Tome FIL - G
llSTOITtE
La même année i3'8, le p:\pc Nicolas rpnvoyd les ambîtssa (leurs de l empereur Michel , et les fit Suivre Je même par quatre frères mineurs qu'il fevétit lie la dignité de légats apostoliques. Il leur donna des instructions secrètes d'une grande safeesse , mais d'une exécution non moins diiHcile, fis devaient éviter avec le plus grand soin de donner aucune occasion de rupture, et cependant Consommer l'allùire de la réunion d'une manière durable , pénéti-er i fond l'intention des Grecs dont on avait toujours quelque défiance , et les amener jusqu'à cliantcr le symbole, comme les Latins, avec l'addition FiUoquc (t). La docilité des Grecs sur cet arliele devait être rei^ardée à Rome comme la seule garantie sullisaiile de leur sincérité , parce que la soumission à la vraie foi , tonsignée tout nouvellement dans les décrets d'uo Concile œcuménique , porte encore l'instruction , loin d'être dissimulée , 'doit être professée avec le plus grand éclat.
Il s'en fallait bien que l'empereur lui-raême, s'il en avait la volonté , eût le pouvoir d'amener ses Sujets à cette pratique vraiment décisive. Ce qu'il avait fait jusqu'alors, avait déjà tout mis en combustion dans ses états. C'était un corps mourant qui ne pouvait plus supposer les remèdes , on du moins à qui les trailemens tant soit pea rigoureiix ne pouvaient qu'arraclier le soufïle de vie qui lui restait. Il y avait néanmoins un assez petit nombre de sclilsmatiques insiruils , el fondés en principes : mais une multitude d ignora ns et d'enthousiastes, de gens d intrigues ou d'esclaves
de la cupidité , couraient toutes les contrées de la
Grèce où lemperenr n'était pas reconnu, savoir'j la Morée , l'Achaïe , la Tbessalîe, la Colchî * Couverts de cilices , débilant des visions et uç] fausses professies par les villes et les villages, ils s'abusaient les uns les autres, et grossissaient leur
troupe Ae jour en jour. La séduction gngna tous les ordres de l'empire, et les plus proches paren» de l'empereur, et les généraux même qu'il envoyait contre les rebelles , et tous les souverains subalternes qui , à ]a prise de Constantinople par les Latins , s'étaient formé de petits états des différentes montrées de la Grèce (i)^ Ce fut à cette occasioii «p^e le prince de Trébizonde prit le titre d'emjiereur, avec la couronne impériale, et créa de graads officiers , sur le modèle de ceux de Cons* tantinople.
Paléologue si vivement pressé , d'un côté , par tant de factieux schismatiques y de l'autre , par 1« pape dont il avait un besoin absolu pour se défemlre dn roi de Sicile , usa de la manoeuvre suivante , afin de ne briser à aucun des deux écueils €titre lesquels il était resserré. Avant que les légats passent traiter avec personne , il assembla dans son palais les évêques à la tête du clergé; il leur dit que , malgré tout ce qu'il lui en coûtait pour le rétablissement de la concorde entre les deux églises, des esprits brouillons et de (aux zélés faisaient entendre que ce n'était là qu'une paix fausse , et une véritable fourberie pour jouer le pape et le concile ; que les légats en conséquence avaient un ordre précis de s'assurer de la foi des Grecs , en exigeant d'eux qu'Ms reçussent le même STîrboIe que les Latins; qu'il trouvait cette condition insupportable, mais qu'étant obligé, pour bien des raisons , de ne pas rompre avec Rome , il les priait de la laisser proposer paisiblement aux légats , sans marquer ni opposition ni la moindre émotion ; de leur donner au contraire tous les timoienages de déférence , de respect et de cordialité qu'ils pouvaient attendre de gens résolus à «âlisfaii-e entièrement le pape; du reste, qu'il leur promettait sur sa tête et sa couronne , de soutenir pWôt la guerre contre le pontife et tous les prin-
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(•)Pvain. iï77,».6oj 1278, n. iS^Yailing. iî>79, n.aetS.
too Histoire
ces latins , que de soiifii-ir qu'on ajoulât un seul
ïota au symiiole (i).
Cette confidence fiagna si hïen l'assemblée , que
3uan(l les légats fiienl leur proposition, aucun es Grecs ne marqua la moindie répugnance. Pour mieux convaincre encore les Romains qu'on agissait de bonne foi , Tempereur leur Ùl voir dans les fers jusqu'à quatre ]>rinces de son sang , traités avec la dernière vigueur pour leur alLacbement au schisme. Leui-s intelligences avec les rebelles étaient néanmoins la principale raison de ce Iraitesaent , qu'un poussa jusqu'à la cruauté. Michel Paléologue , comme tous les politiques qui veulent se ménager entre deux partis inconcdiables , ne manqua point de s'attirer les justes reproches de l'un et de l'autre. ■ Pour éblouir le pape par une déférence des plus inattendues , il fit condamner deux évèques comme scbismatiques , et les remit entre les mains des nonces, pour être conduits à Rome, et punis par le jugement du souverain pontife. Ils y allèrent en eiî'et , ils t(> moii^nérent du repentir, et Nicolas encbanlé les renvoya absous. On lui écrivit aussi une lettre flatteuse d'excuse , où l'on mit un grand nombre de souscriplions d'évêques qui n'existaient point et n'avaient jamais existé. Dans cette même lettre, par rapport à la doctrine ou à la procession da Saint-Esprit , on entassa de vagues et pompeuses expressions des pères; comme d'écoider , d'être montre et donné, de briller, de rayonner ; en on, mot , tous les termes les plus propresa éblouir , eb à faire oublier celui de /j/wt-ec^e/-, qui ne s'y reaJ contrait nulle part. J
Paléologue , d'un autre côté , irrité contre ceuiB qui l'accusaient de renverser la foi tandis qu'ïEj j&isait les plus pénibles «ilbrts pour la rétablir daimj son ancienne pureté, se porta aux dernières extrémités contre les scbismatiques , sans aucun égard
de
DE L* Eglise. lOi
tu rang, ni à la naissance. Des quatre princes
3ui étaient dans les fers , Andronic y étant mort se fit amener les trois autres , cruMl accabla d reproches et d'injures. Après des mterrogatojres réitérés pendant plusieurs jours , Jean Calacusène Be rendit ; mais Isaac et Manuel demeurant inflexi-blés , il leur fit perdre la vue. Il fit encore aveugler et mettre à la question plusieurs autres personnes du premier rang, sur le simple soupçon a aspirer à l-empire , au préjudice de ses enfans. Sa tendresse ei^cessive pour eux , et sa bienfaisance
Folitique à l'égard des délateurs, multiplièrent à infini les. exécutions , les injustices et les mécou-* tentemens. Il tenait pour maxime, qu'en punissant sur une accusation fausse , il empêcuerai t qu'on De fournît matièreàde véritables , et par-là il ouvrit tontes les portes à la calomnie et à l'oppression de ^innocence. Il se soutint néanmoins au milieu des périls de tout genre , pendant un règne de vingttrois ans y par son honneur , par une sorte d'halileté qui lui était propre , par un esprit fécond en ressources , par son activité et sa célérité à porter d'abord le remède du côté qui pressait davantage : mais il vécut perpétuellement dans les alarmes et les détresses , uans toutes les situations pénibles qui préludent à la dernière catastrophe , et oui en sont peut^çtre la partie la moins supportable. Rome ne fut pas la aupe des artifices ou des variations de ce prince : mais comme il ne contrevenait pas dans le fond à la confession de foi qui lui avait d'abord été proposée par le saint siège , ni à ce qui avait été statue par le concile de Lyon , on parut se contenter de l'essence des choses , et fon ne revint plus pour le moment à l'addilion du symbole. Nicolas III fit même alliance avec Michel contre le roi de Sicile, parce que ce prince, le
tins adroit^ le plus vaillant, et jusque-là le plus enreux guerrier de son temps , avait rendu sa puissance formidable à toute l'Italie. Un autre motif de cette fausse démarche , selon différées
JiistOlicns (i) , ce (uL la liaiiteur ironique a^PC l;ic{uclle le roi avait refusé de marier un piincede ^on sang à une nièce ilu pape, (|ui étant de l'illustre maison di!S Ursins , croyait pouvoir aspirer à une alliance auguste. A la proposition qu'on lui en fa de la part de Nicolas, Charles, suivant le Florentin Malesplni (a) , lit cette réponse : Quoi-
auil ait la chaussure roui-ej son sang n'est pa» ij^nede se mêler au nôtre. ■ Tant d'inléi'cts publics et privés n'empêchèrent point le pape JNicnlaa de prendre en une considé- 3'ation toute particulière les affaires de l'ordre des i'i'ères mineurs , pour lesquels il avait une aflFectiou née , pour ainsi dire , avec lui. Etant encore dans la première enfance , il fut présenté à saint François par son père , qui était du tiers-ordre, et le saint prédit, que, sans prendre l'habit de François, il serait le défenseur fie son ordre, puis le raailre du monde. Il élail en efi'ft cardinal pro- Iccleur de l'ordre de saint Francis quand il fut élu pape. Les soins du gouvernement général de réjjlise ne lui permettant plus de donner à son premier oilice toute l'attention convenable , iJ le commit à son neveu le caidinal Matthieu Rosso des Ursins, en lui disant : Mon cher (ils , je vous ai fait Lien di-s grâces ; mais voici la plus grande et lu plus propre à vous ouvrir la porte uu ciel, puisque vous aurez part aux prières et aus œuvres d'un nombre infini de saints. En vous conliant la protection des l'rères mineurs, je vous donne ce que j'ai de plus cher et de plus précieux. Tirant ensuite l'anneau de son doigt, et l'^irrosant de larmes de tendresse, il le donna au nouveau protecteur , comme une marque honorable de cette dignité, et un puissant motif de la remplir avec all'eclion.
Ce]icndarit la règle et la vie des religieux de saint François trouvaient bien des censeurs qui la irailaîenl d'impraticable , de dangereuse même et d'il-
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Vicîle. Il est vrai que.de faux zëlés dT entre les frères, jsous ombi^ de réforme et d^une plus grande perfection, s'étaient portés à des excès déraisonnables, avec des subtilités qui allaient jusqu'à la chimère, et avec une obstination qui dégénérait en schisme ;. mais le corps de l'ordre s'en tenait à la règle, telle i]a'elle avait été conçue par le saint fondateur et approuvée par l'église. Âûn d'établir une distinctioa précise et authentique entre des conceptions sî jifféreutes , Nicolas III , avec deux cardinaux de l'ordre , le général et quelques provinciaux , Irar Tailla pepdapt deux mois àcfonner une juste potion de cet institut. Parut enfin la bulle fameuse Exiip i\td seminat^ où l'on résout fort au long les objecrlions faites contre la règle de saint François (i).' Uae bonne partie de cette constitution ne contient que les réponses données atitrefois par saint Bonar Tentpre dans son apologie des pauvres. Ce qu'elle a de plus particulier , est la renonciation à toute espèce de propriété , de la part des frères mineurs. Le papç déclare que la propriété des ustensiles, des livres , de tous les meubles dont ils peuvent avoir Tosufruit, appartient à l'église romaine ; qu'à elle appartient aussi le domaine des lieux achetés avep les aumônes, ou qui leur sont laissés en nature ^ iaus aucune réserve de la part des donateurs. Quant aux emplacemens et aux rpaisons qui leur sont donnés pour leur résidence , on ajoute qu'ils n'y jdemeui^ront qu'autant que le donateur persistera dans la mémo volonté , et que s'il en change! , ils les 'Quitteront, sans que l'église romaine y retienne aucun droit; que pour les choses qui se consument par l'usage , le renonçementàtoute propriété ne les oblige point à se départir de ce simple usage , qui est de nécessité absolue pour subsister ; qu'au reste iisn*auront, même en usage, que le simple néces- ^ire , non-seulement sans supertluilé , mais encore ^ns abondance. On confirma aussi le point de la
(i) C. 3 9 de Ters. sign. in se3.t.
règIedesaintFi'ançfii&, ([iii défendaitàsesreligietii de prêcher malgré revêtue diocésain : ce que nous voulons, dit le pape , (ju'ils observent à la lettre, à moins qu'il n'en soit autrement ordonné par le saint siège.
C'était là la pierre d'aclioppemenl, entre les pré-r lats et Ips frères tant mineurs que majeurs ou dominicains , ([ii'on trouve ainsi nommés dans l'assemblée d'évêiiues qui se tint quatre ans après à Paris. Les prélats assemblés au nombre de vingt-
3uatre dans le palais épiscopal ,y firentappeler, es écoles diverses , les docteurs , les bacheliers , tous les ëtudians de cUaque faculté, elles principaux religieux des dilférens ordres. Simon de Beaufieu , archevêque de Bourges , adressant la parole aux" membres de l'université, s' ex prima ainsi : Voiissere» ce que nous sommes , et je ne crois pas qu'il y ait aujourd'hui de prélat parmi nous qui ne soit tiré de cet illustre corps. C'est pourquoi , au nom de tous les évêqiies du royaume dont nous avons le
Ïiouvoir par écrit, aprèsavoir employésans succès a médiation des seigneurs et du roi lui-même, nous TOUS portons nos plaintes contre les frères majeurs etmineurs , qui usurpent la conduite du trouj>eau confié à nos soins , prêchant et confessant malgré , nous dans tous les diocèses , et disant qu'ils ont à cet elFet des privilèges de plusieurs papes. Afin donc que vous voyez ce qu'ils contiennent , on va vous les lire. On les lut en eifet , puis le décret du quatrième concile de Latran touchant la confession annuelle , auquel on les croyait contraires. Ensuite Guillaume de Màcon , évèque d'Amiens, soutint que ces concessions n'avaient pas dérogé au décret du concile , et que les frères ne pouvaient administrer la pénitence sans la permission des évêques et des curés.
Les frères présens ne dirent pas un mot pour contredire les prélats: mais dès les premiers jours de fête , des prédicateui-s franciscains et dominicains moptèrent eft chaire , et s'élevèrent haute-