Tome PIL îv
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âe Palëologue. Après avoir pris parmi ses sujets les mesures et les précaulions que lui suggéra sa prudence , il ne pensa plus qii à consommer soa entreprise , par les ambassaîleurs et les prélats qu'il fit partir pour le concile de L\on. Ces repré- Bt-ntnns de lempereur Michel et de son fiU An- (Irooic , associé nouvellement à l'empire, étaient George Acropolite , grand chancelier , Pamarète , grand-maître de la garde-robe, et Je grand interprèle fSerrliéole , avec qnelques-uns des premiers sénateurs. L'ordre ecclésiastique était représenté
Jiar Germain , patriarche de Constantinople avant Foseph , et de tout temps opposé au schisme ; par Tiiéophane , métropolllain de Wicée , et par quelques-uns des ecclésiastiques les plus distingues du second ordre , entre lesquels Jean Veccus tenait sans contredit le premier rang. Ils s'em ha rq aèrent au commencement du mois de Mars 1274 ; et le
F apc qui en avait reçu l'avis , fit le 7 Mai, dans église de Saint-Jean de Lyon , iouverture du concile, compté ordinairement pour le quatorzième œcuménique.
Cefiitunedesplus nomhreuseset des plus hrillan tes afisenihlées qu'on ait vues dans l'église. On y compta cinq cents évêques , soixanle-dix abbés, plus de mille autres prélats, et un nombre proportionné de docteurs , parmi lesquels on admira sur-tout saint Bonavenlure, créé depuis ipielque temps cardinal-évêtjue d'AIbaue , et amené par honneur dans la même voiture que le souverain pontife. Mais tel qnele soleil près de son couchant, ce grand ilaiïibeau de l'égliseétincelait du feu le plus vif au moment dedesiendre dans lesomhres du lombeau. Outre cette multitude de doGLctirs et de prélats, on vit encore , avec les ambassadeurs de France , d'Allemagne , d'Augleterie et de bien d'autres états catholiqries , ceux des Grecs , des Tartares même , et le roi d'Aragon en peisonne.
Saint Thomas d'Aquin fut invité au concile ^
aussi-bien que saint Bonaventure , et partit avec quelques ouvrages de sa composition , propres à conTaincre ou à confondre les Grecs ; mais il ne devait pas même y arriver. Il enseignait alors la ihéo-^ logie à Naples, après que le roi de Sicile , qui avait dispute avec Tuniversité de Paris à qui posséderait cet incomparable docteur^ l'eut obtenu en dédom« magement du refus que Thomas avait fait deTarchevêche de cette ville (i). Là, ce prince lui assigna une pension d'une once d'or par mois , et le saint y continua la troisième partie de sa Somme jasqu au traité de la Pénitence qu'il laissa imparfait. Il n'était pas sorti du royaume de Naples, qu'il tomba malade dans la Campanié , et connut qu'il n'en relèverait pas. S'étant retiré à l'abbaye de Fosse-neuve , ordre de Cîteaux , il dit en y entrant^ de?aDt plusieurs moines , et en s'appliquant lespa-<* rôles du psalmiste : C'est ici le lieu de mon repos, c'est Vhabi talion que j'af choisie. Il mourut en effet le 7 de Mars de cette année 1274 > après avoir reçu les sacremens de l'église avec une dévotion ^ai attendrit tous les assistans. En faisant , avant a expirer, sa profession de foi , il déclara qu'il soumettait sa doctrine et tous ses écrits au jugement de l'église romaine. Il était âgé d'environ quaranteneuf ans , vie bien courte en comparaison de la multitude et de l'excellence de ses écrits. Il avait une si grande facilité, qu'il dictait , sur différentes matières , à trois écrivains, et quelquefois à quatre en même temps. Toutefois dans les dix-sept volumes in-Jolio imprimés sous son nom , il se trouve Plusieurs ouvrages que les meilleurs critiques altrinent à d'autres auteurs. Il eut un émule fameux dans la personne d'un frère mineur , nommé Jeaa Scot , et surnommé le docteur subtil , qui- parait "«'être piqué d'avoir des opinions contraires à celles du docteur a^igélique, en matière néanmoitis in-
(0 JBçbard. summ. p. 217 , a65.
(lifïerente à la foi. De là les deux écoles rivales des
thomistes et des scotisles.
Saint Thomas étudiait avec tant d'npplication , qu'il perdait souvent de vue tout ce qui l'entourait. Se trou van tun jour à la table de saint Louis, qui se faisait gloire d'admettre parmi ses convives les savans et les gens de bien , il frappa tout à coup sur la table , et dit : Voilà qui est péreraptoire contre Vhërésie de Maiiès. Son prieur ([ui était du repas , le tira fortement, et l'avertit de penser ([u'il était à la table du roi. Thomas demanda |xiidon au, prince ; mais le saint roi ne fut cju'édifié de te voir si peu attentif à ce qui aurait enorgueilli tant d'autres ; et faisant la plus haute estime de toutes les pensées de cet homme rare, il appela sur le champ unsecrétaire, et fit écrire la réponse à Manès.
Le concile de Lyon dura depuis le 7." jour de Mai , jusqu'au 17 de Juillet , où se tint la sixiènte et dernière session (i). Aussitôt après la première, où Ton ne fit guère autre chose que les cérémonies acconUimées pour l'ouverture de ces augustes assemblées , le pape Grégoire , qui avait, singulièrement à cœur les intérêts de la Terre -Sainte , .convint séparément avac chaque archevêque et plusieurs autres prélats , des impositions ecclésiastiques et d'au très moyens les plus propres à secourir eiucacement les restes malheureux des lîdèles de Palestine.
Ce premier objet du concile étant réglé, Gré-
goire s'occupa principalement de la réunion des rrecs , qui en faisait un accessoire si considérable. Il reçut alors des lettres de quelques frères mineurs qu'il avait envoyés à Constantlnople, et qui arrivés a Rome avec les ambassadeurs de l'empereur d'O- ■ rient , lui annonçaient leur départ pour le concile. Aussitôt il fil assembler tous les prélats au lleit ordinaire des sessions; on y lut publiquement ces
fellres -, qui causèrent une joie incroyable , et saint Bonaventure fit un sermon éloquent sur ces paroles du prophète : Lève-toi , Jérusalem , porte les yeux vers rOrient , et du sommet des montagnes , contemple tes enfans qui se rassemblent depuis l'Orient jusqu'à rOccident. Les Grecs mirent le comble à la pie publique , en arrivant enfin à Lyon le jour de saint Jean-Baptiste > 24 de Juin.
Tous les prélats dii concile avec: leur suite , le vice-chancelier du saint siège , et le camerlingue avec les officiers du pape et les gens des cai'dinaux, allèrent au-devant des Grecs hors de la ville , et les conduisirent avec grand honneur au palais du pape. lUes reçut débout, accompagné des cardinaux , leujT donna le baiser de paix avec toutes lesmarues d'une affection paternelle.. Us lui rendirent e leur côté tous les respects qui sont dus au vicaire de Jesus-Christ , présentèrent les lettres de l'empereur et des évêques d'Orient, et dirent qu'ils venaient rendre toute obéissance à l'église romaine, et professer une même foi avec elle. Dès le 29 da même mois , fête de saint Pierre , ils assistèrent à la messe que le pape célébra dans îa cathédrale en présence de tous les membres du concile. Après que le symbole eût été chanté en latin , le patriarche i&ermain et les autres Grecs le répétèrent dans leur langue , et chantèrent trois fois ces paroles , ijui prvcède du Père et du Fils.
Le 4 Jinllet , une nouvelle ambassade , bien plus étonuante encore, mit le comble à Talégi^esse commune. Abaca , grand kan des Tartares Occidentaux , envoyait jusqu'à seize ambassadeurs à îassemblée de l'église chrétienne, afin de contracter avec elle une étroite alliance contre les mùsulïDans. Api^s la mort de Mangoucan , ses deux fi'ères Kviblai et lioulagou s'étant partagé Vivor' *nense étendue de l'Asie depuis les mers orien tarâtes de la Chine jusqu'à la Méditerranée , le sultaa d'Egypte et de Syrie avait eu des avantages
considcrables sur Houlagoii , maître de l'Asie Occidentale , lit sur son lils Abaca. Celait pour réprimer rennemi commun des chrétiens et des Tartares, que ceux-ci venaient au sein de l'Europe rechercher larnilié de ses princes. On alla au-devant d'eux avec le même appareil , et on les reçut avec ies mêmes honneurs que les ambassadeurs de Grèce ; puis le pape indiqua la quatrième session du concile pour le surlendetiiain sixième jour de Juillet.
Les ambassadeurs grecs y furent placés au côté droit du pape, après les cardinaux , et les tartares TÎs-à-Tis, près des patriarches. On lut à voix haute les leltres de l'empereur Michel Paléologue et des prélats ses sujets. Elles contenaient une profession de foi qui avait été proposée aux Grecs par le saint siège, dès le pontificat de Clément IV , et qu'ils avaient adoplée sans aucune restriction. Ils reconnaissaient avec la même docilité la primauté de l'église romaine , promettaient de ne jamais se départir de ces principes, et demandaient seulement de conserver les usages qu'ils suivaient avant le schisme , et qui ne préjudiciaient , ni à la loi , pi à l'unité catholique. Ces déclarations se ûreut non-seulement de la part de l'empereur , mais au jioirt de vingt-cinq métropolitains et de neuf arcHevêques , avec leurs conciles ou les évêques de leur dépendance, c'est-à-dire, de prescjue tous les prélats qui reconnaissaient le patriarche de Constanlinople. On promettait encore de déposer le patriarche Joseph s'il persistait à refuser au pontife romain l'honneur qui lui avait été rendu parle pas«é, et d'établir un nouveau patiiarche qui reconnût la primauté du saint siège. Après la lecture de ces lettres , le grand chancelier George Acropolite , au nom de l'empereur , abjura le schisme avec serment , accepta la profession de foi de l'église romaine, en confessa la primauté, et proiait de persévère^' à iamais dans ces seuti-'
mens- On reconnut Mieliel Paléologue pour légitime empereur de Constantinople, le pape entonna le Te Deum , et tous les assistans unissant leurs Toix, exprirnèrentcommeàrenvi leur content emen); et leurs actions de grâces.
Cette joie fut bientôt interrompue par Ja mor^t de saint Bonaventure , qui emporta les regrets de tout le monde , non-seulement pour sa doctrine , sa tendre éloquence , sa haute vertu , mais pour la douceur de son caractère et de ses manières, qjui lui' tenaient y pour ainsi dire , enchaînés les cœurs de tous ceux qui Tavaient connu. La cour pontificaleet tout le concile assistèrent à ses fuaérailles,, les plus brillantes tout ensemble et les plusatten,drissantes quon ait jamais faites , même à aucun souverain. Pierre de Tarantaise ,qui d'archevêqu,e de Lyon venait d'être fait cardinal-évêque d'Oslie , etqui succéda au pape Grégoire sous le nom d'Innocent y , fît Toraison funèbre. Comme il était de Tordre de saint Dominique ^uni de confraternité avec celui de saint François , il choisit pour texte ces paroles de David : Je suis inconsolable de vou^s avoir perdu, mon frère Jonathas , et il exprima sa douleur d'une manière si touchante , qu'il tira dçs torrensde larmes de l'assemblée y toute pénétrée de la perte que l'éclise venait de faire. Saint Bonaventure est regarde en particulier , parmi tous les docteurs de son temps , comme le plus grand maître de la vie spirituelle, et l'ascète le plus rempli d'onction. De là principalement le surnom qu'on lui .a donné de docteur séraphique. On lui attribue Tusage de chanter , à la un de l'office canonial , l'antienne de la Vierge.
La cinquième session du concile.se tint le lende- Qiainde la mort du saint , seizième de Juillet. Ony cutla sainte consolation devoir administrer le baptême à l'un des ambassadeurs tarlares et à deux de ses compagnons. Ces étrangers , conduits vraisemblablement par des vues toutes temporelles , .40 ^ F4
purent s'approclier , si l'on ptut s'exprimer ai'nsi y liisqu'aiix sources de la ^vàce , sans en éprouver l'impression victorieuse. Après cette cérémonie , on lut différentes constitutions relatives à la reforme, qui faisaitle troisième objet du concile. Lométhorte qu'on avait employée à l'élection du pape Gréi^oire, Au érigée en rèf>Iement pour la suite, c'est-à-dire que le conclave futinstitué à perpétuité, et astreint aux. refiles suivantes : Après la mort du pape , on attendra les cardinaux absens pendant dix jours, au bout desquels lescardlnauxprésensscrassemblèront dans 1 appartement commun qu'on nomme conclave , et qui sera parfailement fermé , à l'exception d'unefenêtre par où fou puisse leur passer précisément la nourriture nécessaire. Ils ne ponrxont sortir , personne ne pourra les venir trouver , ils ne pni'Ieront à personne en particulier , et ne recevront aucune lettre. S'ils tartlent plus de trofs jours à élire !e pape, pendant les cinq jours suiva.'ts on ne leur servira qu'un plat à dîner et un à souper; après quoi on ne leur donnera plus que du pam , du vin et de l'eau jusqu'à ce que l'élection soit faite. Uu autre règlement remarquable de ce concile , est celui qui annulic les collations de cures faites à des personnes qui n'ont pas atteint làge de vingt-cinq ons , et qui oblige les curés à se faire ordonner prêtres dans l'année de leur inslitulion. Les autres statuts concernent principalement lesélections j les ordinations et les censures. La plupart de ces décrets , publiés seulement à la cinquième session, avaient été portés dès la troisième.
Dans la sixième et dernière , on défendit.Ia multiplication des ordres religieux , et l'on ordonna la supjiression de ceux qui avaient été institués depuis le concile général de Latran tenu en i2i5 : mais outre les dominicains et les franciscains, dont il est manifeste , dit le pape Grégoire , que l'église universelle tire de grands avantages , on excepte eucoiel^célegiinseliea servîtes, ea considéra tîun
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de leurs saints instituteurs. Saint Pierre Céleslir*, oui prit le surnom de Mourron , montagne voisine ae Sulmone où il avait ehoisi sa première retraite , était venu trouver à Lyon le pape Grégoire sur le bruit qu'on devait supprimer les nouveaux ordres religieux. Maigre son extérieur méprisable , il^ii obtint , pour ses austérités , son détachement admirable et sa vie tout angélique , une bulie de con* firmation y où le pape prend sous sa protection le nouvel ordre établi selon la règle de saint Benoit , lui assure la possession de ses biens , et lui accorde même des privilèges particuliers.
Saint Pnilippe Benizi , qui n'était que le cinquième général de Tordre dévoué au service de la mère de Dieu , sous le nom de servites , mais qui en est regardé , sinon comme le fondateur , du moins comme le principal appui , vint aussi trouver Grégoire X êTu concile de Lyon. Il obtint la confirmation de tout ce que ses prédécesseurs avaient fail pour établir cette congrégation, depuis Bonfilio Monaldi qui l'avait instituée à Florence trenie-cinq ans auparavant , et qui était mort depuis dou:^ ans en odeur de sainteté. Philippe vécut jusqu'à l'an ia85 , où il mourut le vingt-huitième d'Août , en une réputation si constante de vertu , qu'il ^ été canonise dans le siècle dernier par Clément X.
Après l'expédition de toutes ces affaires , le pape Grégoire représenta aux pasteurs , que les mœurs et la religion des peuples étaient entre leurs mains, et que plusieurs a entr'eux étaient la cause principale des désordres et du relâchement. Il les exhortai forte^nt à se corriger eux-mêmes • sans quoi il ne manqueraitpas de le faire avec sévérité. 11 promit aussi de remédier à divers abus particuliers , que la multitude des affaires capitales avait empêché de prendre en considération dans le concile. On dit; ensuite les prières accoutumées , et le pape donna «bénédiction. Ainsi finit le second êonçile de Ljon,
Tun des plus distingues par Tappareil , la sinj larité du spectacle , le nombre et la qualité ( .assistans. Il donna les plus grandes espérant par rapport aux Orientaux en particulier., ^ i lut à cet égard-là même qu'il produisit le moîi d'effet.
DE l'Église.
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