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malheur eictrême des temps avaient empêché de parvenir à la connaissance des prélats même les plus éclairés. Ainsi la-résolution fut prise , pour connaître au juste et dans toute leur étendue leis canons allégués , d'^envoyer aux arands sièges de l'église d'Orient. Par provision, et jusqu'à ce qu'on eût vu le contraire dans les actes originaux , on se soumit aux appellations et aux autres règlemens prescrits, comme on l'avait déjà fait du vivant de Zozime. Ce qu'on sembla craindre extrêmement^ au moins par rapport à quelques points particuliers , c'est que dans l'exercice d'un droit bien que légitime , on ne traitât l'Afrique différemment des autres églises, et qu'on ne la soumit à des lois dont l'Italie était exempte. Car si ces dispositions , dirent peu de temps après les pères de Cartilage en écrivant au pape Boniface (i), sont contenues dans le concile de Nicée et observées chez vous en Italie, nous ne prétendons plus réclamer , ni nous défendre de les subir. Pour ce qui s'est fait d'ailleurs en notre concile, nos frères l'évêque Faustin et les prêtres Philippe et Aselle vous 1 apprendront par les actes qu'ils sont chargés de vous présenter. Ces légats , envoyés par Zozime et continués par Boniface dans leur commission , lui portèrent cette réponse aussitôt après la conclusion de ce concile , qui est le dernier d'Afrique 'dont il nous reste des actes. Comme il y eut une seconde séance le 3o Mai , on le partage souvent en deux , sous le nom de sixième et de septième conciles de Carthage. On lui attribue trente-trois canons, qui ne font que renouveler les conciles précédens. II était assez ordinaire de donner le nom d'un concile aux canons dressés dans un autre ; c'est ainsi que les canons de Milève et dllippone sont attribués aux conciles de Cartilage , comme ceux de Sardicjue au concile de !Nicée.
Du nombre des députés envoyés aux églises de
(i) J^ers, Grœca^ p, 4o3.
DÉ l' Eglise. 5qS
rOrient par celles de l'Afrique , était le prêtre Innocent , qui eut la charge de consulter Téglise d'Alexandrie. Il passa par la Palestine , et , après les lieux saints , il ne jugea rien de plus digne de sa visite que le saint et savant prêtre Je'rôme qui y résidait. Jérômf^ profita de cette occasion , et chargea Innocent d'une lettre pour saint Augustin et saint Alipius (i). Je prends Dieu à témoin leur manda-t-il , des transports de joie que me cause le triomphe que vous avez remporté sur l'hérésie de Celestius. Éh ! qui me donnera des ailes , comotieà la colomhe , pour aller vous embrasser et me réjouir avec vous ? Vous désirez de savoir si de ma Ï^art j'ai répondu aux livres d'Annien. Mais depuis e temps qu'ils sont parvenus entre mes mains , je me SUIS vu si accablé, et de mes infirmités^ et de la mort de notre sainte fille Eustochie , que j'avais presque résolu de les oublier. J'y répondi^ai néanmoins , si Dieu m'en donne les forces. Mais vous le feriez beaucoup mieux et avec plus de bienséance que moi , qui paraîtrai louer mes propres ouvrages en défend!ant la vérité qu'ils contiennent. Nos saints enfans , Albine , Pinien et Mélanie vous saluent avec une grande effusion de cœur ^ aussibien que la jeune Paule , qui vous prie instamment de vous souvenir d'elle devant le Seigneur» On a vu les rapports qu' Albine , Pinien et la jeune Mélanie son épouse avaient eus avec saint Augustin , à Hippone même , où ils s'étaient retirés après la prise de Rome par les Barbares. Sainte Eustochie était la troisième fille de sainte Paule. Demeurée vierge , elle s'était attachée inséparablement à sa sainte mère dans sa retraite. Elle avait à Bethléem un monastère de cinquante vierges. Elle y mourut en 4^9 ? vraisemblablement le 28 Septembre , jour où l'égUse honore sa mémoire. La jeune Paule était la nièce de sainte Eustochie. Cette lettre est la dernière de saint Jérôme , qui
{i) Epis t. 7, /
mourut le 3o Septembre suivant , âgé d'envîroà'
qualre-vingl-dix ans.
C'est de tous les pères latins , et peut-être de tous ceux de l'éalise , le plus versé dans la science des écritures. Il savait parfaitement les langues erecijue et bébraïqiie. Par une persévérance anaiogiif ù son caractère , il availappriscetle dernière à un point de perfection peu commun, afin de faire une version latine de la Bible sur l'hébreu ': ce qu'il exécuta avec tant de succès , que l'église l'a depuis adoptée et déclarée authentique, sous le nom de f^ulgate. On voit combien il était versé dans la science des saintes écritures , por ses commentaires sur plusieurs livres de l'ancien et du nouveau Testament, les plus utiles que nous ayons, en ce que négligeant les allusions et sur-tout les allégories forcées^ il s'attache presque uniquement au sens littéral. Outre son érudition , la îbrce de son raisonnement et son éloquence éclatent dans ses traités polémiques contre les hérétiques de son temps , dans son catalogue des écrivains ecclésiastiques , dans sa continuation de la chronique d'Eusèbe , et dans quelques vies des saintç. Ses lettres , aussi estimables par le style que^par le fond des choses , et qui tiennent un des premiers rangs entre ses oeuvres, renferment, avec d'intéressantes discussions sur la Bible , des éloges et des instructions généralement goûtées des personnes qui savent allier la piété avec la culture de l'esprit et des lettres.
On a reproché à ce saint d'avoir, en certaines rencontres , marqué de la dureté dans le eénie et les expressions ; tache apparente , que le zèle dont il était animé j et la sévérité de la morale qu'il pratiquait lui-même , ou font entièrement disparaître , ou ne laissent impuier qu'à l'acharnement des ennemis qui le poursuivaient jusque dans la profonds solitude où il était livréàl'àprelé des sèches études: défaut du tempérament tout au plus , et dunombre de ces imperfections naturelles que Dieu, poiu;
lenîr ses élus dans l'humilité , ne détruit souvent en eux qu'après les plus longs efforts. On admira dans Jérôme , devenu vieux , autant d'affection que d'estime , et une véritable tendresse pour Augustin y avec qui autrefois il avait eu de vifs démêlés.
Pour le saint évêque d'Hippone, quoiqu'il eût déjqi soixante-cinq ans , il ne se trouvait pas moins infatigable que dans ses plus belles années. On le consultait de toute part et des lieux les plus éloignés, sur toutes sortes de sujets. L'an 418, il y eut une éclipse extraordinaire de soleil; on vit les étoiles étinoeler à deux heures après midi , et il parut au ciel un météore prodigieux , en forme de cône , que quelques-uns , par ignorance , prirent
Foui* une comète : il ne se dissipa point avec éclipse, qui commença et finit le 19 Juillet ; mais on continua de le voir jusqu'à la nn de l'automne. Ce phénomène fut suivi d'une sécheresse désolante et d'une grande mortalité d'hommes et d'animaux. En 4 19 ? il y eut en Palestine un tremblement de terre qui abattit quelques villes et un grand nombre de villages. Jesus-Christ apparut sur Ije mont des Olives au milieu d'un nuage ; quantité Se païens virent sur leurs vêtemens des croix-lumineuses, et le prodige fut si frappant^ que plusieurs des différentes nations se farent chrétiens, La terreur fut encore plus générale que les signes qui la causaient : par-tout on ima-
fina que le monde allait finir (1). . L'évêque de olone en Dalmatie^ nommé Hésychius, qui était dans cette persuasion , en écrivit à saint Augustin, Je me garderai bien , répondit le saint docteur (2) , de fixer le tnoment du dernier avènement de Jesus-Christ ; je m'en tiens religieusement k ce qu'a dit le Seigneur : Personne ne peut cànnaitre les temps que le Père a mis en sa puissance. Il est certain , poursuit-il, par les paroles du Sauveur,
mmi^m
(1) Marcel. Chron» an. ^iq. (2) Epist. 197.
qu'avant la fin du monde l'évangile sera prêcli^ par toute la terre; et combien de peuples auxquels il n'a pas encore été prêche? Sans parler des plus éloignes, il y a dans 1 Afrique une infinité de Bar-. tares , à qui la foi n'est point encore parvenue ^ comme nous l'apprenons de nos eselaves. Si quelques-uns plus voisins des provinces romaines se sont convertis depuis peu d'années , c'est incomparablement le plus petit nombre. Quoique nous sojons spectateurs de la plupart des prodiges que le Christ a prédits, nous ne saurions juger si cç sont là les signes décisifs , puisqu'il en peut arrivée de plus étonnans encore. Le monde est a sa dernière Iieure, selon la manière de parler de févangélisie saint Jean; mais cette dernière heure signifie plusieurs siècles. Voilà tout ce que je puis vous répondre. Je souhaiterais pouvoir remplir votre attente \ mais j'aime mieux avouer mon ignorance, que de faire l'étalage d'une fausse science. Tout ce qui nous importe , c'est que le dernier jour de notre ■vie nous trouve prêts a recevoir le Seigneur, puisqu'il nous doit juger à la fin des siècles, sur l'état où ce dernier jour nous trouvera- En fixant le jour de son avènement , il est à craindre , si l'on s'y méprend , qu'après cela les simples n'imaginent qu'il ne viendra point du tout , et que les infidèles n'insultent à notre croyance.
Un certain Pollentius ayant fait par écrit au saint docteur dilFérentes questions par rapport à l'adultère, Augustin composa deux livres des Mariages adultérins. Pollentius voulait que l'épouse séparée de son époux pour cause de l'adultère que celui-ci aurait commis , eût la liberté d'en repiendre un autre. Ce que dit saint Paul, tou<fliant l'indissolubilité du lien conjugal , il l'appliquait à tous les cas, hormis d'adultère. Saint Augustin soutenait, comme le fait l'église, que cette défense ne souffrait aucune exception. D'un autre côté , Pollen-*! tius assurait que le mariage contracté entre une pariic fidèle ou chrctiemiG et une infidèle , est indissoluble.
» 15 l' E 6 L 1 s Bv 599?
Quelques interprètes de saint Augustin avancent
3u'il fut d'un avis contraire , et que , selon ce saint octeur , l'apôtre permet la dissolution de ces mariages , quoiqu'il ne la conseille pas. C'est là rendre avec peu d'exactitude le sentiment de ce père , quijuge au moins ces séparations illicites, à raison du scandale qu'elles peuvent occasioner, et qui ne les déclare pas même valides d'une manière incontestable : tempérament qu on peut accorder avec la décision rendue par le pape Innocent III dans les décrétales , savoir , qu'un infidèle cfonverli ne doit pas quitter sa femme qui persiste dans Finfidé-» lité ^à* moins qu'elle ne refuse d'habiter avec lui , ou qu'elle n'y demeure pour le porter à l'impiété; que si sa femme , après s'être retirée , vient à se convertir elle-même, et qu'elle retourne à son mari avant qu'il en ait pris une autre ^ il sera obligé de la recevoir.
Cependant les hérétiques commencèrent à don* ner de nouvelles inquiétudes au docteur de la grâce comme à tous les orthodoxes zélés. Les pélagiens d'Italie se plaignirent à Honorius d'avoir été condamnés par subreption , et ils lui demandèrent des juges ecclésiastiques pour la révision de leur jugement. Mais l'empereur , dit le saint docteur (i) , refusa ce nouvel examen , qui eût donné un air arbitraire d'opinion aux décisions catholiques. Il eut raison , ajoute-t-il , de contenir les novateurs par la sévérité des lois , au lieu de leur permettre de nouvelles disputes. L'affaire étant regardée universellement comme consommée , depuis le jugement du saint siège , rendu à la demande aune église nombreuse , et accepté par un consentement au moins tacite des autres églises ; Honorius fit chasser dltalie les évêques pélagiens que Zozimc avait déposés. On méprisa Tes clameurs qu'ils faisaient retentir de tous côtés , en se plaignant séditieusement qu'on leur refusât un concile universel, et
(i) Aug. de Nupt, 1 ^ c. 2; Op. imp. 2 , lo.
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Co<J Histoire
en se prévalant de ce refus avec une presnmpiiort insensue , comme si on leur eût par-là donne gain de cause.
Dans ces conjonctures , le comte Valère servit utilement l'église par ses ({ualitës personnelles et par le crédit qu'il avait auprès de l'empereur ; il était catholique et clirétien fervent, aimait beaucoup la lecture des bons livres, en particulier des ouvrages du saint évèque d'Hippone. Le temps que ses grandes occupations ne lui permettaient pas d"y employer pendant le jour , il savait ]e prendre sur son sommeil. Pour enlever un pareil protecteur à l'ancienne foi , les novateurs n'é[)argnèrent ni ïojns , ni travaux, ni artifices. Ils lui envoyèrent un écrit, où ils avançaient que lévêque d'IUppone, en soutenant le péché originel , donnait dans le mani-, chéisme et condamnait le mariage. Valère à qui^ l'on ne donnait |)as facilement le change , et qui connaissait parfaitement le génie de l'héièsie, ne conçut que du mépris pour les calomniateurs. Il en écrivit aussitôt à saint Augustin : ce fui en réponse qu'il en reçut le premier livre des Noces et de la Concupiscence.
Le saint y fît voir au comte la sainteté et l'utilité du mariage , et en même temps le désordre de la concupiscence qui n'y est survenu que par le péché du premier homme : efiet naturel de la ré- Tolte de la chair contre l'esprit , qui demeure en nous , même après que nous avons été baptisés , et qui nous rend encore enclins au péclié , sans nous rendre proprement coupables. En lui expliquant ensuite comment la sainteté du sacrement fait tirer le bien de ce genre de ma! , il lui donne d excellentes règles sur l'usage chrétien du mariage.
Ce livre étant parvenu à la connaissance du jeune et vain évéque d Eclane, qui ne cherchait que des occasions de paraître , il lit un assez long ouvrage pour y répondre- Peu après, ii répandit dans la capitale du monde une lettre qui travestissait en manichéens les ennemis de ses propres erreurs ,
i)E l' Eglise. Boi^
lifîn de surprendre une multitude de personnes , plus frappées de l'e'norinité de la calomnie , qu'atten* iives au motif intéressé <lu calomniateur. Dans le même temps , lui et les autres évêques péla^iens , au nombre de dix-huit, écrivirent à Rufus de Thessalonique , pour tâcher d'attirer dans leur parti révêque de ce grand siège. Quelques orthodoxes , d'un zèle fort actif, réussirent à se procurer un exemplaire de ces deux lettres , qu'ils remirent au souverain pontife. Alipius , évêque de la ville de Tagaste , voisine d'Hippone , vint alors à Rome , au retour d'un voyage qu'il avait fait à la cour, c'est-à-dire , à Ravenne. Ce prélat , célèbre par luimême , et plus encore par ses étroites liaisons avec Augustin , fut reçu du pape Boniface avec touteà les démonstrations possibles de considération et de bienveillance. Le pape le fit loger au palais ])ontifical durant son séjour à Rome , qu'il trouva trop court , et il fit ses délices de s'entretenir souvent avec lui du grand Augustin. Il lui remit les deux lettres des pélagiens , où le saint docteur n'étair
Eas épargne, afin que l'éloquence de ce grand omme imprimât à ses calomniateurs toute la honte qu'ils méritaient.
Le comte Valère fit aussi parvenir à Rome , entre les mains d' Alipius , quelques extraits de l'ouvrage de Julien contre le livre des Noces et de la Concupiscence, dans le même dessein d'engager Augustin a les réfuter au plutôt. Augustin eût beaucoup mieux aimé ne répondre qu'après avoir lu l'ouvage en entier. Mais le zèle d!e Valère souffrait impatiemment les délais; et dès-lors il obtint un second livre , sous le même titre des Noces et de la Concupiscence. Comme les reproches de Julien roulaient presque tout entiei^ sur la prétendue ressemblance du manichéisme avec le dogme du péché originel, saint Augustin s'étudia clans cet ouvrage à en saisir et à en faij^e sentir les diÔerences. Pour les deux lettres des pélagiens que le pape Boniface lui avait envoyées ; if y répondit par quatre
6o3 Histoire
livres adressés au même ponlîfe. Votre humilité * lui (lit-ii (l'abord en recoiinaissaiicedes témoignages d'ali'ection qu'il en avait reçus par Alipins, votre admirable modestie fait qu'encore tjtie vous occu-
Fiez une place si relevée, vous ne dédaignez pas amitié tfe vos inférieurs. Vous semblez craindre au contraire qu'ils n'en fassent plus que vous. Après ce début, il entre, sur les pas des pélagiens , dans' l'amas absurde de leurs calomnies conire les docteui-s et les dogmes catholiques, et il en fait toucher au doigt la fausseté. If justifieensuite l'église de Rome et son chef Zozime , prédécesseur de Bo- Tiiface , contre les accusations que les novateurs leur faisaient d'avoir pensé comme eux, et de varier dans la foi. Le saint docteur atteste formellement , dans le second livre, que jamais la doctrine de Pelage ,ni deCeleshusn'aétéappron^éeàRome , '
3uoique Zozime ait pendant quelque temps usé indulgence avec ce dernier.
Le quatrième livre marque le hnt de ces hérétiques dans les éloges affectés qu'ils faisaient , tant des créatures corporelles et du mariage, que de la loi ancienne du lihre ahitre et de la pvireté absolue de la vie des saints. Pour induire à iroireqiie la grâce se donnait à l'homme selon son mérite, les
Êélagiens exaltaient sans cesse la loi et le lihre aritre , et ils relevaient avec emphase l'éminencede la vertu des saints , pour accréditer leur stistème de l'impeccahilité parfaite. L'église catholique tenant le milieu entre les manichéens et les pélagiens, dit à ce sujet le docteur de la grâce , enseigne que toutes les créatures sont bonnes, et à S lus forte raison la nature humaine, qui est iiQ es plus dignes ouvrages du Créateur ; mais qu'en conséquencedu péchéoriginelqui Ta infectée dans sa source , elle a besoin d'être réparée par la grâce du Rédempteur. Elle enseigne de même , poursuit-il , que le mariage est bon ; mais que la concupiscence , enfantée par le péché et surajoutée à l'unionconjugale, est oiauvaisc; que laloi est utile.
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xnaîs Insuffisante , puisqu'elle fait connaîtrfe le péché sans donner la force de l'éviter ; que le libre arbitre fait partie de l'état naturel de l'homme , mais que dans l'état de sa dégradation présente il est tellement captif, qu'il ne peut rien opérer pour le salut 5 sans avoir été affranchi par la grâce ; enfin , que la justice a été réelle dans les saints , mais non absolument parfaite j tant sous la loi nou» velle que sous l'ancienne : expressions remarquables, et qui serventà expliquer les endroits où saint Augustin semble penser moins avantageusement de la loi mosaïque. C'est ainsi qu'il commença de remplir les espérances qu'avait conçues le pape j3oniface en lui envoyant les écrits des pélagiens.
Dans ces conjonctures, des désordres tou tdilfcren» attirèrent ailleurs l'attention du souverain pontife. Maxime , évêque de Valence dans les Gaules , était inculpé de manichéisme et de plusieurs forfaits; crians. On prouvait par des procédures encore subsistantes, qu'il avait été poursuivi popr cause d'homicide, et même appliquéàla question par les juges laïques. Malgré cette diffamation , il ne laissait pas d'affecter le rang épiscopal dans les lieux de refuge où il errait , sans vouloir se soumettre au jugement de ses collègues , quoique les papes l'y eussent renvoyé plusieurs fois. Le cierge ae Valence eut recours de nouveau à l'autorité de Èoniface ; les évêques de Gaule soutinrent en corps cette église' désolée, pour qui ils dressèrent et envoyèrent à Rome de pressans mémoires. Le pape répondit, en date du i3 Juin ^iQy par une lettre adressée nommément à dix évêques les plus distingués par leur siège ou par leur mérite , et généralement aux évêques des sept provinces de la Gaule. Comme il voulait traiter l'anaire d'une manière à n'y plus revenir , il eut l'indulgence de marquer encore un délai au fugitif; mais il ordonna qu'avant le premier de Novembre il serait jugé , présent ou absent , par les évêques ses compatriotes , asseml)lcs en concile ; à la charge toutefois de faire co^-
n que
^H une
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fîrmer le jugement par la chaire apostolique (r)J' Car quelque chose que vous décidiez là-dossus leur uil-if expressément , il est nécessaire qne la décision soit conflriiie'e comme il convient, par notre autorité , après qu'on nous en aura envoyé la relation. Dans ce procédé des évêques de Gaule, qui recouraient à Rome de leur propre naouvement, on peut remarquer que ce n'était pas le recours au saint siège qui mécontentait les évêques en aucune région , mais les abus qui pou-r vaient s'y glisser.
Le pape Boniface se souvenait toujours des trou-i blés dont l'église avait soufl'ert à son élévation. Une longue maladie les lui rappela encore plus ■vivement. Il écrivit à l'empereur, afin del'engager à prendre des mesures eflicaces et promptes, pour que l'église romaine, à l'élection d'un nouveau pontife, ne fût plus exposée au scandale des brigues et des factions. Honorius répondit par un rescrit qui portait, que si , à la mort de Boniface ^ deux compétiteurs venaient à être ordonnés contrff les règles , aucun des deux ne serait reconnu pour évêque de Rome ; mais en leur place , celui qui de nouveau serait élud un consentement unanime. L'empereur agissait en qualité de protecteur dea canons , pour cet article particulier ; et pour plusieurs autres dispositions qu'il fit en matière spirituelle vers le même temps, il agit comme avoué de l'église. C'est ainsi qu'il ordonna, celte même année , de déclarer à ceux des Africains qui soutenaient encore les erreurs de Pelage , que s'ils ne souscrivaient à la condamnation de ce novateur , ils ne seraient pas seulement' chassés des villes , mais excommuniés et déposés de l'épîscopat. Le» lettres impériales furent envoyées par distinction àsaint Augustin personnellement, ainsi qu'à l'évêque de Cartilage. Honorius fit, peu de temps après, une loi qui condamnait au bannissement, avec
(1) Bunif. Epist.adEpUe. Cuil.) T. 1 Conc. Gall.
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confiscation de biens,les ravisseurs des vierges consacrées à Dieu , et qui défendait à tous les ecclésiastiques de loger avec d'autres femmes que leurs mères, leurs filles ou leurs sœurs. On ne les oblige point à se séparer des femmes qu'ils auraient épousées avant leur ordination ; mais il est clair qu ils ne les regardaient plus que comme leurs sœurs.
Saint Augustin écrivit vers le même temps contre tin jeune homme de Mauritanie nommé Victor ,
Suatre livres , intitulés de l'Ame et de son origine, e qu'ils ont de plus singulier , c'est la réserve de cet illustre docteur par rapport à la question qui s'étai t élevée sur le moment de la création de nos âmes. Il n'ose décider, à ce qu'il déclare , si toutçS les âmes viennent de celle du premier homme , ou si chacune d'elles est créée au moment de la formation du corps qu'elle doit animer. Il répond même à tous les passages qu'employait Victor pour établir ce dernier sentiment; plutôt néanmoins pour faire sentir la faiblesse des preuves dont on faisait usage , que pour rejeter cette opinion, qui était déjà celle de saint Jérôme. On voit même que, sans prendre le ton décisif, saint Augustin ne laissait pas de la regarder comme certaine.
On rapporte au même temps son Enchiridion y qui est un excellent abrégé de théologie familière ,
Sour répondre aux difficultés les plus importantes es païens et des hérétiques d'alors. Ce livre fut composé à la sollicitation de Laurent , primiciei^ de la ville de Rome , c'est-à-dire , chef de quelque compagnie d'officier§ , qui avait prié le saint de lui faire un livre qu'on pût toujours avoir entre les mains, suivant le mot grec Enchiridion. Rien de plus formel que ce qu'on y lit de l'utilité de la prière pour les morts. Voici comment ce père s'en exprime (i) : Quand on offre le sacrifice de l'autel, ou qu'on fait des aumônes pour les défunts bap-
(i) Cap, uo.
i5o6 Histoire
tisés , ce sont des actions de grâces relativement à ceux qui sont parfaitement bons , et ils ne servent de rien à ceux qui sont tout-à-fait mécbans. Mais pour les âmes qui n'ont , ni une pureté sans tache , ni des souillures grossières, ils leur servent, soit à obtenir une pleine rémission , soit à rendre leur peine plus supportable.
La même doctrine se trouve d'une manière , non pas plus certaine, mais plus développée, dans l'écrit
3ue le même père adressa à saint Paulin, évêque e Noie , sur le soin qu'on doit avoii" des morts. Nous lisons, dit-il, dans le livre des Machabées , qu'il cite comme canonique^, qu'on a offert le sacrifice pour les morts ; et quand nous ne lirions en aucun endroit des anciennes écritures, ce n'est pas une petite autorité que celle de toute Téglise, qui paraît dans cette coutume. On peut soulager les défunts , et par le saint sacrifice , et par les prières , et par les aumônes. Ces secours néanmoins ne servent qu'à ceux qui ont vécu de manière à en percevoir les fruits, et non généralement à tous ceux pour qui on les offre. Mais comme nous ne discernons pas les uns des autres , il faut les offrir pour tous les fidèles; car il vaut mieux qu'ils soient inutiles à ceux qui n'en sauraient profiter , et à qui cependant ils ne peuvent nuire, que s'ils manquaient a ceux qui en attendent et qui en recevraient du soulagement. Du reste^ que chacun ait un soin particulier de ses proches , afin qu'il soit traité à son tour comme il aura traité ses frères.
Augustin s'étant enfin procuré en entier l'ouvrage composé contre lui par Tévêque Julien , il ne fut pas content des extraits tronqués et assez défectueux que le comte A^alèrelui avait envoyés, etsurlesquels le saint docteur avait déjà fait une première réponse. Julien même commençait à triompher , et criait de toule part à l'imposture. Augustin s'étudia donc à faire une ample et solide réfutation en six livres , quil témoigne avoirlravaillé avec uii soin extraor-
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dinaire. Dans les deux premiers , il combat les principes de son adversaire en général , par l'autorité des docteurs catholiques ; les quatre autres réfutent pied à pied les quatre livres de Julien* Quelque extrait que l'on fit d'un pareil ouvrage, on ne pourrait que l'affaiblir. On en donnera une idée beaucoup plus convenable , quoique générale , en assurant , avec les meilleurs critiques , que c'est le plus beau des nombreux écrits de ce père contre les hérétiques , dont il fut particulièrement le fléau. Comme Julien prétendait ranger les Orientaux de son côté, Augustin démontre la conformité de la doctrine des catholiques avec celle des pères de tous les temps et de tous les climats : puis il lui fait sentir , qu'en accusant ses contradicteurs de manichéisme, il imprime le même déshonneur, tant aux saints Irénée , Cyprien, Hilaire, Ambroise , qu'aux plus fameux docteurs de la Grèce, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome. Parmi les autorités célèbres, il lui cite deux écrivains ecclésiastiques dont nous n'avons plus les ouvrages, savoir Rhéticius, évêque d' Autun , et une vêque espagnol, nommé Olympius.
Les Orientaux ne tardèrent point à justifier le témoignage qu'on venait de leur rendre. Les pélagiens leur ayant porté des plaintes sur la prétendue
1)ersécution des Occidentaux^ particulièrement sur a dureté et l'injustice qu'ils anectaient de trouver dans le refus qu'on leur faisait d'un concile universel , ils n'en eurent pas meilleure composition gue de leurs premiers juges. Atticus , patriarche da ônstantinople , à qui ils envoyèrent quelques émissaires, leur opposa l'ancienne croyance de l'église , et fit même éloigner de son troupeau ces contagieux solliciteurs (i;. Ils ne furent pas mieux reçus à Ephèse , où Célestius avait autrefois séjourné et fait des connaissances. Ces tentatives ne servaient qu'à manifester et à prévenir les desseins
W» .< W Wl ■ I ■ ■ Il ^ ■ ■ III ■ » On >! I
(i) Prosp. Carm* c. 2*
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jjcrnicîeu-xd'iinesecte inquiète et remuante.] «leftfré personnellement a un concile où pr Théodoie (l'Antioche, fut condamné comme îiéréticjiie , puis chassé des saints lieux (i); et Prayle, evêque de Jérusalem , en rendit compte au pape , fie concert avec le patriarche d'Antioclie. Il n est
flus question de Pelage depuis cet événement de an 4^1- Comme il était fort avancé en âge, il ya toute apparence qu'il ne survécut pas long-temps. Julien d EcJane fut un des émissaires envoyés eu Orient. Après avoir parcouru diverses jirovinces avec ses compagnons , il alla en Cilicie trouver Théodore de Mo psue te, qu il re:^ardait, avec justice, comme son maître, et qui n était pas même fort aflérmi dans les vérités fondamentales du christianisme ; comme on le verra dans la suite. Toutefois par une contradiction singulière en soi , mais peu étonnante en des gens qui ne tiennent pas pins aux
Ïrincipes delà probité qu'à ceux de la foi ^ après que ulien fut sorti de Cilicie , il s'y tint un concile , où Théodbre condamna le pélagianisme , et anathématisa nommément Julien.
L'Orient admirait dès-lors les vertus plus qu'humaines de saint Siméon Stylite. Prévenu d'une grâce fort éloignée de l'ordre commun , les premiers pas que fit cet homme de prodiges dans les routes de la vertu, étonnèrent les plus avancés. Au lieu d'un enfant négligé et presque sauvage, d'une rusticité et d'une ignorance extrême jusqu'à l'âge de treize ans où il quitta la garde de ses troupeaux^ on vit un saint et sublime ascète , anssi avide de la nourriture spirituelle qu'indifférent à celle du coips. Il ne prenait qu'à regret, une foisen sept jours, ce qu'il ne pouvait se refuser sans être nomicide deluiméme. Les macérations accoutumées eussent paru pour lui des exercices de mollesse. Extraordinaire en tout, il fit sa cellule d'un puits infect , son ciliée, des replis d'une corde qui l'enveloppait et le serrait
(j) Merc. Comment, an. .^^g,
tellement ^
DE t'EGLîàÈ. Cogjf
tellement , qu'elle lui entra dans la chair et ne fit de là plus grande partie de son corps qu'une horriblô plaie. Encore ne fut-ce là que le prélqdë de sa longue et miraculeuse pénitence , plus admirable sans doute qu'imitable , et dont le Tout-puissant donna le spectacle au moiide , pour en cotirondre la lâcheté j'Ct montrer à quel point la force de la grâce peut élever la faiblessenumaine.
Pendant quarante-huit ans , c'est-à-dire jusqu'à la décrépitude et à la mort , il n'eut d'autre habi-^ tation que le haut d'une colonne , ou il se tenait sans cesse exposé , soit au soleil brûlant de la Syrie ^ soit au froid pénétrant de ses nuits humides , aux pluies , aux vents ,' aux frimats très^piquans dans ces contrées , en certaines saisons. Il Uii vint un ulcère à la cuisse , d'où le pus et les vers se répandaient sur sa colonne. Rien ne put ébratiler sst résolution. Tandis qu'il rendait la santé à la multitude innombrable des malades qu'on lui amenait de t(JUte part, loin de demander à Dieu sa prpj)re guérison , il s'estimait si heureux de souffrir sans relâche , qu'il remettait lui-même dans sa plaie lès insectes qui le dévoraient tout vivant. Il vécut néan-» ipoins jusqu'à l'âge de soixante-neuf ans : prodigii incroyable , comme tous ceux de sa vie , si elle ne se fût
amsi
d'un monastère nombreux , à quinze
plus d'Antioche... Le spectacle parut si étrange et
dura si long--temps , qu'on y vint des lieux les plus
éloignés, pour éprouver, avec son humilité, l'esprit
3ui le guidait par des voies si étranges. Les pères du' ésert ltti.firent commander de quitter sa colonne ^ et il se mit sur le champ en devoir d'en descèndrCé Les empereurs l'ont visité eux-tnêmes avec admi-» ration , et l'ont fait consulter sur les objets les plus importans pour l'état et pour réélise (ï). Outré l'attestation des fidèles, les Sari^sms et les autref^
(i) Eragr. ii , Kist. c. lo et lié