‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 13 sur 64 · Ducli. t. T , p · texte numérisé non relu

Ducli. t. T , p

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lil8 remarquable de ces conçrëgntiott» ëlaît celle e Brictine dans la Marche d'Ancône , ëtahliesous le pontificat de Grégoire IX par le bienheureux Jean le Bon y qui se convertit a une manière inespérée ^ après avoir fait long-temps le m^itier de ongleur. Ce pape assigna d^ibord une forme d'ha<* >it fixe aux hermites^ qui se confondaient quelqueibis avec les frères mineurs par la variation de leur vêtement, et qui faisaient diminuer envers ceux-ci la charité des fidèles. Pour établir encore plus d'uniformité 9 le pape Alexandre rangea tous ces solitaires indistinctement sous la règle de saint Aui^ustin. Mais les guillelmites se virent avec peine tires de la règle de saint Benoit: ils sollicitèrei|t si bien Alexandre y qu^il les remit, tels Qu'ils étaient auparavant , sous leur général particulier.

Les religieux de saint François, quoique déjik bien dilférens de leurs pères, et ceux de saint Dominique se distinguaient encore parmi les ordres divers par leur vertu et leur capacité. Les rois et les pontifes se disputaient en quelque sorte la loire de les protéger. Alexandre JY leur accorda es privilèges quiexcitèrent la jalousie des docteurs séculiers , remplirent en particulier Tuniversir» de Paris pour plusieurs années de fermentation et de zizanie, et causèrent aux évéques, sur ISntégrité de leur juridiction, des alarmes qui ont presque duré jusqu'à nos jours. Le roi saint Louis avait tant (Vulfection pour ces deux 'ordres, qu'il disait souvent que , s il pouvait faire deux parties de sa personne , il en donnerait une aux frères prc« ohenrs , et Tautre aux mineurs (i). Il forma la résolution d'entrer dans Tun des deux , quand il aurait un fils en âpe de régner , et il s'en ouvrit à la reine , pour ménager de loin son consentement. Mais cette princesse judicieuse, pourTen détourner, loi apporta des raisons si solides, C|ue le roi, dont la pieté n'eut jamais rien de l'opiniàlreté, ni de la

(i) G. Un Hnllo , l. la.

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Histoire confiance en son propre sens, se laissa persuader que ce n'elaû pas la volonté de Dieu- Celte estime et cette faveur des personnes les plus illustres à l'égard des religieux mendians, leur attirèrent bien des reproches et des injures , fondés ou non en rai>on. On disait qu'ils aimaient la table des princes et des |uél,its, soit pour la bonne chère , snit plutôt pour repaître leur ori»iieii des fumées de la vaine gloire , et satisfaire leur penchant à intriguer et à gouverner; (|u'ils se q:iêlaient des choses qui leur étaient les plus étrangères j qu'ils s insinuaient dans tous les conseils et toutes les entreprises ; que depuis le souverain jusqu'au particulier tant soit peu apparent , ils voulaient dominer sur tous les esprits , sur tous les ordres de puissahce ; et pour cela, qu'ils se rendaient complaisans, flatteurs , directeurs faciles et ingénieux à plier les lois de la conscience à leurs vues politiques (i). En un mot, on les chargea de toutes les imputations qu'on a renouvelées si Goufent depuis, et qu'on ne se lassera jamais de répéter contre les nouveaux venus , dont le zèle et les talens feront ouvrir les yeux sur la dégradation et l'inutilité de leurs prédécesseurs dans la jouissance de la considérafion publique.

Entre tous les plaignans, Guillaume de Saint- Amour, docteur de Paris , se signala le plus par ses ' déclamations et se? invectives. Les docteurs d'état religieux , ou du moins leur grand nombre, n'étaient pas vus d'un bon œil dans cette université florissante , et il y avait à ce sujet desdifférens que les papes , avec tous les genres d'autorité qu'ils exerçaient alors, avaient bien de la jteine à oupir. D'ailleui-s bien des é?èqups se plaignaient avec raison , de ce que les relii;ieux mendians , sous prétexte de privilèges , troublaient l'ordre de la hiérarcliie , et violaient sa juridiction dans l'çxercice de leur minisièi'e. Mais Saint-Amour

ne 8^en tint pas à ces ^aintes lëffitiïneâ. Emporte par la chaleur de sa bile et par rimpulsion ue ses confrères. y aui , dans une lettre écrite en corps à tou6 les prélats y avaient donné leur école pour le fondement de Téglise, il vit dans sa querelle toute la religion en danger , et intitula sa déclamation ^ des périls dtts ^derniers temps. Peu content d*y donner personnellement ses adversaires pour de faux apôtres et des séducteurs hypocrites , il s'éleva directement contre leur état de mendicité , tout approuvé (^u'il était de l'église^ laquelle /dit-il avec témérité , doit révoquer ce* quelle a institua par erreur et contre la défense de saint Paul (i).

Le pape condamna cet écrit, comme inique , criminel et scandaleux /le fit brûler en sa présencci ordonna sous peine d'excommunication à tous ceux qui l'auraient, de l'abandonner aux flammes sou» huit jours y et défendit de l'approuver ou de 1^ soutenir en aucune façon (a). Il redoubla de bienveillance envers les religieux mendians, en faveur desquels il enchérit sur tout ce qu'avaient fait ses prédécesseurs. Les princes entrant dans ses vues , eur continuèrent leur confiance , et il les vit aveo plaisir près de ces personnes augustes. Il n'ignorait pas que l'air de la cour est contagieut pour les ministres de l'évangile, tant réguliers que séculiers ; mais l'église accordant ses secours aux princes comme aux sujets, les ministres qui s'y emploient avec le moins de péril, sont ceux qui dans leur régularité et leur détachement trouvent le plus de préservatifs contre la contagion.

Saint Thomas d'Aquin n avait pas servi médio^ crement à diriger la censure pontificale contre la témérité du docteur de Paris. A Anagnie, en présence du souverain pontife, il avait prononcé en faveur des frères mendians une longue apologie^ où, avec la force et la précision qui caractérisent tous ses écrits, il répondait aux allégations diversei

(i) Dukottki , p. 5t>. (a) Id. p. 3ia. G. Nttn({. cbroa.

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de leur injurieux agresseur. Sa seule personne^ si Ton peut s'exprimer ainsi , était une apologie bien frappante de Tinstitut qu'il avait embrassé par les plus liéroïques sacrifices, La maison dont il était ISSU, iHustre et puissante dès le dixième siècle , possédait la ville et le comté d'Aquin dans la Gampanîe. Pour lui donner une éducation conforme à sa naissance et aux vues de fortune qu'on avait sur lui , on le mit dès sa première jeunesse dans les plus célèbres écoles d'Italie, d'abord au Mont-Cassin , puis dans l'université de Naples , fondée depuis peu par l'erojiereur Fi-edéric. Mais le ciel avait des vues bien différentes sur cet enfant, également prévenu des dons de la grâce et de ceux du génie. Docile aux premières inspirations d'enhaut , le jeune Thomas n'eut pas plutôt commencé à faire paraître ses talcns pour les sciences , qu'à ^aples même il entra chez les frères prêcheurs (i). ABn d'échapper aux poursuites de -es parens , qui se tinrent très-olfensés de cette liumhte résolution , ses Bupériiiurs l'envoyèrent premièrement à Rome , ensuite à Paris. Ses frères le firent cuéter, ïe surprirent en route , et le conduisirent dans un château qui appartenait à leur père. Là , pendant «n an qn ils le tinrent comme emprisonné , il n'est rien qu'ils ne missent en œuvre pour lui faire quitter un ordre, dont ils regardaient la mendicité dans leur frère, comme un opprobre pour eus tous. On lui déchira son habit, mais il eu garda tes morceaux , s'en enveloppa de son mieus , et rejeta tout autre vêtement. On introduisit dans sa chambre une jeune libertine d'une ligure et d'une humeur également propres à séduire ; il ne l'eut pas aperçue, qu'il prit un tison enflammé et la mit en fuite. Sur le champ, avec l'instrument même qui a servi de défense a sa chasteté, il crayonne uue croix sur ta muraille , se prosterne et demande avec larmes la grâce de conserver à jamais celte

(i) Boll. i. VI , p. 65; , etc. Ech. siiiiim. TÎnd. ji. 3 1 2 , eic.

Curé et ddlicate vertu dans toute son intégrité, out le cours de sa vie montra que le Seigneur avait exaucé une prière revêtue de circonstances si dignes de le toucher. Pendant sa prison , Thomas inspira le désir d^ T imiter à Tun'e de ses sœurs ^ •^ui abandonna comme lui toutes les espérances du siècle , €t se fit religieuse. Enfm sa mère le voyant . inébranlable dans son pro]>os, permit de le laisser •échapper , comme à son insçu.

U reprit la route de Parfs, d'où il alla incontinent étudier la théologie à Cologne, sous Albert le Grand , maître digne de son disciple, qui lé laissa néanmoins bien loin derrière lui , pour ce qui est en particulier de la solidité et de la précision. Mais Albert sut au moins discerner Tangede Técole, sous la taciturnité et les apparences delà pesanteur. Comme les condisciples de Thomas le plaisantaient sur ces dehors peu avantageux, et Pappelaient souvent le bœuf muet , Albert avait coutume de leur dire , qu'un jour viendrait où les doctes mugissemens de^ce bœuf seraient des oracles pour toute l'église. Thomas vint ensuite étudier à Paris, encore sous Albert 9 puis sous un autre de ses confrères nommé Brunet : alors il commença , comme bachelier, à expliquer le livre de sentences. Il devait obtenir la licence en'ia54, pour continuer ses leçons en qualité de docteur; mais les diiiérens qui survinrent entre l'université et les religieux

publi pour les frères mendians, prêcheurs et mineurs^ Il insista particulièrement sur la mendicité reli-

Sieuse, et s éleva contre l'obligation qu'pn faisait u travail des mains à tout religieux sans exception et sans réserve (j). U f^t observer que ce qu'en dit saint Paul , regarde autant les séculiers que les religieux , puisque du temps des apôtres , il n'y

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il) S. Thom. t. XTU , OpuJiG* i9«

avait point encore de religieux distingues des séculiers. Quant à l'autorité (Te saint Augustin dont se prévalait Guillaume de Saint-Amour , comme de celle de saint Paul , il montra que le but de ce saint docteur , dans son traité du travail des mains , était de combattre l'oisiveté déi^uisée sous un air d'abandon entre les mains de la providence; mais que ces sortes de travaux doivent céder à des occupations plus utiles , telles que sont évidemment les fono lions apostoliques ; que ceux qui les remplissent aujourd'hui n'étant plus inspirés comme les apôtres, sont obligés de s'instruire par une étude assidue ; et par conséquent ceux qu'ils dirigent dans les Toies du salut , et pour l'avantage desquels ils étudient , doivent leur fournir la subsistance , puisque le Seigneur a ordonné que ceux qui annoncent l'évangile, vivent de l'évangile. Ainsi les religieux inendians peuvent demander cette subsistance , ou ce qui est la même chose , exercer la mendicité suivant les règles de leur état, qui les bornant au simple nécessaire, les tiennent en garde contre la flatterie servile et les complaisances criminelles, fruits pernicieux de la seule cupidiué.

Saint Bonaventure tenait parmi les frères niineurS, le même rang que saint Thomas d'Aquin chez les frères prêcheurs (i). Sa vocation , quoique dans un autre goût que celle de Thomas , n est pas moins remarquable. Etant tombé dangereusement malade dès l'âge de quatre ans , sa mère qui habitait Bagnareal en Toscane , le recommanda aux prières de saint François qui vivait encore , et elle

E remit, s'il guérissait, de le mettre sous sa conduite, e saint pria pour l'enfant, et le voyant aussitôt f;oéri , il s'écria : O bonne aventure ! nom qui ui demeura , an lieu de celui de Jean qu'il avait reçu au baptême. En i243 , Bonaventure , âgé de vingt-deux ans , accomplît le vœu de sa mère en prenant l'habit de son bienfaiteur. On l'envoya

(i) VaiUng. an. 1221, Sw, ad i4'lul'

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éludier à Paris , ainsi que saint Tbomas, et comme lui il eut encore un maître célèbre dans la personne d'Alei^andre de Haies , qui , touché de la beauté du naturel de son disciple et de Tinnocenctt de ses moeurs , disait de lui , qu il semblait n avoir point participé au péché de notre premier père* Bonaventure était docteur , et enseignait la théo«> logie à Paris , quand on l'élut général de son ordre, à Tâge de trente-cinq ans. Il fut encore députe Îar les frères mineurs , comme Thomas par le» rères prêcheurs , pour aller poursuivre devant l6 pape la condamnation du docteur de Saint-Âmour. 11 écrivit de même , d'abord différens traités, puis pe grande apologie des religieux mendians, con* Ire le docteur Girard d'Abbeville, qui avait pris le parti de leur premier détracteur (i).

Des invectives si téméraires contre les ordres mendians, et si bien réfutées , ne leur firen^^iri^a perdre de la vénération des peuples , ni des grands. Les vertus de la bienheureuse Isabelle de Fr^^e . sœur de, saint Louis, donnèrent encore un nouveau lustre à Tinstitut de saint François, et la plus grande édification à tout le royaume. Ayant ré-- 6olu dès sa première jeunesse de se consacrer à Dieu^ le marrage qui lui fut proposé avec le roi Conrad ^ fils de l'empereur Frédéric , né servit qu'à lui inspirer plusd'éloignement des grandeurs du .iècle^ et plus d'attrait pour la. vie angélique dont elle s était tracé le plan. Applaudie dans son refus héroïque par le roi son frère , elle vécut dè^^lors^ la cour comme dans une communauté religieuse; Elle gardait un silence exact , donnait la plus grande partie de son temps à la prière , jeûnait souvent, et en tout temps prenait si peu de nourriture^ 2u on ne concevait pas comment elle pouvait vivre. lUe ajoutait la pénitence et les macérations à l'innocence , s'étudiait à épurer de plus en plus sa conscience par la confession quotidienne , donnait

(l) OpÛSG. t. II«

lout en aumônes et servait les pauvres île sespropi mains. Ayant dévotion de fonder une maisoi religieuse, elle choisit l'ordre de saint François, -i et établit des religieuses de sainte Claiie à Longchamp près de Paris. Les constitutions qu'on leur presciivit, furent proposées auparavant aux docteurs de l'ordre, spécialement à saint Bonaventurc. La princesse se renferma elle-même dans cette abbaye , où elle demeura jusqu'à ta mort , oiaift sans faire profession , ni prendre l'habit. Le pape Ijéon X a permis dansleseiiîième siècle de l'honoicr à Longchamp comme bienheureuse (ij.

AlexanJre IV , presque toujours hors de Rome , où il ne trouva pas plus de sûreté que son prédécesseur Itniocent , mourut enfin à Viteibe ie aS de Mai 1 361 . Entre les règlemens qu'on lui attribue (3) , on remarque celui qui ordonne aux inquisiteurs de la foi de vendre les biens confisqués sur les hérétiques , et d'en réserver le prix pour les besoins de l'cgUse roDiaine. On rapporte au même pontiiicat le commencement de ce qu'on appelle cas privilégiés. Dans un concile tenn a Montpellier en i258(3), il fut permis au sénéchal de Beaucaire d'arrêter les ecclésiastiques pris en flagrant délit , pour cause de rapt, d'homicide , d'incendie et de crimes Semblahlcs , à charge de remettre Ces coupables à la coup de l'évêque. On vit dix ans après, dans un concile deLondres, une sorte d'autorisation pour le déport et Tannate : il y est défendu aux prélats de s'attribuci'' les revenus des églises vacantes, à moins qu'ils ne soient fondés en privilège ou en coutume (4),

Quoique le nombre des cardinaux fût réduit à neuf, et qu'il y en eût même un d'absent à la mort du pape Alexandre , ils eurent tant de peine à saccorder sur le choix de son successeur, (jue le saint siège fut trois mois vacant. Enfin le 29 d'Août , ils élurent, mais hors de leur corps, Jacques Pantaléon,

(1) VieparAgnés, p. ïro.l (4) Thoinass. Disc.part.4, (2)Rain. ia6a,n.3i. 1. 4,c. 3j.

(3} Toin. XI , Couc. p. jjH. |

ptrîarclie de Jérusalem , qui se trouvait à Vîterbe ,. et qui prit le nom d'Urbain IV. Il était né à Troyes en Champagne y d'un simple artisan ; ms^is ses qualités personnelles compensaient avec avantage l'obscurité de sa naissance. Il parvint d'abord à l'archidiaconé de Liège , puis à 1 évêché de Verdun, et remplit avec une intégrité remarquable plusieurs légations dans le Nord. Immédiatement après sa promotion , il écrivit aux évêques pour leur en faire part , ainsi qu'au roi saint Louis , dont il était né sujet. Comme lès cardinaux se trouvaient réduits à un trop petit nombre, le pape Alexandre n'eu ayant fait aucun , Urbain en créa sept dès la première année de son pontificat , et sept encore au mois de Mai suivant (i).

Ce pontife entra dans les vues de ses prédécesseurs Alexandre et Innocent , par rapport à Mainfroi , qui , à la faveur de la tutelle de son neveu Conradin, s'était rendu le maitreabsolu des royaumes de Naples et de Sicile , et qui s'en fit enfin déclarer roi , à la place du jeune prince. Comme le pape Urbain commençait à procéder contre lui , desaSaires plus prépondérantes pour le temps tour* nèrent son attention du coté de la Grèce. L'em^ pire de Constantinople , aussi misérable dans la réalité, qu'imposant pour l'imagination des Latins, fut repris sur eux avec une facilité bien capable de faire cesser leur illusion. Cette conquête fut l'ouvrage , ou plutôt la bonne fortune de Michel Paléolôgue, premier empereurde ladernière dynastie des Grecs dans la nouvelle Rome, Ce fut ainsi la même maison qui reprit Constantinople aux Latins^ et qui en fut dépouillée par les Turcs.

Micbel Paléologne , pour faire recouvrer aux Grecs la capitale de leur empire , eut d'abord à usurper le trône de Nicée, préparé à cet effet comme une pierre d'attente , si Ton peut s'exprimer dé la sorte. Ayant trouvé moyen d'obtenir, pendant

(1) Rain. an. 1261^

l'enfance de Juan Laîcaris , la régence de ce sînaii lacre (i empire, qui eut nôaiimoins assez d'éclal; ses yeux pour être aciieu- aii prix de l'iiiliuma uiUielde la perQdie, il dépouilla son pupille, aprj l'avoir fait aveugltn'. La aiultlplicité des étals q^r s'étaient Forinés des débris de celui de Constant nopie à l'invasion des LiiLiiis , contrariant son an bilion , il envoya contre le despote d'Epire di troupes comritande'es par le césar Ale^^is , avec Oj| dre Je donneren passant quelqu' alarme à Consta| tinophjsans toutefois rien entreprendre dcsérieui D.ins le délabrement où était la Grèce, il s'éta: foi'mé dcis trott|)es de brigands assez nombreux jiour tenir lu campagne , et qui pillaient indiQ| rerament Ifts Latins et les Grecs , quoique leur il clination fûl toujours pour les deiniers, dont il» eiaient compatriotes. Le peu de troupes que les Français avaient dans le pays, étaient parties de CoRStantinople pour une expédition éloignée, et les Latins renfermés dans la ville, s'y voyaient réduits à la dernière extrémité. Alexis prit conseil des conjonctures ; et bornant son projet à ce qui n'en était que l'accessoire , il altaqua si brusquer . menl Conslanlinople , et fut si bien secondé par les brigands attachés à sa fortune , qu'il s'en rendit maître la nuit du a5 Juillet latii , cinquanteeept ans après l'invasion des Occidentaux. L'empereur Baudouin , Justinien , patriarche latin , et

{plusieurs autres seigneurs qui ne tombèrent pas sous es armes, furent réduits a se sauver sur des barques dans quelques îles écartées , et de là dans la terre de leurs pères. A cette grande nouvelle, Micbel Paléologue vint en diligence, prit son logement au grand palais , et y fixa , jus(|u'à l.-! ruine de son empire et de sa maison , le siège de cette puissance expirante.

L'état critique où il la sentait , !e 0t sans cesse recourir aux papes , soit pour obtenir des secours contr» la puissance ottomane qui devenait plus fùnuidable de joar en jour, soitplulôt eutoie aûa

d'écarter l'orage que les sollicitations de Baudouin ftle dëpîtde tout rOccident ne pouvaient man* querde former contre sa propre grandeur. L'Italie en eflfet et la plus grande partie de l'Europe furent bientôt dans la plus ardente fermentation. On prêcha la croisade contre les Grecs ; les légats du pape se répandirent dans toutes les cours ; on imposa des tributs sur tous les biens ecclésiastiques. Mais la continuité fatigante de ces impositions , et les revers accablans qu'elles n'avaient pu détourner , commençaient à ouvrir \bs yeux des nations sur les vrais principes que l'enthousiasme avait tenus silong-^temps voilés. Les prélats d'Angleterre dirent nettement (1) qu'ils ne donneraient rien pour un prince étranger , tandis qu'ils pouvaient à peine subvenir aux besoins de la patrie y au milieu des troubles et des divisions qui la désolaient. Les Français firent une juste distinction entre les se- Goui^de la Terre-Sainte contre les infidèles, et les subsides sollicités pour faire la guerre à un empereur chrétien (2). Michel Paléologue, de son côtéj né cessait d'insister sur cette difiérence , affectait un grand zèle pour les progrès de la foi chrétienne , la confessait dans toute sa pureté, et marquait tant d'ardeur pour la réunion de l'église , grecque avec la latine , qu'il est encore difficile de prononcer sur les vrais motifs qui le guidèrent. Nous lui verronsfairedesdémarchesqui ne permettraient point de douter qu'il n'agit sincèrement , si l'on avait été trompé moins souvent par ses prédécesseurs.

Au milieu des soucis et des embarras que ces révolutions causaient au pape Urbain , il ne néeligeait pas les fonctions directes-et les plus sacrées un pontificat* La fête du Saint-Sacrement avait été instituée dans le diocèse de Liège , tandis que ce pape Cai était archidiacre, et il s était employé des premiers à lever les obstacles que la sainteté de cette institution, reconnue si généralement depuis,

(1) M^tth. Westl^. p. 38». (2) Rain. n. 19 , 20 , 21.

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ne l'avait pas empêche d'eju'ouver. Elle avait e'ié pi'oposée par une simple religieuse de Moot-Cornillon près (le LiJge , nommée Julienne, à qui, toutes les fois qu'elle s'appliquait à l'oraison , il semblait voir la lune dans son plein , mais avec une

Îtetite brèche. Elle eut ensuite révélation que cette Line figurait l'église , et la brèche une fête à instituer en l'honneur du sacrement adorable de nos QiiteIs(iV MaisJulienne, toute sainte et toute humlile qu'elle était , fut traitée de visionnaire par une foule de sages mondains, et même d'ecclésiastiques, llscrièreniàla nouveauté, à la superstition, ou du moins à l'inutilité d'une solennité nouvelle , pour honorer l'eucharistie dont on faisait tous les ]oui-s mémoire à la messe. Cependant Robert de Torote. evèque de Liège , et le cardinal Hugues de Saint- Cber, légat en Allemagne , méprisèrent ces clameurs, et la fête fut instituée. Six ans après, Julienne mourut le 5 Avril laSS , dans une réputation de sainteté qui la fait encore honorer dans le pays comme bienheureuse.

L'an 1264» '^ pape Urbain donna une bulle expresse pour faire célébrer cette fête généralement dans toute l'église , et la fixa au premier jeudi d'après l'octave de la Pentecôte. 11 chargea saint TJjumas d'Aquin de composer à ce sujet l'oflice du saint sacrement , dont la noblesse et l'onction céleste répondirent à la réputation du docteur angéliqiie , et que nous récitons encore. Mais Urbain IV étant mort cette même année, le 2." jour d'Octobre , la célébration de la nouvelle fête fut interrompue pendant plus de quarante ans.

Le saint siège vaqua près de cinq mois , après la mon de ce pgutife , et , selon la meilleure critique, cène fut que le 5 Février laOS qu'on lui donna pour successeur , Gui de Foulque , cardinal-èvêque de Sabine , né de famille noble à saint Gilles sur le Rhône. 11 était d'une modestie exemplaire

(j) BoU. \oja. IX, p. 459.

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ctsi peu équivoque, qu'il fit tous ses efforts pour se soustraire au brillant fardeau du ponlincat , quon lui avait décerné tandis qu'il était absent pour cause de légation. N'y ayant pu réussir , il écrivit en ces termes à un de ses neveux nommé Pierre le Gros : Plusieurs se réjouissent de notre

Eromotion ; mais nous n y trouvons matière qu a i crainte et aux larmes. Yous en devez être vousmême plus humble. Nous ne voulons point que vous , ni votre frère , ni aucun des nôtres vienne vers nous sans un ordre particulier dé notre part; autrement , nous les renverrons confus. Ne cherchez pas à marier votre sœur plus avantageuse- Hient , en conséquence de ce qui nous est arrivé. Si vous la mariez au fils d'un simple chevah'er, nous nous proposons de lui donner trois cents tournois d'argent. C'était environ cinquante écUs de notre monnaie. Si vous Félevez au-dessus de sa condition ^ n'attendez pas de nous un seul denier. Il en sera de même pour tous nos proches , dont aucun ne doit se prévaloir de notre élévation. Que Mabilé et Cécile prennent lés maris qu'elles prendraient , si nous étions dans la simple clérioature. Pour Gilli , voyez-la spécialement de ma part, et dites-lui de continuer à garder toute la modestie possible dans ses vêtemens^^ et cependant de ne se charger de recommandations pour personne. C'est ainsi que s'annonça Clément iV^ dès son entrée au pontificat.

Il donna aussitôt ses soins à l'affaire du royaume de Sicile , regardée comme une des plus graves pour l'église romaine. Celte couronne avait été accordée par ses prédécesseurs Innocent et Alexandre à Edmond , second fils du roi d'Angleterre ; mais ce prince paraissant abandonner ses prétentions , Clément la donna au plus jeune dos frères de saint Louis , Charles, comte d'Aîijou et de Provence, et le pressa d'en venir prendre possession. Charles ne tarda point à s embarquer à Marseille j et malgré toutes les précau-

tions qu'avait prises Mainfroi pour luî fermer le passa£!;e par terre et par mer, il aborda heureusement à Ostie. Le pape qui e'tait à Pérouse, envoja quatre cardinaux qui lui donnèrent à Rome, dans l'énlise de Latjan , l'invesliture du royaume de Sicile, avec l'étendard, le ao de Mai. Il lui fallut attendre assez long-temps l'arrive'e de ion armée cjui venait par lerre , et le reste de la campiigne se passa sans faire aucun exploit remar- (juahle. Mais a^ant été sacré et couronné roi dans l'église de Sainl-Pierre , le jour de l'Epiphanie d» l'année suivante i'j66 , il entra sans retard sur tes terres de Naples. Mainfroi lui envoya proposer un accommodement. Parce que son armée élail remplie de Sarrasins , Charles ht cette réponse : Allez dire au suUon de la Pou i lie, que je ne veux ni paix, ni trêve avec lui , et que dans peu, ou je l'enverrai en nnfer , ou ii m'enverra au ciel. Les deux armce» s'avancèrent aussitôt , et se rencontrèrent près de Bénéveni. Une seule bataille , des plus meurtrières dont il soit fait mention , déciiladii sort de leurs chefs. Les français remporlèrenl une victoire complète , Mainfroi demeura parmi les morts, et Charles seul maître du royaume. Par cette défaite , le» Guelfes reprirent le dessus sur les Gibelins , deux factions animées , dont la première tenait pour les lapes , et la seconde pour lesempereurs. L'une et 'autre , pendant deux à trois siècles , désolèrent rilalie parleur émulation détestable en tout genr& de crimes et d'excès. Elles éclatèrent principalement sous le pape Grégoire IX et l'empereur Frédéric Il ; mais on n'a rien de précis sur leur origine , ni sur l'étymologie de leurs noms , qui trèsvraisemblablement néanmoins proviennent des noms propres de leurs premiers auteurs.

En Allemagne , on éprouvait tous les désordi-es et tous les fléaux de l'anarchie. Toutefois , après la mort de Guillaume de Hollande , qui pérît l'an I25t> en voûtant réduire les Frisons révoltés , on' avait «lu en sa place jusqu'à deux euipcroui-s,.

le

Richard , fils du roi Jean d'Angleterre et comte de Cornoiiaille , élu le premier et couronné à Aix-la- Chapelle le jour de l'Ascension i^S^, ne put fournir a la dépense nécessaire pour soutenir sa dignité, et fut obligé de retourner en Angleterre , où il mourut quatre ans après. Alfonse X , roi de Castille , élu empereur deux mois après Richard , et retenu par ses guerres contre les Maureis , ne put pas mésne venir prendre possession de l'empire. Ce fut dans cette affreuse confusion que les princes d'Allemagne augmentèrent principalement leuJr puissance au préjudice de celle des empereurs, et que plusieurs villes d'Italie s'érigèrent en républiques , ou furent usurpées par des seigneurs qui -s en firent de petits états.

Jamais on ne multiph'a si abusivement les croisades , que dans ces temps de fureur et d'horreur. Les évêques de Germanie traitaient récîproqxiement en ennemisde la religion , et confondaientavec les infidèles, les partis ditférens de celui ([u'ils avaient épousé. En Italie , le cardinal de Sainte- Cécile faisait prêcher avec tant de chaleur contre les partisans deMaiiifroi, et en particulier contre les Sarrasins de Nocera , toujours attachés à ce parti, qu'il dispensait ceux qui prenaient la croix pour leur faire la guerre, des engagemens contractés pour le recouvi'ement de la Terre-Sninte. On Îréchait en France , avec une ardeur égale , ces eux croisades à la fois , c'est-à-dire , conti-e Mainfroi en faveur de Charles d'Anjou, et contre Bondocdar, sultan d'Egypte, qui venait de ruiner Césarée , et se préparait au siège d'Acre, seule

Îlace forte qui restât aux chrétiens de Palestine, •a croisade se prêchait en Angleterre contre Simon ie Montfort , comte de Linceslre , fils du fameirx Simon surnommé le fléau des Albigeois, et qui ne «acquit à lui - même que l'odieux surnom du Califina des Anglais. Il était à la tête des sujets libelles du roi Henri III , prince naturellement W , mais inconstant et capricieux ; sans vigueur ,

sans politique , également incapable de se faire crainare et de se faire aimer. La haute rcpatation de sagesse et de probité dont jouissait par«^t6ut le roi saint Louis , avait bien pu le faire chotiir ^ tant par Henri que par ses barons , pour arbitre de leurs différens ; mais l'inquiétude et la fougue intraitable du génie britannique avaient pi^esque aussitôt violé la sentence arbitrale ^ quoique vet^ due au gré des deux parties. La rébellion ne finit que par la mort de Simon y qui fut défait et tue à la bataille d'Evesham , le 4 a Août i a64« On le priva de la sépulture ecclésiastique , comme étant mort excommunié. Les rois maures de Grenade et de Murcie remuant en Espagne , il fallut encore y prêcher tout' de nouveau la croisade. On prêchait enfin la croisade en Hongrie contre les Tar* tares , que leur genre de christianisme, frein trop faible pour leur férocité ambitieuse , n'empêchait pas de menacer d'une effroyable invasion les pays chrétiens limitrophes de ce royaume et de celui de Pologne.

Cependant le chef de l'église n'en perdait pas de vue les intérêts divers. L'église d'Yorck , vacante depuis plus d'un an , n'ayant pas fait une élection plus canonique après un si long retard , Urbain la cassa ^ et donna cet archevêchéà sain t Bonaventure (i). Les besoins de l'Angleterre , où la discorde et la guerre civile avaient porté de rudes atteintes à la discipline 9 ne demandaient pas moins qu'un prélat de ce mérite. Bonaventure n'était pas seulement révéré pour la pureté de ses mœurs , l'austérité de sa vie , la tendre piété et la modestie sincère qu'il savait allier avec l'émînence de la doctrine ; mais sa gravité, sa prudence , le long usage du gouverpement de son ordre , où il s'était rendu aimable à tout le monde en maintenant parfaitement l'observance régulière , le faisaient juger propre à tout. Le pape ayant pris une résolution arrêtée ,

(i) Vading. ia65 , n. i^.

et

iD B l' E 6 L I s «. 65

tt connaissant l'Humilité de Sonaventure, lui en« joignit, en Tertu delà sainte obéissance ^ d*ac* quiescer à la yolonté divine en acceptant Tarche- Techë d'Yorck. Tels sont les termes de la bulle qui fut donnée à ce sujet le 24 Novembre i265, mais qui n'eut point d'exécution* Uhumilité de Bonaventure fut si ingénieuse , et il prit si bien le saint père, tout inébranlable que paraissait la rélolution de sa sainteté , qu'il ne fut pas contraint d'accepter l'épiscopat.

Saint Thomas a Aquin refusa de même Farchevêché de Naples y que le pape Clément lui avait aussi conféré par une bulle , en y joignant les revenus de saint Pierre ad aram (i). Le saint docteur supplia pour toujours le souverain pontife de ne lui donner aucune dignité ecclésiastique , et de lui laisser finir ses jours dans la pauvreté et l'humilité de sa profession : illustre obscurité, dan$ laquelle il seryit plus essentiellement l'église, que ne firent la plupart des prélats élevés sur les premiers sièges I^lors il composait ce corps admirable de doctrine, qu'il Jintituia, somme de théologie j et divisa en trois parties, la première naturelle ^ la seconde morale , et la troisième sacrée. Il traite dans la première , de la nature de Dieu el des créatures , et dans la troisième , de l'incarnation et des sacremens. Dans la seconde partie , subdivisée en deux autres, il y traite en premier lieu, ou, comme il s'exprime , dans la première seconde il examine en particulier les vices et les vertus. Qu'il Aous suffise d; indiquer ce que tout Fart de l'analyse ne pourrait qu'affaiblir , en le tirant de cette mine si riche et si pure , des notions spéculatives de la scolastique et de la science pratique du salut»! C'est là que tous les grands maîtres , depuis plus de cinq siècles, n'ont pas cessé de puiser, sans qu'aucun d'eux , à l'aide même d'un fonds

mrmm

(i) T. LuCé ap. Echard. p* 263*

H r s T O I R B si avantageiix , et avec la facilité d'ajouter à la première invention , ait jamais donné un corps (le ihéologie aussi parfait j soit pour la solidilé de la doctrine, soit pour l'ordre et la méthode. Ce granil ouvraj^e fut composé pendant le pontificat de Clément IV, qui fut d'environ trois ans et neuf mois , et pendant la longue vacaDce qui le Suivit.

Ce pa|ie étant mort à Viterhe le vingt-neuvième jour de Novembre 1268 , les cardinaux eurent tant de peine à s'accorder pour un successeur , que le podestat de la ville les renfei-ma dans le lieu où ils étaient assemblés au nombre de quinze , et les tint ainsi pendant près de trois ans. Ce fut dans cet intervalle , marqiié avec précision par Guillaume de Piii-Laurent , et par la clironologie de Mon I for! qu'oni suivi les critiques modernes les plus estimables, el par conséquent après la mort de ClémenllV, tme Charles d'Anjou fit mnuiir le jeune Conrad ou Conradin, peiil-fils de l'empereur Frédéric (1). li est donc inutile d'allégu&r , avec quelques apolof^istes simtil(;s, pour paraître défendre Clément d'avoir contribué à cette e\écution barbare, il est, dis-je , plus qu'inutile d'alîégner que Charles en fut repris par ce pape et par ses cardinaux.

Ce ne fut que l'an 1269 , que Conradin , réfugié en Allemagne tandis que son oncle Mainfroi le dépouillait du royaume de Sicile , revint en Italie pour faire valoir ses prétenlions contre le vainqueur de Mainfroi. Il fut défait dans la Fouille; il tomba peu après entre les mains de son rival, qui le fit condamner à mortel esécuter publiquement , avec plusieurs autres tètes augustes attachées à son parti. C'était le dernier prince de la maison impérialede Souabe , devenue très-odieuse par l'esprit de schispie , et par des vexations si

(0 T.Spoud.an. .269, n. 6.

DE î.' E <J L I S E. 67

loavenfc réitérées contre l'église romaine. Mais si ces considérations ont pu diminuer la faute du nouveau roi de Sicile, elles ne Font pas garanti de la tache ineffaçable qu elle imprime à sa mémoire^

La vertu de Clément ÏV , loin de se démentir sur le saint siège , alla toujours en augmentant. Ifon-seulement sa vie était très-pure , mais il fît admirer l'austérité et la plus sévère modestie dans la première place de Tunivers. Il ne portait point de lin^e , il couchait sur un lit très-dur, et pendant long-temps il ne mangea point de viande. Il fut très-zélé pour la fréquentation des sacre-» mens , que Ton commençait à négliger. Afin d'exciter cette dévotion , il autorisa par une bulle Ja confrérie du Gonfanon , établie à Rome en l'honneur de la sa i me Vierge , avec obligation

Sour ceux qui Tembrassaient , de se confesser et e communier 'trois fois Tan. Elle prenait son nom , de la bannière qu^on y portait , et passe pour h plus ancienne de ces sortes d'institutions , éta* Uies depuis en si grand nombre sur ce premier modèle.

Tout attaché qu'était le roi saint Louis aux intérêts de l'église romaine , et particulièrement à la personne du pieux pontife Clément IV , il se vit obligé de contredire ce pontife , au siijet dé quel-*

3ues entreprises faites par Clément sur les droits e la couronne de France. Quoiqu'il ne s'agit que de deux archidiaconés , l'un dans la cathédrale dé &eims , et l'autre dans celle de Sens , auxquels le

Îape avait nommé d'uue manière qui attaquait le roit de régale , Louis s'en plaignit à Rome aveo amertume. On se prêta de part et d'autre à uu accommodement pour l'affaire, de Reims : l'archidiacre se démit aabord ; le pape lui fît une collation nouvelle »ous le bon plaisir du roi , et déclara ta termes exprès qu'il ne prétendait point par-là

Hi s T o i n B

prëjudicier au droit de regale (i). Qaant à l'affaire de Sens, de peur que des exemples itératifs ne tirassent à conséquence , le saint roi voulut absolument que l'archidiacre nommé par le pape fût dépossédé, et il mit en sa place Girard de Rampillon , archidiacre de Melun, qui fut maintenu dans sa nouvelle possession (3). On observe que saint Louis , aussi attentif aux lois de l'église qu'à ses propres droits, exigea , selon la coutume , que Girard quittât son

1)remier hénélice en passant au second (3). En AIemagne , au contraire , c'était un abus très-commun dès-lors , que le même sujet fAt chanoine en plusieurs cathédrales, afin de parvenir plusaisément àl'épiscopat.

Ce fut principalement pour arrêter les entreprî- Ges des papes sur la collation des hénclices et sur la juridiction conlenlieuse , qfle saint Louis rendit, l'an 1369, la fameuse ordonnance connue sous Is nom de pmgmatiijue sanction(^) , et qui roule presque tout entière sur ces deux objets. Il avait déjà donné la constitution plus célèbre encore , où l'on trouve pour la première fois le terme de liberté gallicane substitué à celui de libertés canoniques,' quoique cette dernière expression rende son objet avec assez de justesse. On voulut sans doute faire entendre que l'autorité des canons étant alfaiblie chez les autres nations , on refusait en France do s'assujettir aux nouvelles maximes qu'on pensait avoir donné lieu à ces relàchemens. Cette consti' lution cependant ne concerne guère que la vigilance et la sévérité , que le saint roi jugeait nécessaires dans la poursuite des hérétiques.

La conservation et l'accroissement de la foi étaient les deux grands mobiles deses dc'marcheset le but invariable où se dirigeaient toutes ses vues. Depuis

(1) Duboul. p. 37a.Preuv.l (3) Lib. Gall. p. i7or. Lib. Cuil. p. 368. (4) Tom. xi , Conc. GalI.

(3) Uaboiiiai , p. 390, I Maruc. de Concord. 1. 3 , c, i.

sa première croisade , il ne s' e'tait jamais regarda comme de'chargé entièrement du vœu c^u il avait fait de combattre les ennemis du nom chrétien. Les nouvelles de leurs avantages et de leurs excès récens dans la Terre-Sainte , le de'cidèrent à y reporter ses armes avec d'autant plus d'empressement , cju ayant ^elque pressentiment de la fin de ses jours , il voulait auparavant faire quelque chose de grand pour la gloire de Dieu , et laisser un exemple memorable aux générations suivantes. ]Le sultan Bondocdarayantlait irruption avec une puissante armée

sur les terres des fidèles de Palestine , s'était i^enda maître de tout le pays jusqu'aux portes d'Acre. Par un mépris affecté de nos saints mystères , il avait démoli l'église du mont Thabor , et rasé jusqu'aux fondemens celle de Nazareth (i). Bondocdar prit ensuite et ruina Césarée , força le château d'Arsouf, d'où il emmena environ raille captifs , et réduisit àcomposition le fort de Sapheth. Il commanda aux habitans de ce dernier endroit , sous peine de passer par les armes , de se faire tous musulmans. Il n'y. en eut que huit qui apostasièrent : les autres , au nombre de plus de six cents , furent égorgés contre la foi du traité. Leur sang coulait comme en ruisseau sur la pente de la montagne au sommet de laquelle était située la forteresse (2). Le prieur des templiers et deux frères mineurs qui exhortaient les martyrs à la constance , furent écorchés vifs , fouettés barbarement en cet état , et enfin décollés (3).

Le récit qu'on fit de toutes ces horreurs au pieuxJ monarque ,lui rendit toute l'ardeur de ses premières années, et parut faire la même impression sur ses proches et ses sujets. Tous ses fils , a l'exception du quatrième encore enfant , son frère Alfonse ,' comte d« Poitiers et de Toulouse , son gendre Thi- * ' ... I ,. 1 1 I ■ ■ ■■ I ^

(i) Bibl. Orient, p, 2o4« 1 (3) Siffrid. an. 1266. (2) Sanut. p. 222, 1

bault, roi de Navarre et comte de Champagne ,soil neveu Robeit , comte {l'Arloîs , Gui, comte de Flandres , Jean , fils du comte de Bi-etagne , et une infinité d'autres seigneurs prirent la croixaveclui. Ciiarles d'Anjou , roi de Sicile , devait encore le joindre avec une puissante arme'e. Mais en ne uéf^ligeant rien des moyens naturels , ce sage et saint roi ineClait en Die» seul toute sa confiance. Afin d'ail irer les bénédictions du ciel sur son eu (reprise, il redoubla sa ft^rveur dans ses exercices ordinaires de pie té, dont les historiens de sa vie ont cru devoir nous transmettre le détail édifiant : en voici quelque partie j que le témoignage des personnes qui 1 approchaient de plus près peut rendre croyable , mais que le nom de Loiu's JX , aussi grand homme que grand saint , ne prémunira peut-être point encore assez contre les dérisions de la sagesse impie de notre siècle.

JI jtssis(ait tous les jours à l'ofiice canonial , même aux heures de la vierge ; et dans ses voyages , il le récitait à citeval avec son confesseur. Tous les jours encore il disait l'efiice des morts à neuf leçons. Il entendait habituellement deux messes par jour , et souvent trois on qualre. C'était la même assiduité pour la parole de Dieu , et il 1 écoutait avec taat d'attention , qu'il en répétait ensuite tous les traits frappans aux personnes qui l'entonraient. De son temps même , on censurait ces dévotions ; il répondait , sans y rien changer : Si je donnais le double 4e ce temps an jeu ou à la chasse, on n'en parlerait pas. 11 fut bien des années dans l'usage daller à minuit aux matines desa chapelle , et de prier encore 9n retour , autant qu'avaient duré tes matines : mais sur les remontrances qu'on lui fit au sujetde sa complexion délicate , il remit ces dévotions au matin. Le soir , après les complies de sa chapelle , il faisait faire par un prêtre l'aspersion de l'eau hénite par toute sa chambre , en particulier sur son }it. Il introduisit dans sa chapelle la coutume de

fi^hir le genou pendanl la messe , à ces paroles du Credo , et homo factus est, et de se prosterner à la lecture qui se fait dans la passion de la semaine sainte , au moment où Ton dit que Jésus -Christ ei^pira. C'est de là que nous viennent ces pieux usages (i).

Avec la piété , il porta aussi l'austérité sur 1er trône. Tous les vendredis il jeûnait , et il s'abstenait de viande les mercredis. Les vendredis du carême et de l'avent , il ne mangeait ni poisson , ni fruité Il jeûnait au pain et à l'eau le vendredi saint , les veilles des quatre principales fêtes de la Vierge , et quelaues autres jours de Tannée. Il se confessait tous les vendredis, et, selon la dévotion du temps , après sa confession il prenait la discipline. Toujours ilcraignait que la majesté de sa personne n'ôtàt quelque liberté au ministre de ce sacrement , eC souvent il lui répétait : Vous êtes ici le père , et je oesuis que l'enfant. S'il y avait une porte ou une fenêtre à fermer , il se levait promptement, sans souffrir que le confesseur le prévînt. Outre ses confesseurs , il avait prié quelques personnes fermes et sages , de l'avertir de tout ce qu'elles entendraient ou remarqueraient en lui de répréhensible, et toujours il reçut leurs avis dans la disposition qui les lui avait fait demander. Il porta Ions-temps le cilice durant l'avent , le carême et les vigiles de plusieurs fêtes ; mais son confesseur l'ayant fait con^ Tenir que sa santé en souffrait , il le quitta avec docilité , en dédommageant néanmoins sa piété par nue ceinture de crin qui n'avait pas les mêmes inconvéniens.

L'abondance de ses aumônes était inconcevable , tout puissant roi qu'il était. Il est impossible d'en faire le dénombrement ; on n'en peut rapporter que les particularités les plus propres à nous retracer les vues supérieures et la foi vive qui lesdirigeaient,

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(1) Dachéite 9 1* T 7 p* 4^ y e(c«

iji Histoire

Tous les jours , quelque part qu'il fût , il nourrissait chez lai six-vingts pauvres ; ce nombre augmentait considérablement aux jours de dévotion. Le roi les servaîtsouvent de sa main javantde raaneer lui-même ; à certains jours , il en servait aussi jusqu'à deux cents. Chaque jour' à dîner et à souper , il faisait manger près de lui trois pauvres ■vieillards , à qui l'on passait des roeis de sa lahle. Tous les samedis , il lavait encore les pieds à trois pauvres vieillards, puis il leur faisait une aumône en argent, et leur servait lui-même à manger. Il donnait abondamment aux hôpitaux et à toutes les pauvrescommunautés de religieux et de religieuses. il fonda une multitude innonihrahledemonastères, des maisons de piélé et de charité de tout genre. Il ne fut pas moins libéral envers les égUses. Né pour les grandeurs, etayantfame naturellemenl grande, il aimait mieux , comme il s'en exprimait quelquefois , signaler sa magnificence pour la religion , que pour le monde et la vanité. Il ne laissait pas de faire paraître la maje^lé royale , avec tout léclat propre à imposer , non-seulement dans les jours de représentation , mais dans l'état habitueldesacour, où il fut constamment servi avec plus de dignité qu'aucun de ses prédécesseurs. La vraie piété a toujours la sagesse pour guide; et la vertu, élorgnée constamment des extrémités vicieuses , ne troubla jamais l'ordre des conditions.

Tout étant préparé pour la croisade , le roi se rendit , comme à son premier voyage d'outre-mer , au port d'Aigues-mortes; et de là , après huit jours de navigation , à Cagliari en Sardaigne , où la tlolte des croisés se rassembla. On tint conseil touchant le lieu où ils commenceraient à porter leurs armes, et il fut question de trois termes dilférens , Acre, Alexandrie et Tunis. Le saint roi fut pour le dernier. Plusieurs personnes dignes de foi l'avaient assuré que le roi de Tunis inclinait à se faire chrétien. Ce prince lui-même lui avait envoyé depuis

pen des ambassadeurs, qiii le confirmèrent dans cette persuasion. Dans Fjardeur de son zèle, il leur parla en ces termes (i) : Dites au roi TOtre maître ,' que je voudrais passer dans les fers le reste de mes purs , pourvu que lui et son peuple se fissent chrétiens de bonne foi. Parmi les seigneurs qui partageaient sa confiance , souvent il s'écriait avec transport : O si je pouvais un jour me voir parrain d'un tel filleul ! Ce ne fut pas là néanmoins le seul motif qui fit marcher ce prince habile à Tunis. On lui faisait encore entendre, que si cette ville résistait , elle serait facil/e à réduire ; d'ailleurs , qu'elle regorgeait de toutes sortes de richesses , comme n'ayant jamais été prise, et qu'elle offrait des ressources inestimables aux croises; que c'était de ce pays que le^ultan d'Egypte tirait l'excellente cavalerie qui faisait la force principale de ses armées. Mais , quoi qu'il en soit de la justesse de ces mesures , le Seigneur avait des vues bien différentes de celles des hommes : jamais il ne montra

' plus sensiblement quels mouvemens il imprime quelquefois aux peuples et aux empires, pour consommer la sanctincation d'un élu de certain ordre. Ce n'était pas sur la terre que le zèle de saint Louis pour la propagation de la foi , et tant d'autres vertus royales et chrétiennes devaient triompher. Dans sa première expédition conti-e les infidèles, il avait rassemblé, pour ainsi dii'e, tous les précieux matériaux qui devaient entrer dans la couronne de son immortalité : cette seconde entreprise devait servir à les épurer de ce qu'ils pouvaient conserver de terrestre , sans avoir plus de suites que la première pour la réduction ou la conversion des ennemis de la foi. L'armée* cbré* tienne ayant fait la descente en Afrique, à la vue d'une multitude innombrable de Sarrasins qui t enfuirent à l'instant vers leurs montagnes , le roi

(0 Dachéne ; t. y , p. 461 •

*j4 ÏT I s T 0 I R s

de Tunis se crut dans le plus grand péril, et toutes ses idées de conversion , soit bion fondées , soit ppesiimées léyèrement , se dissipèrent, pour ne plus faire place cjii'atix propos insensés de la lerreur. II fit dire aux Vainqueurs , que s'ils atlaquuient la ville, il ferait massacrer tons les clu-éliens qui sa trouveraient dans ses étals (r). On ne laissa pas de prendre Cartilage, voisine de Tunis, qui s'était arrogé le lustre et la dignité de «elle ancienne capitale de rAfri([ue. Mais les maladies qui avaient commencé parmi les Français avaul leur déharquc ment , augmentèrent à l'excès , par la fatigue, la mauvaise nourriture et les chatetirs excessives de CCS contréesduranl la canicule. Jean Tiistan, comte «le Ne vers et fils de Louis, mourut le troisième jour d'Août. Le légal Huout de Chevrières mouiut la septième. Le comie de la Marclie, les seigneurs de Nemours , de Vendôme , de Mon Imorenci , de Brissac furent emportés en quatre jours.

Le roi fut attaqué lui-même d'une dyssenteria et d'une lièvre brûlante qui en peu de jours le réduisirent à rextrémilé. Avant son départ, il avait fait son testament, où l'on trouve en substance toute la cbarité et la piété qui l'avaient animé depuis qu'il se connaissait. Quand il sentit que le Seigneur l'appelait à lui, il donna par écrit à Pliilipjie son lils aîné une instruction (2)aqui n'est

3u'un abrégé des admirables principes qui l'avaient irlgé toute sa vie , tant pour la sanctification de son ame que pour le bonheur de ses peuples : deux objets que ce prince, rempli , s'il en fut jamais , du don d'intelligence et de conseil , n'avait jamais séparés, et dont il voulait marquer l'étroite connexion en des conjonctures si propres à faire des impressions durables. Il reçut ensuite les sacremens de l'église, et particulièrement le saint viatique, avec une vivacité de foi qu'il communiquait à toui

(i) Spicil. p. 55o, etc. (a) Vid. Joinv. p. ia6.

les assistant. Le ministre sacré lui ayant demandé

s'il ne croyait pavS fermement que ce fui le corps de

Jesus-Christ. Je ne le croirais pas mieux, s'écria-t-il,

quand je le verrais dans la splendeur où il est

monté au ciel. Ses forces déclinant toujours, il ne

s'occupa plus que du soin de son éternité, mais

sans jamais le séparer de Tamour de ses peuples.

Encore le jour de sa mort, on lui entendit profé^

rer ces mots : Seigneur , ayez pitié de ce peuple

qne je laisse entre vos mains. Après quoi , il pro*

BOQça ce verset du psalmiste : Seigneur , j'entrerai

dans votre maison, je vous adorerai dans votre

saint temple ^ et je glorifierai votre nom ; puis, les

bras croisés sur la poitrine et les yeux levés au

ciel, le 25 Août de l'année 1270 , cinquante-cin-

quièdie de son âge , il expira doucement sur la

cendre où il s'était feit mettre. C'est ainsi que

soutenant son caractère jusqu'au dernier moment,

il ne cessa d'imprimer à la majesté du diadènie

tous les attraits de la vertu.

Il avait à peine rendu l'esprit, que son frère Je roî de Sicile arriva. Charles entra éploré dans la tente du saint roi; mais sa douleur se convertit aussitôt en une vénération religieuse. Il se prosterna aux pieds du saint , dont le visage , aussi frais et plus agréable qu'en pleine santé, portait déjà lem* preinte de la gloire dont son ame jouissait dans le ciel. Pendant six semaines , le roi Charles continua la guerre avec les troupes fraîches et nombreuses qu'il avait amenées, et battit les Sarrasins toutes les fois qu'ils osèrent l'attendre. II eût pu de même s'emparer de Tunis : mais n'envisageant pas cette conquête du même œil que son saint frère, «tla peste commençant à faire vm ravage égal dans les deux armées, on fit une trêve de dix ans, toute à l'avantage des chrétiens. Entr'autres conditions onéreuses , les infidèles, pour les frais de la guerre, se soumirent à une somme plus forte d'un tiers que ia rançon payée autrefois par les Frskncais en Egypte*

Comme on venait de conclure ce traité, Edonard i fils aine du roi d'Angleterre , arriva avec une nouvelle armée et quantité de seigneurs anglais. Il témoigna un mécontrnlpmenl fort \if de la trêve, et passa plein de clialeur en Palestine , où il ne fit cependant rien de mémorable. Toutes les alla ires des cbrétiensyétaient presque entièrement ruinées. Bondocdar poursuivant ses avantages et ses cruautés , avait pns, outre une înfniité de châteaux, les villes de Jaffa et d'Antioclie. 11 fit mourir dans celle-ci dix-sept mille personnes , et en liaîna plus de eent mille en esclavage. Telle est l'époque de la ruine irréparable de cette illustre ciléj si longtemps la troisième du monde et la première de rCÏTient, L'année même de l'arrivée du prince Edouard en Syrie, le sultan priL les forteresses de Carac et de Montfort. Ainsi l'on peut regarder la fin de saint Louis , comme le tenue des croisades. Edouard, au bout d'un an , revint en Europe, apprit en Sicile que le roi Henri 111 son père menait de mourir, et se pressa d'aller prendre possession du trône.

Les Français, à la suite de leur nouveau roi Philippe le Hardi, revinrent aussi par la Sicile , après s'être engagés à reprendre dans trois ans les armes contre les infidèles. Ils emportaient avec eux les reliques de leur saint roi , c'est-à-dire les ossemens , dont on avait séparé les chairs. Le roi de Sicile avait pris une parlitî dt^s intestins , et les fît ejiterrer dans une église de Palertne, où ils devinrent anssitôt célèbres par un grand nombre de miracles. Arrivé en France , le roi Philippe porta ïni-mème sur ses épaules, de Paris à Sain L-Deiij s, les reliques de son père, que les miraclesn'lllustrèrent pas moins que celles de Sicile. Plusieurs de ces merveilles sont rapportées dans la bulle de Boniface VllI , qui décerna un culte public à ce prince, vingL-sept ans après sa mort. Peu de jours après l'inhumatioa du saint, on vit encore arrivera

Saint-Benys le corps de son frère Alfonse ] 'Comt« de Toulouse et de Poitiers , mort au retour de Tunis à Corneto en Toscane , où il avait été obligé de s'arrêter. La comtesse Jeanne j son épouse , étant morte de chagrin ciuelcjues jours après sans laisser d*enfans y le comle de Toulouse fut réuni à la couronne de France , pour n'en plus être détaché.

L'église romaine avait été jusque-là sans pasleur. Les cardinaux^ toujours renfermés à Yiterbe^ donnèrent enfin par compromis à six d'entr'eux le>

Souvoir d'élire un pape. Le premier Septembre e cette année laji (il, ils nommèrent d'une voiic unanime Thibaud , ne à Plaisance de l'illustre maison de Yisconti , mais jusque-là simple archidiacre de Liège , et qui était allé par dévotion aux saints lieux. La connaissance <(u'il avait des besoins de la Tm*re-Sainte , et son jcèle pour y remédier, sont marqués entre les motifs que les cardinaux allé-

Suent en sa faveur pour son élection , dans la lettre ^avis quMls lui^ en envoyèrent avec leur décret. H y donna son consentement le 37 Octobre ^ jour d'où Ton commence à compter le temps de son pontificat ^ prit le nom de Grégoire X y partit sans retardement , et arriva en Italie le premier jour de Tan 1272. Il employa les deux mois suivans presque tout entiers aux seules affaires de la Terre- Sainte : il ne voulut pas même aller en droitui^ à Rome ^ de peur d'être détourné par d'autres soins. Après y avoir été sacré et ordonné le 34 ^^ Mars, il fit expédier sans délai une lettre circulaire aux évêques , pour la convocation d'un ooncile œcuménique y dont les causes principales, outre les vices et les erreurs allégués à l'ordinaire , étaient le schisme des Grecs et le péril des fidèles de Palestine. L'empereur Michel Paléologue^ politiqui^ très-insinuant tandis qu'il savait se commander ^

(i) Eain. an. 127 1.

^8 HtSTOtSE

avait déjà gagné la bienveillance des papes Urbain et Clément , en les reconnaissant par ses leltres et ses envoyés pour chefs de t'*;i>iise universelle , et en promettant de rélablir l'ancienne union entre toutes les églises ; à quoi , ajoutait-il adroitement, il ne voyait plus d'obstacle , depuis que les Greci étaient rentrés dans Constaotinople. Instruit que le roi Chartes de Sicile avait acquis les droits de l'empereur Baudouin, et qu'il prenait ses mesures pour les faire valoir , il lit des instances nouvelles et plus pressantes que jamais auprès du pape Grégoire , afin d'arrêter ces entrp|)rises, en se mettant au même rang que tes souverains soumis de tout temps à l'autorité spirituelle <lu saint siège. En conséquence , le pontife l'invita , comme les autrei princes catholiques, à venir avec ses cvêques au concile général qui devait se tenir à Lyon.

Afin de le célébrer plus tranquillement et avec

Elus de fruit, il s'appliqua soigneusement à rélalir la concorde parmi les Italiens, et à inspirer de la modération aux Guelfes , qui abusaient At l'ascendant qu'ils avaient repris sur les Gibelins, A cet eifet , il se servit utilement du bienheureux Ambroise , de l'ordre des frères prêcheurs , homme puissant en œuvres et en paroles, et qui réconcilia entr' elles toutes les familles de Sienne sa patrie (i). Ambroise travailla de même à rétablir la paîx entre les princes et les peuples d'Allemagne , et s'acquit par-lout la plus haute vénération. Les papes lui offrirent plusieurs évêchés, qu'il refusa constamment, aussi-bien que celui de Sienne sa pairie, auquel il avait été élu dans toutes les formes canoniques. Il ne voulut pas même accepter dans son ordre ta moindre supériorité. Ses vertus l'ont fait inscrire au martyrologe romain , avec le titre de bienheureux.

Grégoire X jugea que le moyen le plus eflicact

de paciTier rAlIeinogne , encore pins Bplée que rilalie , cVtait de la lirer de l'anarchie où elle gémissait depuî» Frédéric H, mal{;ré iVîection de tant d'empereurs. Richard d'Angleterre ëlait mort dès le mois d'Avril 1U71 ; Grégoire déclara au roi de Castille , que 'ses prétentions sur l'empire ne lui paraissaient pas recevables, el fit ausssi tôt après assembler les él(»ct(nirs à Francfort. LeSoSeptem* bre 1375, ils choisirent Rodolfe , comte de Habsbourg , issu d'Etichon d'Alsace , souche commune de la maison de Lorraine , et de la seconde d'Autriche qui prit ce nom (|uand Rodolfe eut investi son fils Albert do ce duché enlevé à Ottocare , roî de Bohême. Le pape Gi'égoire se rendit celte même année à Lyon , pour y j)rcsider en personne au concile.

En Orient^ Michel Paléologue disposait ses évêques à s'y rendre de leur côté, et travaillait avec ardeur à lever les obstacles quM prévoyait à la réunion. Joseph , alors patriarche de Constantinople , et plus encore Jean Veçcus , carlophilai , c'est-à-dire , inspecteur des chartes et grand chancelier de l'église patriarcale » s'opposèrent fort^ ment à son dessein. Le patriarche, laible vieillard ^ homme simple et sans lettres, jouet aveugle de quiconque s emparait de son esprit, ponvaitpeu par lui-même: maisVeccusétait un génie transcendantet capable de tout , élevé, pénétrant , profond dans toutes les sciences qu'il ne cessait de. cultiver , naturellement éloquent et persuasif, d'un aspect imposant, et Tuu des hommes les mieux fails de tout l^mpire , aussi habile d'ailleurs dans le manie^ ment des affaires que dans les discussions de doctrine , et déjà illustré par des négociations importantes, où il avait répondu à toute lattentedesou E rince (1). 11 possédait au même point toutes les ounes qualités de l'ame , une vertu exercée à Tbé-

(1) MccpL. Greg. L 5.

6o Histoire

roïsme 7 un grand fond de bonté et de droitard naturelle, une franchise , une ingénuité prescrde inconnue dans sa nation , et à laquelle les pins obstinés d'entre ses compatriotes schismatiquesn ont pu s'empêcher de rendre témoignage (i). Il aimait 6i passionnément la vérité , qu'aussitôt qu'il l'avait reconnue, la moindre dissimulation lui devenait comme impossible.

De concert avec le patriarche , il se déclara si ouvertement contre la réunion , que l'empereur , poussé d'un zèle qu'on eut enfin tout lieu de croire outré plutôt que simulé , le fit mettre en prison. Mais réfléchissant bientôt sur le caractère de Yeocus y à qui la violence ne ferait jamais abandonner ce qu'il prenait pour le bon parti , Paléologue loi envoya un écrit composé par de sa vans théologiens, dont les principaux étaient l'archidiacre Méliteniote , George Métochite et George de .Chypre. Il lui fit dire en même temps , qu'il ne prétendait

Î>as tyranniser sa conscience , mais que 1 amour de a vérité dont on lui faisait justement honneur , devait au moins l'engager à s'éclaircir par lui-même,

Fa [a vérité dont on lui faisait justement honneur , de-

l'engager à s'éclaircir p et à la chercher sans préoccupation. Yeccus n'était pas de ces gens de secte qui veulent absolument et sans nulle autre considération , que le parti où ik sont engagés soit le meilleur. Il lut cet écrit avec attention , et en suspendant ses préjugés , comme il avait promis. Il cherchait sincèrement cette divine clarté qui va toujours au-devant de ceux qui la désirent : elle luisit sur le champ à ses yeux. Il fut surpris du grand nombre d'autorités des pères grecs ainsi que latins , sur-tout de saint Ath^ase , de saint Cyrille et de saint Maxime , qui font procéder le Saint-Esprit du Père et du Fils , ou du Père par le Fils j ce qui prouve également l'union et Tiaentité de substance entre les trois personnes

(i) Georg. Pachimer. 1. u , c. 19; I. m. ; c. 24; 1* v , c. 12 «t i5.

divines;

ï) E l' Ë G L I « Ek Ôf

ùivines. Incapable de retenir captive la vërîté connue , il dit sans détour et sans délai , qite si les copies et les extraits qu'on lui avait présentés se trouvaient conformes aux originaux ^ il ferait volontiers ce qu'on demandait de lui. L'empereur^ satisfait d'une réponse si digne dé la réputation ie celui qui la donnait , le mit sur le champ eu liberté , et lui fournit les livres des pères , qui îlissipèrent bientôt le reste de ses doutes. ^

Cette ame intègre et forte , une fois persuadée , Be chancela plus dans le bon parti , auquel sou éloquence , et plus encore son exemple , ramenèrent presque tous les^ Grecs et les prélats même de VOrientqui vivaient sousladomination des infidèles «. Le patriarche Joseph marqua cependant toute l'opiniàtveié des génies de sa sphère ; mais l'empereur convint avec lui ^ qu'il se retirerait incontinent dans un monastère , avec la jouissance de ses rêve* nus; que si l'affaire de l'union ne se concluait pas avec les Latins , il reprendrait son siège ; mais que si elle réussissait , et qu'il persistât a n'y pas consentir , il renoncerait pour toujours au patriarcat, ce qui eut lieu par la suite , et Jean Yeccusi fut mis en sa place. Quant aux autres scbismatiques opiniâtres , Michel Paléologue usa d'une rifiueur plus grande encore et vraiment excessive , du moins à ne considérer que le bien de l'union. Car, sous d^autres points de vue^ on ne saurait disconvenir que par leurs cabales , par leui^ con- Tenticules et leurs murmures séditieux , par leur union rebelle avec la princesse Eulçgie , sœur de Temperèur , et avec Marie sa fille ) femme du prince des Bulgares , et schismatique encore plus forcenée que sa mère , enfin par leurs ligues avec W ehnemis de Tétat et les musulmans même y ils n'aient mérité les plus sévères traitemens (i)» Mais tous ces obstacles n'ari*êtèrent point ie zèle

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(i) Pacliyin» 1. 67 c. i»

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