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Clericis laïcos , il reconnut que dans les besoins de ietat le clergé devait qontribuer de ses biens ,. et çue le roi pouvait demander et recevoir, sans mémfi consulter le saint siège. Eufln il déclara qu'il n'avait euinlçntion de choquer en rien les libertés et les coutumes du royaume , ni les droits du roi et des seigneurs ; d'où il s'ensuivait assez clairement que cette bulle n'avait point d'elFet pour la France. Philippe s'expliqua aussi avec modération, maisavec .non moinsde dignité(i).Ilprolestadevantles légats du pape , que dans l'ordredu salut , il étart endisppsition de se conformer aux décrets et aux avis du chef de l'église ; mais que le gouvernement temporel de son royaume n'appartenait qu'à lui roi , à l'exclusion de qui que ce pût être ; qu'il Davait et ne reconnaissait sur la terre aucun supérieur à cet égard , et qu'il élait résolu à défendre ce droit inaliénable, sans pouvoir être arrêté par aucun obstacle. Du reste , joignant les procédés Itonnétes à cette fermeté, il suspendit l'effet des Ordonnances qu'il avait rendues contre le cominerce des étrangers , et contre le transport de * argent à Rome , ce qui avait principalement offensé Boni fa ce. •
La canonisation de saint Louis , qui se fît dans ces entrefaites, acheva de rétablir pour le moment «harmonie entre le pape et le roi , ou plutôt d'assoupir le feu qui dormit quelque temps sous la cendre, mais qui n'en produisit après ce calme trompeur qu'un incendie plus terrible. La bulle de canonisation du saint roi est un éloge magnifique «t très-étendu , fondé , comme elle s'exprime (2) , «urune certitude entière de la pureté de ses moeurs, delà réfiulàrité et de l'austérité de sa vie , de son Amour pour la justice 9 de son zèle généreux pour le progrès de la foi , de sa charité envers les pauvres , les infirmes , les gens sans appui , les mal-, benreux de toute espèce et de toute nation, en
(i) Preuv. p. 17. (2) Bullar. Bonif, VIII > c. 6v
lin mot, de tontps ses vertus chrétÏPnTieJ . rovales , iH'roïcjiies. On avail reçu à ce sujet la dépo» silion sous serment de plus de trois cents tejiioins , et l'on avait vérifié jusqu'à suixaiUe-trois miracles.
Peu après cette canonisation, faite en lajjij, mourut un autre saint Louis , pelit-neveu du premier , et qui fut canonisé à son tour , au bout de vin^l ans , par le pape Jean XXll. Il clait petitfils de Chartes d'Anjou , et (ils de Charles II, dit le Boiteux', roi de ISaples(i). II commença , dèsl'àtje de quatorze ans , à se sanctifier en Cuiulogne , où , pour délivrer son père , il avait été donne en otage au roi d'Aragon. On ne remarquait passeulemeiit an lui beaucoup d'attrait pour la plicre , pour les snintes lecUires et pour la fréquentation des sacreinens, une douceur et une modestie angélique , run délicatesse de pureté qu'une parole libre faisait fiémir ; mais il montra des-Ioi-s une force de couni^c et de, vertu qui alla jusqu'à se réjouir de son emprisoniieuierit, comme d'un mo^en précieux de i^attclilication. Les ennemis de sa famille en furent eux-iuêmes édifiés. Son frère aine, Cliarles-Marlel, ayant été reconnu roi d« la Hongrie, dont la possession réelle ne parvint cependant qu'à sou fils Cliarles-Robert ou Charohert , Louis (lui ne portait ses vues que sur le royaume céleste, céda celui de Naples à Robert son cadet (a), li avait déjà fait vœu d'embrasser t'iuinible et austèr» profession des frères mineurs, et il voulut l'accoinpHr avant de recevoir l'ordination épiscopale, q.uunil le pape Boniface l'obligea d'accepter levéelle de Toulouse, pour lequel il l'ordonna aussitôt nar dispense, à l'âge de vingt-trois ans. Par condescendance jiour ses augustes parens , et par le conseil du pape, d'abord il porta les habits é|)iscopaux par-dessus ceux de son ordre; mais bientôt il se montra nu-pieds , revêtu d'une tu-
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5 el so(j, (a) Riiin
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làjiie grossière t»t ceint d'une corde au milieu même de Rome , d'où il ne tai:da point à se rendre daDs son diocèse.
On s'empressa de toute part à lui déférer sur la route les honneurs dûs a sa naissance et à sa yertu ; mais il refusa jusqu'aux logemens quon lui avait préparés (i). Témoignant que la profession . religieuse n avait pas été en lui une cérémonie d'appareil , il descendait au couvent des frères mineurs , rejetait toute distinction , vivait et se confondait, absolument avec eux , jusqu'à laver, selon leur coutume , la vaisselle «près Je dîner. A Toulouse, dont l'église était fort riche, l'amour de la simplicité et de la modestie lui Qt transforiner le palais épiscopal en un humble couvent : il ne réserva d'argenterie que pour les étrangers , encore ord<3nna-t-ilen mourant qu'on la vendit au profit des pauvres. Après avoir pris une connais* sauce exacte des revep«is de Féveché, il en assigna Ja quatrième partie seulement à l'entretien de sa Hiaison , et appliqua tout le reste aux besoins de ^n peuple. Il nourrissait règlement vin^t-cinq pauvres par jour , leur lavait les pieds et les servait de ses propres mains. Toutes tes austérités de la règle <le saint François n'étaient qu'une médiocre partie de celles qu'il pratiqua constamment |iiS(fu'à la mort , et qui vraisemblablement la lui accélérèrent. Tout jeune qu'il était dans Fépiscopat, il en acquitta les charges difficiles avec une maturité et une habileté consommée , ne s'en rapportant k personne pour l'examen des moeurs et <le la capacité des clercs , dont son esprit juste et cultivé par d'excellentes études le rendait en effet le meilleur jtige. Mûr pour le ciel dès son entrée â répiscopat , il mourut presque aussitôt à Bri-r joole^ enFrovence^ ou il était allé pour des affaires pressantes. Il fut enterré à Marseille ,. chez les Irères mineurs , d'où lui yint le nom qu'on lui
il) Vading. 1397 , a. i.
Histoire donne assez sonvoiit de saint Louis de Marseill La bitlie de sa canonisation porte qui! ressusci Bis morls(i).
Le 25 Mai de cette même année 1298 , les he mites de saint Augustin élurent pour leur s rieur gênerai , le liienlieureux Augustin de Sicil qui par amour de l'obscurité avait ainsi chaa son nom de MaLtliieu de Thermes (a). Il était'
Ï)rincipal ministre de Mainfroi , qu ilaccompagni orsque ce prince périt à la bataille de Bénévei La crainte si bien fondée des suites de cette rér lotion fit disjiaraître Matthieu, que l'on crut a» du nombre des morts. Ayant été attaqué ensui d'une maladie violente, la mort, vue deux foisi si près , le pénétra d'une crainte si vive des jug mens de Dieu , qu il promit d'entrer en relîgrt s'il recouvrait la santé. Il-giiérit, et voulut entii dans l'ordre de saint Dominique. Il envoya d gens de confiance pour lui en amener deux rel gieux : mais celui qui n'accorde ses faveurs , d'u] manière exclusive, ni aux corps, ni aux particulie les plus renommés, permit que ces domestiques' méprissent 'jusqu'à trois fois , et amenassent toi jours des Augustins. Matthieu s'abandoonant celte divine conduite , découvrit son dessein ces derniers , sans faire conuaiUe sa personne prit leur habit , et se confondit parmi les demie des frères.
Pour se tenir , à ce qu'il espérait , plus suremei ignoré, il passa de Sicile en Toscane , avec la p mission de sls supérieurs, et choisit un couve]
2 ut était situé dans un lieu presque inliabit 'était par une voie si obscure que le ciel vonla élever cette vive lumière sur fe chandeliei maison choisie par Matthieu de Thermes avait u procès dont la perle , assez vraisemblabli entraîné la ruine de la communauté. Frère Âi]
DE t.' E G L I S E. iSy
gQSlIn ( ainsi Matthieu se nommait-il alors ) vo\aDt lous les frères dans la plus triste perplexité, et connaissant la justice incontestable de leurs prétentions, alla trouver secrètement leur procureur, çt lui demanda une plume et du papier. Le procureur lui en donna par plaisanterie , comme a ua ignorant qu'il ne croyait pas même savoir lire- Frère Augustin fit un. mémoire précis et triomphant , que Ton courut communiquer au procureur adverse. Il le lut , et dit : Celui qui a fait cette pièce est un ange , ou un diable , ou M.attliîea de Thermes avec qui j'ai étudié à Bologne , et qui est resté parmi les morts à la bataille de Bénévent. Il voulut voir l'auteur , le reconnut et l'embrassa en ïinondant de ses larmes. En vain rhinnble religieux le pria de ne point révéler son secret , le trocureur dit avec transport aux A' gusiins: Ce on frère a gagné votre cause ; vous avez dans lui Bn trésor caché ; c'est le plus excellent homme que je connaisse; c'est le seigneur Matthieu deTheruïes. • Cette découverte étant venue à la connaivssance du bienheureux Clément d'Ossimo , alors général de Tordre, il voulut voir cet illustre confrère à Sienne où il se trouvait , le conduisit à Rome , l'y fit ordonner prêtre, malgré sa résistance , et dressa avec lui les constitutions de l'ordre. Le pape enl suite lui donna la charge de pénitencier, qu'il exerça pendant vingt ans, au bout desquels il fut élu général d'une voix unanime, tout abseiit qu'il était. Il fallut que le pape Boniface le contraigrUt d'accepter cette dignité, qu'il exerça avec autant de capacité que d'édification ; mais il s'en démit après deux ans , quelques instances que lui fissent le$ frères pour l'engager à continuer. Il se relira aussitôt à l'hermitage de Saint-Léonard, au pays de Sienne , où neuf ans après il couronna par une sainte mort un long tissu de toutes sortes de bonnes ouvres.
Dans le même temps , l'ordre des hospitaliers de saint Antoine prit une forme et une splendeur
Histoire toute nonvelle. Il avait élé comme ébauché a viron deux cents ans aiiparavaiit,qiian(I lesreliqid (lu saint palriarclie de la vie monastique fuit transportées en France, et déposées dans un prieii de bénédictins au diocèse de Vienne. De piei gentilshommes y établirent alors nn bôpita) , etl consacrèrent au service des malades altacjués defl maladie qu'on nommait le feu sacré ,
quelle on réclamait avec un succès unique i'H tercession de saint Antoine. Cependant ils n'élaï^ pas engagés par les voeux ordinaires de relîgic quoiqu'ils eussent un supérieur nommé précepte ou maître , et qu'ils portassent un habit partîd lier, sur lequel on voyait la figure «les potew dont les estropiés s'aident pour marcher. Ils vint d»ng la suite, entre ces hospitaliers etl moines du prieuré , (fis dilférens qui furent potm au pape Boaîface. Comme cette pieuse associatij avait déjà des établissemeiis nombreux chez li part des nations, et que des fonctions charitaq lui avaient gagné l'affection publique , le : verain pontife l'érigea en oiure religieux (i)J lui donna pour chef-d'ordre , le prieuré des bai dictins , qu'il renvoya à l'abbaye de Mont-majai dont il dépendait. Il les mit, comme chanoifl réguliers , sous la règle de saint Augustin, en la conservant néanmoins leur habit accoutumé, le tau ou la potence. Tellefiit,en i ag'y , l'oriRi des religieux antonins, que nous avons vu . lariser en 1778. Leur premier abbé général i Etienne Aimon , et le dernier Jean-Marie îiavarre. Bouiface yill , attentif à tout , et doué de toute l'activité des génies de sa sorte, publia une collection nouvelle de décrétâtes , à la fin de l'année i2gd , en comptant selon la méthode ancienne qui commençai t f année à Pàque; et dans les commence^ mens de l'année 1299 , en comptant selon l'usage établi par Bouiface même , qui fît commencer l'an-
née à Noël , en quoi il fut imité de presque tous K9 mecesseurs dans le quatorzième siècle. Depuis il fiimeuse collection de Gratien , il y en a^it eu efnq antres faites par ordre de diHerens papes , 6t qui furent toutes réunies en un corps d'ouvrage , lous le pontificat de Grégoire IX , par les soins de saint Raimond de Pegnafort. Ainsi le recueil de Grégoire IX , le seul que Tusage ait paru autoriser, commence où finit celui de Gratien. La colleclioa de Boniface VIII servant de suite aux cinq précédentes, fut nommée pour cela Sexte des décrétâtes y o'est-à-dire , le sixième recueil des décrets pontificaux. Quoiqu'elle ait perdu beaucoup de son crédit en France par les procédés violens de son suteur, plusieurs de ses constitutions y fvirent acceptées nommément dans un concile tenu à Melun le ai Janvier de Tannée i3oi.
li^année précédente, dernière du treizième siècle, dès le premier jour de Janvier , il se fit inopinément un cMCOurs si prodigieux de peuple à saint Pierre de nome, qu'il semblait , disent les auteurs oonteoiporains (i), que la porte du cîel y fût ou'^ lerte à tout le monde. Ce mouvement général de d^otion était fondé sur le bruit qui se répandit tout à coup à Rome , que tous ceux qui visitaient dans l'année séculaire Féglise du prince des apô'>' Ires, gagnaient Tindulgence plénière de tous leurs péchés. Ce propos étant venu jusqu'aux oreilles 3a pape Boniface , il fit rechercher dans les mov numens divers de la tradition , sur quoi il pou^ tait être fondé ; mais on ne trouva rien de positif
Siai l'autorisât clairement. Cependant , parmi la ode des pèlerins, il aperçut du palais de La tran d'où il ^observait , un vieillard qui paraissait ex» trémement âgé , et qui avaiten enet cent sept ans. Il le fit approcher, et T interrogea, en présence de plusieui^ témoins appelés exprès. Je me soutiens , dit cet homme plus que centenaire , qu'à
(0 hHf Stepbanesç, Gard, ap^ Bain, an. i3qo, n. i , eto*
H I s T o I n E la fin (lu siôcle dernit-r, mou père r|iii b3l>it.iill campagne vint à Rome pour gagner l'indiilgenqf Il m'avei'lîl en mêrae temps, que si je paiveqj à la centième annce suivante , \e ne mancjua point à me procurer un avantage si merveille! Plusieurs autres Iialiens confirmèrent celle tr« tioii orale, ijui s'était répandiie jusqu'en Franj où deus vieillards du diocèse de Eeaiivais , plusq centenaires aussi l'un et l'autre , rendirent le ma témoignage. On entendit encore un Savoyard,! de plus décent ani , <jiii se souvenait d'avoir ass) à la cere'monie de la centième année précédeid et qui se fit porter à celle-ci par ses enfans.l concours y fut si grand , qu'au rapport de l'a torien Jean Villani (i) qui s'v trouva, il yi conliniiellement à Rome durant tout le couW J'année plus de deux cent mille pèlerins , sansLi rer les Romains naturels , m les étraugersH ëlaîent en route.
Le pape prit l'avis des cardinaux , et ûota^
Freraiere bulle qui ait établi le jubilé , c'est-à-cS indulgence plénière pour tous les fidèles qin s'élant rejienlis et confessés de letirs pécbe! teiaient pendant trente jours s'ils étaient de Rome, et pendant quinze s'ils étaient étrangers , les églises I des apÔLies saint Pierre et saint Paul. Les papetl réglèrent dans la suitfe , qu'on pourrait gagner cettB-1 indulgence dans son propre pays , en y faisantle» I stations et les autres œuvres prescrites. Clément V1 1 réduisit le terme de cent ans à cinquante , sur le ] modèle du jubilé des juifs, dont il n'est faitoidle ' mention dans la bulle du pape Boniface. Enfin le | pape Urbain VI, ayant égard à la faiblesse liumaine qui a besoin d'une indulgence plus fréquente, attacba cettte grâce à chaque vingt- cintjuièine année ; ce qui s'obser\^ encore de nos jours.
Aussitôl après l'année jubilaire , la paix clian- Celante qui avaitété rétablie quelques années au-