‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 19 sur 64 · L. MU · texte numérisé non relu

L. MU

DE l' Eglise. i4i

paravant entre Boniface et Philippe le Bel , finît par une rupture d'autant plus éclatante, qu'on s'était contraint plus long-temps. Boniface qui parut, comme tous les hommes impérieux, ignorer Tart des ménai];emens et des écards les plus raisonnables , maigre toute la pénétration ciesOn esprit, se méprit encore sur le caraclère du roi Philippe, dont il attribua quelques traits de réserve ou de dissimulation à la crainte et à la faiblesse. Comme s'il eût voulu l'olfenser de gaieté de cœur , ou faire l'essai de tout ce qu'il pourrait oser par la suite , il lui envoya pour légat ce même Bernard de Saisset qu'il avait institué avec tant de hauteur évôquede Pamiers, et qui se comporta , de son côté, à la cour de Francet^n insolent sûr d'être protégé. Le ape ne fut pas long- temps à reconnaître toute l'éévation , la fermeté et la fierté même de i'ame da roi. Bernard de Saisset avait des torts plus graves que ses propos et ses procédés insolens. Il fut accusé de crimes de lèse-majesté, spécialement d'avoir tenté de soustraire à l'obéissance du roi le comté de Toulouse, te monarque fit informer de ces forfaitures, qui furent prouvées juridiquement; et sur l'avis des grands du royaume , assemblés avec plusieurs docteurs ecclésiastiques et laïques , Tévêqué de Pamiers fut arrêté, puis remis eutre les mains del'archevêque de Toulouse, pour qu'il lui fitson procès jusqu'à la dégradation^ et que le roi le punît ensuite comme il le méritait.

Afin de persuader au pape de ne point mettre d'obstacles à cette résolution, oti plutôt pour lui faire entendre qu'il n'en susciterait que d'inutiles, Philippe lui envoya Pierre Flotte de Revel , magistrat et militaire tout ensemble , tels qu'étaient alors les membres des parlemens, qui , à quelques égards, avaient succédé aux anciennes assemblées delà nation. La vîgqeur toute militaire de cet envoyé ne parut guère propre qu'à tenir tête à la fierté de Boniface. Ce pape lui ayant dit un jour d'un ton de hauteur : Sachez que j'ai la puissance

temporelle aiissî-bien qvie la spirituelle sar votn t'oietsurson royaume; Flotle lui reponilil : Sninj père , vos armes ne font que du bruit , au lieu (]Uf celles du roi mon maître ron l des plaies sanglantes, et donnent la mort (i). Mais ce qui est bien oa. pose à la loyauté et à la noble franchise de nos jiiges cbevaiiers, l'art de semer la zi;iante , legnftt du mensonge, l'infidélité à porter et à rapporlcf les paroles sacrées des souverains dont ils sont let organes ; ce sont là autant de taclies que plusieurs critiques impriment à la mémoire de Pierre àt Revel , d'après les déclarations autbenliques d« cardinaux en corps (a). Quelques autres écrivains ont mieuït aimé soupçonner cette auguste compagnie d'avoir altéré la vérité pOLir ^i^tiûer le paft Boniface. Le détail de ces particularités n'est pas assez intéressant pour approfondir cetlediscussron. Plût à Dieu que nous pussions au contraire ense- ■velir dans un oubli éternel la substance même de ce démêlé scandaleux , avec toutes ses odieuses circonstances ! Sans écJaircir tous Ips détails et toute» les particularités , il ne reste que trop de faits incontestables, pour faire gémir tout vrai fidèle.

Quelque irrité que fûtle pape , il écrivit d'abord ou roi une lettre de prière et d'esliortalion , pour obtenir la liberté de Vévèque dePainiers. Le méine jour , 5." Décembre de cette année i3oi , il lui en e'crivit une autre, d'un stjle tout différent, par laquelle il suspendait Vusa^e des privilégesaccordés à nos rois (j). Le même jour encore , preii« bien triste et bien sensible de la pétulence de lii>" niface , il expédia la bnlle fameuse qui commence par ces mots , Ausculta fili , et qui enchérit siii" Il rigueur amère de la précédente (4). Après aïoir averti PUilippe d'écouter avec docilité : Dieu nous a établi , lui dil-ii , sur les rois et les royaumes i

(i) VUlan. lib. viu , c 63. r (2) Kep. dea Ciir<Uii. m* Ttloml. ï, dec. 9. Baillel , Seigii. t'ranL-. Diiï. p. 63- UëinèltS.p. 117. Lj; fi •"■■ "1- t3oi,ii.3».

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ponr arracher , détruire, penlie et dissiper, pour édifier et planter. Ne vous laissez donc pas persuader que vous n'ayez point de supérieui' , et que vous ne soyez pas soumis au chef de la hiérarchie. * Qui a celle imagination , est un insensé ; et qui la soutient , est nn infidèle. L'ardenl pontife s'ecarlanteusuite de son ob^et capital , recueille tous les sujets de reproche qu'il croitavoir à faire au roi , non-seulement par rapport aux intérêts dei'éi^lise, mais pour le giiuverneinent purement temporel du royaume. Il va jusqu'à lui reprocher quelque altération dans la monnaie, et il lose accuser de tyrannie , tant à l'égard du peuple et de la noblesse , que des ecclésiastiques. H le cite après â un concile de Rome , où il lui annonce qu il a convoqué tous les prélats et les docteurs français, à qui en effet il adressa des lettres de convocation , datée» encore du jour si fécond en bulles et en témoignages d'aigreur , savoir , le 5 Décembre i3oi.

Jacques des Normands , archidiacre de Narbonne et nonce apostolique , fut envoyé de Home

riour présenter cette bulle olFensante au roi Phiippe. On prétend qu'il était chargé d'autres lettres encore |>lus outrageantes. Au moins est-il sûr , selon Villani (i) , qu'il somma verbalement le dkk narque de reconnailre qu'il tenaitdu pape, comme les autres souverains, la puissance temporelle de son royaume ; ajoutant que si ie roi refu'iait do faire cet aveu, il avait mtlie de l'excommunier , et de jeter l'interdit sur la France. Lu première irise causa une vive inquiétude à Philippe , qu{, larti de convoquer les troîf.

ranl bientôt à laf e , le II Févrifl' iet de toutes Jm kuvnientà i^rif, persesa/ara tBo!ii%

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mpsnrcp; après quoi, il renvoya sous bonne escorte îiis(|ii',iiiY exlreiiiilés du rovaume , et le nonce , el revêque (le Pamiers, avec défense à tous les deux d'y renlier situ s sa nerraission , et ordre aux gouverneurs des frontières d'en garder soigneusement les avenues, aiin (ju'i! n'y rentrât plus ni nonces, ni huiles. Les historiens ajoutent que ces démarches furent suivies de lettres et de propos respectifs si indignes de la dignité ponlificale et royale, qu'ils sont à peine vraisemblables, mais que l'animosité réciproque ne fait que trop raisonnablement regarder comme vrais.

, 1,'assemblée ou parlement, comme on s'exprimait alurs , se tint dès le dixième jour d'Avril. Le roii»ant proposé ses griefs , dont la .plupart étaient déjà devenus publics , demanda spécialement ce qu'on jugeait de la prétention principale du pape, et de qui l'on pensait que relevât , quant au temporel, la couronne de France. Le cri fut unanime eh faveur de l'indépendance du monarque. Les prélats, comme les autres ordres , après avoir tenté sans succès d'excuser en partie le pape , ou

Slutôt de diminuer l'aigreur des esprits , répon-. irenl avec zèle (i) : Nous souimos obligés de dé-i fcndi'e la personne et la famille du roi , les droit* et les libertés de la couronne , non-seulement àe raison des fiefs que plusieurs d'entre nous (icnneni: du monarque , mais par la Cdélilé qui nous atlacbe indispensiiblement a lui. Tous les assistans , sans exception , proteslèrent qu ils étaient prêts à sacrifier leurs biens et leurs vies pour une si belle cause. Le roi , de son côté, assura qu'il était dans la disposition d'e\|>oser à tous les périls (ta vie et celle de ses enfans , pour soutenir l'Iionneiir de sa couronne et de son peuple. El se tournant vers ces jeunes princes : Je vous désavouerais, leur ditil , pour mon sang , si vous conveniez que le scep«. tre français dépendit dauCuii aiili'e que de Diea

(i)Hist..U.(Uff.r. p. .>,etc.

eeui.'

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seul. En conséquence de ces maximes , il fut arrête que les prélats n'iraient point à un concile où le pape prétendait ordonner de Tadministration temporelle du royaume.

A cette nouvelle , la cour de Rome frémît d'effroi , et celle de France ne fut pas sans inquiétude. On en vint aux négociations , que conseillèrent toutes les personnes d'une conscience délicate, vivement alarmées du péril qui menaçait l'unité catholique. Le roi permit aux évêques d'Auxerre , de Noyon, de Cou tancé et de Beziers de se transporter à Rome (1). Le pape entreprix de justifier en leur présence la bulle Ausculta fili par cette explication : Nous reconnaissons qu il y a deux puissances établies de Dieu, et. nous protestons que notre dessein ne fut jamais d'usurper la juridiction du ro'i ; mais le roi de son côté , ne saurait disconvenir qu'il ne nous soit soumis à raison dii péché. C'était reconnaître, à la vérité, que la France ne dépendait pas du saint siège en qualité de fief, ou que le souverain pontife ne prétendait pas s'y arroger le domaine direct sur le temporel : mais

)ar-là aussi il s'y réservait cequ'on a depuis nommé .

e domaine ou pouvoir indirect, et qui revienx 'À peu près au même dans la pratique , puisqu'il ré-, «ervait le droit de corriger généralement toutes léè fautes des souverains , sans excepter aucune de celles qu'ilscommettraîent dans l'administration de leurs états , de les punir pour ce sujet par l'excommunication , et même par la déposition. Ainsi Boniface VIII allait plus loin qu'Innocent III luimême , qui ne s'était prévalu de ce prétexte à raison du péché , que pour les dîfFérens de souverain à souverain , et non pas pour les fautes dcà souverains à l'égard de leurs sujets.

Il y avait trop d'éloignement entre ces prétentions opposées , et sur-tout trop d'animosité entre ceux qui les formaient , pour pouvoir se rappro-

(?) Marca. <le Concord. l. 4 ? c« 16.

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