LIVRE TREIZIÈME
Depuis la condamnation du pélagianisine en 4i8 » jusqu'à la décadence de l'empire d'Occident en 433.
vjE fut principalement après la condamnation da
Sélagianisme par le saint sie'ge , que saint Âugn$tin efendant la cause que lui avaient confiée les conciles d'Afrique , on vit sortir de sa plume cette foule d'excellens ouvrages , où nous étudions encore la véritable doctrine de l'église touchant la grâce du Rédempteur. Mais plus il s'est signalé dans ce combat , par sa profondeur dans les écritures et ' en particulier dans la doctrine de saint Paul , plus les corj'upteurs de la foi ont fait d'efforts dans tous les temps pour ranger de leur côte le docteur ainsi . que l'apôtre de la grâce. Il est en effet dans le docteur , comme saint Pierre le disait de l'apôtre , des choses assez difficiles à entendre, pour que de faux fiavans en puissent abuser.
C'est ce qui doit nous tenir en garde contre les. interprétations nouvelles et singulières , et nousi faire chercher , dans le corps des pasteurs et de» docteurs , l'iolelligence de la vraie tradition. Pour }iiçn saisir les points de U doctrine catbolîauor
expliques par saint Augustin , suivons donc la règle mie nous fournit saint Aup^ustin lui-même , quand il dit qu'il ne croirait point à lévangile, c est-àdire , qu'il n'admettrait pas ce qu'on donne pour des ^lérités évangéliqties , si elles n'avaient pour garant l'autorité de 1 église.
C'est ici principalement qu'il est très-dangereux de juger de la doctrine des pères sur des extraits. On n'en doitadopter pour analyse assurée, que les points fixes et précis que léglise a confirmés par ses décisions , ou qu'elle admet comme faisant partie de cette chaîne immense de tradition, qui s'étend depuis les apôtres jusqu'aux pasteurs qui tiennent aujourd'hui leur place. Avec celte règle de foi , qu'on recoure encore aux sources , sans se borner à des morceaux détachés : en saisissant alors tout l'ensemble de la doctrine , on expliquera les diverses parties les unes par les autres ; on ramènera à leur sens naturel et véritable quelques principes qui paraissent trop poussés , quelques propositions qui semblent ambiguës, quelques espressionsdure^ en apparence.
Qui ne sera d'abord étonné en lisant par exem-, pie , dans certains extraits de saint Augustin , ce» propositions isolées: Tout ce qui se fait sans la charité, est un acte vicieux , c'esl-à-dire un i»echç: tout fruit qui ne provient pas de la racine de la charité, n'est pas un bon fruit, et par conséquent, c'est encore un péché , ou un fruit mauvais ? Qu'on lise ensuite ces mêmes propositions dans le traité de la Grâce et du Libre arbitre, et dans celui de 1 Esprit et de la Lettre, où elles se rencontrent en effet ; mais qu'on observe ce qui les suit et ce qui les précède , on verra avec une douce consolation que le saint auteur de ces traités s' expliquant luimême , n'entend dans ces passages , par le terme de charité , que'la bonne volonté ou l'amour du bien en générai.
11 en sera de même des extraits entiers comparé* à foriginal , et dont quelques-uns , tels que celui de
JOHH
ia lettre a Sixte , eicposent toujours âtec prolixité 4^ qi^î paraît dur^ .ce qui a un taux air de favoriser de$ interprétations pi^oscrites , et qui suppriment ou abrègent à l'excès ce qui fait évanouir ces diffi- <^tés. .f
Quoi qu^il en soit des inotifs^ d'une pareille métliode^ sur quoi il n'appartient qu'au Scrutateur des cœurs de porter son ]ugenient /nous avons cru devoir en suivre une autre , et rappeler ici particulièrement nos lecteurs à cç que nous avons déjà dit. en général, des inconvéniens de la faible érur dition que l'on peut puiser dans les -extraits.
Bornés invariablement à remplif* notre objet ^ nous noifs contenterons de tirer de saint Augustin , comme des autres pères , Tbistoire de la tradition ; et y après les citations qui établissent les points capi* taux de la doctrine catholique , nous renverrons à l'original ceux de nos lecteurs q'ui peuvent join- 4re la science des pères à celle deT histoire. Qu'ils sachent d'abord ^ que rien n'est plus propre que les lettres de cçs grands hommes , non-seulement à faire prendre le vrai sens de ces lettres , qui sont souvent très i- importantes par elles-mêmes ; mais encore à mettre au fait da dessein général des auteurs 9 des circonstances locales e( personnelleg où ils écrivaient leurs traités en règle y et à faire entrer dans les vues qu'ils s'y proposaient.
rfous ayons déjà parlé de Jh lettre importante qu'écrivijb le saint évêque d'Hippone à ^Sixte , prêtre de l'église romaine , et qui est la cent cinquième de ce saint docteur. Dans la suivante ou la cent sixième , adressée à saint Paulin de Noie , qui avait aimé et estimé l'artificieux Pelage comune un grand homme de bien ^ il établit invinciblement le dogme du péché originel ^ la gratuité des dons surnatu* rels 9 et sur-tout du bienfait de la prédestination*
Comme après le dernier concile . de Cartbage ^ Augustin était resté en cette ville , afin d'expédier avec d'autres commissaires ce qui n'avait pas paru deiDoir retçnir tous les pères assemblés ^ ii y rejp^t
S6B H I 5 T O I ft B
une lettre de la part de Pinien , d'Alblne sa béTïftJ mère , et de sa femme Mélanie la jeune , cette illustre famille de patriciens romains, plus respectables encore par leur piété que par leur rang et leur extraction. Ils avaient fui de Rome pour se dérober à la fureur des Barbares, et s'étaient d'abord retirés en Afrique, où Pinien qui vivait avec sa Jemme comme avec sa sœur, avait presque été ■ forcé par le peuple d'Hippone à recevoir l'ordre de la prêtrise. Ayant passe de là en Palestine où se trouvait Pelage , iè séducteur nVvait rien omis pour surprendre , par toutes les apparences de la ■vertu , des personnages qui pouvaient donner tant de crédit et de considération à la secte naissante. Dieu ne permii pas qu'un hypocrite infectât des vertus si pures et si éclatantes. Il leur inspira de recourir au docteur que sa providence avait prin«cipalement suscité pour la défense de la foi contre ce genre de péril. Ils lui écrivirent en commun ; et il leur fit réponse , de Carthage , malgré la surcharge toute nouvelle de ses occupations et rétendue des instructions qu'il convenait de leur communiquer. Car la réponse forma deux livres , l'un de la grâce de Jesus-Christ , et l'autre du péché originel. Quoique Pelage ne se fût pas déclaré 8ussi clairement que Celestius contre ces dogmes capitaux, il s'en était assez expliqué pour ua lecteur aussi pénétfant qu'Augustin. Le saint communiqua les fruits de sa sagacité aux illustres fidèles qui le consultaient, et leur fit voir que ce» questions n'étaient nullement dans la classe des opinions libres qui n'intéressent pas la foi ; comme les deux novateurs ne cessaient de t'insiDiier, seloa le génie de toutes les sectes encore peu nombreuses. Dans le livre de la Grâce, il s'attache sur-tout à montrer que Pelage ne la reconnaissait que de nom ; que par la puissance de faire le bien qu'il rapporlait au Créateur, il n'entendait que nos facultéj ïialii relies ; et que le secours divin qu'il y ajoutait ,
iiie signifiait daas sa bouche que k loi , la révélai- J
lîon , yînslriKition et l'exemple ; en un mot, les difiërens moyens que le Seigneur peut employer extérieurement : quant à la grâce intérieure , qu'il ne la jugeait qu'utile, et non dé nécessité absolue pour faire le l)ien. Encore prétend-il, ajoute le saint docteur, qu'elle ne nous aide qu'après que de nous-mêmes , et sans aucun secours , nous nous sommes attachés à Dieu. Tel est en effet le point fondamental de l'erreur , qu'on tint encore dans la secte , après avoir abandonné tous les autres. Il y constitua la doctrine propre des semi-pélagiens , qui anéantissant le mystère de la prédestination , attribuèrent le commencement du salut aux forces de la nature.
La profonde doctrine et 1^ célébrité d'Augustin n'effrayèrent pas le jeune évêque d'Eclane. Julien , avec du mérite, mais infiniment plus de témérité et de présomption , se jusea capaole de faire tête lui seul à cet illustre atnlete. Les plus grands mo** tifs animaient son ardeur. Il se représentait la guerre comme terminée , et le plus glorieux triomphe assuré , tant à son parti qu'à sa personne , s'il vainquait révêqued'Hippone;ct,s'il était vaincu, il se consolait par la considération des éminentes qualités du vainqueur.
Mais la bonne opinion qu'il avait de lui-même^* ne lui permettait guère de douter de l'heureuse issue du combat. -Déjà il donnait à son antagoniste le nom de Goliath ; et il s'appelait un nouveau David qui , en le terrassant , allait faire triompher la vraie religion des blasphémateurs du maître de la nature et de ses "plus dignes ouvrages. • Toutes les productions de Julien portaient cette empreinte ' d'orgueil et d'arrogance. Sa plume ne se lassait pas de distiller le nel et le venin , non-seulement sur la personne du saint docteur , mais sur toute J'église , qn'il accusait d'ignorance , de précipita- ' tion et d iniquité dans la condamnation des dogmes et des chefs du parti de Pelage. Toujours il se jplaignai t qu'on les eût proscrits ^ sans convoquer un
!-la,
bou- . leurs mais
livres, Livrages I [lorlant, Liinleresiiar l'ainéicle avec leslUX plaintes lit tontes les ■.lis de la ruine ivrage dut son ■ l'S siècles j que lieu , et qu'ils les persécutions.
fois de paraître lent-ils, sont enmaux que nous qu'ils adorent à L qu'ils font si puisnous. Ils onl ^réduitsauplus Jeurs filles ont itres. Depuis t offensées de "■n place
concile œcuménique; sa vanité lui faisant amMtionncr de voir l'église en corps s'occuper de lui , et de l'agiter, s'il ne pouvait la renverser. 11 n'était pas moins flatte' par les espéi-ances qu'il fondait sur nnelongue indécision, surles délais ne'cessaîres pour la célébration d'un concile, sur la fermentation des esprits et les désordres inévitables pendant l'ab- J Eence des pasteurs. I
Malgré la supériorité si marquéedu mériteaiissî* I bien que de l'âge et de la renommée, Augustin répondit avec une modestie exemplaire , qu'il était bien éloigné de s'arroger, entre les catholiques» la gloire que Julien s'attribuait parmi lespélagiens» en se faisant fort de vider seul un différent de si grande conséquence ; que pour lui-même il se regardait à peine comme unfaiblecombattant parmi une inSnité de héros opposés aux nouveautés profanes; et qu'il n'avait pas la présomption d'imaginer que sa défaite ou sa victoire personnelle eussent rien de décisif, soit en faveur , soit au préjudice de la foi. Il entreprit néanmoins dès-lors cette solide et vigoureuse réfutation qui anéantit toutes les défenses de la secte ; mais , comme il n'avait pas encore pu se procurer l'ouvrage du présomptueux seciaire, il ne mit pas la dernière main à sa réponse, qui demeura encore assez long-temps imparfaite.
Depuis quelques années , son ^rand ouvrage en quinze livres, touchant la Trinité , était reste dans le même état. Il l'avait entrepris , pour suppléer à ce qui manquait aux. écrits des Latins sur cette sublime et profonde matière , et pour l'utilité des personnes qui ne pouvaient pas lire les auteurs gi-ecs. Il avait ensuite abandonné ce travail, parce qu'on lui en déroba les premiers livres presque aussitôt qu'ils furent composés. Il profita du relâche qu'il était obligé d'accorder lui-même à Julien, pour achever et perfectionner ce traité de la Trinité , autant que les circonstances le lui permettaient , et sans trop faire de changemens a Ctt qui en avait été publie sans son aveu.
Cet écrit passe toutefois , au moins quant au fond âes choses , pour un des plus estimables de saint Augustin. Les derniers livras sont sur-tout dignes d'attention : ils renferment ce qu'il Y a tout a la fois de plus élevé et de plus solide dans la métaphysique , particulièrement touchant la distinction de l'ame et du corps , et sur la nature des êtres spirituels. L'auteur décide nettement la question des hypostases, si célèbre entre les Grecs et les Latins , et qui n'était au fond qu'une dispute de mots. Mais en admettant trois hypostases, il a grand soin d'observer ce qu'on entend par-là , c'est-à-dire , que le terme d'hypostase, dans la bouche des Latins , comme dans celle de plusieurs Grecs , ne signifie pas nature ou substance , mais Siubsistance ou personne.
Le traité de la Cité de Dieu en vingt-deux livres,' et par conséquent le plus long de tous les ouvrages deS. Augustin, est encore beaucoup plusimportant, sôitparlechoixdesmatièressingulièrementintéres- $antes pour le temps où il parut , soit par Faménité , l'éloquence , l'ordre et la méthode avec lesquels elles sont présentées. Ce fut aux plaintes insensées des païens , qui rapportaient toutes les calamités de 1 empire aux dieux irrités de la ruine de l'idolâtrie , que cet excellent, ouvrage dut son existence. On a vu , dès les premiers siècles , que ces murmures avaient souvent lieu , et qu ils étaient la cause des plus violentes persécutions. Les infidèles affectaient quelquefois de paraître scandalisés. Les chrétiens , disaient-ils , sont enveloppés comme nous dans les maux que nous attire leur irréligion. Le Dieu qu'ils adorent à l'exclusion de tous les autres, et qu'ils font si puissant , ne les a pas favorisés plus que nous. Ils ont été pillés,massacréspar les Barbares, réduits au plus horrible esclavage ; leurs femmes et leurs filles ont enduré les mêmes outrages que les nôtres. Depuis long- temps, les oreilles pieuses étaient offensées de ces blasphèmes , et le zèle des personnes en placQ
IS^a Histoire
et solidement clirétiennes gémissait de voir retar-r der par-là les progrès du christianisme. Le tribun Marcellin , qui s'était emploj é avec tant de sagesse', et de succès à la réunion des donalistes, écrivit à S. Augustin(i), pour l'engager à mellre une bonne fois en poudre des reproches aussi insensés c[u'opiniâtres. Le saint docteur lui envova d'abord sa grande lettre, intitulée , de la Politique, et qui roule toute entière sur l'extravagance de ces impiétés. Concevant ensuite qu'un champ si vaste demandait qiielque chose de plus, il commença son ouvrage de la Cité de Dieu , qui par mille embarras et mille occupations siiccesstves , ne put être achevé que plus de douze ans après , vers l'an 426.
. Dès la première année qu'il y travailla , il se vît obligé de faire son traité delà Foi et des CEuvres ,
Jiour réfuter ceux qui prétendaient que la foi avec e baptême suffisait pour le salut, sans le secours des bonnes œuvres. On y voit clairement que la doctrine de l'église sur cet article fii t de Lout temps la même qu'aujourd'hui , et que dès-lors l'intei^ prétalion arbitraire des divines écritures, en particulier des écrits de saint Paul , donnait lieu aux mêmes erreurs qu'en ces derniers siècles.
Pour en revenir à la Cité de Dieu , le dessein de , l'ouvrage, qui en a fourni le titre , est de défendre la société des enfans de Dieu contre celle des enfans do siècle, c'est-à-dire l'église contre le paganisme. A cet effet, on combat les préjugés des païens dans les dis premiers livres qui font comme la première partie de tout rou\rage , et dont les aonze Buïvans établissent la vérité de la religioa chrétienne. Quoique nous ne nous soyons pas engages à faire ime analyse suivie des ouvrages des pères, nous en devons au moins tirer les traita importans de la tradition , et stir-lout les points de doctrine,dont l'omission pourrait paraître suspecte.
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IS^ous recueillerons d'abord le beau témoignage que rend notre saint docteur, tant au culte des saints qu'au sacrifice adorable de nos autels. Jamais aucun fidèle 9 dit-il(i),a-t-il entendu le prêtre, même à un autel érigé à Tbonneur.de Dieu sur le corps d'un martyr , dire dans les prières : Pierre ^ Paijil , ou Cyprien , je tous oflTre ce sacrifice ; au lieu d'offrir a Dieu seul ce grand , ce yéri table, cet unique sacrifice des chrétiens^ auquel tous les vains sacrifices ont cédé : expressions si propres et si réfléchies de la part de ce père^ que dans les instructions dogmatiques qu il envoya au tribun Marcellin , il appelle encore la messe notre unique et très-véritable sacrifice. Il atteste même l'antiquité de quelques observances de notre liturgie , telles que les préfaces avant la célébration des saints mystères.
Il n'importe pas moins de relever le témoignage frappant que le traité de la Cité de Dieu rend à la liberté de l'homme pécheur , et à l'indifférence active de sa volonté. Après avoir proposé l'hypothèse de deux hommes parfaitement semblables en tout genre de dispositions, et tentés également par attraits de la volupté , dont l'un néanmoins succombe à la tentation et l'autre y résiste , Augustin demande la raison de ces déterminations différentes. Que peut-on répondre de raisonnable , dit-il (2) , si ce n'est que 1 un a voulu et que l'autre n'a pas voulu violer les lois de la chasteté ? Il est évident qu'il ne s'agit point ici de l'état d'innocence , dans lequel il n'était pas question des révoltes de la chair; C'est ce que le saint docteur confirme indirectement, un peu plus bas , en disant que les bons anges ont. été discernés des mauvais , parce qu'ils ont persévéré dans la bonne volonté , tandis que ceux-ci se sont pervertis , en abandonnant par une volonté perverse le souverain bien , dont ils ne se seraient pas écartés , s'ils avaient voulu. Voilà, dans ces
(1) Lib. 8^ <?. 2. (a) Cap. $,
divers états, «ne détemiinatïon vraiment el prcM chainement libre de la volonté , tantaii peclié qu'a la persévérance dans le bien. Telle est aussi l'explication de la nécessité (jue le saint docteur dit n'êlre pas contraire à notre liberté , c'est-à-dire , la nécessité de vouloii- , supposé que nous voulions , et que les théologiens a|)pellent nécessité cooséquente ; ainsi que de la nécessité qu'une faute pré* vue par le Seigneur se commette , quoiqa'en lais-' santagir les causes secondes il ne iasse qvie permettre le mal formel du péché.
Pour ce qui est du fond du traité de la Cité de Dieu , plan magnifique qui embrasse et développe tonte l'économie delà société des vrais adorateurs (Ju Très-baut , on y admire sur-tout la sagacité , l'érudition , la dextérité et la justesse avec lesquelles Augustin , encore plus admirable ici que dans ses autres ouvrages, saisit, combine, présente , manie en maître les événemens et les révolutions de tous les âges. En parcourant l'histoire profane depuis les temps les plus obscurs de ta guerre de Troye , il fai t voir que les dieux n'ont , ni préservé, ni délivre leurs adorateurs des cal.imités inséparables delà condition et des passions humaines. Il insiste particulièrement sur les révolutions des guerres puniques , sur les guerres civiles de Marius et de Sylla. Puis montrant que ces fléaux avaient été beaucoup plus alFreux cpie les invasions des Goths , il conclut qu'injustement on voudrait attacher au culte des dieiis. la prospérité de l'empire ou ses malheurs & rétablissement du christianisme.
Affermissant de plus en plus ce principe , il y eut , poursuit-il , d'autres grands états qui furent' long-temps en butte aux revers , et qiii tombèrenci enfin dans une entière décadence. Tels sont en-"| tr' autres les fameux rovaumes des Assvi'iens , ddSi 1 Perses , des Egyptiens. Donc , ou les dieux n'oitt . pas eu de part à leur sort , ou la protection de ce» { divinités est impuissante. X)'un autre oùté^Ie^ Jùi£| 4
DE l' E G>L I S B. 'SyS
^uî n'adoraient qu'un seul Dieu , ont eu leur temps ae gloire et de prospérité. Toutefois la grandeur des empires n'est pas l'effet du hasard , ni d'un destin également aveugle et impuissant. C'est donc l'ouvrage delaprovidence,ou del'Etre suprême,qui en disposant des plus grandes choses , suffit par son immensité au soin des plus petites. Il a voulu récompenser , par les prospérités temporelles , les vertus humaines des anciens Romaiiis,leur frugalité , leur modération , leur, désintéressement personnel , leur zèle pour le bien public , la générosité de leur courage ; quioique ces qualités éblouissantes fussent presque tovijours l'ouvrage de l'amour propre , qui réprimait les autres vices , mais des vices plus criminels que la vanité. Ainsi le Rémunérateur tout-puissant et magnifique qui honore jusqu'aux moindres traces de la vertu , et
ui la couronne de la fange même dont elle est éfigurée , a donné aux Romains la puissance et la domination , à quoi ils attachaient le bonheur ; mais de peur qu'on ne crût le culte des dieux nécessaire pour régner , le Dieu des dieux a accordé un heureux et long règne au grand Constantin , leur ennemi : par une conduite contraire , quoiqu'également sage et sainte , afin que les empereurs ne fussent pas chrétiens , précisément pour Jouir des biens temporels , il a enlevé le religieux Jovinien ^ plus vite encore que Julien l'apostat ; et maitré absolu des causes ainsi que des effets , il a fait triompher les armes du pieux Théodose , et il a permis que la vertu de Gratien fût la victime d'un tyran.
Qn doit remarquer en passant , que les maux temporels ne ^ont pas toujours en cette vie des peines du péché , et que cette erreur est aussi con^ traire aux principes de saint Augustin , qu'au sentiment de Féglise. qui l'a condamnée. Ce père dit expressément , que les adversités^ furent pour Job l'épreuve de sa vertu. Indépendamment des fautes gue commettent les hommes les plus justes ; et de^
peines temporelles qu'ils méritent par-là ; le Seigneur , ajoute-t- il , a voulu que les biens et les maux de cette vie fussent communs aux bons et aux méchans; parce qu'il a piépare pour l'avenir des biens et des maux qui feront séparément le bonheur et le malbeur des uns et des autres : économie sage qui nous instruit en même temps du mépris que Dieu fait et qu'on doit faire des biens de celte vie , par l'indignité de ceux à qui il les abandonne. C'est ainsi qu'il n'a pas voulu donner Heu aux hommes deseprécipiterdans unmalheursans mesure et sans un par la crainte de ce qu'ils appellent des maux , et qu'il départit ordinairement à «es amis , comme ses plus précieuses faveurs. S'il ne punissait ici-bas aucun péché d'une manière sensible , on pourrait imaginer qu'il n'y a point de providence ; et si tout péché y était puni , oa le persuaderait que rien n'est réservé au dernier jugement. Il en est de même des biens apparens de cette vie : si Dieu n'en faisait part à aucun de ses serviteurs , il semblerait que ces biens ne dépendissent pas de lui ; et s'il les donnait à tous ses adorateurs fidèles, nous croirions ne le devoir servir que pour ces sortes de récompenses. Ainsi la piété n'aurait plus d'autre aiguillon que la cupidité; ou du moins l'esprit bas et charnel de la loi de servitude reprendrait la place de la loi de l'esprit etde l'amour des biens invisibles.
Saint Augustin nous apprend ainsi (i)àn'em-* J ployer que sobrement les menaces et les récom- '
Sensés temporelles , pour exciter , tant à la fuite u vice qu'à la pratiipie de la vertu. Ou doit prendre garde en effet de relever , avec p!us de zèle que de lumière, les revers des ennemis de l'église, comme autant de punitions divines; et les succès de ses défenseurs , comme des preuves incontestables de la vérité. Ces promesses et ces menaces peuvent en imposer quelque tempsaux simples; maisquand
iU les Tolerit sans effet y comiaié il àrrite le plue èouvent dans la conduite prescjue toujours iinpé-
Ïlëtrdble dé la providence ', alors Ce qui devait faire 'appui de la foi^ien devient le scandale . Avec la piété ta plus irïgëhiéuse, oii e^t réduit à recourir eh mille tiiccasions à la profondeur des diviiis jugemens. Or, quand les preut es d'induction lie sont pas toujôiirâ concluantes, elles né le sont jamais.
Ters la. fin du traité, principalement dans lè iringt -unième litre , le saint docteur insisté beau- <ioup sur la résurrection de Jesus^Ghrist , comme sur le témoignage le plus convaincant de sa divinité et de la vérité de notre religion : il tiré lest preuves de cette résurrection ^ dé ce que lè inondé èntiçr la croit sur la prédication des àp6tï*è6. Yoici^' dit-il, trois chbses inconcevables; savoir, que Jëstis^ Clhristést ressuscité; que le monde a cru une chose ti incroyable^ et qu'un petit noinbre d'hommes grô^ éiers et ignorans Tônt persuadée aux savahs mêmes.! Nbs adversaii^ès lié veulent pas croire la première J ils voient et croient la seconde ; et ils né Sauraient dire comment elle est arrivée , si ce n'est par la ti'oisième. En effet , ces hommes mépri$sll)lés qui disaient avoir Vu JesusrGhri$t monter au ciel , né Failirmaient pas seulement j mais le confirmaient
Ï>âr les plus grands mitacles ; et cela dans le siècle e plus éclairé , le moins accessible au manège dé la feinté et de là supercherie. Pourquoi donc*, dira-t-on , ne se fàit-^il plus dé pareils ihiracles 7 Parce qu'ils nre sont plus de là méine néceâsi té, depuis que la loi du mondé entier lui fournit un miraèlé toujours) subsistant. Il s'en fait cependant encore,* quoiqu'ils n'aient plus la niêmë Célébrité , et qu'ils soient peu connus hors dés lieux où ils s'opèrent;' Là - dessus , il raconte jusqu'à vingt - deux mi« racles , qu'il assure pour les avoir vus lui * même , ou pour lès avoir appris de, témoins oculaires dé sa connaissance ; ajoutant qu'il en omet un ndmbrè incomparablement plus grand.
Pour donner encore pïud dé poids à un ouvrage
;rome 11.^ 9q
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dont le succès imporlQÎt 6Î fort à la religîoa , engagea Oiose à composer son histoire , qui fournit en eti'et un nouvel appui à la Cite de Dieu. L'historien espagnol était repassé en Afrique , au retour de la Palestine, selon &a promesse, avec les lettres d'Eros et de Lazare contre Pelage. Comme l'Espagne se trouvait en proie à d'innomhrahles et i cruels essaims de Barbares, Orose ne put rentrer I dans sa patrie aussitôt qu'il le désirait. Dans cet 1 intervalle , il entreprit , a ce qu'on croît , son histoire , qui parcourt sommairement les différens âges du monde, depuis le déluge jusqu'à son temps. Mais parce qu'il avait principalement en vue l'édification des Romains, il s'étend beaucoup plus sur l'histoire romaine que sur les autres : il en recueille tous les événemens propres à faire voir aux païens qu'en tous les temps et sous tous les cultes , le genre humain avait été affligé des mêmes fléaux que ceux qu'on essuyait alors. j
Oiose s'était chargé , pour l'Espagne , de quel- m qucs reliques de saint Etienne , les premières du ^ prince des martyrs qui soient parvenues en Occident. Ces précieuses dépouilles avaient été découvertes peu d'années auparavant , au moyen de la révélation qui en fut faite , à trois reprises différentes ,à un saint piètre nommé Lucien , et attaché à l'église de Jérusalem , tandis même que l'évêque Jean était au concile de Diospolis (i). Après la troisième ap]tarition de Gamaliel qui avait été enterré avec son iils Abibas et son ami Nicodême au même lieu que saint Etienne , près du bourg de Caphar- gamala , c'est-à-dire bourg du Gamaliel, Luciea ■ craignant de résister à l'ordre de Dieu, alla tout ■ raconter à son évêque , qui versant des larmes de ' joie , et louant Dieu , lui indiqua un tas de pierres dans un champ particulier, où il lui ordonna de fouiller : l'évêque avait une connaissance de quelque tradition , concernant l'endroit où ces corps saints
(i) Marcel. Chron. an, -, Epist. Luc. ; Pbol. c. 17.
teposaîent. Lucien revint en diligence informer tous les habitans du bourg , de quel trésor leur territoire était dépositaire^ et il les invita avenir creuser avec lui des le lendemain. Mais pendant la nuit , le moine Migèçé , homme d'une vie également pure et simple , fut instruit en songe que ce tas de pierres n'était qu'un monument de deuil usité parmi les juifs , et aue les saintes jreliques reposaient plus à l'Orient , aans un vieux tombeau qui tombait en ruine. Il avertit Lucien et ceux qui faisaient des recherches inutiles : on ouvrit le tombeau , et l'on y trouva trois coffres ou cercueils, ^vec une pierre où étaient gravés en caractère syriaqiie les noms d'Etienne , de Nicodéme ^ de Gamaliel et d'Abibas.
Aussitôt Ton porta cette heureuse nouvelle à Tévêque Jean , qui partit de Diospolis , accompagné de deux autres éveques , afin de lever les reliques avec la solennité convenable. A l'ouverture du cercueil de saint Etienne^ une sainte horreur saisit ceux qui en étaient proche^ un tremblement de terre se rendit sensible fort au loin , et il s'exhala une odeur si agréable et si extraordinaire y qu'où, la crut surnaturelle et miraculeuse. Le corps du martyr était réduit en cendres, excepté les os qui se trouvaient parfaitement conservés et dans leur situation naturelle. Mais cette cendre sacrée avait une vertu toute-puissante.
Dans la multitude prodigieuse des assistans et des malades attirés par la curiosité ou par la reli-^ gion y il y eut soixante et treize personnes guéries subitement à la première ouverture du cercueil ; les unes , de fièvres , de maux de tête , de douleurs d'entrailles ; les autres de pertes de sang , de fistules invétérées , d'humeurs froides et d'épilepsie. On baisa respectueusement les' saintes reliques, puis on les referma ; et en chantant des hymnes et des
fiseaumes , on transporta celles de saint Etienne à église de Sicfh j où il avait été ordonné diacre ; mais on en laissa quelque partie au bourg de
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Capbai'camàla, si long-temps honoré de ledr présence. Cette traiislatioti se fit le vingt-sixième de De'cemfare, jour où l'église a fou}ours honoré depuis le saint martyr; quoiqu'on fasse la mémoire de cette translation le troisième d'Août ,■ sans qu'on en sache la raison. Pendant la cérémonie , il tomba une pluie abondante qui prévint la disette, dont une longue sécheresse menaçait tout le pays, Le prêtre Lucien fit part des reliques qu'il avait gardées ; c'est-à-dire , de quelques ossémens et dé quelque partie des chairs réduites en poudre , k un prêtre espagnol nommé Avitus , qui se trouvait depuis quelque temps en Palestine , et Âvitus les envoya en Espagne, par Orose, avec une relation de la manière dont on les avait tl-ouvées. L'esprit de foi fit penser que ce serait là , pour le clergé et les peuples de la Lusitanie, uïie puissante consolation dans les incursions et les persécutions des Barbares; et que rien ne serait plus propre à soutenir le courage des fidèles , que d'avoir sous leurs yeux les instrurnens du premier triomphe reciiporté sur les ennemis de la foi-.
Après quelque séjour en Afrique , Orose voidut enfin rentrer en Espagne; maïs il lie put ou n'osa aboi"der dans le continent, à cause des Barbares qui l'infestaient. Il prit terre à l'ilede Minorque , et fît quelque séjour dans la ville de Magone , aujourd'hui Mahon , dès-lors célèbre par son excellent port. Les reliques dont il était chargé , furent déposées dans une éghse proche de la ville. Il sembla que l'esprit du saint martyr , qui avait confondu avec tant de force l'impiété judaïque , fût passé dans tous les fidèles qui venaient par troupes rendre à ses reliques leurs hommages religieux. Par toute la ville, oùles juifs étaient en grand nombre, on se mît à disputer contre eux sur la religion ; et de ces disputes particulières, on en vint a une Conférence publique et réglée. Les jtiifs s'y préparèrent, en se munissant moins d'argumens et de doctrine j que de pierres ; de bâtons et de toutes
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fortes d'instrumens offensif»^ dont 39 remplirent leurs synagogues. Us comptaient )>eaacoup sur le pouvoir et les richesses 4e leur çbef qu'ils pommaient patriarche. )ls mai|idereht aussi un certain Théodore ^ qui avait upe autoritjé extraordinaire parçai idux^ pt qui éti^it allé dans Tile de liiajorque.
L'éveque Sévère ^ qui (était pareillement a^nt jde Min.orque ^ reviiit^à la hâtp avep une grand^^ multitude dé ^id^es, encourages nar des visions que révénement yérifia (i^. L9 juif Th^odo^ en eut de SOQ côt^ . qui facilitèrent neaucoup sa conversion. Cependant Févêque fit avertir les jui£» de son arriyée , et îl^ se rendirent à l^ maison où il logeait. Mes frères^ leur dit-il avec douceur ^ pourquoi dans une ville soumise aiix lois romaines | Avez - vous £|it provision d'annes et de bâtons ^ jcomme si vous aviez à fairç à des troupes de brigands et de barbases ? Que vous êtes injustes ! vous voulez notre mort^ et nous ne voulons que votre salut. Les juifs qui croyaienjb )e|ir traîne fort secrète^ fièrent tout avec serment^ A Quoi bon vous parjurer, reprit l'^véquoi quand la seule inspection des lieux peut vous poniondre ? Allons ^ 1^ syna-* gogue. Tous y allèrent , en chantant un pseaume en icommun, tant juifs que chrétiens. Mais dans la route , fies fepimes juiye^ jetèrent du haut des maisons 4c grosses pierres , qui pourtant ne blessèrent personne. I^es fidèles ^ quoi que p^t dire l'évéque pour les contenir, chargèrent aussi les juifs; mais personne ne fut encore blessé. Cependant les chré? tiens ce rendirent maîtres de la synagogue devenue comme un ar$enal ; I9 brûlèrent , après en avoir
retiré les livres saints , de peur de )a profanation ^ et remirent Fargenterie aux juifs , pour les con-
Satf H I s T o r R T . ^
ment ceux dont ils souhaitaient et'Semandaient aa"
Seigneur la conversion.
Ces vœux , et plus encore ceux du saint martyr, opérèrent efficacement. Le juif Ruben , intimement lié avec Théodore , abjura le judaïsme sur le champ , et avec tant d'e'clat , qu'il reprocha publiquement aux autres leur indocilité. Trois jours après, Théodore vint , accompagné d'une troupe nombreuse , #à la synagogue incendiée, dont les murs subsistaient encore. Il n'avait jamais eu plus de zèle Four la loi judaïque, et il la défendit avec toute ardeur et la fermeté que peut inspirer la présomption. Tout à coup le peuple chrétien se mit à crier d'une voix unanime ; Théodore , crois en Jésus- Christ. Les juifs entendirent que déjà Théodore croyait en Jesus-Christ, Consternés de se voir abandonnés par leur chef, ils se dispersèrent de tous côtés. Les femmes couraient, les cheveux épars, en pleurant et en répétant : Qu'as-tu fait , Théodore , qu'as-tu fait ? En un moment Théodore se ,Tit le seul des juifs sur la place , interdit et confus d'être ainsi délaissé de tous ses frères. Ruben , qui était déjà converti , lui dit en s'approchant : Que Craignez-Tous , Théodore ? Pour vivre en paix , tant en ce monde qu'en l'autre, le plus sAr moyen c'est de croire en Jesus-Christ.
A ce moment , Théodore se rappela le songe m^térieux qu'il avait eu; et remarquant autour de lui des moines qui chantaient , comme ils lui avaient été montrés dans cette vision , il demeura quelques inslâns recueilli en lui-même; puis il dit à révêque et aux chrétiens : Je ferai ce que vous désirez , je vous le promets ; mais afin que ma con- Tersion soit plus utile, donnez-moi le loisir de
{)arler à mon peuple. Tous les fidèles témoignèrent eur joie de la manière la plus expressive. Les plus distingués se jetaient sur lui pour 1 embrasser ; d autres s'empressaient à l'entendre; tous se précipitaient pour le voir et lui applaudir. Il retourna à soa losis j et les chrétiens allèrent à l'égli&e otliir
b c l' E G L I é c. SftS
en action de grâces les saints mystères. Comme ils sortaient , ils trouvèrent une troupe nombrejusè de juifs qui venaient demander à l'évêque d'être îns^ crits au nombre des serviteurs de Jesus-Christ. On retourna à l'église ; on rendit au Seigneur de iii)u«^ velles actions de grâces , et l'évêque les mit toiift au nombre des catéchumènes.
Un autre jour , on ne put commencer le saint sacrifice qu'à une heure après midi, tant l'évêque fut occupé par les juifs qui se présentaient pour être instruits. Cependant on attendait avec impatience que Théodore exécutât sa promesse. Il dit qu'il voulait auparavant gagner sa femme , qu'il avait laissée dans l'île de Majoraùe. Les chrét\en's trouvèrent sa conduite raisonnable ; mais la ferveur des juifs convertis s'offensa du délai. Théodore satisfît donc leur empressement ; et la multitude suivit son exemple, entr'autres, un vieillard de cent deux ans. LeStrabins même se rendirent sans disputer. Quelques juifs étrangers, quoique pi^sséi de s'embarquer , aimèrent mieux en manquer l'oc^ casion , que de manquer à la grâce. Il y eut seule^ ment quelques femmes qui s obstinèrent pour un temps. Au Doutde huit jours , une d'entr'elles qui avait pris le parti de s'enfuir par mer , ayant été ramenée dans l'île , vint se jeter aux genoux de l'évêque , en le conjurant avec larmes de la réconcilier. Mais pourquoi , lui dit-il , aviez-vous pris le parti de la fuite ? Quoique le prophète Jonas y répondit-elle , eût tenté de se dérober au Seigneur , il n'en a pas moins accompli sa volonté sainte. Enfin , il y eut cinq cen^. quarante personnes juives converties en huit jours, à compter depuis le second de Février de cette année 4i8. Ces Israélites , devenus chrétiens , détruisirent eux-mêmes ce C[ui restait de leurs synagogues ; après quoi ils bâtirent une belle église , à laquelle les plus qualifiés même d'entr eux travaillèrent de leurs propres mains.
L'évêque Sévère fît le rapport de cet heureux
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événement , dans une lettre qu'il adressa au clergé et aux fidèles de tout l'univers , et qui s'est conservée jusqu'à nous. Elle fut portée à Uzale e^ Afrique , a révêque Evode , ancien ami de sainf Augustin, et on la lut publiquement dans léglise, un (ourqu'on y reçut aussi des reliques du martyr à qui elle était si honorable. Car des moines d'Uzat^ 8ur ce qu'ils avaient ouï dire à Orose des merveilles arrivées en Orient , avaient trouvé moyen de s'y procurer une fiole qui conteniiit du sang de Baint Etienne, avec quelques petits fragmens dç ses os. L'évêque Evode étant ailé processionnellement hors de la ville, pour les recevoir avec unç ompe et des. solennités conformes à la joie pulique, cette première cérémonie fut honorée a un miracle. Par la seule invocation du saint , un havr hier nommé Concordius, qui d'une chute s'était rompu le pied , fut soudainement guéri , vint sur le champ rendre grâce auprès du saint dépôt , y alluma des cierges, comme on le pratiquait dèslors , et laissa en témoignage le bâton , saus lequel il ne pouvait auparavant marcher (i). Apiès que l'évêque ^ut célébré les divins mystères dans une église voisine , le clergé partit, accompagné d'une multitude infinie de peuple qui marchait en ordre et en plusieurs chœurs , portant des flambeaux , chantant des pseaumes , et répétant en refrain ce» paroles de l'écriture : Be'ni soit celui qui vient au nom du Seigneur. L'évêque était assis dans un. char paré , tenant les reliques sur ses genoux. On les transporta ainsi , avec une lent0ur majestueuse ,
Jusqu'à la ville où i'onn'arriva que le soii-; et on es déposa , couvertes d'une voile blanc , dans le sanctuaire de la principalp église . sur le trône de l'évêque. Le mênie jour, une boulangère fort conpue , et qui était aveugle , accourut avec ce degrç de foi qui opère les prodiges ; elle se fit conduire près des reliques , prit à tâtons l'extrémité du voile
^i les couvrait y et l'appliqua sur ses yeux ^ pui# se retira chez elle. Pendant la nuit elle fut si par*faitement guérie , qu'elle TÎut toute s^ule à Téglise le lendemain matin pour |*epierpier le Seigneur.
Les ineliques furent ensuite miseï^ dans un lieu fermé , ou Fpp avait cependant laissé une petite fenêtre ouvert^ , par où Ton faisait toucher des }inges pour le soulagement des inaUdes. On y venait fen foule et de fort loin : il s'y opéra un^ innnitéd^ miraclies , e( l'on y consacra une multitude d'ô£lîrandes figuratives qui les constataient^ Qn doit remarquer celle qui se fit d'un voile ou était peint ^aint Étieniip , chassant avec la croix un dragon de la ville : cette im^^p fut exposée dUps l'église , eii face des reliques.
Pour conserver la ^empire (les n^iraoles d'IJzale y l'évêque en fit écrira l'histoire par un de ses clercs j^ qui ne pouvait suf]&re, dit-il, à leur multitude immense , se j)pma aux plus éclatans (i). Qn lisait publiquement cette relation • à la fête du saiut martyr : api:ès la lecture de çnaque fait particu««lier j on cherchait dans l'asseml^lee la personne sur crui s'était opérée la merveille ; on la faisait marcher au milieu des fidèles ^ puis monter en un endroit du sanctuaire, où elle demeurait quelque temps debout^ afin d être connue de tout le monda, ^insi vit-on d'abord là lioulangère qui aVait été aveugle , ensuite le paralytique parfaiteiùient sain^ puis tous les autres successivefnent. Il est aisp de se n^urer les grands effets que produisait ce spectacle fcien différent d'un simple récit : on crpyjiit voir l'opération même du prodige ; le peuple trans-
{>orté faisait de vives acclamations , en versant de» armes de jpie ; souvent; saint ]£tienne apparaissait j^ur cette auguste scène , ordinairement sous IfL figure d'un jeune homme et en habit de diacre, fllest cet(ë foule de meryeiUes attestées par lesf hommes du premier ordre de ces temps-là , qui a
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;ntion du. - ■
Histoire rci'dn si célèbre la translation ou l'inTention premier martyr.
S. Augustin ne rapporte pas seulement comme indubitable la guérison d'un grand nombre de malades de toute espèce, à Calame et aux Eaux de Tibile en Nuraidie , où il y avait des reliques da saint aussi-bien qu'à Uzale ; mais il fait mention de plusieurs morts ressuscites, avec les circonstances tout à la fois les plus frappantes et les plus persuasives (i). Un des principaux citoyens de Calame, nommé Mat'tial , déjà avancé en âge , tomba dan- ' fiereuscment malade. Comme il était païen , sa îille qui avait le bonbeur d'être clirétienne , et son gendre qui s'était fait baptiser cette année-là même, conjuraient leur père avec larmes de s'assurer un. bonheur étemel , en embrassant la vraie religion.. Mais l'aversion qu'il avait du christianisme lui fit rejeter avec dureté les vœux de ce qu'il avail de \ plus cher. Le gendre affligé alla répandre son ame devant le Seigneur , près des reliques de saint Etienne , et il jiria le saint martyr , avec une ferveur extraordinaire , pour la conversion de Martial. Par un de ces mouvemens indélibérés qui sont les pronostics des faveurs célestes , il prit en se retirant des fleurs qui étaient sur l'autel. Arrivé chez son beau-père , il les mit secrètement près de la tête de cet infidèle obstiné. Il était déjà nuit , et chacun alla prendre quelque repos. Avant qu'il fût jour, Martial demanda Vévêque avec empressement ; mais il était à Hippone chez saint Augustin. A son défaut , le malade voulut qu'on fit venir les prêtres. Dès qu'il les aperçut, il confesa la vérité de ïa foi avec tant d'édification et de témoignages de repentir sur son aveuglement passé , qu'on ne tarda point à lui donner le baptême. Depuis ce moment jusqu'à sa mort , qui arriva peu après , il
Èroférail sans cesse ces dernières paroles de saint tienne expirant : Seigneur Jesiis , recevez mon
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esprit. Maïs îl les prononçait sans qu'on les lui eut apprises , sans savoir même qui les avait dites avant lui. Saint Augustin rapporte encore, la rësurrec^ tion de deux morts et la guérison de plusieurs maladies naturellement incurables, entre les miracles de saint Etienne, dont il prit un soin tout particulier de s'instruire (i).
La mémoire de saint Jean Chrysostome devenait aussi l'objet de la vénération générale de l'église. Le patriarche d'Alexandrie , saint Cyrille, qui par trop de considération et d'estime pour son oncle Théophile , avait cru jusque-là devoir regarder le saint évêque de Constantinople comme légitimement condamné , céda enfin aux conseils que ne cessait de lui donner saint Isidore de Péluse , de ne pas faire imaginer plus long-temps qu'il eût hérité de la passion de son oncle , et de ne pas entretenir , sous prétexte de pîété , une étemelle division dans l'église. Il ne s agissait plus de réta- . blir la mémoire du saint que dans l'église d'Alexandrie. Son nom avait déjà été inscrit dans les dypti^ues d'Antioche, par deux patriarches consécutifs, saint Alexandre et Théodote. Celui-ci y fut comme forcé par son peuple , qui conservait un souvenir précieux de la divine éloquence et de toutes les vertus de cet illustre concitoyen ; car Théodote craignit long- temps que cette démarche ne le brouillât avec Atticus , patriarche de Gonstantrnople , et il lui envoya un prêtre , chargé d'une lettre , pour le consulter. L envoyé ayant publié le contenu de sa lettre , tout le peuple de la capitale fut bientôt informé de ce qui touchait un ancien pasteur, qu'il avait toujours regardé comme un père, et qu'il commençait à révérer comme un saint. Les rumeurs et les mouvemens furent tels par toute la ville ^ qu' Atticus incertain et fort alarmé alla trouver l'empereur, pour travailler de concert à faire cesser le trouble, sans irriter le
(i) De Civit, Dei , xxii ,5.
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■oam 1^
Histoire .'uple. 3Iais Théodose ne vît pas qu'il y eûl i laiancersur un movea aussi juste , tjue d'honorer la mémoire d'un digne évêque , persécuté jusqu'après sa mort. Ainsi le nom du grand Chryso»" tome fut aussitôt inscrit dans les tables eccl^ siastiques.
On ne sait pas au juste le temps oii l'église d'Alexandrie rendit la même justice à ce saint ; mais il est cpnstant qu'elle était dans une parfaite union avec celle de Rome dès l'an ^iQ, et par conséquent qu'alors au plus tard son évêque avait suivi l'exemple des autres prélats; puisque le souverain pontife , qui employait si forteïnent son autorité pour la défense de S. Jean Cbrjsostome, ne communiquait qu'avec ceux qui avaient consenti à lui cendre enfin jpstice (j).
Le pape Zozime était mort le a6 Décembre de l'année précédente , après avoir occupé le saint siège un aiï et neuf mois. H ordonna que les d lacres porteraient à l'autel , sur ie liras gauche , des espèces de serviettes qui ont donné l'origine à l'usage du manipule. Il statua aussi que les clercs n'entreraient point dans les lieux puulics pour y hoire , qu'ils ne le feraient que dans les maisonsdes fidèles, et autant qu'il se pourrait dans celles des autres clerps : ce qui raaj-que t'qnriquité du zèle ecclésiastique à éloigner les plercs des occasions de dissolution et d'intempérance , en leur interdisant la fréquentation des auberges (3). Comme le pape Zozime, avaiit que de mourir, fut long-temps en danger , et que le bruit se répandit à diverses reprises qu'il était mort , l'archidiacre Eulalius, qui conçutle dessein anibitieux de lui succéder, eutlp loisir et toutes les facilités de se former une faot, tien. Il s'empara de l'église de Latran, les funé*"! railles de Zozlme n'étant pas encore faites, et il en fitboucher lesavemies, attendant là, durant deux ^ours, que le dimanche arrivât pour la solennité
(i) Innoc. Epist. 10. (2) Prosp. C/jron, i^n, 4*7i
âe rordiriàtîon : les diacres ^ quelques prêtres, et une assez grande multitude soutenue par le préfet Sjmmaque , s'étaient déclares pour lui.
Toutefois la plus grande partie du peuple ainsi àué du clergé s'étant rassemblée dans Tégiisë de sami Marcel , on élut, le 2^ Décembre, ùri ancien prêtra nommé Bonifacë , aussi versé dans lès sciences ecclésiastiques q;u'exercé dans toutes les tertus, et d'autant plus digne de la chaire pontificale ^ ^u'il marquait plus de répùgus^nce à y monter; Il fut
par
prêtres. On le conduisit , aussitôt après la èérétnonîe , à la basilique de saiilt Pierre. Eulalius dé son côté fut ordonné pai^ Févêque d'Ostie j que les factieùiL àTaieiitjSit veîiifj inalgré son extrême vieillesse et une maladie sérieuse dont il s6 trouvait attaqué. Mais coinme cféiait l'ancienne coutume
Îru'ilorddiinàt le pape j on voulait absolument qu'il it une cérémonie dont ôii espérait ixU grand àyan-^ tage pour la faction < Le jour même de 1 éleètion dé Boniface , le préfet de Rome écrivit ce qui s'était
Sa^sé à Femperèur Hoiiorius t^ixi résidi^i t à Ra venue ^ onnà les couleurs aux choses selon qu'il était af^^ fecté y et envoya des actes dressés de la manière la plus favorable à la, cause de l'antipape^
L'empereur» ainsi prévenu se déclara pour té factieux poiltife, fit enjoindre à Boniface ae sortir de Rome , avec ordre aux Romains dei l'éloigner de force s^il résistait. Cependant ceux qui l'avaient élu tl:t)uvèrent moyen de faire parvenir la vérité à la cour» Us proposèrent en même temps à Honoriusde mander les deux ch efs avec leu rs pr i nci paux patrons, et de faire chasser de Rome quiconque n'obéirait
Sas. En conséquence de cette requête j l'ordre fut onné au préfet de surseoir à l'exécution du pre^ mier rescrit ^ et dé signifier à Eulaliuts , ainsi qu'à Soniface , qu'ils eussent à se trouver à Ravënne lé
^tièma d&Février i avec les aateurs de^ dçux oi^dif
Sqo Histoïhc
nations , sous peine à celui qui y manquerait ^ de * voir déclarer ses prétentions nulles. Afin de rendre cie jugement d'une manière canonique , on manda des évêques de diverses provinces , d'où ils vinrent sans délai , et s'assemblèrent en concile. Mais les sentimens se trouvant trop partagés , l'empereur remit la décision au premier jour de Mars , puis au i3 de Juin. Il convoqua dans l'intervalle un plus grand nombre de prélats , et il écrivit en particulier à saint Paulin de Nt)Ie ^ dont les lumières et Ie$ vertus étaient également respectées. On n'écrivit qu en général aux évêques des Gaules et à ceux de 1 Afrique , excepté Aurèle de Carthage , par honneur pour son siège , saint Augustin , son amî Alipîus , et un petit nombre d'autres , par consir dération pour leur mérite. Toutes ces précautions devinrent heureusement inutiles.
De l'avis des évêques assemblés en premier lieu ; «t du consentement des parties , l'empereur avait ordonné provisionnellement ^ comme on approchait de Pâque , qui , cette année 4^9 tombait le 3o de M^rs , que Èoniface et Eulalius ne resteraient ni l'un ni 1 autre à Rome , dans la crainte du tumulte , et que les saints mystères y seraient célébrés par Achille , évêque de Spolette , qui n'était d'aucun parti. Eulalius revint cependant dès le dix-huit de Mars , et rentra dans la ville à l'inseu du préfet Symmaqne , qui afFectait de ne plus le favoriser depuis quHonoiius avait été instruit, et qui voulait passer pour neutre. Le même "jour l'évêque de Spolette écrivit au préfet , qu'il était chargé par l'empereur de célébrer à Rome la fêle de Pâque , et trois jours après on le vit paraître. 11 y eut quelque émeute à son arrivée , entre le peuple des deux partis , et celui d'Eulalius fut le pins mal mené; On était au moment de voir <\e plus grands, excès , les citoyens se menaçant de part et d'autre d en venir aux mains d'une manière décisive , ponr chasser de la basilique de Latran la faction qu'ils traitaient rçcij^roquemeot de schismatique : ce qui engagea
iDs l' Eglise. 5gt
]e préfet à demander sans délai une déclaration im«
Eériale, sur ce qu'il y avait à faire avant les fêtes, 'ordre fut porté par le chancelier ou secrétaire Vitulus : car ce titre , si honorable depuis , ne signifiait alors qu'un simple secrétaire. Il était dit
Î Premièrement , qu'en confirmation de la défense aite aux deux concurrens d'entrer à Rome , Ei lalius devait absolument en sortir, pour ôter tout sujet de sédition ^t cela sous peine de perdre , non-seulement sa dignité , mais saliberté ; en secoi id lieu , que l'église ae Latran ne serait ouverte qu'à l'évêque de Spolette , chargé de faire l'office pendant les saints jours de Pâque. Les officiers du préfet étaient chargés de l'exécution , sous peine de grosse^ amendes et de la vie même.
On signifia le rescrit à Eulalius, qui fut d'une opiniâtreté inflexible. Dès le lendemain , il rassembla sa faction et s'empara de la basilique de Latran , où il administra le baptême et fit les autres solennités. Il fallut employer des troupes , et à main armée le chasser de l'é^jlise, où on laissa des gardes , afin qu'Achile de Spolette pût célébrer tranquil** lement. Eulalius fut même oanni de Rome et conduit en exil. L'empereur approuva tout , déclara par un rescrit donné à Ra venue le 3 d'Avril , et reçu a Rome le huitième , qu Eulalius en avait été légitimement expulsé , et que Boniface y devait rentrer pour prendre le gouvernement de l'église. Ce fut un sujet de joie publique pour le peuple et pour le sénat. Deux jours après , le pontife légitime rentra effectivement dans la ville avec un concours prodigieux et parmi les plus vives acclamations. Son rival eut, quelque temps après , l'évêché de Népi. Par cet arrangement^ le concile indiqué pour le i3 Juin devenant inutile , les évêques , tant d'Afrique que d'ailleurs , furent contremandés. C'est ainsi que l'irrégularité de la conduite d'Eulalius ayant rendu son intrusion manifeste aux évêques et a ses partisans mêmes , aussi bien qu'à l'empereur , tous applaudirent au jugement de ce prince , et le scUismQ
fut^fficacomeAtetlégitiiaemeot terminé^
Les Africains demeurés libres chez eux , par l'heu- I reux i)li que prirent les afraires , et qui rendit lé 1 concile d outre-mer inutile , en célébrèrent iia.1 ilational le vingt-cinniiième jour de Mai de cette I année 419- Lfe pape iozime , peu avant sa mort ^'1 avait envoyé des légats en Afrique, sur la plainte f d'Apiarius , prêtre de l'église de Sicque en Mauri-S-I tanie , excommunié par son évêque. Ces légats,'! restés en Afrique jusqu'au temps du cuncifej y 1 assistèrent, selon la dignité de leur ordination.- Il 1 fut célébré à Carthage, dont il est réputé le sixième. Aurèle y ]»résida avec Valentin , primat de Numidie. Ensuite était assis le légat Faùstin , évèque de Potentine , puis les évêques des difFérentes provinces de l'Afrique , en tout ai-j (1). Ce nomÊre , pour un concile tenu par députés , a paru peu vraisemblabléàqiielques écrivains qui l'ont entendu 4es souscriptions envoyées par les absens : conjecturé non-seulement imaginaire , mais d'une conséquence dangereuse contre les conciles. Pour la faire évanouir , il ne fallait que suivre avec un peu plus d'attention l'histoire de ce concile, qu'ori aurait vu commencer , à la Vérité , par vingt-deux: députés , mais continué par les évêqUes convoqués a l'ordinaire de toute l'Afrique. Après tous ces évèques , étaient assis les deux autres légats dû pape, PhilîppeetAsella, simples prêtres, eth'ayant par leur légation , ni rang , ni caractère dans Cette assemblée nationale.
Faustin demanda^ dès l'ouverture , qu'on lût l'instruction qu'il avait apportée de Rome. Elle contenait deux points de règlement encore fort délicats pour l'Afrique, savoir, les appellations des évêques au pape , et le recours des prêtres ou de» i diacres excommuniés par leur propre évèque verâ I les évêques voisins. Quoique ces décrets fussent f l'ouvrage du concile de Sardique j Zozime les avait ' donnés à ses légats comme des canons deWicée,
(i) Tom. i Conc.p. 1589.
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îfion par un artifice, qu'on ne saurait soupçonner dans un saint pape , vu sur-tout qu'on n'en trouve pas le plus faible indice , et qu une subtilité de cette nature , facile à confondre , était plus propre a ruiner qu'à établir les prétentions du pontife. Mais le concile de Sardique n'étant qu'urie sorte de «supplément à celui de Nicée , on les citait indifféremment l'un pour l'autre , comme nous l'apprenons parla lettre du pape Innocent au concile de Tolède. Le papeSirice nous apprend même , que depuis lui jusqu'à Gélase, on nommait canon de Nicée dans l'église romaine tous les canons qui y étaient reçus (i). Si d'ailleurs les Africains eussent été hien au fait de leur propre histoire, ils n'auraient point élevé cette difficulté,* puisqu'ils avaient eu trente de leurs évêqiies , outre leur primat , au concile de Sardique , dont on ne voit pas que ceuxci ayent révoque en doutç l'œcuménicité. Mais de^' Suis ce temps-là les donatistes avaient trouvé moyen, e substituer en Afrique , aux actes du vrai concile de Sardique ceux du conciliabule tenu en même temps à Philippopôlis par les ariens ; parce que celui-ci faisait une mention honorable de leur chef Donat ^ et qu'il leur transmettait quelque sorte de témoignage de leur communion avec les Orientaux.' La vérité des faits sur ce point avait été tellement obscurcie parles schismatiques , que dans les actes qu'ils donnaient pour ceux de Sardique j saint Au-^ gustin dit dans sa cent-soixante- troisième lettre ,
3ùe Jule , évêque de Rome , et Athanase^ évêque 'Alexandrie y étaient condamnés : ce qui convient parfaitement îau concile arien de Philippopôlis.
Sur la citation des canons de Nicée faite par les légats jj on eut recours aux copies de ce concile , que le primat Cécilien en avait anciennement rapportées à Carthagë. On n'y trouva point ee^ qu'on cherchait ; on ne put chercher dans les canons de Sardique , que l'artifice des schismatiques et 1q
(i) Epis t. 3.