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ment contre les prétentions des prëlats. Dans la ^ours (lu même mois , le samedi vingtième de Deeembre, il y eut une nouvelle assemblëedes évéaueS| et une convocation nouvelle de l'université. Guillaume d'Amiens reprit la parole > réfuta ce quV taient avancé les prédicateurs , et cita des lettres de Rome , écrites par les premiers personnages de cette cour. Elles répondaient de la disposition du pape à révoquer enfin les privilèges excessifs des religieux mendians , ou du moin^à les expliquer d'une manière qui ne troublât plus Tordre de la hiérarchie. C'était Martin lY qui occupait alors la chaire de saint Pierre , où , après six mois de vacance et beaucoup de tumulte , il avait succédé au pape Nicolas le 32 Février 1281. Il était français , né en Toiiraine de Tillu^tre maison de Brion , trésorier de Saint-Martin de Tours, dont il prit la nom au lieu de celui de Simon qu'il avait reçu aa bnpfeme , et cardinal-prélre du titre de Sainti»- Cécile. Quoiqu'il ne soit que le second pape de ce nom , on le nomme Martin lY , apparemment parce qu'on a confondu les deux Marinsavec les Martins(i). I)eu\ ans après son élection , il donna une bulle
2ui apposa cette clause au pouvoir de prêcher et; e confesser qu'il confirmait aux frères mineurs : I^ouH voulons que ceux qui se confessent à ces frères y soient tenus cependant de se confesser à leurs curés une fois l'an , suivant l'ordonnance du con-« cile: les frères eux-mêmes doivent les y exhorter avec soin et d'une manière eflicace (2).
Ce ne fut pas dans cette seule matière que Martini Y ne s'astreignit point à suivre poncluellementp les traces de son prédécesseur Nicolas. Celui-ci ^ au moins depuis quelque temps , s'était montré contraire en toute chose au roi de Sicile Charles d'An- I'ou ; il avait poussé les procédés injurieux jusqu'à ui ôter le titre de sénateur , c'est-à-dire , de chef
(1) Duchône , hisi. Ciird.i (a) Tom. xi^Concp. ii44- Frunc. t. a, p. aSsi. |
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iluséuat de Rome^ que lui avait donné Clément IV. Martin se fit d'abord conférer a lui-même cette dignité par les sénateurs et le peuple romain , et quelque temps après il la renait au rpi Charles. Jusqu'ici on ne peut qu'applaudir à ce pontife d'|i-« -voir ainsi blâme par les œuvres Içs pçtitessea del% vanité ou du ressentiment de sqn prédécesseur. Xi est plus difficile de Justifier son oliangeqient de cou->
envers Michel Paléologue son rival ?Çestce qu'on doit laisser au jugement de celui qui pénètre seul dans les intentions et les replis les plus secrets des cœurs ; c'est ce qu'on ne saurait méqAe présumer raisonnablement a un homme assez vertueux pour avoir refusé d'être pape , cpmn^e le fit Martin lY , qui résistaà son élection jusqu'à faire déchirer son manteau , quand on voulut le lui enlever pour le revêtir de la chappe : preuve non suspecte et démonstrative toute seule d'une a me parfaitement $aine , d'une vertu à toute épreuve. M.ais peut-être que cette ame forte ei^céda par cet endroit-là même, et que sa fermeté fut poussée jusqu'à la roideur et à l'oubli du ménagement. Nouvelle matière au doute , et par conséquent raison nouvelle de suspendre notre jugement. Il est à présumer d'ailleurs qu'il nous manque bien des connaissances qu'eut de son temps le pape Martin , et qui purent motiver sa-* gement sa rigueur à l'ésard de Paléologue.
Quoi qu'il en soit , dès son entrée au pontificat ^ il témoigna hautement son attachement pour le roi de Sicile, et se laissa persuader que la reunion des Grecs n'était qu'une illusion. A la sollicitation de ce prince y il se résolut à excommunier l'empereav de Constantinople dans les circonstances même les plus mal choisies (i). A la première nouvelle de la promotion de Martin , Micnel Paléologue lui avait
(i) Rain. au. 12S1 ^ n. 26.
envoyé deux métropolitains , Léon d'HéracIde et Théopliane de Nicée j pour le reconnaître en aua«< lité de souverain pontife , et lui rendre la nemo obéiasance qu'aux papes ses prédéce8iseui*g (i). Ihek allèrent trouver Martin à Orviète , où l*pn venait} de conclure un traité bien, différent de celui du<
Î)ape Nicolas , oui s'était ligué peu auparavant avea 'empereur Paleoloaue et le roi Pierre d'Aragoa contre Charles roi ae Sicile (2^ On avai|«aa contraire fait une ]ifi;ue contre Paleolo^uo stvec Charles son gendre , Philippe , empereur titulaire deCons* tantinople et les Véniflens. Les ambassadeurs do Palcologue furenttrès-n\al reçus. On leur répondit
3ue Tunion qu'ils faisaient tant valoir n'était suivie 'aucun eifet pour la religion ; que l'église ne pou** vait qu'abhorrer les supplices employés par leur maître , soit à satisfaire sa vengeance , soit à sou*tenir les intérêts de son ambition , soit plutôt encore à couvrir sa mauvaise foi et à se faire croire, ennemi du schisme , tandis qu'il en était le fau-* leur (3). Sans leur rien articulerde plus particulier y le jour de la dédicace de saint Pierre de Rome , on; )rononça une sentence d'excommunication contre lichel Paléologue ^soi-^disant empereur des Grecs, avec défenseà tous rois , princes 1 seigneurs , villes et communautés , de faire avec lui , tant qu'il se* rail sous Tanathème , aucune société ou confédération. Incontinent après y on renvoya les ambas-. sadeurs sans leur avoir rendu aucun des honneurs accoutumés.
Léon d'IIéraclée mourut en route : Théophane de Nicée étant arrivé à.Constantinople et rendant à l'empereur un coilipte fidèle de ce qui s'était passé f ce prince pouvait à peine se persuader ce. qu'il entendait. Outré de dépit et d'indignation ^. il voulut' d'abord rompre a jamais av^ les Latins , et remettre les choses dans l'état où elles étaient^
(0 Pachym. 1. 1 , c. 3o, 3i* (3) BuUar. Mart. iv, Gonst. (1) Nung. CoQtin. un. 1381.
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avant lu! ; mais usant bientôt de réflexion , il c çnit de se montrer contraire à liii-mèiDe, Sonner lieu à ses propres sujets ,(]rjà si aigriso tre lui , de l'accuser d'avoir fuit luijen delareligin Ainsi les choses demeurèrent sur le pied où r* avaient été mises an dernier concile {général. ! contenta d'empèeher qu'on ne nommât Martin dans les prières. Il prt'leiidait par-làdoQl à enlendl'e , q^ie ce n'était qu'avec n- |i;ipe perffl nellemcntqu'ilrotDpait[)oiirdesc;Hises(emparen et non pas avec le saint sit-i^e , dans la cotumuoi duquel il demeura jusqu'aHa fiu de ses jours croit même avec jaison , qii'api-é-i (piclques éi d'emporteinrnt , sa persévernntv fut irreproel de tiiiit point. Sans trop s'inquiéter d'une exi municalion qui i-onfuiulail les flTets temporels les S|)irituels , il se mit néa'Miioiris en garde coi les premiers , et se bàla <Ie consommer le ti liancemi il iîvait entamo avec le roi d'Aragon , Ttvanl du pape Nicolas (i). CétaiiJeiin , seigneurB l'île de Procille près de JNapIes et grand ennemî-J Charles d'Anjou , (pii avait ourdi cette trame, l'année 12^9 (2). Cft intrigant Italien était alH déguisé en cordelier , â Constaatinople , à la cts d'Aragon et à celle de Rome. Il avait persuadé a deux princes d'armer , et au pontife défunt , bandonnerà Pieire III , roi d'Aragon, la conqua du royaume de Sicile , sur lequel ce monarŒ avait des prétentions, du chef de sa femme Coa tance, fille de Mainfroi. Paléologue, menacé parfl nouveau pape , renvoja promptement en Aragôi Jean de Procide , qui porta par avance trente mille onces d'or , pour aider le roi à faire un puissant armement par mer. Afin de lever les ombrages que cette flotte ne manqua point de donner au pape Martin , Pierre publia qu'il marchait contre les infidèles,
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Maïs avant son départ , Jean de Procîde t^etDurna clans la Sicile, (|uM parcoiirntencore sonsson liabit de cordelier , sonlllaril Tesprit de rébellion parmi les peuples , rt animant les seigneurs , déjà fort aliénés par la durelé du roi Charles et la fierté des Français. Tout ayant élé conduit avec un secret impénétrable , et la partie se trouvant bien liée, on convint de faire tout à coup main-basse sur lea Français. Le premier coup des vêpres , dit-on ^fut donné pour signal de cette exécution elFroyable. Tous les seigneurs et les chefs de la conjuration sa rendirent à Palerme , comme pour y célébrer la fête de Pa(|ue , qui cette année 1283 était le vingts neuvième de i^ars. Le lundi trentième, tous le» habitans, hommes et femmes, allèrentà Montréal , éloigné (rune lieue, pour prendre part aux réjouis-* sances qui en Italie sur-tout accompagnaient ces cérémonies. Les Français pleins de sécurité , et en assez petit nombre parce que la plupart étaient déjà partis pour Texpédition de la Grèce , accompagnèrent à Monti'éal le reste des citoyens.
Un Français prit quelque licence avec une Sicilienne. Elle se mit a crier. Le peuple était déjà échauffé par les gens des seigneurs du pays. Tout le Uionde accourut en foyle. 11 y eut d'abord un com« bai tumultueux , et sans qu'il y parût de dessein. Mais les Siciliens s'armant de toute part^ et criant avec fureur, périssent les Français ! on se jeta sur le justicier du roi Charles , qui fut massacré sur le cTiamn. Âpres quoi , tous les Français , non-seulement a Montréal , mais dans Palerme , dans toutes Rs maisons , dans toutes les églises , furent égorgés sans exception et sans miséricorde , sans distinction, d'âge, de sexe, ni de condition. On immola ju^ qu'aux enfans qui n'avaient pas encore vu le jour, et qu on arrachait du sein de leurs mères, pour leur donner la murt avant (|u ils fussent né.s. Après 1 exécution de Palerme, les» seigneurs coururent ù leurs terres, pour faire par-U)ut la même boucherie, Ùacharuemeul et la rage éiuieat tttls \ que loules
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sortes de personnes , ecclésiastitjiies et laïqoj
Îirètres et moinçs tle tous les ordres , se dispute*! a gloire de eet aiFreiix patriotisme , en iinmofl Jeuis propres confrères. En6n , dans tonte i'êû due de l'île , il ne resta qu'un seul Français en if nommé Guillaume de Porcelets. Toucliés de^ probité singulière que ce noble provençal aw montrée constamment dans le gouvernement d'^ place , les Siciliens le renvojèi'enl sain et sauf d sa patrie. On a donné à ce massacre le nonT vêpres siciliennes.
La nouvelle en fut portée avec diligence aul d'Aragon. ïl avait suivi avec sa flotte rarlisanS cette horrible trame , Jean de Proci4e , en feigm de cingler vers la côte d'Afrique. Quand la rq de la Sicile lui eut été aplanie par ces torrenn sang français, il leva aussitôt le siège simulé tf avait mis devant une place barbaresque , I débarquer à Trapani , d'où il passa rapidemea Palerme. 11 y fut couronné le 2 de Seplemhre 1 non par l'archevêque du lieu , selon 1» coutu parce que ce prélat s'était retiré auprès du pffl mais par l'évêquede la petite ville de Céfalou. '1 Le roi Charles était venu cependant réclamé! protection du souverain pontife, qui regard^ cause de ce prince comme celle de l'église , liculièrement du saint siège, dont la Sicile étaiîS fief. Il excommunia de nouveau Michel Paléolo^ i;oiïime complice d'une atrocité si perfide , i roi d'Aragon , et les déclara privés l'un et ! de leurs couronnes , si dans un terme qu'il lei assigna , ils ne venaient implorer la clémence dif saint siège, et satisfaire pleinement le roi Charles. Ou l'empereur avant smi ti-eua5 n'eut point connaissance de ce nouvel anatbeme , ou il n en fil ps! plus d'état que de celui qui avait élé lancé en premier lieu contre lui seul, et renouvelé pinsienrï fois depuis ; car il ne changea rien diius sa conduite personnelle par rapport à la réunion des deux éylises : jusqu'à sa mort, qui aniva le 1 1 Décemi
de cette ûTiTice 1282 , il parut toujours j^galcmcnt ferme dans Tunion qu'il avait rétablie. Les schisinaliques eux-mêmes, par les œuvres ausai-biep que par les paroles, ont rendu à sa persëvëranee un témoignage sans réplique. Andronic II , son fils eft son suctes^eur , qui lui avait marqué un amour et un respect constant, et qui lui cacna toujours son ottacliement au schisme, ne voulut pas qu'il fût honoré de la sépulture des empereurs ; et cela uniquement, dit un écrivain de son parti (i), parce qu'il avait abandonné la véritable doctrine de l'église, pour embrasser celle des Latins; c'està-dire que les Grecs, quoique grands admirateurs de son mérite , l'ont traite après sa mort comme un déserteur de la religion de ses pères.
Au terme assigné par le pape , le roi d^Aragon , comme on s'y attendait bien , n'ayant pas satisfait , et la sentence d'anathème étant dès*Ià réputéo définitive, MartinlYdéclara, le premier Avril i283, que la guerre de Charles d'Anjou contre ce mo*narque était U cause de Dimi (s). En conséquence, il ordonne^ la croisade contre le roi Pierre, et lit publier de toute part que tous les fidèles qui pren* ciraient les armes à ce sujet et mourraient dans le combat, jouiraient de la même indulgence que ceux qui passaient au secours de la Terre-Samte. Le roi de France , Philippe le Hardi, envoya des forces considérables en Pouille , au secours du roi Giiarlea ton oncle. Il était d'autant plus animé , qu'il so voyait joué personnellement par l'Aragonais perfide, qui, après avoir tiré de France un gros argent, «ous prétexte de secourir les saints lieux , s'en était servi pour détrôner le iY)i de Sicile. Un jeu nouveau lira le fourbe expert du nouvel embarras où il so tt^ouvait. Comme il connaissait la franchise et lu courage de Charles d'Anjou , il lui fit piH>po$er d'épargner le sang des peuples , et de vider leur diirérent personnel par un combat singulier. Il alla
(1) Greg. 1. 5. (2) IlaiH. mq. ia83 ^ u. %.
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jusqu'à marquer le jour du combat , premier d« Juin , cL pour cbamp de bataille , la plaine de Bordeaux,, terre neutre à leur égard, coiame appartenant au roi d'Anf^le terre. Le pape, inforiDé de ce défi, ne manqua point de s'y opposer, comine a un duel défendu par les lois de l'église ; mais la précaution n'était pas nécessaire contre la rodomontade ai-agonaise. En vain le roi Charles , qui croyait son honneur engagé, se trouva au rendezvous, malgré toutes les remontrances et les défenses du souverain pontife : Pierre ne parut point , el n'eut rien de mieux à donner pour excuse, que le risque particulier qu'il aurait couru à cause du nombreux cortège du roi Philippe , venu à Bordeaux en qualité de témoin du combat (i).
Le pape Martin fulmina de nouveau , et pluî terriblement que jamais, contre le roi Pierre. La bulle était conçue en ces termes (2) ; Pierre , roi d'Aragon, et les Siciliens rebelles n'ayant eu égard, ni à nos mon il ions ,nl à nos menaces ; afin qu'elle! ne soient pus un objet de mépiis en demeurant sam exécution , de l'avis de nos frères les cardinaux, nous privons ce prince du royaume d'Aragon, de ses autres terres et de la dignité royale, et nou3< exposons ses étals à être occupés par des calboliques , selon que le saint siège en disposera, Nous déclarons ses sujets entièrement absous de leur serment de lidélilé ; nous lui défendons de se mêler en rien du gouvernement de ses domaines , et a toutei personnes , de quelque condition qu'elles soient , ecclésiastiques ou séculières, de le favoriser dans ce dessein , de le reconnaître ]iour roi , de lui obéir et de lui rendre aucun devoir. Le pontife envoya peu après en France Je cardinal Jean Cholet qui en était natif, et lui commit le pouvoir de donner à un fils du roi Pliilippe , pour lui et pour ses desceodans à perpétuité, tant le royaume d'Aïaj^on que le comté de Barcelone , dont les papes pré-
(1) DucliKue , l. T, p. 541- (2J E.aiji.11. liJ.
tendaient
1 D E l' E G L I $ E. Il3.
V leodaient avoir la pleine disposition en conséquence I Ja tribut auquel le roi Pierre II s'était engagé pour toujours envers le saint siège. Philippe Te Hardi , au nom de Charles , le second de ses fils ^ accepta ladonation, àlaquelle fut encore ajouté le royaume de Valence. Le légat prêcha la croisade contre Pierre ; Philippe prit la croix , et le pape lui accorda pour cette expédition la décime des revenus ecclésiastiques, même sur plusieurs diocèses hors de ses états; Tel était l'empire du préjugé et l'incontidération presque générale , dans une matière où il ne nous reste plus qu'un doute aujourd'hui , savoir , si ce sont ces entreprises des papes sur les ^npires , ou la connivence des souverains même à les autoriser tour à tour ^ qui doit le plus nous étonner.
Malgré toutes les foudres de Rome , le roi Pierre conserva , et ses états d'Aragon , et le royaume de Sicile. Il fit encore insulter Naples , qui restait à Charles d'Anjou , sous le commandement du prince i de Salerne son fils , tandis que lui-même se trouvait • en France. Ce jeune prince , malgré les ordres ex* ! près du roi son père , ne put contenir son ardeur: U monta sur les galères , et marcha contre l'amiral d'Aragon , qui le prit et l'emmena prisonnier en Sicile , ce qui porta le chagrin du roi Charles à son comble , et lui causa la mort le 7 Janvier de l'année 1285. Le roi d'Aragon ne tint pas plus de compte des censures que des menaces du pape Martin. Il rejeta le jugement de ce pontife , et en appela à un pape non suspect : à quoi parut consentir tout le clergé de ses états , puique les évêçies et les religieux mêm^e de tous les ordres , aussi-bien que les laïques , n'observèrent en rien l'interdit. Quant aux ordres du pontife en matière temporelle , il en fit si peu de cas , qu'en dérision delà défense qu'il en avait reçue de prendre le titre de roi d'Aragon , il se qualifia chevalier aragonais , père de deux rois et souverain des mers»! U transmit en effçt à 3es fils ses deux royaumes ^ Tome FIL H
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celui <r Aragon à Alfonse son (ils aine , ^t à Sacqxres^ son second fils , celui de Sicile. Le pape. Martin mourut la même année queCliarlesd'Anjou, leaS.® ]our de Mars, sans avoir rien exécute de ses grands projets, ni sur FAragon , ni même sur la Sicile..
Dès le commencement du pontificat d'Monorîus IV, auparavant Jacques Savelli , cardinal -diacre et Romain de naissance ^ qui fut élu pape le 2.^ d'Avril suivant , le roi Philippe lé Hardi et le cardinal-légat Jean Cholet marchèrent à la conquête du royaume d'Aragon. Les Français, croisés comme s'ils se fussent avancés contre les Maures , parurent au contraire tout semblables à ces infidèles , dans la Catalogne où ils pénétrèrent. Us prodiguaient le sang |usq'ue dans les églises ; ils les profanaient d'une manière infâme^ ils yiolaient jusqu'aux religieuses. Les livres et les ornemens^ ecclésiastiques , les croix , les images , tes vases sacrés devenaient la matière du pillage, d'un trafic et d'un jeu sacrilège. Ils emportaient les cloches, ou se divertissaient à les briser. Cependant ilsmar* quaient pour la croisade une telle dévotion, que lèS' valets de l'armée et tous ceux qui n'avaient ni flèches ni autres armes, prenaient des pierres, et disaient en les jetant : Je combats contre Pierre d'Aragon , pour gagner l'indulgence. Des maladies affreuses qui emportèrent une grande partie des troupes et de leurs chefs, furent regardées comme une punition divine de ces forfaits. Il fallut abandonner la partie , après la prise de la seule ville ^e Gironne. Le roi Philippe , attaqué lui-même delà contagion , et porté à bras sur un lit , put à peine gagner Perpignan , où il mourut à l'âge de quarante ans , un dimanche 23 Septembre. Son fils aîné^ qui n'en avait que dix-sept , lui succéda sous le nom de Philippe IV ou Philippe le Bel. Quelques semaines après le monarque français, le roi Pierre d'Aragon mourut à quarante-six ans , le n de Novembre , jour de saint Martin.
Pendant ces troubles et ces désordres des deux
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nespénes , uiie révolution |)Jus triste encore aux yeux de la religion s'opérait dans l'église orientale. [ l'empereur Andronic II qui en fut l'auteur ou f instrument , était alors un jeune prince d'environ TÎBfft-quatre ans ^ à l'affabilité près et à la dignité de la figure , différent en tout de l'empereur son père. Andronic avait sur-tout les défauts opposés au génie de Michel , un esprit léger , une ame dépourvue de toute élévation , une faiblesse pitoyable , une dévotion imbécille qui allait jusqu'à la superstition et au ridicule. La première chose qu il fit en montant sur le trône , ce fut de s'abatïdoniier à la conduite de la princesse Eulogie sa tante ^ autre tête mal-saine , vraie dévote de secte, et toujours Tarc-boutant du schisme , malgré le bannis-^ sèment où l'avait réduite l'empereur son frère. Elle leurra sur-tout l'imbécillité de son neveu , en affectant de pleurer d'une manière inconsolable sur le sort de l'empereur défunt ; parce qu^étant mort y disait-^lle , dans l'hérésie des Latins, il avait indu- Bitablement encouru la damnatiqn éternelle (i). Elle fut secondée par Théodore Musalon , grand chancelier et grand fourbe, qui ayant toujours été schismatique opiniâtre dans l'ame^ et catholique simulé sous le dernier règne, fit tout ce qu'on peut attendre de la lâcheté, et du fantôme de religion qui flotte ainsi à tout vent de fortune. Livré à ces deux guides , Andronic commença par demander et subir la pénitence publique, pour avoir souscrit à la réunion avec les Latins. Ce coup de théâtre fut un signal donné à tout schismatique contenu par l'effroi , pour se déclarer avec insolence, et à ceux qui avaient abjuré le schisme , pour y rentrer , comme leur nouvel empereur , paria voie de l'absolution.
Ea même temps, on obligea le patrîarelie Veccus 8 8e retirer dans un monastère , et l'on remit suv la chaire patriarcale le faible Joseph , dont la dé-
(0 Paclijai. In Aiàdroû* L ! , C. 3#
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cre'pitude avait éteint la dernière étincelle de tî* gueur. Il se laissa conduire aveuglement par d'inquiets zélateurs , et sur-tout par des moines, dont IcB extravagances autant que les violences ont été condamnées par les écrivains même attachés aviscliisrae (i). Ces solitaires sordides se signalaîent principalement dans le trafic des grâces de réconciliation , qu'ils déiaillaient eu marchands habiles^ afin d'en tirer davantage. Ils faisaient payer, comms à la taxe, tantpourrentréede l'église, tant pour assister au chant des pseanmes, tant pour participer an pain bénit, et beaucoup plus pour être admis à lit communion. Enfin , par contrainte on par induction, presque tous lesGrecs se retrouvèrent en peu de temps tels qu'ilsavaientétéavant le dernier règne. Il n'y eut guère que le célèbre Jean Veccus et ses deux savans archidiacres Constantin Meletiniotes et George Metocbjte avec ManucICalacas , qui demeurèrent inébranlables dans la profession de la vraie foi. Le patriarche et les archidiacres furent traînés d'exil en exil , et moururent enfin de misère, après que l'empereur eut fait Lien de vains efforts pour les gagner. II osa faire comparaître Veccus dans plusieurs conciles, mais les plus doctes schismaliques , au lieu de le convaincre, furent honteusement confondus (a). Ce|iendant le pieux et savant Veccus, ainsi que ses deux disciples, voulant laisser après lui des monumensqui déposassent à jamais contre l'inconstance et l'irréligion de son ]ieuple , composa plusieurs écrits ravonuans des traits les plus tuminreux delavérilé, et consigna dans son testament un témoignage tout particulier en faveur de la doctrine calJiolique sur l'article du Saint-Esprit. Manuel Calacas , dès le commencement de cette persécution, eut le courage de pulilier contre les erreurs des Grecs , qiiaLre livres si prisés par le
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f âDDTeràhi pontife, qu'il les fit aussitôt traduire en f ktinfi).
n s en fallut bien que Grégoire de Chypre , si ▼if pour l'union du temps de l'empereur Michel, fit un usage pareil , tant de ses talens que de l'ayantage particulier qu'il avait eu de naître sous la domination des Latins , et d'avoir appris leur doctrine dès l'enfance , dans l'île dont il porte le nom. Il se prêta si à propos au temps , et accommoda si bien sa religion à celle de soii nouveau maître , que le patriarche Joseph étant mort , et Yeccus demeurant toujours banni , Andronic fit conférer cette dignité a l'apostat , qui parut avoir honte de lui-même , et changea son nom de George en celui de Grégoire. Toutefois, comme il était vanlé pour son esprit , pour son éloquence , et Spécialement pour la pureté de la langue grecque qu'il avait rétablie après un long oubli des anciens modèles, il eut la présomption d'écrire non-seulement contre les catholiques disgraciés , mais contre Jlasieurs autres savans qui étaient en faveur (2). $ lui montrèrent que l'élégance de la diction n'est qu'un talent bien mince , par rapport aux connaissances requises pour traiter les saintes profondeurs de nos mystères. Ils relevèrent dans SCS écrits , des erreurs , des hérésies formelles et de vrais blasphèmes. On le poussa si vivement et avec tant de persévérance , qu'accablé de chagrin , il fut réduit à descendre du siège acquis an prix de sa conscience et de son honneur , et i se renfermer dans un monastère pour le reste de •es jours.
L imprudent Andronic, qui s'était promis d'il- Instrer son règne en donnant une activité nouvelle a Vesprit inquiet du schisme et des factions, en "vit résulter un bouleversement général dans son église et dans son empire. Au lieu d'un schisme , il s'en forma quatre entre les Grecs , exclusivement
(i) Allât. deperpet. Consens. 1. 3, c. i5eti8. (2)Greg.l.6.
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ment attachés à autant de patriarches qu'ils pp^ tendaient avoir e'té mal déposés, et qui n'avaient
Eas moins d'aversion les uns des autres , que des atins (i). Ce faihie prince se laissait entraîner , tan lot dans un parti , tantôt dans le parti opposé ; et voulant tout accommoder, sans avoir ni i habileté , ni l'autorité nécessaire , il devenait tour à tour le jouet de chaque faction. Son empire essuya des secousses et des revers dont il fut si violeniment ébranlé , qu'il ne sortit plus de cet état chancelant, et ne parut qu'attendre le moment de sa chute irrémédiable. Battu constamment et de tous les côtés , en Occident par ses sujets rebelles , par les Tartares, les Scythes, les Français , le» Oênois , les Pisans , les Vénitiens; en Orient , par les sultans des Arabes et des Turcs qui y firent de^ ravages effroyables ; sur mer, par des essaims de pirates, outre les flottes de tout pavillon légitime; chaque jour on lui annonçait la perte de quelque ville, de quelque île, de quelque province. Enfii^ sa politique , aussi bornée que son savoir militaire > ï^endit tous ses maux extrêmes.
Ce fut sous ce règne méprisable , que la mo« narchie des sultans d'Icône ayant fini par les dis»sentions et les guerres civiles, loin de profiter d'une occasion si favorable , il souffrit qu'après 1^^ mort du dernier sultan Seljoycide , Gaiateddin- Masoud , tué en bataille rangée par ses propres sujets , Othman fils d'Ortogrul , petit-fils de Soli^ inan et père d'Orcan , noms si funestes à Constan-^ tinople , posât les fondemens redoutables de la puissance ottomane. L'audacieux Ochman , venu des bords de l'Eu ph rate tenter fortune auprès du dernier sultan d'Icône , qui le fit émir d'une petite province vers les montagnes d'Arménie, se rendit indépendant après la mort de son maître , à l'exein^ ]>]e des autres émirs au nombre de dix- Par la persuasion ou par la force des armes ^ il les soumit
(ï) Pacbjrm. io Aftdroft»
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tOÈg à ses lois. Dès-lors , il enleva aux Grecs les meilleures villes de TAsie-mineure , en particulier Crusse en. Bilhynie dont il fît sa capitale , et où il commença d élever cet énorme colosse qui dans la suite écrasa la nouvelle Rome. Ce fut vers la -première année du treizième siècle qu'il prit , le premier de sa race, le titre de sultan (i). Getfe ïiouvelJe dynastie des Turcseut toute facilité contre les Grrecs, durant leur rupture avec les Latins. K)n ne voit pas que le pane Honorius , pendant son pontificat qui fut de deux ans et un jour , se «oit occupé du soin de ces affaires.
Depuis sa mort , arrivée le 3 Avril 1387, le le saint siège vaqua plus de dix mois , à cause a une épidémie cruelle qui enleva plusieurs Ccordinaux , «t qui obligea les autres à se séparer. Enfin , le i5 Février 1288 , ils élurent d'une voix unanime , €t du premier scrutin , le savant Jérôme d'Ascoli , de Tordre des frères mineurs , déjà cardinal-évêque de Palestrine , et illustré par des légations importantes. Il renonça deux fois à son élection , et n'y coasentit qu'au bout de sept jours. On lui donna le nom dellkbf ai^ IV. C'est ie premier religieux de saint François qui ait été fait pape.
Dès la première année de son pontificat , il commit aux religieux de son ordre l'office d'inquisiteur en plusieurs provinces , particulièrement dans le comté Venaissin , possédé enfin par l'église romaine , qui avait prétendu à ce domaine des le temps d'Urbain II. Quelque temps après , l'inqui- «ition fut mise en vigueur à Venise par le même pontife , avec l'agrément de la république , qui ûlla ]usqu'à établir un trésorier chargé de four- 3iir l'argent nécessaire pour la poursuite des hérétiques : mais cet officier percevait le produit de tous les actes de ce tribunal , érigé dans cette viJl^ ^^antle pontificat de Nicolas IV ; puisque la constitution donnée à ce sujet pai* ce pontife , quoique
1') Id. 1, 3 , c. 8. Ann. Turc Galioad.
iao Histoire ]
la plus ancienne que l'on connaisse , suppose néanmoins l'inquisition déjà établie à Venise (i). Dans la même année 1289, le pape -ilirola^ érigea en université l'école de Montpellier , déjà célèbre pour la médecine et la jurisprudence. Cependant, quoiqu'il autorise à y enseigner et étudier en toute faculté licite, il ne permet de donner la licence et le titre de docteur, que pour les arts , la métTecine, et le droit tant canonique que civil (3),
A Paris, l'année suivante , il s'opéra par Teucbaristîe un miracle, dont cinq siècles écoulés depuis n'ont pas encore elFacé le souvenir. Une femme pauvre avait mis sa robe en gage chez un juif, pour l'emprunt de trente sous , qui alors valaient un demi - marc d'argent. Quelques jours avant celui de Pâques , deuxième d'Avril , elle pria le juif de lui rendre sa robe pour cette fêle , afin qu'elle remplît avec plus de décence le devoir pascal. Volontiers, dit le juif; je vous !a laisserai même pour toujours et sans intérêt , si vous voulez m'apporter le pain que vous recevez à l'église, et que vous autres chrétiens appelez votre Dieu : je voudrais voir s'il l'est en eftèt. Sa proposition tut acceptée : la femme alla recevoir la communion à Saint-Méri , sa parorsse , réserva secrètement la sainte hostie , et la rapporta au juif. 11 la mit sur une table , la perça à coups de canif, et en vit couler du sang. Sa femme accourut avec eiïroi , et fit tous ses etïoils pour l'empêcher de porter l'impiétéplusloin.lin'en devint que plus endurci ; ïl enfonça un clou dans l'hostie qui saigna derechef; il la jeta dans le feu, d'où elle sortit eiilière , et voltigea par la chambre ; il la mit enfin dans l'eau bouillante , qui en un moment parut ensan-
Ëlantée. L'hostie s élevant encore , parut alors sous i forme d'un crncilix (3).
(OVading.an. 1289,11. 14,1 (3) Leblanc, mon. p. 4o3. etc. Rain. n. 54. Dubr. Ant. P.nr.q77. Duliois,
(2)Dubonl. t. m, p. 488.ihlst. p.,5i3. LaU. Bill. t. t , T»ain. n. 5i. 'p. ti63.
BE l' Eglise. lai
La maison où ce prodige s'opérait était dans la rue des Jardins , qui a pris , dit-on , le nom des BiUètes j espèce de barillets qui servaient d'en- •eigne pour le commerce du juif. Un de ses fils , encore très- jeune , était à la porte comme on sonnait la messe à Sainte-Croix de la Bre tonner ie. Il dit à plusieurs personnes qu'il y voyait aller : Vous ne trouverez plus votre Dieu; mon père vient de le tuer. La plupart ne firent point d'attention à ce propos d'enfant; mais une femme plus curieuse
ne les autres entra dans la mai son, sous prétexte
J' prendre du feu. Elle vit la sainte hostie qui tigeait encore , et qui vint d'elle-même se reposer dans le vase préparé pour mettre son feu. Elle la porta au cure de la paroisse, qui est Saint*Jean ^n Grève , et lui raconta le fait en présence d'une loule de peuple que le bruit d'une chose aussi extraordinaire grossissait à chaque instant. L'cvê- ^e de Paris , Simon de Bussi , fit arrêter le juif a?ec tonte sa famille. Sa femme et ses enfans se convertirent ; mais le malheureux profanateur , en confessant son crime , persévéra dans Tend urcissement. On l'abandonna au prévôt de Paria , qui le fit brûler.
L'hostie miraculeuse fut gardée précieusement à Saint-Jean en Grève, où elle se voit encore. Le canif dont elle fut percée , et le vase où elle vint «e reposer entre les mains de la femme chrétienne , «ont chez les carmes de la rue des BiUètes , établis ^Q lieu où était la maison du sacrilège. Dès Tannée 1295 , un bourgeois de Paris , nommé Régnier Flaming , y fit bâtir un oratoire qu'on nomma la Chapelle des miracles. Le roi Philijjpe le Bel y établit , quatre ans après , les frères hospitaliei'S de la charité de Notre-Dame , qu'ont enfin remplacé les carmes. Ce miracle , attesté par tous les citoyens de Paris , passa pour si incontestable parmi les étrangers , que Jean Villani (i) , auteur
(1) L. TU ^ c. j36.
laa 11 i s T r> I r r
roiilcropnrain fort sinccip , et phi^ enclin a !n lî^ traclion qiia l'admiralion , a cm devoir lui iloii- ' Der plaee clans son histoire de Florence. On cmt ! <(ue l'évêque Simon Matîfas dont nous venons tl9 parler, on Simon de Bussi , ainsi nommé du lied de sa naissance dans le Soissoniiais , fit le pre- [ mîer célébrer dans son église de Paris l'ofTice de i ]n conception de la sainte Vierge , fondé par soa i prédécesseur Renoul d'Homblonière , qui avaii i laissé pour cela trois cents livres parisis.
Dans le même temps, on accusa les juifs d'avoir commis beaucoïip d'anlresattentatsconlre lesciiréliens, et sur-tout d'avoir crucifié en dilïérens payi prand nombre frenf'ans. La plupart de-ces imputations portent sur des raonumens trop suspects, pour ne pas cralnilre de diH'amer injustement une Dation qu'on doit beaucoup plus s'étudier à con' Tcrtir, Toutefois l'I)istoire<ln jeune Verner , consignée dans le dépôt d'érudition le moins suspecJ en ce genre (i), mérite d'être rapporté. Ce jeane chrétien , né à la campagne et accoutumé dès l'enfance à vivre de son travail , vint à la ville , âge de qualor/e ans , et se mit à la journée chez de* juifs de Vésel au diocèse de Trêves, pour fouir dan» «ne cave. Sur quoi , la femme charitable qui favait logé , lui dit : A quoi penses-iu , Verner? Voici ]e vendredi saint; les juifs te mangeront. Le jeune paysan , innocent et pieux , répondît : Je ne pniï vivre qu'en travaillant; ma vie est entre les mains de Dieu. Le jeudi saint , il se confessa , communia, et alla peu après à son travail. Les juifs descendirent après lui dans la cave , lui mirent aussitôt une balle de plomb dans la bouche pour l'empêcher de crier , puis l'atlachèrent à un poteau , I« tète en bas, pour lui faire rendre l'hostie qu'il avait reçue. Comme ils n'y purent réussir , ils se mirent à le déchirer à coups de fouet ; pois avec un couteau , ils lui ouvrirent les veines par
to«t le corps , et les pressèrent avec des tennilles poaren exprimer tout le sang. Durant troi^ jours, ihle tinrent pendu , tantôt par les pieds , tantôt par la tête , jusqu'à ce qu'il cessât de saigner. Cette longue atrocité n'avait pu se. consommer
rendit n^uet. Cependant ils jugèrent nécessaire d'emporter de nuit le cadavre , et allèrent lecacher dans un creux de rocher , tout couvert d'épines et de broussailles. Non loin de ce lieu sauvage y il y avait plusieurs de ces châteaux qui servaient aux hostilités intestines que les seigneurs allemands , érigés en autant de souverains , exerçaient sans eease les lUis contre les autres. Du haut de ces forteresses , les sentinelles virent pendant plusieurs nuits une vive lumière étinceler au-dessus de la caverne qui recelait le cadavre, La continuité de cepbénomène les y conduisit enfin. Ils en tirèrent le mort ; ils le transportèrent à l'auditoire de la jnslice la plus proche, qui était celle de Bacharac , et le bruit s'en répanditdans tout le canton ; la ser^^ note qui avait déjà parlé , vint confirmer son téinoigoage. Verner fut enterré dans une chapelle voisme , où il se fit un grand concours dé peuple etplusieurs miracles , suivant cette foule de témoins. On arrêta ensuite le rahhin de Vésel.
Il est vrai que l'empereur Rodolfe le fit mettre Va liberté , condamna les habitans de Yésel à une arosse amende, et obligea l'archevêque de Mayence i publier en chaire que les chrétiens accusaient bussement les Juifs ; mais , d'un autre côté , ceux.^ d avaient promis au prince vingt mille marcs d'ar^ gent ; et tandis que l'archevêque prêchait , plus de cinq cents d'entr'eux assistaient en armes pour intimider les fidèles (iV Le goût des croisades s'affaiblissait de jour en
(1) Bott, ibid. p. 503.
ia4 H I s T O I R K
jour dans toutes Ips nations. Le pape Nicolas ayi proposé au roi de France de prendre laTerre-Saii BOUS sa protection , Philippe , de l'avisde son c seit , refusa cette commission , tout honori qu'elle paraissait. Ce pape néanmoins , dès le jnencement de son pontificat , avait rcçudegrai espérances pour le recouvrement des saints liei sur les oliies de service (|ue lui étaient venus i" à ce sujet des ambassadeurs d'Argou , kan des tares-Mogols.
Ce prince avait été substitué àson oncle Ahi qui s'était attiré la baine de sa nation en se fai musulman. Argou au contraire ne témoij^ l'aversion pour l'i^^lamisme , et fut très-favoi aux chrétiens : disposition qui persévéra parmi Mogols , long-temps même après qu'ils eurent à la contagion du maliométisme , presque uni' selle en Asie. Pour Argou-can ses ambassad assurèrent le pape Nicolas , qu'il promettai changer le temple de la Mecque en église , et l faire baptiser à Jérusalem , après avoir déi celte ville de la domination des inlîdèles. On ni cncoreaucun fruit de ces projets.
Tout tendait à la ruine irréparable de la sance chrétienne en Palestine. Henri II, i Chypre , issu en ligne masculine des comte» Poitou, s'était prévalu de la révolte des Sicilî contre le duc d'Anjou , pour se faire couronner de Jérusalem. Dès la seconde année de ce nouTi règne, le sultan d'Egypte Kélaoun-Malec , aul ment Saïfeddin , après avoir dissipé près d'Ëmi l'armée des TartareSjViiitavec audace mettre lesî devanllaforte place de Tripoli , que le grand din lui-même n'avait osé attaquer. La ville fut d'assaut , rase'e et brûlée (i). Alors périt sans TfSr source ranclenuc Tripoli , prèsde laquelle le sultan fit bâtir , quelque temps après , la ville qui porte le même nom. llconclut néanmoins une trêve avec
DE l' E G L I 8 E. ta5.
le roi Henri y qui demeura œattre d'Acre et de quelques autres places dans le continent d'Asie.
Depuis ce traité , arrivèrent à Acre environ seize cents croisés , qui se disaient envoyés par le pape. Mais il n'y avait plus ni subordination ni concorde dans une ville qui regorgeait d'Uabitans étrangers les uns aux autres, et réfugiés sans ordre et sans discipline danscette place d'armes , presque la seule ui restât aux chrétiens dans ces contrées. Le roi e Chypre et de Jéruralem , le prince d'Ântioche j les comtes de Tyr et de Tripoli , les templiers et les hospitaliers y les croisés entretenus nar les souverains divers de l'Europe, tous y faisaient leur séjour , et avaient leurs tribunaux , au nombre de dix*sept, dont chacun prétendait à l'indépendance(i). Dans cette confusion , les croisés arrivés en dernier lieu ne voulurent point observer la trêve , alléguant qu'ils n'y avaient pointciidepart , et que suivant une coutume immémoriale on n'était pas obligé à garder ces sortes de conventions avec les infidèles , quand quelqu'un des principaux souverains de l'Occident jugeait à propos ue les rompre. Ils sortirent fièrement de la ville, enseignes déployées, firent le ravage aux environs, et massacrèrent les habitans de plusieurs villages. Le sultan , après quelques plaintes auTcquelles on ne satisfit point , partit avec une armée formidable , résolu à exterminer tout ce qui restait de Latins en Syrie. Il mourut en route ; mais avant d'expirer, il commandos à son fils Kalil-Âscraf de ne point enterrer •on corps qu'il n'eût réduit Acre.
Dans le commencement du mois d'Avril 1391 , le nouveau sultan investit le malheureuse Ptolér maïde, avec centcinquantemillehommeset soixante mille chevaux. Le 18 de Mai suivant, après environ cinq semaines de sié^e , il emporta la ville d'assaut. La plupart des chrétiens se retirèrent par la mer^
(i) Ma. Viot. u. 974. Viilttju. 1. 8, c. i38. S. Aalon, hiiirt t. ai, p. a3i.
Histoire (jii'ils avaient libre. Le roi Henri , à la faveur de» leiièl)res , s'enfuit tionteiisement avec le secours, qu'il avait amené de Chypre et trois mille autre» conibattans (i). Nicolas, dernier patriarche latia-' de JéiTisalem , se noya , en recevant par charttd tant de monde dans sa chaloupe , qu'elle coula à fond (a). Les templiers et les clievaliers teu toniques se caulonnèrenl dans la maison du Temple , d'oè ils se défendirent encore quelque temps. Sélanten* 1 fin rendus à composition , ils furent tous êgorgâ'j ou jetés dans les chaînes , sans égard au ti-aité. Lei j infulètes firent main-basse généralement sur lel | chrétiens qui se présentèrent d'abord devant eux , i et traînèrent tous les autres en captivité. l\ y en eut i soixante milleainsi massacrés Qu faits esclaves , no*' nobstant le grand nombre de ceux qui s'étaienlC échappés par mer , et qui se réfugièrent la plupart, dans l'île de Chypre. La ville , remplie de richesse* immenses depuis qu'elle était devenue le centre dé tout le commerce du Levant avec l'Occident, fak nbandonnceau pillage; puis on en abattit les mursi^ tes tours , les églises , toutes les maisons , et l'on^F mit le feu en quatre endroits diliëreus.
1\ y avait à Ptolémaïde un monastère de reli' gieuses de sainte Claire , dont la ctiasteté héroïqtili ne doit pas être passée sous silence. Aussitôt (jud l'abbesse eut appris que les Mahométans étaient dans la ville , elle assembla le chapitre , et dit auS sœurs : Faites , mes filles , ce que vous me verre» | faire , et ne balançons point à défigurer celte chail corruptible , afin de nousconserver pures au diïiS époux. A ces mots , tirant un rasoir , elle se coup le nez , et s'applaudit de voir tous ses traits ellace pai- le fer et le sang. Toutes les religieuses , à sM exemple , semblèrent se disputer à qui se rendrail plus liideuse et se déchi quêterait le visage d'uQ» manière plus horrible. Ce trait inoui d'iiérotsml
1(i) N.iug. Cliron. an. 1290. ] (1) Papebr. t. siv, prxliM'l
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A^etnit pas consomme , que l(?s (Mnhométans entrèrent répëeà la main. D'abord ils reculèrent (rhor* reur ; ils s'élancent ensuite sur ces victimes à demi immolées , et les mettent à. mort jusqu'à la dernière. Les frères mineurs du couvent aÂcre furent mas-* sacrésavec une pareille fureur (i)^
Le jour même de la réduction de Ptolémaïde , les habitans chrétiens de Tyr abandonnèrent leur ville sans combat , et se sauvèrent avec leurs navires (3). Ceux de Barut se rendirent j sans avoir fait plus de résistance. En peu de temps , Katil acheva la conquête de tout ce qui restait de place» aux Francs dons la Syrie , et leur fit quitter sang retour toute Télendue de ces provinces. Tel fut la fruit de tant d'or et de sang prodigué depuis deux siècles.
Quand le pape Nicolas eut reçu de si tristes nouvelles , il expédia dans tous les pays chrétiens , des bulles , où II épuisa toute la rhétorique du temps ^ pour présenter ce malheur d'ime manière pathcii^ que , et porter toutes les puissances à le réparer. Il écrivit morne , hors de son obédience , auxempereui^ de ConstHntino[)leet de Trébizonde , aux roi* d'Arménie , d'fbérie et de Géorgie, aux kan dea Tartares-Mo&;ols et à un de ses 61s qui avait pris le nom de Nicolas en se faisant baptiser. Mais le prince lartare n'avait reçu le baptême qu'à la persua* sion de sa mère , chrétienne zélée , et nommée Eroc- Caton : lorsqu'elle eut Us* yeux fermés , il se fit musulman , et prit le nom <le Gaiateddin. Entre les princes d'Occident , reni|>ereur KodoHe dontui an pape quelques momens d une espérance bien fondée , et parut enfin vouloir sincèrement accomplir son ancum vœu pour le secours de la Terre-Sainte ; mais TefTet de cette dévotion tardive futempécho par la mort de ce prince, qui arriva dans ces entrefaites. Il eut pour successeur Adolfe , fils de Va-
(i)S. Antonin,t. ni, p. 783. i (2) Sauul. p. u3i , 'i3a. iVuditi^j. uu. l'^i^i ; u. i. I
leran , comle de Nassau. Nicolas IV mourut luimême le 4 tlAvril 1293 ; avec lui s'évanouirent tous les projets de croisades.
Le saint siège éprouva une vacance de deux ans et trois mois, pendant la{juelle les cardinaux s'occupèrent d'intrigues et de négociations plus qu'infructueuses. La mort imprévue du frère de I'uq d'enti'eiix , qui à ce terme fut tué d'une chute de cheval , leur Cl faire des réflexions plus apostoli' ques (i). A quoi pensons-nous , dit Bouccamacej cardinal-évêcjue de Tusculnm , de laisser si longtemps l'énlise sans chef ? Qu'attendons-nous pour mettre Gu à nos divisions ? Il a été révélé à un saint homme , ajouta le cardinal latin , que si nous n'élisons un pape dans peu , la colère du ciel éclatera d'une manière terrible. Le cardinal Cai'etan, qui fut dans la suite le pape Boni face VIII, dit en souriant : N'esl-ce pas frère Pierre de Mouron à qiii le ciel s'est déclaré ? C'est lui-même , réponoit gravement le cardinal latin , et la sainteté de sa vie mérite qu'on l'écoute. Là-dessus les cardinaux se répandirent à l'envi sur ce qui leur était revenu de ce saint solitaire , de ses austérités, de ses différentes vertus, et même de ses miracles. En pende momens les esprits se trouvèrent tellement disposés, que tous les suffrages se réunirent en sa faveur.
Le décret d'élection fut expédié sans délai, savoir, le 5 Juillet 1594 , puis porté près de Sulmoneà la cellule de Pierre , par un cardinal , trois évèques et deux notaires du saint siège. Le saint homme ne poiivai l croire ce qu'on lui annonçait ; et quoiqu'il vît les députés prosternés à ses pieds , il eût encore douté que leur démarche fût sérieuse , s'ils ne lui eussent remis le décret authentique de son élection. 11 fit moins de résistance qu'on ne l'appréhendait: après s'être mis en oraison avec les députés , pour consulter le Seigneur , il dit avec simjdicité , quoîqu'en gémissant : Je ne résisterai point à la vulonts
(i)BoU. t.xv,p. 449.
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ie Dieu ; je me soumets au choix de Véglise , à qui /e crains de manquer dans son besoin. II se rendit ensnite à Aquiia , ville encore peu considérable , qui n'avait été bâtie qu'environ quarante ans auparavant par l'empereur Frédéric II. Tout le monde accourait pour voir le souverain pontife, monté «ir un âne et pauvrement vêtu, atténué de jeûnes, la barbe bérissée, et les yeux enflés des larmes que 'ion élévation ne cessait de lui faire répancfre. Il
* futsacré dans cette ville, 64; prit le nom deCélestin y» Bientôt il parut que le ciel ne justifie pas toujours par les effets , les présomptions fondées sur le concours des circon^ances qui annoncent le plus Îlausiblement son choix. Le SeigneUr voulut sa^s ioute donner à son église , dans l'abdication libre du jx>ntificat, un exemple d&détachement qu'on n'avait; point vu avant Cèles tin, et qu'on ne vit plus depuis. Ce nouveau pontife^ parvenu dans la solitude à Tâge de soixante-douze ans, sans usage, sans étude , ^)etàla timidité et aux irrésolutions ordinaires à un sens droit qui se sent dépourvu de connaissances
y jetdlexpérience, abandonné comme nécessairement Jux impressions de l'intrigue et de la flatterie dé- ..guisée ^ et d'autant plus facilement trompé, que la crainte de l'être le faisait plus souvent agir au luisard; le nouveau pape , ainsi abandonné à luimême, ou plutôt ne jouissant plus de soi , et asservi
, sans le savoir aux personnes et aux passions élran- ^ères , cc/mmit plusieurs fautes inévitables dans \m ,ranff et des conjonctures si critiques , et fit en pat-
. tîculier bien des mauvais choi:ijL pour des prélatures
.importantes. Ce qu'on trouve ae plus mémorable dans son pontificat, fut le renouvellement du décret porté par Grégoire X ppur le conclave , avec la
.confirmation des religieux de son institut , qu'oa nomma Célestîns. Il leur prodigua les privilèges de tons les autres ordres avec tant de facilité, que Içs
Sapes suivans ont cru devoir les restreindre par iverses constitutions.
Après environ cinq mois de pontificat, sa cons- 7'ome VIL I
î3b II I s t o I r b
cience timorée , jointe à son attrait pour fa soîi'tnde, le fit trembler sur Ions ces périls. Ilelas ? s'écriait-il en pleurant, Dieu ne m'a-l-il élevé que pour me précipiter de plus haut?Que je me trouve éloigné de la perfect:on dont je pensais autrefois approcher ! J'ai, dit-on, lout pouvoir sur les âmes: ne puis-je donc pas assurer le salut de !a mienne, et me décharger des embarras qui lui font perdre la Tertu et tout repos ? Après y avoir prnse qnelcjne temps , et pris encore des conseils intéresses , auxquels son successeur immédiat fut soupçonné d'avoir eu beaucoup de pijrt , il prononça, et qu'ua pape peut renoncer à sa dignité , et que ies cardinaux peuvent accepter sa résignation , fit sur le champ la sienne, et repiit ses pauvres habits d'hermile : ce que les cardinau|( ne purent voir sans verser des larmes plus ou moins sincères. Après dii jours d'intervalle, suivant la règle, on s'assembla de nouveau. en conclave; et le vingt-quatrième Décembre iap4(')ï Benoît Caïetan, cardinal-prêtre du titre de Saint-Silvesire et Saint-Martin , fut éld à la pluralité des voix, et prit le nom de Boniface vlll. Dès le vingt-septième, Boniface , de l'avis du sacré collège , révoqua les grâces extorquées à l'inexpérience de Célestin ; et, de peur que parla suite on n'abusât plus dangereusement encore des» simplicité ou de sa délicatesse de conscience , pour lui mettre en tête qu'il n'avait pu abdiquer légitimement, il prit, pour surveiller ses démarcnes, des précautions qui parurent tjranniques , et qui toutefoisse trouvèren t encore insuffisantes. Cclestint gardé à vue, s'échappa de nuit avec un seul religieux. , dans le dessein de se retirer à sa solitude (te Suimone. Le nouveau pape fit courir avec atarine après lui : les émissaires atlciguir:nt le fugitif, qu'ils reconnurent, quoique déguisé, rurrêtèrent avec de grandes démonstrations de respect néanmoins , et le ramenèrent à Boniface qui le recul
Ibnoralifement, et lui assigna pour demeure ou pour honnête prison , le ciiâteau de Fumone en umpanie. Au bout de dix mois, Célestin y mourut dans une réputation de sainteté qvie Téglise a confinnée en lui décernant un culte public (i).
Boniface VIII ne fut pas long-temjfs en place lans faire connaître son génie entreprenant, im-
Îérieux , d'une intréiDidité qxre n'arrêtaient ni led ifficultés y ni les périls , circonspect toutefois dang les conimencemens d'une affaire, et avant que lest contradictions eussent ému à un certain point son impétuosité et sa bauteur , mais incapaole après ecla d'ouvrir les yeux sur les suites d'une fausse démarche ; enfin d'un tel sang-froid dans les plus étranges extrémités , qu'il parait avoir eu quelque sorte de bonne foi dans les excès qui en sont le noiiu susceptibles^ Il porta d'abord sa rigueur outrée sur le royaume de Danemarck, Le roi Eric VIII, pour venger la mort de son père Eric VII , en avait fait mourir l'assassin , neveu de l'archevêque ép. Lunden , et ce prélat fut emprisonné lui-même en qualité de complice ; lé pape excommunia le roi , le condamna à quarante-neuf mille marcs d'argent envers l'archevêque qui s'était échappé ((e sa prison, et mit tout le royaume en interdît (2).
La même année , première de son pontificat , il ^ri^ea en évêché l'abbaye des chanoines réguliers de ramiers, fondée environ quatre cents ans auparavant en rhonnenr d'un saint Ântonin., martyr , i|u'on présume être celui d'Apaméeen Syrie, sur ceqoe Pamiers en latin se nomme Apamée. On ne £aiitdansla bulle aucune mention du consentement de févéqtie diocésain , qui était celui de Toulouse, f ttidu métropolitain l'archevêque de Narbonne , ni \ du roi, àq^ui même l'abbé qui devenait évêqirc , M^voir , Bernard du Saisset , n'était rien moins
(0 Boll. t. XV ; pag. 4^2 , 1 (7) Raîn. an. 1295 , n. 5o» etc. , IPoptan. p. 38o , etc.
K 1:S,T O I R E qu'agréablp. On ne voit pas cependant qne le monarque ait réclamé contre celte entreprise, dont les accessoires plus que la cliose furent l'étincelle qui alliinia pni' la suite un si furieux incendie.
L année suivante, nouvelle entreprise de Boniface, qui pariine bulle expresse ordonna (rauli>rité une trêve entre l'empeieur Adolfe , Philippe , roi de France , et Edouard , roi d'Angleterre. Cea trois princes nécrosant pas devoir abandonner au pape l'administration temporelle de leurs états, et faisant des impositions tant sur le clergé que surle peuple pour subvenir aux frais de la guerre , Bonifuce donna la constitution fameuse qui commence par ces mots , Clericis laïcos , et qui fît entrevoir dès-lors toute l'étendue de ses prétentions. Elle défend, nonobstant tout privilège, soub peine d'excommunication réservée au souverain pontife lui seul , à tons prélats et eccle'siastiques séculiers ou réguliers , de rien paver aux laïques des impositions faites à quelque titre que ce soit sans l'aulorilc du saint siège; et à tous rois, princes, magistrats elautres , de faire ces imposition» de biens ecclésiastiques , de les exiger , et de donner aide au conseil pour ce sujet.
Philippe le Bel , qui avait besoin d'argent poiip sotitenir la guerre tout à la fois contre fempereur, le roi d'Angleterre et le comte de Klandres , et qui ne doutait pas de la prédilection dn pape pour ces—
S rinces , se tint particulièrement olFensé de cetteéfense , quoique générale. De son côté , il défendit aussi généralement de transporter hors du. royaume , sans sa permission par écrit , or et argent monnoyé ou en masse, joyaux, pierreries,.' armes, chevaux , vivres et autres choses néces-» saires à la guerre. Le pape sentit le coup , et s'en, plaignit comme d'une atteinte portée à la gloire et à la liberté de réf;lise. 11 écrivit plusieurs îet-. très (i) , il envoya des légats , il exjiliqua sa bulle