‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 38 sur 50 · Tome II. 45Lk · texte numérisé non relu

Tome II. 45Lk

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5i4 ' Histoire

Restitut,9'étantfait catholique de sa pleine volonté J ■ sans aucune sollicitation ,les circoncellions ,de eon»- J eert avec leurs clercs , l'enlevèrent de sa maison j ^ le haltirent cruellement , le roulèrent dans une mare bourbeuse, le revêtirent d'une natte de jonc ; pt après l'avoir fait ainsi servir de jouet à leur fareur durant plusieurs jours consécutifs, ils le ■ HDBssacrèrfent (i). Ils coupèrent nn doigt et arra- M chèrent un œil à un autre prêtre, nommé In-- ■ nocent. . ■

Pour reme'dîer à ces de'sordres , les évêques ras- fl semblés députèrent vers l'empereur , afin d'obtenir 1 la révocation de l'édit de liberté extorqué par les Rchismaliques , et dont l'abus se manifestait d'une manière si criante (2). Les circonstances étaient devenues plus favorables par la soumission des re- J telles ; Honorius donna une loi, en date du aS I Août 4io ) pour abroger celle que les donatiste& .^ avaient obtenue par subreption , et pour leur défendre de s'assembler publiquement, sous peine de la vie. Ce traitement était terrible, et hors des règles ordinaires; mais l'audace séditieuse des 1 sectaires et l'ordre public paraissaient l'exiger de ■ la puissance séculière. Pour les évêques , ila se 1 montrèrent bien plus enclins à les convertir qu'à les opprimer. Saint Augustin en particulier proposa de nouveau la voie des conférences. On obtint un second rescrit , qui obligeait lès évêques donatistesde s'assembler à Cartilage dans quatre mois, afiu que les prélats choisis de part et d'autre pussent conférer ensemble. Que si les évêques ne s'y ■ trouvaient pas après avoir été trois fois appelés, ■ il était enjoint de les déposséder de leurs églises. I Toutes les personnes zélées commencèrent à bien ' espérer de ces mesures efficaces , et mieux encore des pieuses dispositions du ministre à qui l'on en commettaitrexécution. C'était le tribun Marcellin, levétu de la charge de notaire impérial ou secré-

tO Aug. £put. i33. (2) Ced. Afr. n. 10;.

DE l' E G L t S EV 5i5

taire d'état , seigneur dont la religion et toutes les bonnes qualités sont devenues fameuses , par ses liaisons et son commerce de lettres avec le docte Jérôme et le grand évêque d'Hippone.

Marcêllin se rendît à Carthage , et fit incontinent avertir tous les évêques d'Afrique , tant catholi-* ques quedonatîstes , qu'ils eussent à s'y rassembler ea concile dans quatre mois , c'est - à - dire , pour le seizième jour de Mai 4ii > l'ordonnance était da i6 Février précédent ,etau plus tard , pour le premier jour de Juin. Il déclarait en même temps ,' qu'on rendrait aux donatistes dociles les églises qu'on leur avait ôtées en exécution du dernier édit,' et il leur permettait de choisir un second juge, pour

V de

être avec lui l'arbitre ou le moidérateur de cett<^ discussion. Enfin il leur protestait avec serment u'ils n'avaient rien à craindre , même en verta es lois précédentes, et qu'ils retourneraient chacun, chez eux en pleine liberté.

Soit confiance dans la probité reconnue de Marcêllin de la part des schismatiques mêmes ,< «oit ostentation et envie de jnontrer qu'on avait torf de leur opposer la multitude comme aux hérétiques , les évé^ues donatistes vinrent en aussi grand nombre qu'il leur fut possible. Les lettres de convocation envoyées par les différens primats à leurs sufTrafîaôs , selon la coutume , portaient que toute affaire cessant , ils se rendissent à Cai^ tnage en diligence , pour ne pas priver la bonne cause de l'avantage de paraître "avec tant d'é-* clat. En effet , tous y vinrent , excepté ceux que la maladie ou un âge décrépit en empêcha; ils se trouvèrent environ deux cent soixante - dix > qui entrèrent à Carthage le dix-huitième de Mai ^ en procession, et comme en triomphe, étalant leur multitude avec complaisance (i). Les évêques catholiques s'y trouvèrent encore en plus grand nombre ; car il y en avait deux cent quatre-vingt-»

i^H^mtDmm

(i) Aug. post. ColU c. 24 et a5.

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|/ nx ; mais ils enlrèrcnt sans pompe et sans l)riiît,'i ■ î Quand tous furent arrives, Marcellin publia

aon ordonnancé de rèclement , où l'on yteut lîoir le plan et tonte la méthode de ces assemblées (i).. , Les éïèrju€s sont avertis d'en choisir sept dtf chaque côte , pour cooiférer , el pareil nombre pour servir de conseil aux pi-emiers , en cas de besoin ; à la charge cependant de garder le silence tandis que' ces pi'emiers parleraient. On indiquait jnsquaa lieu des eonférence6,Bavoirles termesGargilienesy qui se trouvaient au milieu de la ville, avec une salle spacieuae , bien éclairée , et disposée de manière a n'y pas souirrir de la chaleur. Aucune personne du peuple , portent encore les lettres de con- Tocation , ni aucun évêque étranger ne viendra , de peur du tumulte. Avant le jour de la conféi-ence , tons les évêques des partis intéressés promeltronl par écril de ratifier ce que feront leurs représentans. Jusqu'à la eonsommation de raffaire, ils seront d'nne attention eitrême à tenir dans la modération leurs partisans respectifs parmi le peuple. Je publierai ma^ sentence, dit toujours Marcellin , et je l'exposerai au jugement piblic : je |nibliecai même tous les actes de la conférence , après avoir sitîné ce que j'aurai avancé , et après que les commissaires auront de même constaté par leur» ■ousrriptions ce qu'ils auront dit , afin que per-^ sonne ne puisse revenir contre son propre aveu. Pour rédiger les actes, il y aura de chaque côté quatre notaires ecclésiastiaues , qui se relèveront Buccessivement ; et pour plus grande sûreté , 0» choisira dans chaqne parti quatre cvéques, charges d observer les écrivains et les notaires. Les évéques me déclareront de part et d'autre ^ avant le jour du concile, qu'ils consentent à cet ordre : il suflîra «ue ces lettres soient souscrites par leurs primati. Ainsi il ne devait y avoir en tout que Irenle-si» évéques à la conférence ; dix-huit de chaque côté.

dont sept pour conférer y sept pour donner oonseil^, i^atre pour la sûreté des actes.

Les évêques donatistes Youlaient tous être admis À la conférence , sous prétexte de convaincre leurs ennemis de fausseté y par rapport au pom&re ; et les catholiques craicuirent que ce ne fût pour ex«citer du trouble. Ils ne s^opposerent neanmoim ^e feiblement à cette prétmition des schismati* ques y pour les mettre dans tout leur tort , et mon^ trer la confiance qu'ils avaient dans la bonté de lenr propre cause. Ils consentirent même à les y laisser assister tous sans exception y et que de leur paît il n'y eut que le nombre déterminé par îdarceuiil ^ à moins que les donatistes eux-mêmes ne le souhaîr tassent autrement. La générosité fut poussée beâur coup plus loin : si nos adversaires, déclarèrent-ils de yive voix et par écrit (i) ont l'avantage dans la conr férence , nous leur céderons nos sièges : si les avili très au contraire nous adjugent cet avantage^ yious consentons que nos frères séparés^ en se rrar nissant avec nous y conservent l'honneur de l'épift- 4X)pat ; et afin de convaincre que nous ne haïssons -en eux que leurs erreurs , dans les sièges qui se trouveront ainsi pourvus de deux prélats , ou bien • chacun d'eux présidera à son tour y ayant son collègue auprès de lui comme unévêque étranger; ou tous les deux présideront, à la fois dans deuK églises différentes du même siège , jusqu'à ce crue l'un ou l'autre venant à mourir y il n'y en ait plus

Îu'un y selon le droit commun et la coutume, l'exception n'est pas sans exemple , et l'on en a usé dès le commendement en faveur des schismar tiques réunis. Que si les peuples ne veulent pas avoir deux évéques ensemble y contre la pratique ordinaire, nous céderons la place quant a nous autres catholiques. Il suffit y pour ce qui est de nos personnes , de vivre en simples et fervens chrétiens ; c'est pour le peuple que nous sommes ins-

* '' ' ■■ ■ ■ Il I ) ^B— .^h— — »J— 11^— ^— iT1^>— — I I I»

(i) ^p. Aug. Eu. ia8.

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titues : usons donc de répiscoiiat , selon qu'il esÉ expédient pour la paiTtetrëdiucationde ré^li&e(i). On reniarque avec admiration , que parmi près de trois cents prelals que les catlioliques avaient au concile , celte résolution magnanime ne déplut t{u"à deux ; encore revinrent-ils bientôt au senliment généreux des autres.

Il ne s'agissait plus que de choisir et d'autoriser les députés ; ce qui se fit le trentième de Mai , tous les éveques catholiques s'étant assemblés entr'eux , et ayant commis leur cause , par procuration, au nombre des docteurs qu'avait fixé Marcellin, On ctbserve , à la gloire du grand Augustin , qu'entre les sept prélats nommés pour les conférences , il y avait avec lui deux de ses amis et de ses plus alfides disciples, AlipiusetPossidius. Lesdonatislesavaient donné leiu-s procurations à leurs députés , dès le iVingt-cinq de Mai.

Après tous ces préliminaires , on s'assemhla au jour indiqué, c'est-à-direlepremier de Juin 4^1 ; mais cette journée se passa toute entière en chicanes de la part des scbismatiques , et à vérifier les signatures des procurations qui instituaient leadixliuit députés catholiques. 11 fallut faire paraître , l'un après l'autre , tnns les évêques qui avaient signé ; les donaûstes alîéctant de ne pas croire qu'il en fût venu à Carthage un si grand nombre, et ne se le persuadant peut-être pas en ellet , parce que ces pieux prélats n'étaient pas entrés avec le bruit et l'ostentation de leurs rivaux. Quand ils en vinrent à leur tour à la vérification des souscriptions donatistes , ils découvrirent mille traits odieux de supercherie. Mais ils voulaient convaincre leurs adversaires, et non les confondre : ils ne tirèrent d'autre avantage de la droiture particulière à leur procédé , que d'en faire un préjugé de plus en faveur de l'unité. Ainsi ménageait-on , avec la circonspection la plus charitable , des esprits poin-

[i) Aug. de gest. cum £.'mer, n. 6.

B E X^ £ G L I s c. 5^iigi

tiUenxetde mauvaise foi, qui ne cherchaient qu'un prétexte a une rupture entière. Ils n'avaient pas rougi de se récrier', comme sur une fin de non re-* cevoir , contre les quinze jours que Marcellin\ivait ajoutés par indulgence au terme de quatre mois spécifié dans le rescrit impérial; d'où* ils inférèrent avec arrogance , que la conférence ne pouvait plus avoir lieu , parce que le Jour de l'ouver* ture en était passé. Heureusement jf'empereur avait donné pouvoir au tribun E'accorder deux mois de plus , en cas de besoin. Quant à la dispute qui; s'éleva pour le nombre des souscriptions de l'un et de l'autre partie ellea produit un avantage à l'église, en faisant présumer de la multitude des évêques répandus avec la même proportion dans le reste de la chrétienté. On voit que les catholiques avaient alors en Afrique quatre cent soixante-dix chaires épiscopales , sans y comprendre celles qui étaient occupées par les seuls donatistes (i)i.

Le second jour de la conférence fut le troisième de Juin : on s'assembla au même lieu erdans le même nombre que la première fois ; c'est-à-dire le commissaire Marceliin avec ses adjoints ou officiers, et les députés de^ deux partis. Les principa^s chi<* canes avaient ,ét^ levées dans la première séance; mais ellie^ n'^élàient pas toutes épuisées. Le corn* miss^Âré a^ant prié les évèques de s'asseoir , comptant enfin opérer sérieusement , les catholiques s'assirent sans difficulté ; mais les donatistes, soutenant toujours leur injurieuse sévérité , dirent que les divines écritures leur défendaient de s'asseoir dans la société des méchans. Marceliin eut la dé-^ férence de rester debout : les catholiques insultés se levèrent aussitôt de leurs sièges ; ce qui donna lieu à plusieurs autres demandes qui ne tendaient qu'à traîner en longueur. On accorda tout ce qu'on put , et cette journée se passa encore toute en préambules.

(i) Auc. Bnsyic» /i. ?i3#

]a conféf I 1 en vint f M

EnOn le troisième et dernier jour de la rence , qui fut le huitième de Juin, on ei non sans peine , au fond de l'affaire ; tant l'esprit de cbicane est inépuisable. Il arriva , à deux tct prises , que les donatistes se trahirent eux-mêmes , en se plaignant qu'insensiblement on les«ngageait dans le fond de la question ; comme s'il eût jamai* dû s'agir d'autre chose. Mais la patience remporta sur laduplicile' et l'obstination. Les schismaliques Knlaient tout l'intérêt qu'ils avaient à multiplier les préliminaires , et à bien défendre, si l'on peut s'exprimer ainsi, les approches d'une place dont jls connaissaient la fainlesse, et qui allait essuyer de si rudes assauts. En eifet , ils furent presque aussitôt vaincus tpi'attaqués. On commença par U question de droit : Saint Augustin montra quedaHf 1 église catholique, répandue par toute la terre, les méchans tolérés par esprit de paix , ou parcs qu'ils sont méconnus , ne nuisent point aux bon$ qui les souffrent sans les approuver (i). Pour concilier les passages de l'écriture allégués de part et d'autre , il distingua les deu\ états de l'église, celui de f église militante , c'est-à-dire la vie présente où elle est«nèlée de bons et de méchans , et celui da l'église triomphante, où ses enfans ne seront plu» sujets au péché ni à la mort. Après la question de droit , on traita , comme moyen de surérogation , la question de fait , o'estrà-dire qu'on examina la cause particulière et primordiale du schisme de Donat ; et il fut prouvé d'une manière inconlesr table , en particulier par l'ancienne relation du proconsul Ânnulin à l'empereur Constantin , quo Cécilien n'avait pas été ordonné par un Iraditeur;

3 ue Félix d'Aplonge avait été lavé parfaitement e cette imputation calomnieuse ; que Second tout au contraire, et plusieurs des schismatiques soulevés contre Cécilien, étaient autant de traditcurs. On lut ensuite le jugement de Gonslaiilin , ren»

(i) BrL^i,

fermé dali$ «a lettre au vicaire d'Afriqtie , par 1a« quelle ii déclarait Géciiien innocent ^ et les dona*** tiste$ calomniateurs. -^'

Alors Marceliin dit aux docteurs du parti rju'îla pouvaient répondre. Ilsdfmandèrent^avec toute la ^cur i té de la présom pti on , qu'on eu t à écouter la lec« ture qu'ils allaient fairiS d'un passage triomphant de (aijit Optât» Us lurentaussitÀtle passage, quid'abor4 Vexprimait rien que de vagua et d'obscur. Us vou-< lurent poursuivre , et lurent toute la pag^ ; et Fon trouva que l'auteur disait précisément le contraire de ce qu'ils prétendaient , c'est-à-^ire que Cécilien avait été déclaré innocent : ce qui fit rire les assise tans , qui n'avaient d'abord su que penser du ton confiant des sectaires à draiander cette lecture. Les ^chismatiques firent encore lire d'autres pièces y qui ne leur réussirent pas mieux que les écrits des pères, et dont quelques-unes' fournirent de nou^ velles armes contre eux. Sur ce qu'oflf leur dé^ montra que plusieurs de leurs coryphées étaient véritablement entachés de ce qu'ils imputaient faussement à leurs contradicteurs , ils répondirenty pressés par La force de la vérité , qu'une affaire y ou une personne ne formait pas un préjugé rai« sonnable contre une autre personne. C'était repas^^ ser de la question de fait à celle de droit , et pré*» eisément ce que les catholiques avaient coutuntie de leur répondre , pour montrer que le crime do Cécilien , quand il serait avéré ,. né tirerait point à coasé(fuence contre d'autres évêques, bien moins encore contre l'église universelle.

Comme ils commençaient à se répandre en vai* nés déclamations , le commissaire Marcellin leur dit : Si vous n'avez plus de raisons particulières à faire valoir, il est tempsde vous retirer et d'écrire la sentence. On se retira des deux parts, et la sentence fut dressée : après quoi Marcellin fit ren-^ trer les uns et les autres pour leur en faire l^ lecture. Il était nuit , quoiqu'on fût aux plus grands jouKS de l'année , et cette séance qUi avait

commencé an point du jour; ne put finir qu'aux beaux. Il ne nous resle qu'une partie (les actes , qui étaient fort longs ; mais saint Augustin noiis en a conservé la substance (i). La sentence portait , que personne ne devant être condamné pour la iaute d' autrui , les crimes de Cécilien , quand ils seraient prouvés, ne pourraient causer aucun préjudice à l'église universelle ; que Donat avait été convaincu d'être l'auteur du schisme ; que Tévêque Cécilien , et Félix d'Aptonge qui l'avait ordonné , avaient été pleinement justifiés. Après ce dispositif, il est ordonné que les magistrats, les propriétaires et locataires des terres empêcheront les assemblées des donatistes en tout lieu; que ceux-ci remettront aux catholiques les églises que Marcellin leur avait accordées durant sa commission ; "que les donatistes qui ne voudront pas se réunir a l'église, demeureront sujets aux peines portées dans les lois ; qu'à cet eilét , leurs évêques obstinés se retireront incess^unmént chacun chez eux ; enfin,

3ue les terres où l'on donne retraite à des troupes e circoncellions , seront confisquées. On rendit publics les actes de la conférence, et l'on prit la méthode de les lire chaque année dans les églises de Carlhage , de Tagasle , d'Hippone et de plusieurs autres sièges. •

■ Cependant les prélats schismatl(|ues appelèrent de la sentence de Marcellin. Ils ne manquèrent,pas de prétextes; et les mensonges, comme on peut se l'imaginer, les murmures elles calomnies ne furent pas épargnés. Saint Augustin répondit par un traité , qu'il adressa aux donatistes laïques , sur qui il fondait beaucoup plus d espérance que sur des docteurs entêtés et de mauvaise foi , en qui '~ honte n'opère d'ordinaire que le dépit et l'end cissement. En conséquence du rapport de Ma cellin à l'empereur, et de l'injurieux appel des schismatiques opiniâtres, il intervint une loi du

trentième de Janfîer 4'^^ qu'on peiit regarder comme l'époque de la ruine de cette secte intraitable. L'empereur . casse tous les rescrits que les sectaires pourraient avoir obtenus , et confirme toutes les lois faites antérieurement contre eux ; les condamne à de grosses amendes y suivant leur con« dition , depuis les personnes les plus qualifiées jusqu'au simple peuple , et les esclaves à des punitions corporelles ; ordonne que leurs clercs soient bannis d'Afrique , et toutes les églises rendues aux catholiques. Tel fut le coup mortel du donatisme. Quel^ que temps après la publication , les évêques mêmes rentrèrent de toute part dans le sein de l'unité , avec leurs églises tout entières. Uyen eut quelquesuns qui persévérèrent dans l'obstination ; mais ce lie fut plus qu'un parti désespéré , qui ne se dibnna pas la peine de sauver les apparences , pas même de se conserver le retranchement de l'hypocrisie , qui est la dernière de toutes les ressources des sectaires. Ils publiaient sans pudeur qu'ils ne se rendraient as y quand même on leur ferait connaître la vérité e la doctrine catholique et la fausseté de la leur (i). En peu de temps , le zèle sage et paternel des évêques , principalenient de saint Augustin , ne fit plus de tous les cnrétiens d'Afrique qu'un seul trou-, peau 9 soumis à As chefs immédiats /et subordonné au premier pasteur.

Mais il est du bien de l'église , qu'elle ait sans

ferait perdre à ses enfans , avec la gloire et les fruits de la victoire , l'usage même des armes nécessaires à la plus indispensable défense.' Les donalistes ne furent pas plutôt réduits , ou hors d'état Je former des attaques redoutables , qu'il s'éleva une secte moins violente , mais beaucoup plus dangereuse. Pelage enfutTauteur. Né dansla Grande-

(0 Aug. EpisU i3g.

■ doi

Bretagne , d'une famille obscure qui n'avait pu luî donner une éducation dislinguée ni le faire instruire dans les lettres , son esprit au-tlessus de l'ordre commun , sa dissimulation, sa souplesse suppléèrent à tout. Il embrassa la profession monastique, où il ne fut que frère lai. Mais étant ïenu à Rome , il acquit une grande réputation de vertu ; et durant le long séjourqu'ily fit, il profita de la

» facilité des relations, pour gagner (jl" toute part

l'estime des gens de bien qui avaient de la célébrité ,, entr autres, de saint Paulin et de saint Augustin. l! se fit même un nom par sa doctrine, et U composa quelques ouvrages utiles.

Ayant fait connaissance avec un Syi'ien notsmé Kufin , il donna dans les erreurs les plus impies sur le chapitre de la grâce ; car ces dogmes pervers venaient d'Orient, et tiraient leur source, à ce qu'on prétendît, des principes d'Origène(f). Ili-fin les avait apportés à Rome vers l'an 4oo j mais il n'osa jamais les publier lui-même, et il crut découvrir dans le moine Pelage un instrument propre à ses vues. Ce n'est pas que Pelage fût plus d'numeur que lui a s'aventurer; mais avec un talent infini pour dissimuler et s'insinuer pied à pied , il s'avançait ou il reculait , se monlxpit lui-même ou sondait le terrain par des émissaires aflidés , qu'il approuvait et désavouait selon les conjonctures (2).

Célestiiis servit sur-tout à son dessein Ci) , nonseulement par la prépondérance que lui donnait la noblesse de son extraction , mais parce qu'à un génie très-semblable à celui de Pelage , à la subtilité et à l'amour de la nouveauté, il joignait un caractère plus liardi et plus entreprenant. Ils sortirent l'un et l'autre de Rome , peu avant l'invasion des Gotbs , et ils se transportèrent en Afrique. Pelage passa par Hippone avant de se démasquer ; saint Augustin le vit ensuite à Carlbage. Il avait

(i) Mercai. Conim. in W. 1 (^) Cennad. c. 44- ^^ sub nol. p. 2o. \ (3j yiW. J

ié]h entendu parler de ses erreurs ; tnih il était alors absorbé par les soins où l'engageait sa confé'» renée avec les donatistes. Pelage passa de Carihagc en Palestine , où il demeura long-temps.

Pour Cëlestius , il était resté à Cartnage , où il prétendait se faire ordonner prêtre. Cependant ^ comme ce novateur emporté dogmatisait sans méf nagement, il fut dénoncé à Téveque Aurélius paf Paulin , diacre de Milan , ancien secrétaire et auteur de la vieide saint Ambroise. Ce diacre avait été envoyé de son église à celle de Carthacé , qui manquant de sujets , en avait demandé à l'Italie ^ beaucoup mieux pourvue. Formé à l'école d' Ambroise , il y avait puisé l'borreur des nouveautés profanes et le courage de les déceler. Dans la dénonciation qu'il fit de Célestius à un concile qu'on assemUa pour ce sujet, il en réduisit les erreurs à leurs chefs principaux ( i ) ^ il montra quo •le dogmatiseur ne niait pas seulement le péché originel , avec ce qui le présuppose et ce qui en est la suite , tel que l'heureux «tat où Adam fut créé , et auquel le genre hximain était destiné avant le péché ; mais encore la nécessité de la rédemption, l'insuffisance de la loi pour le salut , et son imperfection par comparaison avec l'évangile. Célestius avait avancé que ce n'étaient là que des opinions problématiques qu'on pouvait soutenir ou combattre indifféremment, et qu'il connaissait plusieurs ecclésiastiques qui rejetaient le péché originel. Il cohfessait d'un autre côté , que les enfans avaient besoin de rédemption , et qu'on devait les baptiser , pour qu'ils eussent part au royaume des cieux. Mais entre le royaume des cieux et la vie éternelle , qu'il ne faisait pas difliculté d'accorder aux en^fans morts sans baptême^ il mettait une distinction toute nouvelle ; il usait de mille autres subtilités , qui adoucissaient en apparence ^ ou obscurcissaient cequ'il avait avancé de mal sonnant et de scandaleux. Lés prélats l'entreprirent

(i) Merc. Comm. ad Imp. c. i.

"ff^.

SsG Histoire

cnlin metliodiquement , l'interrogèreiit de stiïte S plusieurs reprises, et le pénétrèrent assez pour le convaincre d'errer avec opiniâtreté en matière de foi. En conséquence, il fut expressément condamné par ce concile de Cartilage , et privé de la («mmunion ecriésiastiqne. La sentence intimida ses partisans , et les rendit beaucoup plus exacts ou plus politiques. Suint Augustin n'avait pas assisté au concile , et il ne s'éleva pas d'abord nommément contre les chefs de la nouvelle secte , toujours en réputation de vertu et en liaison avec les personnes pieuses, auxquelles ils avaient grand soin. de tout déguiser. Il se contenta d'instruire son jieuple, de l'exliorter à demeurer ferme dans Tancienne doctrine , sans trop désigner ceux qui l'atta-

Suaient, de peur de les aigrir et de les porteraux erniers excès. Toutefois d écrivit contre eux ou contre leui-s principes, celleannée-là même 4i2-

Le tribnnMarcellinqni voyait renaître les troubles dans réglised'Afrique, n'eut rien de plus pressé que de consulter l'oracle de celte province et de tout le inonde cbrétien, sur ces disputes alarmantes , principalement sur le baptême des enfans: Augustin lui envoya pour réponse ses livres de la Rémission des péchés, les ^iremiers qu'il ait composés contre le» pélagiens. Pour saper celte hérésie par les fondemens , il y prouve d'abord que Fbomme est sujet à la mort, non par la première inslilution du Createur , mais par le démérite du péché; que le crime d'Adam a souillé toute sa postérité, et que c'est pour obtenir la rémissifHi de ce pécbé d'origine qu'on baptise les enfans. Il soutint constamment que celle tache originelle est assez odieuse aux yeux du Seigneur, pour lui faire exclure ceux qui la conservent , tant de la vie éternelle, que du royaume des cieux , contre la vaine distinction des novateurs. Il avança même dans la suite , spécialement dans un

sermon plein de véhémence prêché à Cartha"e , que les enfans mgrls sans baplème, sont vérilamement condamnés au^ peines a<i l'tjiifer et aiut feux élec-'

DE' L^ E G L I 6 X. Soi^

heh. Plusieurs écrivains ecclésiastiques^ sur-tout parmi les Orientaux , ont trouvé cette doctrine trop rigoureuse. Saint Augustin lui-même , en répondant depuis à Julien d'Eclane, Ta beaucoup adoucie dans le cinquième de ses livres contre ce dangereux sectaire, ouvrage des plus réfléchis et des mieux travaillés entre tous ceux du saint docteur. Voici ses propres expressions : Non , je ne dis pas que les enfans morts sans baptême doivent sunir unie si grande peine , qu'il leur eût été plxis avantageux de n'être point nés; je n'oserais dire qu'il leur fût

{)lus expédient de n'être point du tout , que d'être à où ils sont. Il ne les condamnait donc plus aux flammes éternelles, comme les adultes réprouvés, pour qui le Sauveur , à cause de cet affreux châtiment, dit qu'il serait plus avantageux de n'avoir jamais existé. Il faut encore observer que la sévérité extraordinaire de saint Augustin , du nioins pendant quelque temps ^ au sujet des enfans coupables de la seule faute de leur origine , provenait; de son penchant vers une opinion abandonnée depuis, savoir que nos âmes et nos corps viennent également de ceux du premier homme.

. Quelques modernes ont été au contraire jusqu'à imaginer un troisième lieu , où non-seulement les enfans morts sans baptême ne souffrent aucune peine du corps , mais jouissent d'une félicité naturelle , tout privés Qu'ils sont de la vision de Dieu. Le pieux et savant Bellarmin, avec tous les docteurs les plus respectables , trouvent ce sentiment contraire à la foi , sans croire néanmoins que ces enfans endurent la peine du feu. Abstenons-nous, selon nos maximes y de ces sortes de discussions : croyons simplement , avec le torrent des pères et des docteurs , que ces héritiers infortunés du crime de leur premier père sont dans un état véritable de damnation , et positivement malheureux , sinon par le feu et les autres tourmens corporels , sinon encore par le ver rongeur ou les remords de la coQScience , qu'ils ne sauraient éprouver pour une faute qui n^a pas dépendu de leur

SaS H I s T 0 t R S

tolonté , au moins par la peine du clartt , fin la pri-* TartioD d'un Dieu qui était leur fiu dernière et la source nnique de lônr souverain hnnUeur. OsonS néanmoins pritsumer de ce Dieu clément par lui-même, et que Bos iniqiiités senîes foi-cenf d'être gévère , «jo'il ire découvre point à ces enfans la grandeur de leur perle , d'une manière à leur faire SoUffrirnnepeirte égale à celle ffue sa jtisfe vengeaned inftigf^ aux pécheurs condamnés poar l'abus qu'ils ont fbit de leur Uber(é.

Du faax prineipe que k nal:ure n'avait pas été infectée (lans sa sOucihc , les pélagieos' concIuaienB que les hommes felronva'feitt ei* eux-mêmes , et Itf pouvoir, (H 1» facilité tfaectforplir tous les commamlenjcHS divins, s'ib les voulaient accomplir j qu'il dépendait d'eux de passer toute leur vie sans péclié , et que plusieurs , tant sous la loi ancienne que sous l'evangilc , avaient été enectivement nettf de lOHles taches , même les plus légères. En eon-' venant «ne l'homme' pendant cette vie peut être^ Sam péché , par la graee de Dien et la Coopératioii du libre arbitre , Augustin affirme que personne? n'est réellement en cet étal , parce que personne nd fcveat autant qu'il faut; qu'excepté JesuS-Christ, ââcâfi homme n'a été et ne sera ainsi sans lacb-e. Quant à la mère de Dieu , il s'explitpie asse2 dans' wn autre endroit , pour qu'on ne puisse rien cDn-' «lure de celui-ci , contre l'un de ses plus glorieirff privilèges , comme nous le verrons bientôt. -■

MaPcellin ayant reçu ces réponses du saint doctem?^ foi récrivit avec étonnement , sur ce qu'il disait que ïbomme peut être sans péché, et que nul homme s'y a été et n'y sera jamais. Comment , lui dit-il , aïKnrez-voiis possible une chose dont vous pré- (endez qu'il n y a et n'y aura point d'exemple? Pour résoudre cette difiiculté, Augustin écrivit son livre de l'Espritetde la Lettre, qui n'est qu'une explication du pafsage de l'apôtre , où il est dit que ta lettre tue et que l'esprit donne la vie. Il y lait toir, par une longue induction , qu'il y a beaucoup'

de

Ht l'Eglise. ^^gi

'de choses possibles qui n'oiit jamais existé. Comme on pouvait lui répliquer , que là plupart des corn** paraisous qu'il citait en preuves^ ne roulaient que sur des œuvres toutes divines ; il prévient FoIhjection , et dit que la fuite du péché dans Thomme est la plus divine de toutes les œuvres. Car pour l'éviter , il ne suffit pas à Thomme de la liberté y

3u'il tient dcson Créateur ; il ne lui suffit pas dé^ ocumens extérieurs , quoique surnaturels , qui lui apprennent ce qu'il faut faire pour bien vivre ; mais avec les forces de la nature et le secours de la révélation , il est encore nécessaire que le Saint- Esprit y- par les inspirations et les impulsions qu'il produit intérieurement dans nos ames^ nous porté a la pratique du bien déjà connu : autrement , l'instruction n'est que la lettre qui tue ; puisque la grâce intérieure surajouta à la nature en vertu de la rédemption , est l'esprit qui vivifié. La loi qui nous instruit est donc insuffisante , quoiqu'elle soit bonne et sainte; Nous nous rendrions au contraire plus coupables , si elle se trouvait seule, puisqu'alors nous connaîtrions nos devoirs, sans pouvoir les remplir.

Quand bien même , ajoute-t-îl , on exécute ce qui est commandé, si on le fait par uxie crainte servile , qui en renonçant au mal , regretté de ne pouvoir le commettre impunément, cette obéissance n'est pas digne d'en porter le nom , et mérite des châtimens^u lieu de récompenses. Car il n'est point de bon fruit qui ne provienne de la racine de la charité. On a trop abusé de ces expressions de saint Augustin , pour qu'un écrivain qui rend le moindre compte de la doctrine de ce père , puisse se dispenser d'en expliquer le vrai sens. Observons donc que le saint docteur ne réprouve pas la crainte en général. Elle ne surmonte pas , à la vérité , la concupiscence sans le secours de l'espérance : mais elle ne la favorise pas non plus; et quoiqu'imparfaite, elle n'est pas mauvaise, à moins qu'elle nesoitjointe à l'affection^ctuêlle et libre du péché ^ Tome IL ^ Ll

^3o Hi s T O I H E

• jc'esl-à-dh'C , à moins qu'elle ne nous fasse aljstenh* seulement de l'acte exlérleur du pe'cbé , et, nohWe ja volonté de pécher. Par la charité, le saint docteur, suivant lexplicalion ^uen a donnée le clergé de J'rance en l'j^o , n'entend pas seulement la charité Jiabitiielle et l'amour dominant ; mais tout amour actuel de Dieu „ toute bonne volonté , tout amour jIu vrai bien, en quelque degré qu'il puisse être. C'est dans ce sens qu'expliquant ces mots de saint Paul aux Romains ; les gentils qui n'ont pas la loi , font /latui-ellement des choses qui sont de la loi , Saint Augustin dit que les infidèles font certaines actions conformes aux règles de la justice. 11 est vrai qu'il ajoute aussitôt , que si l'oa examine attentivement à quelle fin sont dirigées ces œuvres , à peine s'en trouve -t-il qui méritent le nom d' œuvres de justice. Mais toujoui-s est -il certain par - là , que le saint docteur reconnaît

3ue quelques - unes de ces actions , loin d'être es péchés , sont des actes de vertu. Lors donc qu'il dit, que ce qu'il y a de bon dans ces infidèles ne servira qu'à diminuer leur suppbce , il ne prétend las qu'ils seront punis , au moins légèrement , pour e bien qu'ils auront fait ; mais que la justice divine trouvera moins de péchés à punir en eux , que s' ils n'avaient fait aucune de ces actions moralepient bonnes. C'est par-là que s'explique aussi ce qu'il ajoute, que le libre arbitre ne peut que pécher, El la route.de la vérité est incQnnuejetquandmême elle commence à être connue , si la cliarité ou la grâce intérieure du Saint -Esprit ne nous la rend encore aimable. Il ne veut rien dire autre chose , sinon que dans l'ordre du salut dont il s'agit uniquement en cet endroit , le libre arbitre, loin de le procurer , ne peut qu'y mettre obstacle , en péchant le plus souvent.

Le trente-troisième chapitre de ce traité me'rite une attention toute particulière , pour la manière dont il établit tout à la fois , non-seulement la volopté sincère qu'a le Sei^neiu- de sauvçy i

]bQPQi]fH|S , iÈt par conséquent la grâce suffisante ^' pfii^ue toi^s ne se saviyen^ pas ; mais encore la puisst^nçe 4e Dieii, ^t Tacçord ^e la liberté avec cette puissance ou avec la grâce. Saint Augustin av^itaéià dit plus h^u^q^V^C le^^eigi^çur^ en donnant: le pouyqir jje tien faire , n'e^i impose pas la né-r ïîessitp. il ajoute ici , que le liW*e arbitre est cette force intermédiaire qui peut êtrp déterminée pour 1^ parti de la fçi, pi) pour celui.de Tinfidélité ; sans iVon en puisse inférer que rhopupie a la volonté e croire , à moins qu'il ne Fait reçvie de Dieu surpatvirellement : car quoiq^ elle procède du libre a¥*^i|;fe q\ie noi:^$ tenons., naturellement du Créateur , il faut que ce libre arbitre soit excité paç ime vocation surnaturelle ^ou par la grâce. Le oeîr ' gne^r qui \ç\iX saps contredit que tous les hommes soient sauvés , ne leur 6te pas pour cela le libre arbitra , sur riisagç 4^9^^^ ^^^ seront très-justemenÇ )]agés. 9|fais quan4 ils eQ font un mauvais tçsage ^' }Is agissent pqutre sa yolonté y sans toutefois la vaincre; puisqu'ils éprouveront dans les supplices }^ puissance de celui dont ils ont méprisé la miséricorde pu les dous. Ainsi la volonté de Dieu ^ cqnclut-il , n^est jamais vaincue. Elle ne pourrai^ l'être , qufi s'il ne t^-ouvaît pas naoyçn ae punir peux qui la piéprisent. «^insi encore maintenonspous tovit à la fois, et \e libre arbitre, et tous le^ gujpts qu'i^ notre ame de bénir le Seigneur ^ en recopns^issance de ses dops.

Ceâ derniers traits sont si cpnçluiiaps , que ceux dpnt ils çoml]|attent la doçtf^ine n'ont point trouve 4'autre rçssoflrpe pour y répondre , que de le^ 4qni}pr ppur une objection éiite é^ux pétagiens par |e ^^}ipi\ docteur ; ^ndis que p'est s^ réponse même fi ïem: Q^)jection. S'il ajoute que cette réponse ne

Îati§fef^peut-êtrp qu'imparfaitement, il en rejette a cause sur l'obscurité du mystère de la prédestil}fition , pu spr la question suivante qui demeure toujours impénétrable : Pourqiiôi Dieu , voulant le salut de tous les hommes « ne les àppelle*t-ii

pas d'une vocation à laquelle ils consentent ? Le défenseur de la grâce avertit enfin , de ne point attribuer à Dieu le pèche , comme on lui attribue ia volonté de croire et de bien faire ; quoique l'un et l'autre tirent leur existence du libre arbitre qu'il nous a donné en nous créant. Si l'on rapporte à Dieu la bonne volonté , ce n'est pas seulement à cause du libre arbitre qui est un apanage naturel de notre création ; mais parce que le Seigneur nous fait vouloir par des secours , tant intérieurs qu'extérieurs , qu'il n'est pas en notre pouvoir de nous procurer; quoiqu'il dépende de nous d'y acquiescer ou d'y résister : ou pour rendre encore plus littéralement les expressions originales , parce qu'il n'est au pouvoir de personne de se procurer ce qui lui vient de salutaire à l'esprit ; mais 3u'il n'en dépend pas moins de la propre volonté , e donner ou de refuser son consentement. C'est ainsi que le docteur de la grâce en soutient pai^ tout les droits , sans jamais préjudîcier à ceux du libre arbitre.

Etant allé à Cartilage, l'évêque Aurèle /suivant la coutume observée entre les évêques à l'égard des prélats étrangers , pria cet lïôte respectable de faire l'oflice et l'instruction. Il le prevint sans doute, que les ennemis de la grâce , quoique plus réservés depuis le dernier concile , continuaient à tromper les sim])les , par le moten de leurs pei"lides équivoques (i). Le saint docteur parla aTec une éloquence extraordinaire , et prouva le péché originel par les principes mêmes des pélagiens , qui refusaient le royaume des cieux aux enfans morts -sans baptême. Cette privation , disait-il , de quelque manière qu'ils l'expliquent, est toujours une peine ; or, comment ime personne en qui il ne se trouverait aucun péché , pourrait-elle subir justement une peine quelle qu'elle fût. L'orateur poussa vivement cette diilicullc,il fut très-véhéraent

{ijSerm.i^fl.

fc B L* E G £ î 9 É; 533

(âans toute là suite 4^ son discours , et les hérétiques pressentirent tout ce qu'ils avaient à craindre de lui. Pelage appréciait assez bien ses forces et celles de ses ennemis. En cédsypit à Augustin la préé-> minénce de la doctrine , il sentait toute Tétendue de son propre talent pour Finsinuation et la séduc* tion. Il conçut le dessein de Raener l'adversaire qu'il désespérait de. vaincre. D abord il tenta de le prévenir favbrablement par le moyen de la flat-r terie et des louanges. Il lui écrivit d'un style à éblouir tout homme qui eût eu moins d'humilité que de science. Le modeste et profond docteur lui répondit froidement, quoiqu'avec beaucoup d'honnêteté, qu'il était reconnaissant des marques gra« tuites de son estime ; mais qu'il le conjurait de prier qu'il devînt, parla grâce divine , tel qu'il le peignait , plutôt que de continuer à le peindre tout autre qu'il n'était. ] .

L'hérésiarque , qui ne se déclarait pas ouverte^ ment , continuait de passer pour orthodoxe dans l'esprit de la multitude abusée par ses expressions artificieuses , et plus encore par sa manière de prcH poser l'erreur en forme de question : stratagème concerté entre lui et ses disciples ,'et principale*^ ment avec son fidèle Célestius. C'est ainsi qu'il avait déjà procédé dans ses commentaires sur. les épitres de saint Paul. Bientôt la providence fournit unç Occasion éclatante de dévoiler l'imposture.

Démétriade , de l'illustre maison des Aniciens^' s^étant retirée en Afrique avec ses proches , pour se dérober à la fureur des Goths qui ravageaient l'Italie, fut si touchée de ce qu'elle avait entendu dire à saint Augustin sur la virginité chrétienne , qu'elle résolut de l'embrasser. Elle tint cependant^ sa résolution fort secrète. Dans le faste et les dér lices, au milieu des troupes d'eunuqnes. et d'esclaves de l'un et de l'autre sexe qui ïa servaient^ elle s'habitua à pratiquer les jeunes et les abstinences monastiques , a porter des habits rudes e t grossiers , le cilrce même , et à coucher sur la terre ;

Ll 3

'te4 H t s t OIRi

avec le moins d'éclat cependant rpï*il lui fut poï^a sible, et n'ayant pour confidentes que quelque^ , vierges entre ses vertueuses domestiques. Son piilîJ grand embarras , c'était de faire agréer son desseîil a sa mère Julienne , et à Proba son aïeule palernelle. Elle était bien éloignée de penser que les VoéùX de ces illustres Romaines , encore plus distinguées par leur religion que par leur naissance , fussent d'accord avec les siens , et les apparences étaient en elfct toutes contraires. Gètte mûre et celle aïeule respectables ne semblaient rien avoir plus à cœur que le mariage deDémétriade; mais elles n'agissaient ainsi , que pour mettre à couvert les moeurs d'une jeune personne, dont elles n'osaient exiger une J)Ius haute perfection. Cependant l'ignorance mu* tuelle de ce qui se passait dans ces âmes généreuses j toutes également zélées pour la cliasteté parfaite, amena le mariage presqu'au moment de sa célë^ ïïration. Déjà le jour était pris , déjà l'on préparait la chambre nuptiale , et la timide Démétriade se trouvait dans la plus étrange inquiélùde. Elle prit Bon parti durant la nuit , aniitwfe jiar le souvcnif d'une înGnité de vierges coul-ageusés. Le malin j rejetant toutes ses pierreries et ses parures ordinaires , couverte d'une vile tunique et d'un gro» manteau , elle alla se jeter aux pieds de son aïeule , à qui elle ne s'expiiqoa que par ses larmes. Proba , et Julienne qui survint , concevaient à peine ce qu'elles voyaient , et ne savaient à quel motif l'attribuer , ni à quoi se résoudre. Mais quand elles se furent assurées de la pureté des intentions de Démétriade et de la maturité de sa résolution , elles applaudirent à sa piété en l'embrassant avec tendresse , et en mêlant leurs lartnes aux siennes. Toute cette auguste maison prit part à la joie d'une nou-' velle si digne d inléresser des âmes romaines, dont l'héroïsme s'élait tourné tout entier du côté de laj religion (i).

Plusieurs domestiques et plusieurs amies de Démétrîade suivirent son exemple. Toutes les églises d'ACricpie s'en tinrent honiorées ; celles. dltalie furent consolées dans la trrste situation où elles se trouvaient, et la renommëe en passa jusqu'en Orient* Proba et Jotienne ne diminuèrent rie^ de la dot de leur fille , et donnèrent à son époux céleste , dans ses men^bres qui sont les pauvres , tout ce qu'elles avaient destiné pour le mariage/ Enfîri elle reçut le voile des mains de Févêque , avec de grandes solennités (i).

Le saint pape Innocent et tous les personnages les plus distingués par leur piété et leur éloquence, consacrèrent dans leurs écrits Ife souvenir d'un événement si glorieux à la religion. Le saint prêtre Jérôme, à la «prière ^' on lui en fit, recueillit dans une grande lettre adressée à Démétriade , les difFérens devoirs d'une vîei'ge chrétienne , et il interrompit pour cela son commentaire sur le prophète Ezéchiel , qu'il' était près d'achever. Il ne manqua point de la prémunir contre les périls en matière de foi ; bien instruit de tout ce que les personnes de ce rang et de cette ferveur , sur-tout parmi les femmes , ont à craindre. des assiduités et du zèle intéressé des novateurs. La règle capitale qu'il lui prescrit dans cette occasion , et à laquelle il subordonne toutes les autres , c'est de

Îirofesser invariablement la foi du àaint pontife nnocent.

Pelage qui était alors en Palestine, et plus jaloux que jamais de figurer entre les hommes renommés

Eour la doctrine et la piété , écrivit de son côté à démétriade une très-longue lettre , ou plutôt un livre , que la mère de la sainte , à ce qu'il prér tendît, Pavait engagé à composer (2). Ce kit un des premiers ouvrages où il fit éclater son hérésie de manière à ne pouvoir plus se justifier , quoiqu'il y eût prodigue, avec les fleurs de l'élocution , tous

(i) Ijbid. c^ 4» W ^P» -^^g' ^F' ^7 > Hier. Ep. i.

Ll 4

les raflînemenflde la subtilité , de l'équivoque, i

tout le fard de l'imposture.

Après un exorde des plus insinuans et des plu^ flatteurs , voici contment il entre en matièreiTou tes les fois que j'ai à traiter des mœurs et de !a pei feclion chrétienne , je commence par présenter ' l'état des forces de la nature , afin d'encourager mon auditeur à la pratique du bien. Comment en effet nous engagerions-nous dans la carrière des vertus, si nous n'avions l'espérance de parvenii; d au terme ? Celte méthode est d'autant plus conve- M Iia})le , qu'il s'agit de former une pei-sonne pluSil parfaite. Posons donc pour premier fondement dc^l la vie spirituelle , îe fond même sur lequel il'faul^fl travailler , et les forces donton ne fait usage que a

Iuuud on s'en croit pourvu. La meilleure façon 'encourager le cœur humain , c'est de lui apprendre qu'il peut ce qu'il désire. Pour faire accomplir tout le bien qui est au pouvoir de la nature , il faut lui montrer qu'il est eifectivement en son pouvoir. Sur le champ de bataille, la liarangue la

{dus eflîcace , c'est de représenter aux combattant eurs forces et les succès de leur valeur. i

Cette morale était trop contraire à tous les prin-^u; cipes des pères de la vie spirituelle et chrétiennes'' qui ne portent que sur la défiance de soi-même el^ le recours à la grâce divine, pour ne point exciter' b' trouble et le scandale. Depuis que Pelage eut ainsi levé le masque, la perversité de ses desseins ne fut plus un problème. Dans la suite de son livre , il donnait pour preuve du pouvoir de la nature et du libre arbitre , tant l'exemple des phisophes païens qui sansconnaître Dieu, disait-il, ont faitmilie choses très-acréables à Dieu, quecelui des patriarches qui , avec le secours de la loi seule , ou comme Joh, dépourvus de ce secours, n'ont pas laissé de faire admirer les richesses cachées de la ! nature, et qui ont montré dansj'liéroïsme de leurs ja vertus ce que nous pouvons tous. Mais ce qui ex.- ^ prime encore mieux la doctrine superbe de Péloge ,

D B l' E cr'L I SE. 537

c'est ce qu'il dit à Démétriade , après une multitude d'excellentes maximes pour la conduite d'une vierge : Voilà de quoi vous faire justement préi fe'rer à vos semblables. Votre nolilesse et votre grandeur temporelle proviennent de votre famille , et non de votre personne ; niais il n'y a que vous personneUement qui puissiez vous donner les richesses spirituelles. C'est donc en ce point que vous êtes uniquement et incomparablement estimable , savoir en ce qui ne peut être que de vous et qui fait partie de vous. C'était là comme l'abrégé etla quintessence de toute la doctrine pélagienne, qui dans son principe ne différait pas de la philospuie des stoïciens , et qui anéantissait pareillement toute la vertu de la rédemption. Ainsi le plus éloquent des philosophes avait-il dit , au milieu de Rome idolâtre 9 que personne ne rendait ^râce aux dieux de ce qu'il était homme de bien ; qu'on les remerciait des richesses , des honneurs , de la santé , et non pas de ce qu'on était juste , sage , tempérant. Pelage usait néanmoins du mot de grâce en quelques endroits de sa lettre; mais c'était dans son langage un terme générique , qui ne signifiait que des secours extérieurs pour la pratique plus facile de la vertu, et tçls que la loi ancienne , les ins-, tructions évangéliques , les exemples et les leçons du Sauveur.

Saint Augustin^ avec toute sa modération , né

J)ut enfin se taire sur des procédés si révoltans de a part des novateurs. Ils vont trop loin, dit-il en prêchant quelque temps après (i); il n'est plus possible de les tolérer ; ils poussent à bout la pa-» tience de Téglise. On doit supporter ceux qui se trompent en- des questions qui ne sont pas encore éclaircies ; mais non ceux qui veulent ébranler les fondemens mêmes du christianisme. Ne leur atons pas cependant tous les moyens 'de se rapprocher ; tachons. qu'ils ne nous appellent point

(2) Serm, 294.

hérétiques , et ne leur donnons pas encore ce nomj

quoiqu'ils le mérilent.

Pelage n'en sema ses erreurs qu'avec plus de lémerilé. La portion la plus précieuse du troupeau de JesHS-Christ , les personnes qui se consacraient à une plus haute perfection, c'étaient celles à qui s'attaçoait principalement cet habile imposteur. Après ses vaines tentatives àTégard de Démétriadej ' il réussit mieux d'abord auprès de deux jeunes hommes d'une piété exemplaire , nommés Jacque etTimase.Il gagna leur confiance , lenr fit quitter le monde pour la vie monastique , et leur donna du goût pour ses subtilités impies. Leur simplicité et leur jeunesse nevoyaient rien moins qu un corrupteur dans le zélateur apparent de leur perfection. Mais le Seigneur eut pitié de leur inexpérience, et leurménagea, dans les lumières d'An- '■ gustin , un secours projiortionnéà la grandeur du danger qu'ils couraient. Ils furent si touchés de ses enseignemens , et conçurent tant d'horreur de» opinions dont on avait commencé à les infecter , qu'ils lui remirent un livre de Pelade , intitulé de la Nature, et qui , sous ombre de défendre l'ouvrage du Créateur , anéantissait la grâce du Ré-" dempteur.

Quoique l'hérésiarque escellàt sur tout ce qu'il , y eut jamais de plus habile à exprimer l'erreur par des façons de parier orthodoxes en apparence , la sagacité d'Augustin découvrit l'hérésie à travers tous les voiles dont on avaitprissoin de l'envelop-

iier; mais prévoyant que le vulgaire n'aurait pas a même pénétration , il jugea qu'il était absolument nécessaire de la démasquer : dans cette vue , il compoan son livre de la Nature et de la Grâce , ■et l'adressa aux deux jeunes hommes , dont il se )posait directement l'instruction. Il y traite à

fond de la corruption de la nature par le premier péché , et du besoin d'une grâce médiciniue pour

lérison. Autremen' '"' ' ^ /^i-:-- ^

, eu vain , ce qui

sa guérison. Autrement, dit-il ,Jesus-Christ serait mort eu vain , ce qui est un horrible blasphème :

àînsî , la nature n'est pas dans un état d'iiîtégrite ou de santé parfaite ; elle né peut , par ses pro*

sèment des paisàions , que les philosophes stoïciens tiommaient apathie y et que l'ôtguêil pélagien , peu différent du leur ^ soutient avec imptidenc'è. G est dans cet ouvrage que le saint doetear dit expressément que , quand il s'agit âù péché , il ne veut point qu'on mettfe en question , si la Vierge-mère en a été exempte (i). Après avoir examiné , isôus le règne des trois lois divines, saVoir, la loi non écrite , la loi de Moyse et la loi de grâce , s'il y à eu dés liomines qui aient vécii sans taché , il contlut pour la négative ; et dans tout le genre humain , il n'exfcepte pour l'honneur du Rédempteur /que sa sainte mère. Lé tuotîf qu'il en donne et les termes qu'il emploie , enchérissent beaucoup sur l'assertion même. Ce doéteut si réservé , qui ne trouve de titre à aucune créature pour prétendre aux faveurs célestes, assure, dans ùri "ouvrage dogmatique où il ne s'agissait pas de faire l'éloge de Marie , que par la plénitude de la ^râcé qui lui a fait mériter de éoncevoir et d'enfanter celui qui* est indubitablement sans tache , elle a triomphé de la tyrannie du péché ^ sans nulle exception.

Quoique déjà Pelage méritât si peu d'être ménagé^* son charitable adversaire ne le nomma point encore dans cette réfutation. ïl évita en toute manière

de lui aigrir l'esprit, et s'autorisa^ pour travailler à sa correction , au nom d'ami qu'il lui avait donné :

permettait plus d'épargner

nement convainquit le saint qu'on ne gagne pas les

orgueilleux en leur épargnant; l'humiliation. La

(i) Cap, 36.

54o Histoire

modestie d'Augustin augmenta la présomption dfl Pelage, qui prit les menai^emens de ia cbarilé pour des eifets de la crainte. En lisant néanmoins Vou-^ Tiage où il était réfuté , il ne se sentit pas m étaÇ d'y répliquer ; et comme on ne le nommait [las , ifi. se contenta de répondre , qu'entre les ouvrages quét l'on censurait, les uns n étaient pas de lui , leib autres lui avaient été enlevés et publiés sans soâ^ aveu, avant qu'il en eut fait la correction. ^

Saint Jérôme , en Orient, usa de laniêineréserVft queTévêque d'Hippone. Dans sa lettre à CtésipKon,-' qui l'avait consulté sur ces nouveautés déjà fort accréditées parmi les Orientaux , Jéi ôme les réfute, avec sa force et son érudition ordinaires ; mais sans nommer les chefs de la secte , il en attribue la pr^- mière origine aux philosophes pythagoriciens et stoïciens, qui s'arrogeaient l'orgueilleux pouvoir > non-seulement de réprimer , mais d'éteindie absolument les passions. Il accuse les seclaii-es d'avoir j récbaulTé cette erreur , . d'après les origéuistes et les | disciples de Jovinien ; et en remontant plus haut , d'après les manichéens, qui exemptaient de tout péché ceux qu'ils appelaient leurs élus ou leui-s parfaits. Pour satisfaire aux instantes prières des fidèles zélés, il composa quelque .temps après ua dialogue entre un catholique et un pélagieii , où il nous apprend en passant, que les ecclésiastiques portaient des habits blancs dans la célébration du , saint sacrifice; et comme il l'avait promis, il y , réfute plus au long qu'auparavant les erreurs de Pelage, touchant 1 impeccabilité et les forces du libre arbitre (i}. II emploie les mêmes moyens que saint Augustin, qu'il cite avec une estime et une simplicité bien capables de faire sentir qu'alors au inoins il n'avait rien dans l'ame de l'aigreur ou de la hauteur apparente avec laquelle il avait semblé le traiter autrefois. Il l'appelle au contraire un éloquent et un saint évêque qui a épuisélamatièrej

- 'Xi^LiÙ. i , ad tu. ;3.

DE L^ Eglise. 54]«

en sorte, ajoute-t-îl, que je me sens peu de goût pour un travail où Ton ne peut faire que dés répétitions inutiles. Que si je voulais donner du nouveau , je ne dirais que des choses faibles ; parce que cet excellent esprit a safei les meilleures. Le docte et saint solitaire avait alors quatre-vingt-sept ans ,' et il apprpèhait du terme où les saints mêmes s'observent plus àcrupuleusemcmt que jamais. Il s'en faut bien qu'il ne parle aussi honorablement du concile qui se tint à Diospolis en Palestine , sur la fin de cette année ^iS, Toutefois les pères de ce concile n'étaient pas infectés de la doctrine des novateurs , qui y fut 'sincèrement rejetée ; mais Pelage y fut absous et maintenu dans la communion ecclésiastique , parce qu^il y condamna de bouche ses maximes. Outre la difficulté générale de saisir le vrai sens de ses perpétuelles équivoques, les pères de Diospolis , tous Grecs ou Syriens , , n'entendaient qu'imparfaitement l'extrait latin de ses œuvres produit par ses accusateurs ;• et ceux-çî se trouvant absens^ il donna sans gêne les explications qui' lui étaient favorables (i).

C'étaient; deux ëvêtjues de Gaule, Eros d'Arles; et Lazare d'Àrx , l'ùû et l'autre chassés de leurs ^sièges. Le pape Zoziiné en parle fort mal ; mais saint Augustin les donne par-tout pour de grands hommes de bien. Saint Prosper , en nous apprenant qu'Eros avait été disciple de saint Martin, le qualine même d'homme vénérable par sa sainteté.

Des jugemens si difFérens rendent ce point de fait fort difficile à pénétrer. Il paraît néanmoins qu'on peut les concilier, par la diversité des temps et des affairés où ces deux évêques se trouvèrent impliqués. Eros, à ce qu'on assure , avait usurpé le siège d'Arles par la protection du tyran Constantin , révolté contre l'empereur Honorius. Lazare condamné comme calomniateur dans un concile tenu à Turin", ne fut ordonné pour le siège d'Aix ,

(i) Aug, De ges(, Pêl,

<jue par la faiblesse de Procule de Marseille , «uj n'osa vraisembiableipent s'opposer aux volontés du même tyran. Des hommes parvenus de la sorte  l'épiscopat, ne pouvaient guère mériter Valîectioa ni ta confiance du preiuiç^' pasteur , qui a la sollîr citude de toutes les e'glisss : ce qui n'empècbe pas, i «[ue celui qui sait tirer le bien an mal , ne les ai( employés utilement contre les nouveautés hérétiT ques. Quand sortis des Gaules où ils étaient étranr gers , et que réfimiés ensemble dans la Palestine , ils eurent fait oublier leurs premières fautes par leur zèle contre le pélagianisnie , saint Prosper et saint Augustin prévenus en faveur de tons ceux cniî .le combattaient, purent prendre et donner une . idée plus avantageuse de ces deux évêques.

Quoi qu'il en soit du fond de leurs cœurs et de la droiture des intentions, qu'il conviçnt sur-tout ici de laisser au jugement de Dieu, ils ne purent se rendre au concile pour le jour indique', parce l'un d'eux fut atteint d'une maladie dangereuse. L'hérésiarque n'eut garde d'y manquer, et ron

Sensé que révèque Jean de Jérusalem, soupçonné être son fauteur, en précipita l'ouverture. Toute la suite des affaires prit un cours d'autant plus ra-r pide , que le président de l'assemblée se trouvait déjà saisi du libelle , c'est-à-dire de la dénonciation par écrit , où Ion avait recueilli les erreurs parsemées dans les livres de Pelage et de quelques-uns de ses disciples, avec les articles particuliers sur lesquels Célestius avait été condamné au concile de Carthage. Il paraît que tout l'objet des pèrefi de Diospolis , qu'au moins leur objet principal , fuÇ l'examen de l'accusation intentée par Erqs et Lazare. Les évêques s'assemblèrent au nombre de quatorze , des sièges circonvoisins. On remarque principalement Jean de Jérusalem , avec Euloge qui présida , et que l'on croit avoir été métropOT litain de la Palestine ou évêque de Césarce.

Pelage voul.;nt d'abord prévenir les esprits en. sa faveur , se glorifia d'être lié d'amilié avec lej

«plus dignes prélats , en produisit les lettres , quel- -quesrunes même de saint Augustin , qui en eflfet lui avait témoigné de Festime et de la bienveillance^ 4ans le temps qu il espérait le gagner (i)* Après la lecture des accusations , comme les juges n'entendaient pas la langue latine , ils se les firent expli« iquer bien ou mal par un interprète. Pour Pelage , -très-versé dans les deux langues , il s'expliqua lui- -même en grec. . V La première chose qu'on examina , ce fut sâ panière de s'exprimer touchani Fimpeccabilité et, la science de la loi. Sans nier formellement ce dont on l'aurait trop aisément convaincu , il convint de. l'avoir avancé ; mais non comme ses accusateurs l'entendaient. Je n'ai jamais prétendu , dit il , que 'Celùi qui a la science de la loi ne puisse pas pécher ; mais qu'il est aidé par la science de la loi a ne pécher pas j suivant qu il est écrit dans Isaïe : // leur il donné le secours de la lou Le concile déclara làjdessus que ce qu'avait dit Pelage n'était pas con^ traire à la doctrme de l'église^ et il fit passer à un autre article. On lut ce^ que l'hérésiarque avait écrit dans le même temps , que tous les hommes ^^ dans l'observation de la loi , sont conduits par leur propre volonté. Je me suis exprimé de la sorte , jreprit-il , à cause dû libre arbitre. Dieu aidé à choisir le bien ; et l'homme qui pèche est en faute , parce qu'il a le libre arbitre. On ne trouva encore ici rien de contraire à la doctrine catholique , eÇ l'on poursuivit la lecture. Ce qu'il avait avancé^ 'qu au jour du jugement Dieu ne pardonnerait

Êoint aux pécheurs , était grièvement répréhensî-* le dans le sens du sectaire qui parlait de tous les pécheurs en général , sans excepter ceux qui auraient effacé leurs péchés par la vertu des mérites .du Rédempteur : ainsi réduisait - il presque à rien le bienfait de la rédemption. Mais comme il ,n'y avait encore personne pour le presser et lui

{i) Aug. ibid* c. 25;^ JEpist. i46«

faire dévoiler sa pensée , il en fat quitte pour citer le passage de l'évangile, où il est dit , que les pécheurs îivtU aux supplices e'teimels : siu- quoi les évêques se persuadèrent qu'il procédait avec sîm-

5 licite. Pour mieux les convaincre qn'il prétenait uniquement par - là soutenir l'éternité des peines de l'enfer ; a l'exemple de tous les chefs de parti j il ne manqua point d'accuser ses contradicteurs de l'hérésie contraire à la sienne, et il les traita injurieusement d'origénistes. Sur une autre proposition , où sous prétexte de promettre le 1 royaume des cieux aux fidèles de l'ancien Testa- j ment , il égalait le mérite de l'ancienne loi à celui i de la nouvelle^ il accusa ses adversaires de manichéisme. Pour moi, dit-il, je ne méprise pas le ' premier Testament, et je ne rougis point Javoir " dit, dans le sens du prophète Daniel, que les saints seront admis au royaume du Très-haut.

Touchant sa fameuse assertion , que l'homme ^ s'il voulait, pouvait être sans péché, et sur plusieurs autres propositions aussi propres à saper tous les fonderaens de l'humilité «t de la piété chrétienne : J'ai dit , répliqua-l-il , que l'bomme peut être sans péché, et garder , s'il veut, les commandemens ; parce que Dieu lui a donné ce pouvoir. Non que je soutienne qu'aucune personne, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, n'ait jamais péché; mais j'entends seulement, qu'après la conversion nous pouvons demeurer sans péché , par nos efforts propres et par la grâce du Seigneur , sans être pour cela immuahles dans le hien. Ce que mes ennemis me prêtent de plus , ne se lit pas dans mes écrits ; ces impiétés ne sont que les productions monstrueuse» delainalignilé et de la calomnie. Puisque vous niea que vous les ayez écrites , reprirent les pères , anatliématisez-vous ceux qui les soutiennent ? Je le» anathématise , dit-il , sans hésiter , et je les regarde autant comme des insensés que comme des hérétiques. Les pères, se tinrent poiir satisfaits , par rapport a ses ouvrages , et ou ne lui objecta plus .

quo J

D B, l' E G L I S IfiV 545

^edés propositions cirées de la doctrine de Ce-, le^ius son disciple.

Ce que nous venons de rapporter des répliques frauduleuses de cet hérésiarque , suffisant pour faire connaître le génie d'une des sectes les plus artificieuses , nous n entrerons pas dans le détail des

auestions auxquelles il prétendit n'être pas obligé e satisfaire lui-même. Après l'énumération qu'où lui fit de ces erreurs : Ces propositions , dit-il , ne sont pas de moi , suivant le propre témoignage de, mes ennemis, et je n'en suis pas responsable. Je justifie ce que j'ai avoué , et rejette le reste , dé concert avec la sainte église catholique , en disant ana thème à quiconquecontredira la sainte doctrine*! Ainsi Pelage trompa-t-il les pères de Diospolis^ à force de subtilités, de réticences et de mensonges. Après quoi , faisant rq^iomber sur ses adversaires le mépris et l'aversion qu'il méritai): à tant de titres^ jl les difi^ma comme des calomniateurs. . . Sa fierté et sa confiance s'accrurent étonnamment après ce concile^ dont il fit extrêmement valoir l'absolution. Toutefois il n'osait en montrer les actes, ou l'on aurait vu qu'il avait été obligé de désavouer ses vrais sentimens. Il éloigna au con-^ traire , tant qu'il put , la publication de ces actes ; content d'annoncer par-tout , qu'une assemblée de quatorze évêques avait approuvé ce qu'il soutenait^' savoir que l'homme peut être sans péché , et garder , s'il le veut , les commandemens du Seigneur. Il ne disait pas que dans le concile il avait ajouté , a^^ea la grâce de Dieu, Il ajoutait le mot , facilement ^^ qu'il y avait toujours supprimé, et supprimait au contraire ce qu'ily avait confessé , que pour Vobser^ station des préceptes , il fallait faire de grands efforts , et rendre des combats pénibles. Enfin il eut le front de fabriquer une apologie sur le fondement de ce jugement ecclésiastique ; il se vanta d'avoir confondu ses accusateurs , d'avoir été pleinement justifié, et il envoya celte apologie à. saint Augustin. Le docteur soupco^n^ toute la superi; Tome U^ . * ^m

H I s T O I R B chérie , et jugea que le novateur n'avait pu se fairff absoiulie quen contrefaisant le catholique; mais il garda le silence jusqu'à ce qu'il eût Je quoi le convaincre. Dans le niêofe temps, Pelage écrivit contre saint Jérôme les quatre livres du Libre Arbitre, où il prend un ton triomphant qui va . jusqu'à l'insolence. Mais peu satisfait de sa justi'» fication personnelle s'il ne faisait aussi triompher 8on impiété, il en découvrit clairement le venin dans le troisième livre, et prélendit tout justifier par l'approbation du concile de Diospolis.

Heureusement un prêtre espagnol , nommé Paul Orose , qui s'était trouvé en Palestine pendant la célébration de ce concile , et qui avait signalé son zèle contre les nouvelles hérésies, repassa par l'Afrique, comme saint Augustin l'en avait prïé# C'était njéme le saint évèque qui l'avait engagé à faire le voyage de la Terre sainte, non pour les afiaîres du pslagianisme qui n'étaient pas encore engagées, mais pour consulter saint Jérôme surdifférenles questions, dont l'éclaircissement attirait Orose des extrémités de l'Hespérie (i). Avec un esprit vif et du talent pour la parole, ce pieux ■voyageur cherchait à s'instruire , alin de revenir ensuite combattre avec succès les erreurs des priscilliens et des origénisies qui infectaient son pays. Il connais^it à peine les pélagiens , et ce fut pour la confusion du nouvel hérésiarque que la providence J ménajiea le voyage de l'Espagnol en Orient^ ainsi 1 igue son i-etour par l'Afrique. 1

Les évêques de la province Proconsulaire , présidé* au nombre de soixante-huit par Aurèle de Carthage, ' tenaient leur concile suivant la coutume (2). Orose était chargé des lettres des évèques Eros et Lazare , qu'il présenta aux Africains assemblés, et il ne -manqua pas de les mettre au fait de tout ce qui s'était passé à Diospolis. Ce fut un motif déplus pour eux , de tlétrir des fourbes qui ne prétendaient pas

(1) Oi-os. j4pol.

(3) Aug. Epist. i;5.

ixiblft^ )ti9tîfier leur doctrine que leur» {personnes. On relut les actes du concile de Carthage , où Celestius avait été condamné environ cinq a||^ aupa* iravant ; après quoi f on prononça Tanatheme contre lui et contre son maître Pelage , conditiotinellement néanmoins et supposé qu'eux-mêmes ne voulussent pas anathématiser clairement leurs erreurs. On fit part de ce jugement au pape Innocent ^ afin d'y joindre Faulorité du siège apostolique. Outre que tel était Fusage y la précaution parut d'autant plus convenable ) que Pelage ayant vécu long-temps a Rome , y conservait beaucoup de partisans , quel-» ques-uns attachés à sa superbe doctrine , d'autres en plus grand nombre ne la croyant pas telle qu'on la disait% principalement à cause du concile de Diospolis y dont on ne savait encore au juste que penser. La lettre synodale des Africains spécifiait tes principales erreurs de Pelage , et disait généra-* lement anathèmeâ quiconque enseignerait que les forces de la nature humaine suffisent ^ soit pour éviter le péché , soit pour accomplir les comiman-» démens , et à quiconque nierait que paj:- le baptême les enfahs fussent délivrés du pécné originel.

Vers le même temps, c'est-à-dire Tan 4^6 , il se tint à Milève un concile des évêqxies de Numidie | au nombre de soiicante^un , entre lesquels se trouva saint Augustin y avec ses deux amis Alype et Possi^ dius. A l'exemple du concile de Carthage ^ ils écrivi-' reht au souverain pontife , pour demander la côn-* damnation de Therésie qui ôtait, ce sont leurs expressions , le secours de la prière aux adultes ^ et aux enfans la grâce de la régénération (i).

Outre ces lettres synodales y saint Augustin en écrivit une particulière au pape , tant en son nbuk qu'en celui de ses amis Alype et Possidius , de l'évê^ que Evode , et d' Aurèle ae Carthage (2). Il y expliqua plus au long l'affaire de Pelage^ supplia Inno« cent y ou de faire venir le dogmatiseur à Rome y ou

(i) Aug. Epist. 158. (2) EpisU 177. ,

Mm a

l î;43 ïiiiSTt^iiiÉ

I de le con train cl re par ses lellçes pontificales à déJ | [■ clarer avec précision quelle espèce de grâce il ad- ' I -ïiieltailt II envoya en même temps le livre com- 1 posé autrefois par Pelage à dessein de séduire Jacque l et Timase , ces deux jeunes hommes qui , regagnés f par l'évêque d'Hippone, lui avaient livré cet ou- [ Trage de ténèbres. Comme le poison y était habilef ment caché, le saint docteur avait porté la préf Toyance jusqu'à noter les passages qui n'indiquaient I d'autre grâce que les secours de la nature , ou nos * facultés naturelles. SI Pelage désavoue ce livre ou I ces passages, ajoutait la lettre d'Augustin , qu'il les I .anathématise. Quand ses amis verront l'ouvrage I anathématise, non - seulement par l'autorité des I cvêques et sur-tout de votre sainteté , mais par lui- I knème, nous n'imaginons pas qu'ils s'élèvent davan- I tage contre la grâce de Dieu, Les prélats expérî- I tnentés savaient que l'unique moyen d'empêcher la } perversion, était la condamnation pure et simple I des livres suspects en eux-mêmes, quelque sens r spe'cieux que leurs partisans s'eiForcassent leur

donner.

! Augustin écrivit encore en Palestine à l'évêtjue i de Jérusalem, dont il avait appris la scandaleuse [ affection pour Pelage ; et il lui envoya , comme au Kpape, lelivredel'hérétiqueavecsa réfutation. Pour t vous convaincre par vous-même , lui dit-il , de la I Solidité de nos observations , faites expliquer l'aut leur sur la nécessité de la prière, et sur ie pécbé [originel (i). Il demanda en même temps à cet évê- I î^ue , les actes par lesquels on disait que Pelage lavait été justifie.

I Le souverain pontife écrivit de son côlé à ce L prélat suspect (2) , et s'en prit à lui y des violences l-^Cxercées alors en Palestiife , par une troupe de Ipélagicns, furieux contre saint Jérôme , ce docteur f'fii redoutable à leurs chefs. Ils avaient assailli tout I à couji sa retraite , et ce ne fut qu'avec peine , et

(i) Epist. i;a.

(2) laa. Ep. 27., tçm. 3 C^nti.

toi: t? E G L I 8 fé 54ôf

8r travers les plas grands périls , qu'il put^e retirer dans une tour fortifiée. Tout ce qui lui était attan ché, fut en butte à la même fureur. Il y eut des personnes tuées, entr'autres un diacre; on pilla et l'on brûla les monastères ; les vierges pieuses , doîi^t le docte et zélé solitaire prenait soin , telles que les saintes Eustochie et Paule sa nièce y furent long-temps poursuivies , et se crurent heureuses d'échapper-^atrx derniers outrages ; on massacra leurs gens à leur vue. C'est sur ces désordres que le chef de l'église écrivit à Jean de Jérusalem , et qu'en vertu de l'autorité pontificale , il l'avertit de prévenir au moins par la suite le mal qu'il n'avait pas empêché , s'il ne voulait en répondre lui-même , suivant les lois de l'église. Dans la lettre de consolation que le même pontife écrivit à saint Jérônae , il lui dit , que si l'on porte au siège apostolique une accusation en forme, il donnera des juges, ou qu'il y pourvoira par quelque remède encore plus prompt (i). On croit que ces lettres , en arrivant à Jérusalem , n'en trouvèrent plus i'évêque en vie«

Le pape Innocent écrivit la même année à l'évê-. que de Carthage, et lui enjoignit de faire lire sa lettre dans toutes les églises de l'Afrique. Il s'y plaignait qu'on élevât tout d'un cîoup au sacerdoce des hommes à peine tirés du chaos des affaires séculières, et dont les moeurs étaient aussi mondaines que les occupations ; que les évêques même fussent si mal choisis , que le peuple et les gens en place en murmuraient hautement (2). Les lettres du pape étaient appuyées par celles des préfets , c'est-à-dire, dans notre style, qu'elles avaient l'attache du magistrat.

Mais la décrétale la plus fameuse de ce pontife est celle qui s'adresse à Décentius , évêque d'Éugube dans rOmbrie. JEn s'y plaignant de la négligence de plusieurs églises , par rapport , aux traditions

<i) Innoc. Ep. 33, (2) Inuoc. f/?. i.

Mm 3

55o II I s T o I s B

mie le siège apostolique tient de saint Pierre , Innocent dit , comme un fait constant et manifeste , que dans rilalie , les Gaules , l'Espagne , lÂfriuue , la , Sicile et les îles adjacentes , il n'y a point d église» qui n'aient été instituées par les ouvriers évangé- ]iques que l'apôtre saint Pierre ou ses successeurs avaient établis évèques. On voit dans la suite do cette décrétale , comment par le spectacle des cérémonies et par les instructions de vive voix , on apprenait ce qui concerne l'administration des sacremens , qu'on tenait encore foit secrète; d'où l'on doit peu s'étonner des omissions qu'on remarque à ce sujet dans les anciens monume/is. Vous êtes venu bien de fois à Rome, dit lepapeàrévêqoe d'Eiigube ; vous avez assisté aux assemblées de notr« église, et vousavezYuftiiel usage elle observe j soit dans la conse'cration des saints naysléres , soit dans les autres ministères secrets : cela devrait Kullire pour votre instruction.

On trouve encore dans cette lettre du pape Innocent (i), que les sacreraens de !a confirmation et. de l'extrème-onction sont établis sur la tradition et l'écriture. Après avoir dit qu'il est du ininistère épiscopard'iniprimer aux enfansle sceau sacré qui les rend parfaits chrétiens: C'est ce que nous aiipre- Bons, a]oute-t-il, tant par la coiiltime uniforme des églises que par l'écriture sainte , spécialement par ce qiii est dit de saint Pierre et de saint Jean , dans les Actes des apôtres. Les prêtres peuvent faire aux baptisés l'onction du chrême , pourvu qu'il soit consacré par l'êvêque; mais ils n en sauraient marquer leur front; cela n'est permis qu'aux évêques , quand ils donnent le Saint-Esprit. Pour 1 onction des malades , elle peut encore se faire par les prêtres, suivant l'épître de i'apôtre saint Jacques; mais l'huile de cette onction doit toujours être consacrée par les évêques. Du reste , on ne la donne point aux pénitens , parce que c'est un

BU t' E ^ L I S c. 59%

imerement (i). Quant aux parples dont il &ut s^ jSefTÎr , je ne les confie pgs au papier '^ 4^ pevLr d(e trahir les sacres mystères. Quand vo|is viendrez içi^ on vous dira ce qu'on ne $auri|it écrire. Nou^ ap^ prenons par la même ^écretale , que dans Tëglisis romaine c'était déjà IVsagQ d^ jeun^er le vendre4i ^t le samedi de chaque semaine , et qu'on ne cél^- }>rait pas le saint sacrifice pendpnt ça§ deux ]ours df pénitence et de componction. Il y avait des églisej» qui , de tous les samedis de Tannée , ne jeûnaienjt que le samedi saint. Il nou$ reste de ce pap^ pliv<- «ieurs autres décréuiles intéressantes , où Ton ren^^^i^ que surrtout différens chefs d'irrégularité y tels dèsr lors qu'ils sont ençpre aujourdliuL Innocent Jl passe avec justice pour un des grands papie$ de ce^ temps antiques, tant. cpoiir la Sj^intate d]e sa viê^ que pour ses lumières^ son zèle à maintenir la disç|;^ pline, sa sage fermeté à soutenir la dignité d^ son siège y et sur-tout pour sa vigilanpe jpontificale , ejb le soin qu'il prenait du bqn ord]r^ dans toutes l(^ églises : qualité qu'il a particulièrement &it paraîr tre dans les affaires de saint Jean Ghryspstoniew

Dans ses réponses aux évoques a Afrique • ,cf pape les loue d'abord de ce qu!ils l'ont consulté^, j&uivant l'ancienne tmdition qui est fondée sur 1^ droit divin , et qu'ils savent ^ aussi-bien que luî ^ savoir été invariablement observée dans tout l'unir vers : règle qui s'étend aux provinces les plus éloif gnées y et suivant laquelle ils n'ont pjas cru devoir terminer ces grandes affaires sans en donner connaissance au siège iipostolique, afiin qu'il confirma^ le jugement par son autorité ; parqe qu'on doit rapporter à Pierre ,toiit ce qui est d'un intérêt général pour le salut du monde chrétien , et sur-tout quand il s'agit de la foi (2). Après ce préliminaire ^ il établit sommairement la doctrine catholique touchant la grâce , condamne Pelage , Célestidset

leurs sectateurs y les déclare sépares de la commu-

. Il ■ 1. « ■ .■■■■»■ . ■ I ■ I .» ■«

{i) Cap, 3. (2) lûii. 1 Epist. i4 ^^ ^5 , ap. Lab.

Mm 4

S5J Histoire

nion de l'église , à la charge néanmoins de leS y recevoir s'iis renoncent à leurs erreurs. An sujet des actes de Diospolis , il ne les tient pas pour authentiques, parce qu'ils ne lui ont pas été envo; es de la part du concile , et qu'il n'a reçu aucune lettre de ces évêques assemblés. Dans ces actes mêmes , ajoute-t-il , Pelage ne s'est pas justifié nettement ; et l'on voit qu'il n'a cherché qu'à s'échapper," ' à la faveur des brouilleries et de la confusion . C'est' pourquoi nous ne pouvons , ni hlàmer , ni approu-' ver ce jugemeut. Sur le livre que vous nous avea envojé , comme étant de Pelage , écoutez quelle est notre façon de penser : En le Usant avec heaucoup d'attention , nous y avons trouvé quantité d'erreurs , des hlasphèmes , rien qui nous plût , presque rien qui nous ait déplu et qui ne doive déplaire à tout vrai fidèle.

Pelage et Celestius se Voyant condamnés pae deux ]ugeraens aussi respectahles que ceux du souverain pontife et des évêques de l'une des trois parties dn monde , n'en furent pas plus soumis, Le maître ou chef de la secte écrivit encore au pe une grande lettre d'apologie. Le disciple vint

ui-mêine a Rome , sous prétexte de poursuivre ' l'appel qu'il avait interjeté cinq ans auparavant. Depuis ce teraps-là , il avait parcouru les églises de la Grèce et de TAsie-Mineure , en y semant ses erreurs avec adresse , tandis qu'elles n' occasion aient

las trop d'éclat; et quand elles commençaient à

iaire du hruitdans un endroit , il les portait dans un autre. AEphèse , il joua si hien son rôle, qu'il trouva moyen de s'y faire ordonner prêtre. Quand îl arriva à Rome , Innocent venait de mourir , le

12 Mars de l'année 4>7 i après avoir tenu le saint siège enviroq quinze aus. Le novateur présenta sa professionde foi au nouveau pape, grecdenation , nommé Zozime. C'est le chef-d'œuvre de l'artifice et de la fourberie , que cette confession de foi de Celestius (i). II n'y semble respirer que la piété et

(i) Aug. de Pccc. Orig. c. %Z.

!d K l'Eglise. 553-

f aversion des anciennes hérésies. Tandis qu^il. expose avec prolixité sa croyance par rapport aux dogmes où l'on ne lui reprochait neri ; sur tes points critiques au contraire , il ne s'énonce qu'en gêné-' rai , mais avec la plus grande apparence de soumission et de modestie. S'il s'est ému, dit-il, quelques questions sur des objets indécis , je n'ai pas prétendu prononcer , ni me faire auteur d'un dogme nouveau. Je vous présente et je soumets; à votre examen ce que j'ai puisé à la source des prophètes et des apôtres , afin que vous rectifiiez ce qui aurait pu s'y glisser de moins conforme aux règles de la vraie science et de la sagesse. Il rcr connaît ensuite l'obligation débaptiser les enfàns, pour la rémission des péchés , qui proviennent de volonté, ajoute-t-il , et non de la nature ; p\iîsqu'il serait indigne de la sainteté' et de la justice du Créateur, qu'ils fussent transmis des pères aui enfans. C'est ainsi que Celestius étendant au premier péché ce que les prophètes ont dit des fautes où le châtiment suppose le consentement delà volonté , il ^é ménageait' une issue , pour sauver l'erreur capitale delà secte qui traitait de chimère le péché originel.

Le pape Zozime usa de diligence , pour ne pas inquiéter plus long-temps les prélats africains qui savaient Celestius à Rome. On examina ce qui s'était fait précédemment dans sa cause. On l'interrogea , on lut sa profession de foi , que plusieurs membres du clergé trouvèrent suffisante. Le ]6ape ne poussa pas plus loin ; non qu'il en approuvât la doctrine , mais parce que l'imposteur' se déclai^ait soumis d'avance au jugement du saintsiége. Voyanê unhomme degénie et d'un caractère toutdefeu, qui

{>ouvait devenir, ou très-utile , ou très-nuisible à 'église, selon la route où on l'engagerait, Zozîme craignit de le pousser dans le précipice par trop de rigueur. Il ne se contenta point cependant de sa confession par écrit ; mais il lui fit beaucoup de questions pour éprouver sa sincérité. Celestius re-:

S54 HjSTOIRfi

pondit à tout y avec ces démonstrations d'ingéniiité et de droiture dont la fourberiesait beaucoup mieui^ se parer que la simplicité des âmes vertueuses. Le pontife lui demanda s^il condamnait tou tesleserreurs qui avaient été publiées sous son nom. ~11 répondit

Î[u il les condamnait, selon lejtigemeptçlusaintpapQ nnocent , et il promit de rejeter tout ce que le. saint siège désapprouverait (i). Comme ensuite on lui proposa de condamner ce que Çauliu; lui reprochait, il éluda habilement cette instance, en se récriant , aveeune douleur affectée , contre l'in-j justice prétendue de ces reproches injurieux. Au sujet des évêques Eros et Lazare , il dit qu'il n'avait TU cehii-ci quen passant, et qu'Eros lui avait fait satisfaction d avoir eu mauvaise opinion de lui.

Zozime ne jugea pourtantpasà propos de Tabsou-^ dreencorede l'excommunication. Il pritun délai de deux mois, tant pour écrire aux évêques d'Afrique , les mieux instruits de cette cause , que pour donner à Taccusé le temps de revenir entièrement à la

priv

aux Africains pour leur faire part de ce jugement, il leur reprocha d'avoir ajouté foi trop légèrement aux lettres de ces deux évêques , qu il traduisit comme des brouillons et des calomniateurs d'ha- ))itude.

Dans ces circonstances, il reçut une lettre de Prayle , successeur de Jean de Jérusalem , et qui dans les vues de son prédécesseur lui recommandait avec le même intérêt la cause de Pelage. Le sectaire écrivit lui-même , et fit une profession de loi adressée au pape Innocent , qu'il croyait encore en vie. Cette cpnjTession , concertée apparemment entre le maître et les disciples , était tout-à-fait dans le goût de celle de Celestius , c'est-à-dire t»ès - circonstanciée et très- étendue sur tous les

(i) Aug. c. duus Ep, /. II ^ c, 3.

points de foi dont il notait pas <^uèstion; vague , sèche , équÎToque sur les points délicats, et hasar-^ dant quelques propositions du quelques termes dont on pût faire usage par la suite pour la dé^ fense du système. Mais dans ce moment de crise ^ rhérésiarque s'é^tudia plus que jamais à écarter tous les soupçons. Affectant siir^tout une extrême docilité : Telle est, bienheureux pape, dit-il en , finissant, la foi que nous av ons cru ae voir conserver précieusement. Si elle contient quelque chose qui ne soit pas expliqué avec assez de profondeur ou. d'exactitude , c'est par vous, héritier du siège et de la foi de Pierre , que nous devons et que nous voulons être dirigés (i).

Ces pièces ayant été lues publiquement à Rome ^ tous les assistans et le pape même en eurent tant de joie, qu'ils auraient pensé faire outrage à Finno^» cence , en conservant la moindre impression désa-^ vantageuse aux deux sectaires. On était prinei^ar^ lement touché ^ d'entendre Pelage teniren Palestine le même langage que Celestius à Rome. A peine ces Romains crédules retenaieht^ils leur larmes» Eros , Lazare , le. diacre'Paulin ne leur parurcn*

Îlus que de turbulens et jaloux calomniateurs* >ans cette prévention publique , le souverain pontife écrivit aux Africains une seconde lettre , où il se montre pleinement con;^aincu de la sincérité de Pelage , et leur fait quelque sorte de reproche sur leurs, procédés à son égard ; sans dire néanr moins un seul mot qui favorise ses erreurs. Sa^inf; Augustin nous assure même (2), quepéjage nesur«^ prit l'église romaine que pour un temps , et qu'elle ne persévéra point dans jine illusion presque inévitable d'abord par l'habileté des imposteurs.

Mais Zozime n'était pas moins prévenu en faveur xle Patrocle , qu'au désavantage d'Eros qu'il rem*

glaçait dans le siège d'Arles. Il nous reste une lettre e ce pape , où il lui confère les droits de métro-

~~^— — ^-^— »-- --^MT H » ■ - ■ - Il J» I» ■ 1.1] ■ I 1.. I 11 !■■!■ I I II - « I I

(i) lélbel. Pelag, tom,.7> Conc p, i563. (^) Facund* vu, 3.

pôle les plus extraordinaires, et lui soumet, Outre la province Viennoise , la première et ia seconde WarLonnaise,tant. pour les ordinations épîscopales^ que pour la juridiction contentîeuse ; si ce n'est ^ ait-il(i), que Timportance des causes demande quÀtl nous en prenions connaissance : exemple remar- '

?[ualile des tîSuses majeures réservées au pape. Il onde les prérogatives de l'église d'Arles sur la dignité de saipt Tropliime, que le saint siège y envoya pour premier évèfjue, et qui a été la source de la foi dans les Gaules. Les évêques qui avaient des prétentions contraires, ne se soumirentpointi «es dispositions en faveur du siège d'Arles , pei soutenues , comme on le verra , par les pa^M suivans.

Les évêques d'Afrique ayant reçu la lettre dtS souverain pontife sur les airaires des pélagiens ^ s'aperçurent d'abord qu'il était trompé par ces lia<^] hiles fourbes. Ce qui se trouva par hasard de pré^3 Jats à Carthage, et ceux que le primat y put assem-rl blerpromptement, récrivirent incontinent à Rome, et supplièrent qu'on laissât les choses dans l'état où elles se trouvaient, jusqu'à ce qu'on pût envoyer des instructions plus satisfaisantes. On s'empressa enraême temps de célébrer en Afrique le plus nombreux concile qu'il était possible j et dans le cours de la même année 417 > au mois de Novembre , les évoques se rassemblèrent à Cartbage , au nombre de deux cent quatorze. On dressa des canons dogmatiques, moins développés cependant que ceux qu'on rédigea peu après , et dont ceux-ci furent la base. On les fît aussitôt passer à Rome , avec une seconde lettre conçue en ces termes : Nous avons slatué que la sentence rendue par Innocent contre Celestius et Pelage ait son eifet , jusqu'à ce qu'ils confessent nettement que la grâce de Jesus-Cliriit doit nous aider, non-seulement pour connaître, mais pour suivre les règles de la justice en chaque \

(0 Zos. Ep.

t E* l' e c 1. 1 s e. ' srsj.

iction; en sorte que sans ce secours nons ne pou-vons rien avoir , penser , dire ou faire qui appartienne à la vraie piété. Il ne suffit pas que Celestius se soit vaguement soumis aux lettres d'Innocent: pour lever tout scandale et détromper jusqu'aux; $imples,ondoit lui faire anathématiser^sanslamoin-* dre ambiguité , ce qu'il y a de suspect dans son écrit; de peur que plusieurs n'imaginent ^ non que le sectaire a quitté ses erreurs y mais quQ le siège apostolique les a confirmées. Les Africains rappelaient en même temps au pape Zozime le jngC'* ment du saint pape Innocent sur le concile de Dios-* polis , lui e:xpliquaient tout ce qui s'était passé chez eux en cette affaire , découvraient le venin caché de la formule de foi envoyée à Rome par Pelage, confondaient, en un mot, ou éventaient toutes les fourberies des hérétiques. Us répondaient enfin au reproche que leur faisait le pontife^ d'avoir cru légèrement les accusateurs de Celestius , et ils insinuaient au contraire , qu'il s'était précipité lui-* même dans la confiance qu'il accordait à cet im-: posteur (i).

Ces représentations firent leur eflTet. Zozime exa* mina tout avec attention , le fond des choses , les* procédés et le jugement des Africains. Plusieurs^ même d'entre les Romains contribuèrent à lui faire connaître les étranges opinions de Pelage , qui , par le séjour qu'il avait fait chez eux , leur était mieux connu qu'au p6ntife , crée de naissance. Ils sa-* -vaient que le système et les intérêts de Celestius et de Pelage ne disaient qu'un^ malgré l'indifTérence^ réciproque qu'on leur voyait souvent affecter. Pé-^ lage avait donné des commentaires, sur saint Paul ^ où le poison de la nouvelle hérésie était sensible : des zélés fidèles trouvèrent moyen de les mettre sous les yeux du pape , qui voulut , en examinant de nouveau Celestius^ tirer de sa bouche une ré-» ponse dé nature à ne plus laisser douter y ou qu'il

0) M^rc. Commun, p. joQ,

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S$S- Histoire

eût renoncé à ses erreurs, ou qtie sa duplicité efi Min imposture fussent à leur comble. Mais Cele»* ti us n'osa courir les risques d'un pareil examen, et il s'enfuit secrètement, de Rame. Zozime alors convaincu donna sa sentence , mii confirma les décrets de Cartilage , et conformément au jugement d'Innocent son prédécesseur , condamna Pelage ek Celestius. Il en écrivit aux évêques d'Afrique , el;] généralement à tous les cvèques du monde (i).

Les errcui-s dont Celestius avait été accusé par Paulin , sont amplement exiiosées dans cette lettre circulaire qui est fort longue , et qui les fait aussi remarquer dans les commentaires de Pelade sur saint Paril. Elle établit solidement le dogme il u pécbé originel , condamne les novateurs, de ce qu'il» accordent un véritable banbeur aux enfans morts sans baptême, et pose pour ^irîncipe , qu'il n'y a aucun temps où nous n'a\ons besoin du secours de Dieu ; qu'en toutes nos actions , nos pensées, noftJ mouvemens , nous devons tout attendre de son as^a sistance , et non des forces de la nature. 1

Comme les évêques d'Afrique, après leur as- Bemblée du mois de Novembre , se réunirent dès le commencement du mois de Mai suivant, ces deux conciles , qui furent également nombreux et qtià ^ eurent le même objet, n'ont été regardés qns I comme un seul par dilierens écrivains. C'estàluikl comme à l'autre qne convient la dénomination» 1 de concile plénier, que donne saint Augustin à.fl l'assemblée, qui enfin procura la condamnation décK^

• sivedupélagianisme (a). Ce second concile, ou cette seconde session du concile général d'Afrique , de JSumidie , de Mauritanie , où il y avait même des évêques d'Espagne , donna tout l'ordre convenable auxdécisions de Tannée précédente ,et dressa contre les pélagiens buit articles de doctrine , dont voici la substance : Quiconque soutient que le premier J homme a dû mourir , soit qu'il péchât ou ne pé*fl

É(i) Aog. Epist. 2o3 ad falentin. n. a. W ÏO'"- » Co/iC. J

DE l' E GL 1 ê t. 55^

thât point, qu'il soit anathème. Quiconque prétend encore que les enfans ne tirent d'Adam aUcuil péché originel qui doive être effacé par le baptême , qu'il soit aussi anathème. Quelques exemplaires . portent ce qui suit pour troisième article : Quiconque enseignera que , suivant l'écriture ," il y a tin lieu mitoyen dans le royaume des cieux , ou

Îfuelque ai^tre endroit où vivent heureux lês enans qui meurent sans avoir été baptisés , qu'il soit anathème. Les exemplaires qui contiennent cet article , en comptent neuf. Les autres mettent pou^ troisième, celui qui suit : Quiconque dira que la grâce de Dieu qui nous justifie par Jésus - Christ , né sert que pour la remission des péchéà il^jà .commis , et non pour nous aider à n'en plus comjûiettre , qu'il soit anathème.

Le concile dit encore anathème à celui qui conviendra que la grâce de Dieu par Jesus-Christ nous aide véritablement à ne point pécher ; mais seulement en ce qu'elle nous donne l'intelligence des commandemens , afin que nous sachions ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter , non en nous donnant encore d'aimer et de pouvoir ce que nous connaissons devoir faire. Il anathématise de même ceux qui tiennent que la grâce de' la justification nous est communiquée ^ afin que nous puissions plus facilement exécuter par la grâce ce qu il nous est .ordonné de faire par le libre arbitre ; comme si nous pouvions sans la grâce accomplir les commandemens de Dieu , quoique difficilement. Le reste des décisions et des anathèmes tombe sur le système de l'impeccabililé, et sur les différens moyens qu'on employait, soit pchir le justifier , soit pour le déguiser.

Ce même concile fit plusieurs autres canons, au sujet des donatistes qui se convertissaient en foule. En réfilant à quelles cathédrales ap|xirtiendraient les éi»lijies particulières qui reviendraient à l'unité, ■ il ordonne qu'on ne pourra plus redemander une église après trois ans de proiessJLon : ce c^ui nous

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fournit le premier exemple peut-être du privile'gif (le la possession triennale (i). Dans les troubles inseparames des nouveautés en matière de foi , on ci'utdevoii- user d'une vigilance particulière contre ceux qui voudraient éluder les pigemens ecclésiastiques , et l'on fit quelques règlemens pour empêclierTabusdes appels , même aux tribunaux d'outrç-, mer, c'est-à-dire au siège de Rome. On fîtencorâ; un décret , par lequel il est permis de voiler lei' TÎerges , en certains cas , au-dessous de l'âge ordt> naire de vingt-cinq ans.

Mais c'étaient les affaires des pélagiens qui faisaient presque tout l'objet de ce concile , dont saint Augustin fut l'ame. On croît que les canonf dressés contTe eux furent l'ouvrage de ce. saint, nommé à si juste titre le docteur de la grâce. Ceç décisions font connaître toute féconomie du système de Pelage, qui se réduit à trois points. Le premier, pris des stoïciens , et qui précipita l'auteur dans toutes ses autres erreurs, ce fut le dogme de l'irapeccabilité , ou, suivant les expressions de saint Augustin , la prétention d'acquérir la perfection de la justice , et d'assujettir si absolument les passions à la raison , qu'elles ne se soulèvent jamais malgré l'homme. Voilà pourquoi on avait d'abord condamné en Afrique cette proposition^ pélagienne : L'homme peut être sans péché , et garder aisément les préceptes , s'il le veut. Le second et le principal article du sAsléme , c'est de nier avec un orgueil insupportai! le que l'homme ait besoin , pour la pratique de la vertu , d'une grâce actuelle, surnaturelle et intérieure, qui aide et qui prévienne la volonté. Ce fut en eÛet vers ce but que saint Augustin dirigea toutes ses poursuites contre l'hérésiarque. 11 dit expressément , que toiiles les disputes touchant la grâce tomberont aussitôt que Pelage avouera que f homme a tellement 1>esoin du secours céleste pour vouloir etpoi

(1) Cqhc. AJHc. c. 86,

ait J oivfl

ique sans ce secours il ne saurait rien faire , ni vouloii* dç bien y et que tel est Thommage qu'on doit à la grâce de Dieu donnée par Jesus-Chr^st. Saint Augustin a suivi si constamment ce point de vue y que daps ses derniers écrits contre le pélagîanisme , notamment dans celui qi^e la mort ne lui donna pas le temps de finir, et qu'on appelle pour cela son ouvrage imparfait , il continue à taire consister le venin de cette hérésie , en ce que ses sec* tateurs nient orgueilleusement que nous ayons besoin d'une grâce de volonté , ou d'un secours in-térieur et gratuit de la part de Dieu , pour que notre volonté se porte au bien. Il s'agissait donc capitalement entre le saint évéque d'Hippone et les pélagiens , de la nécessité d'une grâce intérieure^ actuelle et prévenante ,pour toute œuvre relative au salut. Il n'était pas question de subtilités d'école , de ces opinions arbitraires et contentieuses ^ sans lesquelles la foi peut aussi*bien subsister que la charité; puisqu' Augustin , ne pressait les pelanens avec tant de zèle, que pour, leur faire confesser la grâce y sans laquelle on est tellement ennemi de la foi , suivant ses expressions , qu'on ne mérite pas même le nom de chrétien. Il était encore moins question de ces nouveautés rejetées du corps de l'église enseignante , l'interprète sûre du docteur de la grâce et la source du haut degré d'autorité qu'ont ol>tenu ses écrits , et qu'elle ne leur a conféré qu'après y avoir reconnu sa propre doctrine.

Aussitôt après les décisions des pasteurs /l'empereur Honorius donna son rescrit pour les mettre a exécution. Il ordonna que Celestius et Pelage se« raient chassés de Rome, ou plutôt qu'ils n'y seraient ^ ni admis , ni soufferts ; car Pelage était encore eu Palestine : ensuite , que quiconque connaîtrait leurs sectateurs, serait tenu de les dénoncer aux magistrats , afin que ces hérétiques subissent la peine de l'exil. En conséquence de cet édit , donné a Rayenne le 3o Avril 4 id, les préfets du prétoire, aussi-^ Tom IL ^xv

bien en Orient qu'en Occident, publièrent ordonnance, qui bannissait à perpétuité, aVeO' confiscation de biens , tous ceux qui seraient convaincus de cette erreur^

Sixte , prêtre de l'église romaine, et qui devintpape quatorze ans après , fut un de ceux qui invoquèrent la puissance impériale contre ces sectaires (i). Toutefois ils s'étaient impudemment réclamés de so bienveillance, suivant TartiCce des secte» naissantes, qui toujours prétendent avoir quelque fauteur dans l'église romaine , et qui n'ayant pour elle qu'une aversion propre à les décrier, s'elTorcenfc de la cacber sous ces perfides bommages. Mais Siste ji'eut rien de plus pressé que de prononcer anathème contre eux, et de détromper tous les gens simples , que les pélagiens avaient voulu persuader de vson pencbant vers les nouveautés bérétiques.

Saint Augustin prit tant de part à cette heureusenouvelle , qu'il lui écrivit aussitôt , pour le féliciter de l'éclat de son zèle , et le confirmer dans son aversion pour ces artificieux sectaires. Cette épître , qui est la cent cinquième du saint docteur , et qu'oa pejit regarder, ainsi que beaucoupd'aulres,comtne un savant traité, instruit à fond touchant les matières de la grâce, et répond à toutes les chicanes des pélagiens avec tant de force et de clarté, qu'elle seule pourrait suffire contre tous les fauteurs du pé- Ingianisme découvert ou déguisé. Mais , comme^eft Terités qu'elle contient se retrouvent dans beaucoup d'autres ouvrages de saint Augustin, que nous aurons bientôt lieu d'exposer, nous y renvoyons nos lecteurs avec d'autant plus de raison, qu'il, convient de rapprocher ces diiférens écrits , pour cxpliquerles uns par les autres, et pour prendre la ECUS des expressions fortes que l'obstination de l'be'-

■ résiarque avaitobligé d'emplover dans celte lettre.

Les lumières d'Augustin et le procédé de Sixte

■ produisirent de grands fruits. Beaucoup de fidèles

'" ' (ij Aug. Epist. igi et içi4j adSixt.

Surpris renoncèrent à l'erreur ; quelques évêques Tinrent se soumettre au saint siège , et rentrèrent dans leurs églises. Ceux qui refusèrent*de souscrire à la condamnation de la secte, furent canoniquement déposés , puis chassés d'Italie , en vertu des lois impériales. 11 y eut jusqu'à dix-huit de ces prélats obstinés, dont le plus fameux fut Julien , évêque d'Éclane en Campatiie , ville à présent r u inée . Il étai t d'une fam ille distinguée de la PouîUe , fils de Memor j devenu évêque , et de Julienne , Tua et l'autre d'une grande piété. Mémor était uni d'amitié avec saint Augustin et avec saint Paulin de Noie. Il avait même quelque liaison de parenté avec ce dernier, qui fit l'epilhalame de Julien ^ passé , comme son père , du mariage à l'épiscopat : jeune prélat , plein d'ardetir'et de talent , la plus flatteuse et la plus funeste des conquêtes de l'hérésiarque qui l'avait séduit lui-mêine , appahetximent pendant le long séjour qu'il fit à Rome avant d'être démasqué.

On interpella Julien avec ses consors , de s'unir à toute l'église dans la condamnation de Celestius et de Pelage , et de souscrire au décret du pape Zozime. Ils refusèrent, en prétextant que ceux qu'on accusait encore des erreurs proscrites , les avaient désavouées par écrit ; et que pour eux , on ne devait pas s'offenser de leur répugnance à flétrir des absens qu'on ne pouvait entenare. Depuis ils déclarèrent que si , sans les convaincre, on voulait lexciter du scandale à leur sujet, ils en appelaient à un concile universel. Zozime , sans balancer et sans nul égard à ces vains subterfuges , prononça contre Julien et contre ses complices. Pour Fappel, il ne fut regardé par toute l'église que comme un trait de mauvaise foi sur-ajouté a l'obstination. Saint

Augustin en fit voir l'illusion, et que la cause était finie dès-lors qu'elle avait été clairement décidée par les conciles d'Afrique et par les lettres confirmatives du pontife romain. Rome a parlé , disait ce

docteur si charitablis e( $i modçré « dont les dei:s

lSd4 ffiSTQiRt PÈ L^EcLiii.

nièrje» expressions sont ici remarquables (i) : voi^t sur la même affaire deux conciles qui ont etë eQ- Toyés au siège apostolique , et les rescrits nous eu sont parvenus : la cause est finie ( telle est Fex* pression du saint docteur , et non pas , la cause es$ *ugée , comme il a plu à certains auteurs de traduire); 'hérésie est suffisamment condamnée \ il ne s'agit ; plus de l'examiner ^ mais de la réprimer* Ce ne $ont pas des pasteurs , ce sont des loups déguisés qui s'obstinent à donner Terreur pour la doctrine de l'église. Par-tout où on les découvrira, il faut les .poursuivre , et ne point leur donner de relâche , ^ qu on ne les ait mis nors d'état de nui». Il réduisit ces paroles en pratique ; c'est-à-dire, qu'il fit une guerre irréconciliable au scandale y mais ayec la charité qu'on doit à la personne même des scandaleux \ et avec la sage douceur qui faisait le fond de son caractère.

^i) Serm. i3i de f^erb. AposU i-n in JuL c. a«

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; DE l'Église.

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