‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 15 sur 64 · LIVRE QUARANTE-UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-UNIEME

Depuis le second concile gênerai de Lyon en 1274 9 jusqu'à rétablissement des papes à Avignon en iSog.

jLE pape Grégoire X , après la conclusion da concile qu'on venait de tenir à Lyon , s'appliqua avant toute chose à faire exe'culer ce qu'on y avait résolu pour le secours de la Terre-Sainte. Un des plus grands obstacles à ce dessein était la rivalité da roi de Castille et du comte de Hasbourg , au sujet delempire. Le psrpe épousant les intérêts du comté

1 ai devait se mettre à la tête (^e la croisade , écrivit abord au roi , pour lui faire sentir la faiblesse de ses pnkentions. il evit ensuite une conférence avec lui dans la ville de Beaucaire , où Alfonse le vint trouver comme le pape retournait en Italie; il ne put encore le faire acquiescer à ses remontrances. Mais le roi de Ca^itille étant rentré dans ses états , et ayant repris les ornemens impériaux qu'il avait quittés, le pontife lui fit porter des menaces si terribles par Tarchevêque de Séville, qu'il se renditenfin , et renonça à l'empire (i). La guerre que

(0 Rain, ïi. i4 , etc,

les Maures renonveiaicnl avec violence, et la né^ cetisiLéoùle casiillan se trouvait, pour la sonte4 nîi-j de recourir à un décime qu'on ne levait alors qu'avec l'agrément des papes , servit encore mieux que la crainte des censures à le rendre traitable.

Le pape eut ensuite une entreviieàLausane,aveo Rodolfe de Hasbourg , qu'il reconnut pour roi des Romains , et qui promit de conserver les biens et tous les droits de l'église romaine. Il se croisa aussi , à la demande du pape , et avec lui la reine sa femme et presque toute la noblesse , que les deux cours attiraient à lenr suite. Grégoire lui - même

f)rétendait aller eu personne à cette croisade , et inir ses jours à la Terre-Sainte ; mais ce pontife ne devait pasinème revoir Rome. DeLausane, il passa dans le Volais , où il donna commission à l'arche- ■vêque d'Embrun , de faire en Allemagne le recoii- Trenient des décimes pour la "uerre sainte. De Milan, il écrivit à l'évêque de Verdun, pour le recouvrement des mêmes impositions dans tes îles Britanniqtics. Arrivé en Toscane, i! tomba daneereusement malade à Arezzo , et mourut le 10.' Jour de Janvier i2'j6. Il fut enterré dans la cathédrale qui était dédiée à saint Donat , et qui fut rebâtie dans le siècle suivant sous l'invocalion Js Grégoire même, bonoré comme saint. On racontait plusieurs miracles opérés à son tombeau où l'on entretient encore jour et nuit une lampe ardénie : cependant sa fête n'est célébrée que par le peuple de cette ville , parce qu'il n'a pas été canonisé dans les formes.

On se conforma ponctuellement au décret qu'il avait donué pour le conclave ; et au bout de dis jours , on élut Innocent V , qui mourut aprèscin^ mois seulement de pontificat. AdrienV, qu'on lui donna pour successeur après dix-sept jours de vacance , fut encore moins long-temps en place. U était déjà malade lorsqu'il fut élu , et ses pareos ne laissant pas d'applaudir à son élection : Hélas ^ leur dit-il , un cardinal en santé vaudrait beau-'

coup mieux qu'un pape moribond. Il mourut en effet j le i8.^ (VÀoût , sans avoir été consacré , ni même ordonné prêtre. Jean XXI , qui ne lui succéda que le i3 de Septembre , pftï'ce que Ton commençait à se soulever contre la loi du conclave , se promettait une vie beaucoup plus longue , et ne craignait point de le dire publiquement* Mais comme i4 était a Viterbe dans un fort bel appartement qu il venait de se faire construire, ledificd entier s'écroula de nuit, et le pape, accablé sou9 les ruines , mourut après six jours de langueur y le i6ou le in de Mai 1^77 (1). Depuis sa mort, maljré toutes les mesures prises contre les lenteurs et es intrigues du conclave y le saint siège demeura vacant plus de huit mois.

L'église reçut alors une grande édification de la

Sersonne dont on avait l.e moins de lieu de Tattenre. Marguerite de Cortone (2), née en Toscane avec ces attraits et cette sensibilité qui couvrent tant de pièges , eut le malheur de porterie goût de la frivqlité jusqu'au dérèglement des mœurs, et s'abandonna particulièrement à un homme de condition qui l'entretint neuf ans. Un jour qu'il sortait de chez elle , il fut suivi d'une petite chienne qui revint seule , après plusieurs jours , en criant et en tirant Marguerite par sa robe, comme pour l'engager à sortir de la maison. Elle obéit au petit animai ; il la précède en courant , en retournant souvent la tête et en revenant sur ses pas , et la conduit enBnà un tas débroussailles , où il s'arrête en poussant des hurlemens lugubres. Marguerite (létourne quelques feuillages, et voit l'oblet de sa passion sans vie et déjà rongé des vers. Elle tombe presque sans vie ellc-mérne , ne recouvre le sentiment que pour se convaincre, par la vue de ce hideux spectacle , de l'illusion do tons les attachemcns mortels , et prend sur le champ lu résolution de prévenir au moins la perte éternello

(1) t^apebr. conal. p. Sg. (2) Vuiliug. an. 1277. Boll.^xFcLr.

de sa propre personne par une sincère conyersîoit; Elle retourna chez son père j la confusion sur le front , versant des torrens de larmes , la, tête et les vêtemens en désordre , et le visage déchiré de ses ongles ; mais une impitoyable marâtre que son père avait épousée en secondes noces, la fit chasser avec opprobre , sans nul égard à des témoignages si peu équivoques de repentir. Abandonnée de tout ce qu'elle avait de plus cher^ rejetéede la maison paternelle , elle passe dans le jardin , et s'abat sous un figuier, oùTesprit tentateur ne manqua pasda lui représenter les ressources qui lui restaient dans sa beauté rare , et lui suggéra que la situation où elle se trouvait portait avec elle son excuse. Fidèle à la première impression de la grâce, elle eut recours à Dieu , qu elle pria d'être son époux , son père et son guide.

Le Seigneur lui inspira d'aller à Cortone , dont elle a retenu le nom , et de se mettre sous la conduite des frères mineurs ; ce qu elle exécuta sur le champ, demandant avec larmes Thabit du tiersordre consacré à la pénitence. Mais les supérieurs la voyant encore fort jeune et douée de toutes les

S races de son âge , ils réprouvèrent long-temps , ans la crainte que sa conversion ne fut pas solide. Elle retourna dans cet intervalle à Laviane ^ q^ui était le lieu de sa naissance; et là , un dimanche pendant la messe , en présence de tout le peuple ^ elle mit sa ceinture autour de son cou , et se jeta aux pieds d'une dame vertueuse nommée Manentisse , demandant miséricorde , et versant un fleuve de larmes auxquelles tous lesassistans mêlèrent les leurs. Elle en usa -souvent de la sorte , non-seulement avec les personnes pieuses , mais avec las plus grands pécheurs , à qui elle demandait , en frisi^onnant d'elFroi , s'ils pensaient que Dieu lui ferait grâce. Lors même qu'au bout de trois ans elle eut été admise dans le tiers-ordre de saint François par le gardien d'Arezzo , elle voulut se faire conduire il Mun|e-Fulciauo , où elle avait donné le plus de

sranc1ale,afind^y faire une rdparatioii éclatante, et d'y essuyer en esprit de pénitence left méprisqu^elle publiait avoir mérités. Son confesseur ]ugea qu'il n'était point de motifs valables pour donner en spectacle une pénitente encore douée de toutes les grâces de la jeunesse^ et retint les élans d'une humilité qu'il crut indiscrète. Il empêcha de même son zèle excessif de faire le sacrifice cruel de sa beauté , en se coupant avec un rasoir le nez et les lèvres. Elle persévéra vingt ans dans toutes les ri-»

ueurs de sa pénitence , qui ^ depui»- la bulle

'Urbain yill, Ta faite honorer publiquement comme bienheureuse par tout l'ordre de saint François. Sa vie fut écrite ^ peu après sa mort , par son propre confesseur.

Pendant la vacance du saint Siège , l'empereur Michel Palcoto2ue envoya des ambassadeurs au

>ape Jean, qu il croyait encore plein de vie (1).

Is étaient chargés de lettres , pdr lesquelles ce prince annonçait au saint siège , que les évéques de l'éjzlise orientale avaient confirmé avec lui tout ce quon avait arrêté de leur part au concile de Lyon , soit pour la profession de foi de l'égliso romaine , soit pour la soumission à sa primauté. Ce qui s'était 'passé à Constantinople depuis le retour des Grecs qui avaient assisté au concile de Lyon , sur quoi les ambassadeurs devaient s'expliquer de vive voix , confirmait d'une manière bien satisfaisante ce que portaient les lettres impériales.

Le patriarche Joseph , aussi obstiné dans le schisme après le concile qu'auparavant , avait été déposé dans l'assemblée des éveques de sa dépendance. On avait élu eh sa place le célèbre Jean Veccus , tant pour sa doctrine , que pour sa longue expérience et son habileté dans les affaires. Il écrivit de son côté au' souverain pontife une lettre dont les expressions aflectueuses , et bien

(i.) AUttt. Cons. p. ;38. Rain. n. 27.

fjfî Histoire »

c^lolgnëes du ton compassé des Grecs , fions peint toute la droiture de ses vues et toute son ardear jpour le rétablissement d'une harmonie parfaite fntre les deux églises. Nous reconnaissons ^ dit-il ^ la primauté du siège apostolique; nous nous ran- £^eons sous son obéissance , et nous promettons de lui conserver, avec les prérogatives que nos p^0décesseurs lui attribuaient avant le schisme , les privilèges qui lui ont été accordés par les empereurs. En conséquence de cette primauté , nous confessons que le pape a -la plénitude de puifr* sunce , et qu'étant pius obligé que personne à défendre la foi , les questions dogmatiques se doivent décider par son jugement. Tous ceux qui se trouvent lésés dans les affaires de juridiction ecclé^ siastique , peuvent appeler à Téglise romaine ; toutes les autres lui sont soumises, et tous les pré* lats lui doivent respect et obéissance. C'est elle qui a confirmé les privilèges des autres églises , et particulièrement des patriarcales. Suit une profession de foi circonstanciée , où il est parlé, selon la croyance des Latins , non-seulement de la pro* cession du Saint-Esprit et de la consécration des azymes, mais de la transsubstantiation,, dn purgatoire , des suffrages pour les morts , de la pénitence , de la confirmation que les prêtres peuvent donner chez les Grecs , de l'extrême onction pratiquée, dit-il expressément, suivant la doctrine de l'apôtre ^aint Jacques , du mariage qui peut êti^ réitéré jusqu'à trois fois ou plus , en \m mot, de tous les sacremens au nombre de sept(i).

Ainsi s'expliquait avec Rome Jean Veccus ; et agissant conséquemment à Constantinople , il excommunia solennellement en concile tous ceux qui ne reconnaissaient pas ( ce sont les termes du décret ) que la sainte église romaine est la mère et le chef de toutes les autres églises , la maîtresse

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(i) V. Patlijm. 16, c. 17-

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qui enseigne la foi orthodoxe, et son pontife le premier pasteuf et le père de tous les chrétiens , en quelque rang qu'ils soient , évêques , prêtres ou diacres. Il prononça particulièrement Texcommunication contre les princes schismatiques soumis à régirse de Constantinople, contre les sënà« tears , contre tous les grands de quelque condition

rrils fussent y et nommément contre les despotes Epire et d'Etolie, Nicéphore et Jean Ducas, qui l'étaient révoltés contre l'empereur en haine de lunion.

Les ambassadeurs de Paléologue demeurèrent en Italie jusqu'à l'élection d'un nouveau pape , qui se fit a Viterbç le 26 Novembre 1277. Le choix tomba sur Jean Gaétan de la maison des Ursins , cardinal-diacre du titre de Saint-Nicolas, d'où il prit le nom de Nicolas III. Il avait pour le gouvernement des qualités rares , que ternirent quel* ques défauts , sans les éclipser. Il était si prudent ^ si réfléchi dans ses réponses , d'un air si imposant ^ si bien fait de sa personne , et en même temps si modeste , que sans la tache du népotisme que Toa commençait à censurer dans le pontificat /il eut mérité sans réserve le surnom qu'on lui donna d'Accompli. Il ne tarda point à quitter Viterbe pour se rendre à Rome , ou il fut sacré, puis couronné solennellement à Saint-Pierre ^ le jour de ^int Etienne 26 de Décembre.

Ce fut de ce pape que prirent leur congé des ambassadeurs géorgiens, envoyés au saint siège , à ee qu'ils assuraient^ par le kan des Tartares y dès le pontificat de Jean XXI. Il fit partir avec eux cinq frères mineurs , qu'il revêtit de grands pouvoirs pour les absolutions et les dispenses. Çea ^missionnaires firent assez de conversions parmi les tartares voisins de la Hongrie , pour que le pape jugeât à propos d'y établir un évêque. C'est tout ce qu'on sait de cette mission (i)^

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0] Rain. an. 1:2^8 , n. i^. Nang. chroii* 1276.

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