‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 21 sur 64 · Tome Fil. L · texte numérisé non relu

Tome Fil. L

163 II I s T a ! n E

vent pas lellement nous imposer, fpi'au moms cT^nf les faits éloignes de l'ordre commun , nous np (Je-, Tions o!)server avec iliscei-nempnt , ei la source d'où ils les ont tirés, et les antre? monumens qui peit^ ■vent avoir éclioppc â leur précipitation on â leur prévention. Sur l'artiqle dont il s'aijit , on trotiye jusqu'à cinqliisloriens deClémeut V , el plusieurs autres anciens auleiirs qui nfe 5ont,rien moins que ses panégvrisles, cl qui, loin (le nous garantir I liisloriettede Villani , nnnsiloiinent au co!>traire Vc-, iection deClémenl , ainsi que la prcspnic la bulle, des cardinaux électeurs , comme une opcrji'ion tonte simple et faitedans les formes jiccoiituiiiées. ' Il arriva néanmoins , au rouionnfment de ce pape , un accident cttraordinaire qui en fit, tirer des augures sinistres. En passant (e long d'un vieux mur, qui s'écroula Sous la multitude dcç spec-' taleurs dont it était sui'rh.^rgé , le pontife courut

risque de la vie avec le roi Pliitippe'qui laccom-

Sagnait dans la marche. Ciiarles de ^ alois , frère u monarque , fiitbtesse , el le iltic de Bretagne fut

tué avec douze autres personnes. Le pape avant clé renversé Je clieval , el la couronne élant tombée de sa tête , le peuple ne manqua pas de donner carrière à son imaginatix)n ; mais cette interprélation méprisable n'a de commun avec l'Iiisloire de "Villani , que la malignité ou l'inconsidéraiion , qui furent le principe de l'une et de l'anHe.

Comme le nouveau pane , au. lieu d'aller à Rome après avoir reçu sa bulle d'élection , manda les cardinanii en Fiance pour la cérémonie de son <rouronneiJu«nt, Rosso des Ursins, do\en du sacré collège, pénétra aussitôt la disposition où était Clémentde Gxerson séjour dans ce royaume. Vous en êtes venus à vos fins, dil-il au cardinal de Prato, qui avait beaucoup influé dans l'élection tiu pontife. Bientôt sans doute nous verrons te Uliône ; mais si je connais bien les Gascons, de long-temps le Tibre ne revei-ra les papes.

Soit -pQur préparer; les esprits à un projet sî

DE l'Egî^ISB. îGa

extraordinaire^ soit par la nécessite ctes afTaire* délicates qui demandaient en France la présence du nauv€au paj)e , durant les quatre années qui s'écoulèrent ae|)uis le com.niencenienl de èon pon-^ tificat jusqu'à rétablissement de sa résidence à Avignon , il parcourut presque sans inleî-rnpiion les différentes provinces du royaume, en expédiant néanmoins une multitude d'affaires avec j activité et la dextérité qu'.on admira particulièrement eïi lui (i). Un de ses .premiers isoins fut d'affranchir son ancienile église de Bordeaux de la juridictioa des archevêques de Bourges , qui prétendaient les droits de pritnatie sur ce siège comme sur toute T'Aquitàine. Il fît ensuite une promotion qui jusliiiv le jugement du cardinal des Ursins , sur la prédilection de ce pontife à l'égard de sa patrie. De neuf cardinaux qu'il créa tout à la fois , il n'y eut qu'un étranjjer , Thomas de Jorz , anglais i coTifeàseur du roi Edouard; les huit autres étaient français.

Après avoir passé le fort de l'hiver à Lyon , dè$ le commencement de Février i3o6y il voulut i^tourner à Bordeaux. Il ailla d'abord à Cliiny , où il séjourna cinq jours, etfut très à charge aux religieux^ Outre la dépense inévitable, vu son penchant immodéré potir la magnificence , il avdit neuf cardinaux avec lui, une Isuîte proportionnée d'officiers sui)alternes , et des domestiques de tpute espèce. A Màcon , à NeverS , à Bourges , à' Limoges ; à Périgueux, où il passa successivemeût et fit quelque héjour' avant d'arriver à son terme, on eut à se plaindre , rion-seuleraent de son faste onéreux qui ui faisait lever de gif'andes sonâmes d'argent sur. les éghses et les monastèi'es., mais de l'avidité et dés exactions de son cortège. Chemin faisant, il aVait fait citer l'archevêque de Càntorbéri ^ dénoncé au saint siège par le roi Edouard, comme perturbateur du royaume et fauteur des rebellions qui rayaient

(i) Gall. Christ, t. i , p. a^g.

iG4 Histoire

agile. Le prc'lat anglais comparut à Bordeaux , ot\ le pape l'inHii'dit de ses fonctions, jnsrjnà ce qu'il se fût lavé des accusations intentées contre lui. ' Dans le même temps, Edouard demanda au pape et obtint pour deux ans , sous prétexte du service de lu Térre-Sainle , les de'cimes des revenus eccléfiiastiquea de son royaume , qui furent employées à tout autre usage. Les cvêques d'Angleterre , de leurcôlé, demandèrent pour ime année la jouissauce du bien des églises qui vaqueraient les premières dans leurs diocèses : mais leur démarche peu réilécliie tourna contre la cupidité même qui les

Î' avait engagés, puisque le ponlîfe forma là-dessus e plan des annales. Dès-lois il s'appropria les revenus de la première année , dans toutes les églises qui de là à deux ans vaqueraient en Angleterre, evêcliés , abbayes , prieures , prébendes et curés, jusqu'aux moindres bénéfices (i).

Toutefois, dès le commencement de l'année suivante, au sortir d'une maladie dangereuse qui lui avait suggéré de sérieuses rédexions, il s'elForça de remédier aux abus des commendes. De Pressac près de Bordeaux, où il était allé prendre l'air pour recouvrer ses forces, il donna une bulle (2), portant que les sollicilalions importunes des princes et de quelques autres personnes distinguées, tant ecclésiastiques (lue séculières, avaient engagé abusivement- le chef de l'église à mettre en commende Ips éfêobés et les monastères, sous prétexte de gaide ou d'administration , soit ])our la vie des commendalaires , soit pour un temps plus limité. Mais nous nous sommes convaincus, poursuit-il, •qu'on néglige capifalement le soin de cfs églises; que leurs biens et leurs droits s'anéantissent jour- ' nellement ,"et que les personnes qui en dépendent souJÏ'renlun grand piéjudîce, tant au spirituel qu'au temporel. Ce qui devait leur être avantageux leur

[i>'nio[Dass.J>iscipl.t. luJ fa) Rain. an. 1307, n. a8. p. 793. ' EïU'iiï. cuiii. lie piïii. c. t.

DE L E G L I SE. l65

devenant si nuisible , nous révoquons et annulions absolument toutes ces sortes de commivSsions , à qui que ce soit quelles aient été conférées, sans en. excepter les cardinaux.

Pendant que Clément V était encore à Pressac , il invita le roi Philippe à venir conférer avec lui à Poi tiers, touchant les affaires délicates qu'ils avaient à traiter ensemble. La conférence se tint en effet dans cette ville , peu après la Pentecôte , qui cette année iSo-i fut le i4 de Mai. La paix entre la France et 1 Angleterre qui en était un des principaux objets, y fut conclue et si bien affermie, • qu'elle subsistanonobstantla mortdu roiE^louardl, qui le 7 Juillet de la même année termina son long et glorieux règne de trente-quatre ans. Il eut pour successeur le seul de ses fils qui lui restât , et qui fut nommé Edouard II , quoique l'on comptât déjà deux Edouards qui avaient régné en Angleterre , mais avant la conquête des Normands.

Un projet bien plus délicat encore , c'étaient lespoursuites que Philippe le Bei était déterminé à faire contre la mémoire du pape Boniface, et qu'il avait déjà touchées à Clément lors de son couronnement à Lyon. Le roi venait de donner contre les Juifs des preuves toutes récentes de sa vijgueur à former et à consoqimer les projets de cette nature. En un même jour, les Juifs avaient été arrêtés dans toute l'éten-^ due de la France avec tant de secret, que ces malheureux n'en furent , pour ainsi dire , avertis que par le bruit du fer préparé contre eux. Tous leurs biens furent confisques, à la réserve seules ment de ce qu'il fallait à chacun pour se conduire hors de France , où il leur fut défendu de rentrer , sous peine de la vie. Quelques-uns recurent le baptême et demeurèrent ; tous les autres évacuèrent le royaume dans le cours des mois d'Août et de Septembre ; et dans cette précipitation, grand nom-^ bre moururent en route, de fatîgilts , de misère , et sur-tout de chagrin.

Philippe, encore plus animé contre Boniface

<]ue conii^ les juifs , pitHeiiiiait le faire exlitimei* honteusement, réduire en cendre les resfes tle son cadavre , el imprimer à sa mémoire une (l(-lriSs»re éternelle. II en paria sur ce Ion à la conférence de Poitiers , et pressa fortement le pape d'y consentir, offrant la preuve des crimes rjui méritaient ce Irailemenl inoui. Clément et ses cardinaux frémiiciït à celle proposition. Ceuiî mêmes qui avaient pris le

Cuti du roi contre BonifacCj quoique revêtus de pourpre jiar ce pontife, craignaient que s'il était déclaré pape intrus , ils ne vinssent à perdre Jeur dignité. De ce nombre était Je cardinal de Trato , homme fécond en ressources el en expédiens. Par son conseil, Clément très-haltile luimême , sur-tout à tirer parti des Uonimes et des conjonctures , prit la résolution de Irnîuer la chose t'.n lonï^uenr, et de donner à la chaleur du roi le tuiups de s'amortir.

H lui répondit qne dans les circonstances jm*» senips , la précipitation pourrait non-seillpinent sUdrei'l'unionell'amitiéétaliIiedepuissi long-temps entre l'église romaine et ses généreux protecteurs les rois etUi nation des Français ; mais que, pour mieux, remplir les vues du roi , et rendre justement odieuse la îiiémoire de Boniface ,' il fallait que la preuve de ses crimes se ilt avec toute l'authruticité possible , dans uu concile général, nécessaire d'ailleurs pour ces allaires de premier ordre. On tiendra re concile hors de voire domination , ajouta Clémenl , mais dans votre voisinage , à Vienne en Dauphiné, ailn que les autres nations ne conçoivent point de soupçons désavantageux à voire équité et à votre piété.

L'impatience de Philippe ne s'accommodait pas de ce parti; mais il était trop plausible, pour pouvoir le re|eler avec bienséance. Du reste, le pape lui accorda tant d'autres grâces , lui Cl tant de projnenses, et sut-lout les assaisonna de marques'! enpageanles de considéralion et d'un altachemriit coi'diai, (]ue le roi bursît à ses poiiisuiteb j et cuii-

DE l' Eglise. 167

Tint (l'altendre le concile. Dès-lors et sans aucua délai ^ le pontife révoqua et déclara de nul elFet , par une bulle en forme (i) , toutes les sentences d'excommunication , d'interdit et d'autres peines portées contre le roi et son royaume, contre les dénonciateurs et les accusateurs de Boniface , contre les prélats , barons et tous autres français , contre leurs confédérés , fauteurs etadhérens, de quelcjue état ou dignité qu'ils fussent depuis le commencement du tiémêle enlre Boniface et Philippe. Le pape Clément avait déjà donné , en date du premier Février dje l'année précéilente i!5o6, deux bulles en faveur du roi (2). Il révoquait dans Tune la constitution Clericis laïcos , avec les déclarations ^faites en conséquence; et cela , disaitil , a cause d^s inconvéniéns et des scandales qu'elles avaient ])roduits jpt pouvaient produire encore. Par Tautre il déclarait la constitution Uuam sanctam y incapable de porter aucun préjudice au roi ni au rojaume Je. France, et de les rendre plus dcpcndans de l'église romaine qu'ils ne Fêlaient auparavant : ordoniiaînt que ïoutes choses demeurasî^ent sur 1 ancien pied , tant à l'égard de l'église ,

^ue du roi ,. de son .royaume, et' de ses peuples, elte buUe de Clément V fut insérée par la suite dans le corps du d[roit (ï). Enfin, j)ar la bulle donnée à là conférence de l^oitiers, le pape Clément absout Guillaume de Nogàret , qui avait arrêté Boniface ,a condi tion néanmoins qu il se soumettra à la pénirtence que lui imposeront trois cardinaux nommés dès-lors à cet effet*

Il restait encore une affaire, la, plfis compliquée de toutes et la plus ïneiplifcable.. Les templiers, décriés depuis long-temp^ pour ^es débauches de tal)le ,. suivant le proverbe qui subsiste encore pour leur orgueil et pour la Ijpencede ^eur vie, n'avaient excité jusque-là que des plaintes vagues

(i) Rain. an. iSo^ , n. lo.

{9} Id. au. i3o6 , n. I.

^ (3) Ex Ira V. cojnm. de Pri« vil. c. McruîU

JL4

Page 1