qu'on a lu plus haut ^ que pair la soustraction de ces sortes de grâces , Dieu ne le met pas dans la nécessité de pécher. Donc Esaû , et ceux qu'il représente , ont les grâces absolumeUt requises polir ne pas pécher nécessairement ; puisque lé saint docteur dit sans êlception , que Dieu ne contraint pas l'homme à pécher, ou qu'il ne lé nécessite pas-, car contraindre ne signifie que nécessiter, çt toiit lê ïnoïide convient que les pélagiens mentes , quelle que fût leur subtilité , n'ont jamais fait une aîstinctioU si chimérique par rapport aux actesdeïa volonté. Ilimplrqueeheffetcontradiclion , que ce' qui est volontaire soit contraint , ou ce qui revient ati même , comnae le dit saint Augustin en plusieurs autres endroits, qu'on veuille et qu'on ne veuille pas une même chose.

Il n'emploie pas d'autres raisons pour la condamnation de rtiomme pécheur, ni pour la justification de la divine équité ; nulle part il n'a recours au péché de notre origine , pour en inférer la nécessite de pécher actuellement. Il se contente de faire voir que l'homme privé de la vocation qu il nomme congrue , et que nous venons d'exposer , peut , malgré cette privation et par le secours des grâces ordinaires , éviter le pèche.

Le second livreàSimplicien roule sur des questions tirées des livres des Rois , et beaucoup moins épi-

Hb

5o6 Histoire

neuses que celles du premier. Ilsuffirad'vobserverj premièrement, ((lie la crainte de Dieu , louée dans ranciea Testament , quoique appelée servile , est de inème louée par saint Pauf; secondement, pourquoi l'esprit malin qui saisit Saûl, est nommeespritdu Seigneur ; et en quel sens il est dit que Tesprit de mensonge fut envoyé pour tromper Âchab, Ces eitpressions fortes et familières aux anciennes écritures, dit saint Augustin, ne signifient qu'une, simple permission , et non pas un ordre positif de la part du Dieu de toute sainteté. Ainsi le saint docteur confirmait-il ce qu'il venait d'avancer dans le livre précédent , qu'encore que Dieu ne donne pas la grâce delà justiucationàtous les pécheurs, et

au'on dise pour cela qu'il en endurcît quelques-uns, ne les réduit cependant point à la nécessité de pécher.

Outre ces ouvrages împortans, il éciivit encore une infinité de lettres , dont un très-grand nombre sont autant de traités dogmatiques et pleins d'érudition. Les deux lettres à Janvier sont sur-tout remarquables , parce qu'elles rapportent de la diversité des usages dans les différentes églises. En quelques-unes , on ne jeûnait pas les jeudis de- carême ; en d'autres, on offrait deux fois le sacrifice le jeudi saint , le matin , et le soir après souper : hors ce seul cas, la coutume de recevoir l'eucharistie à jeun était dès-lors universelle. A l'occasion do cette variété d'observances , le saint docteur donne pour règle , de regarder comme ordonné par les apôtres ou par les conciles généraux , ce qui s'ohserve par toute la terre. Telle est, dit-il , la célébration annuelle de la .passion de Jesus-Christ , de Pâques , de l'Ascension et de la Pentecôte. Il en est autrement de ce qui varie selon les lieux, comme de jeûner ou de ne pas jeûner le samedi ; de communier tous les jours de la semaine , ou à certains jours seulement ; d'oifrir tous les jours le sacrifice , ou seulement le samedi et le dimanche : on est libre sur ces points, comme sur tout ce qui n'est j ni

pontre la saine foi , ni contre les bçnnes mœurs ^ et il n'y a point de meilleure règle , que de se conformer aux pratiques de Tëglise où l'on se trouve.

Augustin trayai Hait dans le même temps au traite de la Doctrine chrétienne , c'est-à-dire de la manière d'expliquer les saintes écritures , ainsi qu'à çon grand ouvragi^ de la Trinité. Mais ils ne furent achevés l'un et l'autre que long-temps après. Il eut auparavant avec saint, Jérôme un différent , ou une explication , qui aurait pu altérer la charité même entre des personnes vertueuses , si Augustin n'eût encore eu plus de modestie et de douceur que de piété , et s il n'eût regardé le langage d'un vieux docteur qui était Toracle de son temps, comme le ton d'un père avec son fils , ou tout au plus comme le procédé d'un savant austère qui avait quelque raison de se croire offensé (i).

Cette contestation avait deux objets." Première» ment Augustin n'approuvait pas qu'on entreprît de traduire l'écriture en latin , d'après le texte hébreu, plutôt que d'après le texte grec de ses premiers mterprètes^ sur lesquels il lui paraissait qu'on ne devait pas se flatter d'enchérir; et il prit la liberté d'en écrire à l'illustre Jérôme , au nom de toutes les églises d'Afrique. La remontrance était délicate, vis-à^vis d'un homme qui sentait ses forces , et qui démentit en effet avec avantage les préventions que l'on avait contre son entreprise (2). Mais ce ne fut pas là ce qui piqua le plus le docte interprète.

Sur le passage de l'épîtrè aux Galates , où saint Paul dit qu'il a résiste en face à Céphas, Jérôme s'était expTimé d'une manière à autoriser , contre son intention , la dissimulation et les mensonges officieux» Il fut relevé par Augustin , qui à la \é^ rite ne porta d'abord ses plaintes qu'à l'auteur même. Mais par une multiplicité singulière do contre-temps , de quatre lettres écrites à ce sujet

(1) Hier. Epist, Qî, (2) Epist, 28,

5o3 H I s T Ô I ri s

parAugnstin, il y en eut trois qui furent égarées J 'es des a '

^H et qui ne parvinrent qu après des années entières

^^M entre les mains de Jérôme. Dans ce long intervalle, ^^H le contenu de ces lettres transpira , et toute l'Italie ^^P en était informée , que Jérôme n'en savait rien en ^^ Palestine, Ce qui n était qtie l'effet de la contrariété des circonstances , eut tout l'air d'un mauvais procédé j dont Augustin se disculpa par lettre j avec toute la modestie et l'honnêteté imaginables. Il ■y parle à saint Jérôme de son différent avec Rullîn ; il témoigne que cet exemple lui fait peur , et qu'il aimerait beaucoup mieu\ abandonner toutes les dis^putes littéraires , que de s'exposer au péril de blesser la cliarité,

Alors les mécontentemens se dissipèrent. Jérôme écrivit de son côté, pour donner des marques de considération a Augustin, et comme pour excuser

tla dureté de ses expressions précédentes. Il soutint encore quelque temps son interprétation qu'il ■voyait appujee d'Origene et de quelques autres doc- ' leurs renommés dans la Grèce, Mais la modération triomphant enfin où !a force des raisonnemens .n'avait pu le faire, Jérôme parut revenir tout à fait à l'avis d'Augustin , qu'il appela son très-cher fils quant à l'âge, mais son père en dignité, et qui de sa part reconnut l'utilité de la traduction des divines écritures faite sur le texte hébraïque (i).

Cependant les donatistes persévéraient dans leur obstination. Quelque multitude qu'en convertit iournellement Augustin, il lui en restait encore davantage à confondre, pour empêcher les progrès de la séduction. Ils étaient prodigieusement multipliés en Afrique , lieu de leur origine , où iU , comptaient leurs évêques par centaines, et parmi eux beaucoup de docteurs enorgueillis de leur science. Parménien , l'un des successeurs de Donat , et que saint Optât combattit de son vivant, avait laissé un écrit qui faisait encore tant d'impression

■Ék p] Hier. f/mf. 96. 4

»r* B B L^ E G L I s E. BoCj

^tprès sa mort , que les catholiques prièrent unani- ^mement saint Augustin d'y répondre. .^

^ . Ce fut un ouvrage de trois livres ,- qu'il lui fallut ^.d^abprd composer , et qui entraîna aussitôt après

jj-JjBS sept livres du Baptême. Dans les livres contre 2 jParménien, saisissant l'état général de la question . du donatiste , il examine si les bons sont souillés

tar les méchans en demeurant dans la même église. 1 explique tous les passages dont les donatistes se

"^ prévalaient , et il montre que ce n'est pas participer au péché , que de vivre avec les pécheurs , et même d'en recevoir la parole de Dieu ou les sacremens , mais seulement de consentir à leur péché ;

^ qu'à la vérité les sacremens nuisent aux ministres indignes , mais qu'ils sont salutaires aux fidèles qui les reçoivent dignement ; que dans le sacrifice et Ips sacremens ou le ministère n'a d'autre vertu que celle de Jesus-Christ, ce pontife éternel est le ministre principal; que c'est Dieu qui confère la grâce qu'il lui a plu d'attacher, et qu'il pouvait n'attacher pas à ces signes sen^sibles. On trouve ici tous les principes de la doctrine catholique contre Viclef et contre tous les novateurs qui ne composent l'église que des seuls justes ou des seuls élus. On y trouve aussi les règles suivantes d'un sage régime par rapport à la séparation des méchans : |1 est des pèches dignes d'anathème , et Téglise peut sans doute retrancher de son sein ceux de ses membres qui s'en rendent coupables; mais il n'est à propos d'exercer ce droit, qu'au cas qu'il n'y ait aucun péril de schisme ; que les coupables soient sans appui , et que la multitude reste unie avec le .'pafteur. Car quand la contagion a gagné le grand — „i__^ ^ j^^ gç^g ^g jjjgjj jjg doivent qu'en gémir,

Jl^^Wracher le bon grain avec l'ivraie , et

les faibles sans corriger les méchans.

*je raison , il n'est jamais permis de se

-société générale des fidèles , sous quel*

que ce soit. Aussi voyons-nous que

s^ Uilt^s apqtres; ni Jesus-Christ;

5lO , H I 8 T 0 I H B

même , ne se sont séparés de la société des pécliétifS qu ils reprenaient, ■

Le saint docteur ayant établi ces principes généraux contre Panaénien , il les applique au baptême , dans ses livres sur ce sacrement. Comme c'est l'église , dit-il , qui engendre des enfans par le sacrement de la régénération , fonds inaliénable de l'épouse de Jesus-Cbrist, ou plutôt de ce Dieu Sauveur qui baptise , par quelque ministre que ce soit; la sainteté n'en saurait être proianée par les bommes, et la vertu de Dieu y est essentiellement et invariablera'ent intiérente. On trouve ensuite ta solution de bien de diOicuItés , qui n'en sont plus pour nous depuis l'éclaircissement do ces matières, et qui n'en font pas moins connaître la pénétration et la justesse d'esprit de cet illustre père. Si une personne qui n'est pas baptisée pouvait donner le baptême , c'était encore une question sur laquelle il attendait la décision d'un concile; maïs on voit, dans son traité siu' ce sacrement (i), qu'il inclinait fort à soutenir la validité de cette administration, qu'on a décidée depuis.

Comme la doctrine de saint Cyprien formait un puissant préjugé en faveur des donatistes; ce n'est pas mon sentiment particulier, leur dit Augustin, que je préfère à celui de Cyprien; mais la doctrine de toute l'église, qu'il aurait embrassée , s'il l'avait connue clairement. J'use de la liberté qu'il a laissée à chacun d'embrasser une autre opinion que la sienne. Il reconnaissait lui-même que l'ancienne coutume lui était contraire; qu'on n'avait commencé à rebaptiser les hérétiques que depuis Agrippin ; et it n a jamais rompu avec ceux qui ' soutenaient contre lui le premier «sage. Au eon- I traire , it a toujours maintenu soigneusement l'union , et il a condamné le sebisme de Donat, en montrant que la diversité des opinions n'autorise point à se séparer , quand l'autorité suprême de

De Bapt. l, 7 ,

D Ë L^ E 6 L I s e. 5if

Téglise n'a pas encore prononcé. Enfin îl ne parle de saint Cyprien qu'avec un extrême respect ,' comme d'un martyr couronné dans le ciel et digne d'une vénération religieuse rmais prévenant les conséquences qu'on pouvait tirer de son inflexible constance , il la disculpe (i) , tant par l'obscurité où était la question des rebaptisans du temps de ce. père , que par la liberté où elle le laissait de tenir à' son sentiment) avec tant d'autres prélats, avant qiie cette question eût été décidée par le consente* ment universel de l'église.

Outre le travail immense de ces écrits polémiques, Augustin trouvait encore du temps pour conférer avec les hérétiques ; il s'employait même très-volontiers à ces sortes de conférences , ordinairement si infructueuses. Mais Dieu donnait à la méthode du saint docteur une bénédiction toute particulière; et ses vertus, plus encore que ses talens , lui procuraient les plus grands succès. Son honnêteté, son humilité, sa douceur à toute épreuve, les témoignages engageans qu'il donnait à ses adversaires de la pureté de son zèle , uniquement occupé de leur, salut , non . de la gloire d un vain triomphe , gagnaient les plus arrogans d'entr'eux : sur toute chose , et avec un art inimitable, il leur faisait sentir qu'ils poui^aient céder sans honte , puisqu'ils ne cédaient qu'à la vérité et à la raison.

Le manichéen Félix , du nombre' de ceux que la secte appelait élus , et L'un de ses principaux docteurs , était venu à Hippone pour y répandre sa doctrine. Peu versé dans les lettres hilmaines, il y , suppléait par des ruses qui le rendaient beaucoup plus daneereux que Fortunat , avec qui Augustin avait coniere quelques années auparavant. Apres un colloque particulier^ qui n'avait fait qu'accroître la

Ï présomption du sectaire , on en vint à une conérence publique qui se tint dans l'église d'Hip- •pone , et que des notaires écrivirent. Les affaire»

(i) De Bapt. c. i, yi. ^. i ; etc.

fil H

n'avancèrent pas beai fallut suivre Thérélitjue dans toi^s les détours dç son abstruse doctrine : exercice fastidieux que Jç saint docteur soutint avec une patiepceet unedour jjcur inaltérables , sans iaoïals rien flire qui marr quàt le moindre dédain a l'extravagan): discoureur; mais en le ramenanl au conlraii'e , avec autant d^ ménagement que de justesse et de persévérance, au point de fa question etalVrlicle pcp'cis quç j'on avait entamé. Ki Tépitre dfi Fondement , iij aucun écrit de Manès ne pouvijît soutenir une , £preuve si méthodique. Pour y faire diversion, Félix s'avisa de marquer pour le rang épiscopal une crainte révérentielle , qyi était encore moiu^ dans le génie de sa secte que dans celui de toutes les autres. Mais comment pouvez-vous craindre notre autorité , lui repartit le saint évêque, d'uij ton bien capable de le rassurer en elfel ? Vous voyex avec quelle tranquillité nous disputons. Ce peuple , loin de donner aucun signe d'emportement, écoute fivec la plus paisible attention ; et comme son pasteur, il ne veut tirer parti que de la bonté de sa* cause.

Félix demanda trois jours de délai pour se mettre en état de répondre , et on les lui accorda. On revintdans iéglise au tempsmarqué; mais il dit qu'il n'avait pu se préparer, parce qu'on ne lui avait pas remis ses livres. Vous fallait-il trois jours, dit Augustin , pour trouver cette chicane? Vous a-l-oa refusé vos livres , et les avez-vous seulement de- Tiiandés ? Je les demande aujourd'hui , dit-il ; qu'oç me les remette, et je viens au combat dans deux jours. Félix , lui dit le saint évêque , tout le monde voit que vous n'avez rien à répondre. Mais enGti vous demandez vos livres, qui sont gardés sous I9 sceau public : lesquels soubaitez-vous qu'on retire? ^ on va vous les apporter ; nous aurons la patience d'attendre , et nous ne lâcherons prise qu'après avoir vidé la question. Il demanda Tépilre du Fondement. Saint Augustin lui en l'appela de mémoire

toute

toute k substance. Fe'Hx fit ses objections , rebattif vingt fois la même diffictilté , faisant pitië à tous les assistans , s'embarrassant et se confondant lui-même^ fns^tt'à ce qu'un' trait victorieux de la grâce par-* ^^t le bandeau qui lui couvrait les yeux ^ il s^ecria converti : Que voulez-vous que je fasse ? Que vous 6nathdmatisiee l'aniteur de ces blasphèmes y ré-^ pôtïditr Augustin : rtuah ne le faites que de bon tOBiw ; Car personne n'use ici de contrainte. Con-* damnez-le donc le premier , reprit Félix , et je Itf côfiydgfùinerafi ensuite»

A Cela ne tienne, dit le saint docteur ; je vav» jnéme en faire la condamnation par éèrit , afin que fous en usiez de la même manière. Prenant à Fins* tant du papier , il écrivit ces mots : Moi , Augustin ^ évéque dé Téglise catholique,. j.'ai anathematise Af anès , sa doctrine et Tesprit qui a proféré pa# toil organe de si exécrables blasphèmesr. H passa le papier à Félix , ^i s'efforça d enchérir sur cea expressions (i); Aussitôt après , saint Augustin com^

S osa son traita dé la Nature du bieil , contré le fond u maijiichéismé', et en conséquence , sa réponse k SécopdiH^ ouvrage concis et pressant, qu'il mettais fon^liésitei^ , noifobstant sa brièveté , au-dedsus àé Hout 6e Wil avait écrit contre cette hérésie.

Maii^ il itnpoi'tariit encore davantage de réprimei^ tes dona^istes , beaucoup plus puîssans en Afrrqu<r que les sectateurs de Maires. Leurs prétentions et leur audiatce n'avaient plù^ de bornes , depuis- qui! tes malheurs de l'état leur avaient fait accordent la libre exercice dé^ lem* religion^ Ils pillèrent les cam-* pagnes él les fermes, répandirent les vins et le^ iruits qu^ils ne pouvaient consumer , mirent le feu} aux bâtimens. Pour les ecclésiastiques' , peu conteni^de lés dépouiller ,- ils exercèrent sur eux des raffi-* ilemeils inouïs de cruauté , jusqu'à Içur couler dand les yeux du vinaigre et de la chaux vive. Dans I0 territoi^re d'Hippone , un^ de knirs^ prêtres ^. nommé

■ ... I I. ■ I ■ ■■ —————— —»i—^ii^>1^M^.^—- ■ — 1^»^—

(1) Possid. F^it. c. 2r,

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