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et lie sourds murmures. La nue s'élant grossie insensiblement , et grondant au loin par intervalle, se rompit tout à coup avec le plus eifrayant éclat. Le roi Philippe , après avoir conféré trèssecrètement de leurs crimes avec le pape qui en fut comme atterré, fit arrêter les tera|tliers généralemenl dans toute l'étendue de son rojaume. Le pape envoya des ordres pareils d'emprisonner ces chevaliers dans toutes les régions , et jusqu'en Oi'icnt. Après les informations déjà failes sous main , afin de constater avant la détention un corps de délit , il n'était plus question que d'en connaître les degrés et les circonstances. On travailla sans relard à l'instruction complète de ce grand procès, où cependant nous n'entrons point encore; non pas seulement pour éviter, autant qu'il est possible, de revenir sur le même objet, mais afin de rassembler sous un seul point de vue tout ce qui peut diriger le jugement des lecteurs , pour le moment où il sera question d'exercer le droit imprescriptible et comme divin qu'a la postérité de juger les jugemens même.
Ce fut moins pour l'afiTaire de Eoniface VIII, à demi éludée , que pour celle des templiers , qu'on tint le fameux concile de Vienne. Après différens interrogatoires subis par ces nombreux accusés , et notamment à Chinon , en présence de trois cardinaux , par tout ce que l'ordre avait de
Iilus illustre , savoir , le grand-maître du temple, e visiteur de France , les commandeurs de Chypre , d'Aquitaine et de Normandie , le pape fit expédier la bulle de convocation du concile. On V dit en substance (i), qu'après les informations les plus exactes, on a reconnu que l'ordre des templiers était tombé en diverses hérésies , dans une véritable apostasie et des impuretés abominables ; qu'ils sont dans l'usage , à la réception d'un nouveau chevalier, de le faire renoncera
Jesus-Clirist , cracher sur une croix qu'on lui présente, et commettre avec celui qui le reçoit des abominations que la pudeur ne permet pas de circonstancier. Considérant , poursuit le pontife , qu'on ne peut laisser jmpunis des crimes si horribles sans se rendre coupable envers Dieu et envers l'église ; après en avoir souvent et mûrement délibéré avec les cardinaux et avec d'autres personnages d'une dignité et d'une sagesse éminente, nous avons résolu , selon la louable coutume de nos pères , d'assembler un concile universel , du pre* mier jour d'Octobre en deux ans , afin d'y pourvoir , tant à l'ordre des templiers et à leurs biens , qvi'à la foi catholique , au recouvrement de la Terre-Sainte , à la rérormation et aux libertés de l'église. La bulle est du mois d'Août i3o8 , et fut donnée à Poitiers, où l'on voit que le pape Clément fit un séjour très-long.
Il en partit sur la fin de ce même mois d'Août , repassa par Bordeaux , de là se rendit à Agen , puis, pour la seconde fois, à Toulouse, où il arriva au raoià de Décembre. Alors les princes électeurs de l'empire étaient assemblés pouf donner un successeur à Albert d'Autriche , qui avait été tué , le premier jour de Mai de cette année, par son propre neveu Jean d'Autriche , prince de Souabe , en marchant contre les Suisses, résolus à ne pas plier plus long-temps sous la tyrannie des gouverneurs, autrichiens. Villani (i) prétend que Philippe le Bel voulut faire élire empepeur son frère Charles de Valois ; mais que le pape , averti» de ce dessein , pressa sous main les él^Gteui'S de le prévenir , dans la crainte où il était de revoir la * puissance française telle qu'au temps de Çli^rlemagne. Quoiqu'il en soit, le vingt-septièoie jour de Novembre, ils élurent solennellement et tout d'une voix , à Francfort , Henri VII , fils aîné du
(1) L. VIII , c. loi,
jointe dé Lu\emhoufg, comme rin prince orné (7e toutes les Teilus propres à procut-er la gloire de Mémoire et le bien de l'église. li fut couronné à Aix-la-CIiapellé le jour de l'Epiphanie i3op.
Le pape Clément demeura à Toulouse jusqu'à <ielte fête, passa dé là à Comminges dont ilavaic été évêuue , et y fit la translulion de saint Ber- ITand , dont il portait le nom, et qui avait occiipû le même siège deux siècles auparavant. Ënlin Clément V ayant déclaré nettement l'intention où il était d'établir sa résidence ordinaire à Avignon ,' bc rendit en celte ville sur la fin de Mars de la même année , époque d'où l'on compte le séjour des papes à Avignon,
Lés Italiens, fuiieux de la ' préférence donnée à la France sur l'Italie , ne nomment pas autrement celte résidence, que la captivité ue Babylone ^ ro])prohie du siège apostolique , et le scandale du monde chrélien. Toutes les personnes judicieuses sentent Timpiopriélé de ces exjiressions et le ridîfule de ces déclamations intéressées. Il faut néaiiihoins convenir que si Clément V ne mérite pas toute l'amertuuie de ces reproches , il .-i des torts plus considérables que ne lui en attribuent quelques apologistes , historiens très-estimables et juges exct'llens par-loiit ailleurs , mais ici peu d'accord ;t»ec leurs principes , ou avec les maximes de leur église, Organe invariable de la saine antiquité. Le savant Baiuze (j^ , suivi par queujues autres , prétend que les papes , en résidant à Avignon , occu- ])aieni toujours leur siège , parce qu'ils se trouvaient dans les bornes de leur juridiction , laquelle s'étend à tous les lieux du inonde. Qui n'inférerait de ce raisonnement la juridiction universelle et ordinaire des papes? et qui ne sentira par conséquent la frivolité de celte apologie, qui porte tout au plus sur des idées de système? Au moins fau-
fi} Pfscf. ïit. pap. Aven.
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flrait-il reconnaître que le chef de Tëglise unîvert^elle , comme e'vêque de Teglise particulière de Home , devrait , en cette qualité , axer sa l'ësidence dans ce diocèse , à moins qu'il n'y eût des mol4fs capables d'en. légitimer la dispense. ;
Mais toutes les raisons au contraire faisaient , dx séjour habituel de Rome , un devoir indispensable poiir le pape , en qualité tant de chef de l'église que d'évêque de cette capitale du monde. C'était là que le prince des apôtres avait transféré , de 1 Orient , la primautéde l'apostolat; et en quittant le séjour d'Antioche, il avait quitté en même temps le titre de cette église , à laquelieil avait eu soin de préposer un nouvel évêque. Par un enchaînement de révolutions et de conjonctures, où les plus hardis j^nseurs n'ont pu méconnaître la conduite de la providence, la souveraineté de Rome, en passant à ses pontifes , les y avait mis sur un piedaussi di-.giie de la suréminence de leur ranc , que favorable à la sainte liberté de leur ministère, Iu.es factions passagères des Romains, les troubles et les dangers de ritalie , de l'aveu même des apologistes de Cle> ment V, n'en eussent point banni un saint Léon^ un saint Grégoire , tant d'autres pontifejs d'une héroïque vertu : et que doivent donc être tous les souverains pontifes , sinon des hommes supérieurs aux faiblesses ordinaires de l'humanité ! La seule considération des droits et des intérêts temporels de réglîse romaine , n'y demandai t^elle pas évidemment leur présence? Aussi quelles pertes, quel appauvrissement , quelles tristes déprédations n'es^suya-t-elle point pendant celte espèce de veuvage ? Et par contre-coup , les revenus ae l'état ecclési,as^ tique se réduisant à rien par comparaison avec les besoins et les bienséances de la pkis auguste des dignités; que d'impositions onéreuses sur les églises diverses, que d'exactions au moins apparentes, que d'obstacles aux charités d'usage ^ que de murmures et que de scandales ! Le ciel voulant ^nfin montrer
i^a Histoire de l'Eglise.
c|uMl n'avait jamais bëni cette émigration , et à la rigueur du remède faisant connaître la grandeur du mal , permit qu il en résultât un schisme si lamentable , que tous ceux qui s'étaient élevés jusqu'alors, ne parurent presque plus en mériter le nom.
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