‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 25 sur 64 · Tome FIL M · texte numérisé non relu

Tome FIL M

alientîvement , on rapprocha les indices , on Jonna carrière à sa langue aussi-bien qu'à sesconjetturesj ces bruits parvinrent jusqu'au pape : enfin on lui dénonça clairement des griefs précis et si bien circonstanciés , qu'il conçut au moins des sou[>çons , et crut que l'ordre et la justice exigeaient de lui qu'il fît informer ( i). Le grand maître, de son côté, et diirérens commandeurs de Tordre des templiers, tant en France que dans les autres états, se plaignirent au pape des bruits injurieux qui couraient sur leur compte , et requirent qu'on fit des procédure» en forme, soit pour les absoudre s'ils élaienlinnocens, soit pour les punir s'ils se trouvaient coupables. En consô(|ueuce , le pape écrivit au roi Philippe^' plus vif encore dans cette poursuite que dans ses autres désirs, qu'il ferait commencer incessamment les informations.

Le roi craignit encoreTirrésolution ou la lenteur pontificale. Les templiers, très-nombreux en France, tenaient à toutes les grandes maisons; et ce qu'on médilait conti-e eux n'étant plus couvert que d'un voile rompu de toute part , pouvait occasionner des mouvemens fàcbeux. Il apprit d'ailleurs que plusieurs d'enlr'eux se disposaient à s'enfuir du royaume, avec tout ce qu'ils poïirraient enlever de leurs biens. Ce fut alors, qu'après avoir consulté quelques théologiens , il envoya oidre à tous ses baillis et sénécbaux, de se tenir en force et tout prêts pour un jour marqué, et d'ouvrir la nuit suivante les lettres scellées qu'il leur adressait, avec défense de les lireauparavant,soiis peine de la vie. Il leur était commandé de prendre, chacun dans leur district, les lempliers qui s'y trouveraient, et de les mettre sous bonne garde en difïerenîes forteresses. Toutfut exécuté si ponctuellement, (pi' même jour , ï3 d'Octobre iSoy , les templiers furent emjtrisonnés dans loule l'étendue de la France. Le grand-maiUe Jacques de Molai , gGnlilbomm&

(>)Dupui,p. loo.

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frarlc-comtoîs , fut arrête dans la maison du Temple , à Paris où il était arrivé depuis peu d'Orient ^ tout couvert des lauriers moissonnés par sa rare Valeur sur les terres des infidèles. Il avait amené avec lui soixante chevaliers des plus qualifiés de Tordre , entr autres Gui d'Auvergne , frère du Dauphin ou duc souverain de cette pi'Ovince. Lrt roi s'empara du Temple , et fit saisir dans le royaume tous les biens des templiers , qui furent commis à des gardes royaux.

Pour prévenir les murmures ^ dès le lendemaîtt de l'emprisonnement des chevaliers, i4 d'Octobre^ suivant la relation d'un écrivain contemporain ^ savoir , Jean , chanoine de Saint-Victor (i) , on fil une assemblée dans le chapitre de Notr^-Damedé Paris^ où , avec les chanoines de cette églivSe , se trouvèrent les docteurs de Tuniversièé, Guillaume doNogaret qui avait arrêté le grand-maître , le pré-* TÔt de Paris et quelques autres officiers du roi* Nogaret , qui maniait aussi-bien la parole que Tépée, exposa le fait avec les motifs qui l'autorisaient^ c'est-à-dire , les crimes énormes dont on chargeait les templiers , et qu'il réduisît à trois chefs. Le premier consistait à reaier Jesus-Christ quand ils s'engageaient Il Tordre , et à faire des insultes sacrilèges au crucifix. Le second, à s'abandonner entr'euie à des infamies abominables ^ avec défense d'avoii» des liabitudes ailleurs , dans la crainte de l'éclat. Le troisième , à adorer dans leschapitres généraux une idole monstrueuse qui avait quatre pieds, et la tête d'un fantôme effrayant j avec une grande barbe. On ajoutait queces pratiques impies avaient été introduites parmi eux, au moins depuis qua-* raute ans, par ipi grand-maître captif des Sarrasins, dont il n'avait obtenu sa liberté qu'en leur promettant de les faire observer dans toiit son ordre$ Le lendemain de cette dénonciation ^ le roi ne de tenant point encore assuré contre la considéraiioA

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(i) Vi Baluz. yU. prlm. y. g>

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lOO lllSTOIBE

acquise aus tPmpliprs parleiirnoblesse, leurs alliances , leut'sdignltés el leurs ricliesses immenseii , il assembla dans son jiropve jardin le clergé et le peuple (te sa capitale , à qui I un Gt un discours , en forme de manifeste, sur la décadence lionleiiseet la soudaine calaslruphed' Il II ordre jusque-là lëvcré. On ne manqua point dejirésenter une seceiide fois rallieiix tableau des scéféiatesses qui obligeaient à user dune rigueur si elonnaole.

Aussilôl après on commença l'interrogatoire du grand'-maitre et des ciievaliers arrêtés avec lui à Paris. A l'exception de trois uni nièrent tout, lea cent quarante accusés confessèrent , avec le grandmaille , les impiétés et les infamies qu'on leur imputait. Quelques.-uns ajoutèrent qu'ils avaient iàcbé d'expier ces forfaits par la confession et la pénitence , qu'ils avaient m^me songé a quitter Tordre ; mais qu'ils avaient été retenus par la crainte dirgrand pouvoir dout il jouissait. Ils prétendirent par la suite , et non pas sans vraisemblance , qu'ils n'avaient été induits à cet aveu ([u"à force de menaces et de promesses.

Cependant le pape trouva mauvais qu'on eût

{irocédé si vite à la prise des ciievaliers , et spéciaement que le fière piêcUeiir Ymbert , plus connu 6DUS le nom lie Guillaume de Paris, confesseur du roi , eùl présidé à l'interrogatoire en vertu de son seul titre d inquisiteur , sans attendre un oidre particulier du chef de l'église , dans une alTaire qui en concernait le gouvernement général (i). C'est pourquoi il suspendit les pouvoirs île l'inquisiteur, ainsi que des évêques qui avaient pris paît à ces procédures, el se réserva d'une manièi-e formelle toute l'affaire des templiers. Il écrivit encore au roi , pour se plaindre <le ce qu'il avait entrepris sur la juridiction ecclésiastii|ue , en faisant arrè- ^r des gens soumis imiuédialement au saint siège : en même temps il envoya les cardinaux Eticnus

(i) Spicil. t. s, j).357.

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de Siisi et Be'renger de Frédole , afin de conférer avec le monarque , et de l'engager à remettre entre leurs mains , tant les biens que les personnes des templiers. Le roi , Tinquisiteur et le§ évêques se justifièrent devant le légat, en alléguant la nécessité où ils s'étaient crus d'obvier sans délai au f)éril de la religion , manifesté si clairement par es découvertes que leur diligence avait procurées. Dans sa réponse au pape (i), le roi, qui craignait tout retard et tout obstacle , oublia sa roideur ordinaire , et dit queles droits de l'église ne lui étaient pas moins chers que les siens propres ; qu'il n'avait

f)as cru les enfreindre en arrêtant les templiers sur es réquisitions des inquisiteurs , qui sont en France les délégués des papes; qu'au reste, à la réception des lettres pontificales , il avait incontinent remis les prisonniers entre les mains des deux cardinaux-légats. Quant à leurs biens cependant , ajoula-t-il , nous les ferons garder fidèlement nousmême, pour être uniquement employés au secours de la Terre-Sainte , suivant leur destination primitive. Le pape satisfait leva la Suspense prononcée contre les évêques et les inquisiteurs ; mais à condition que chacun d'eux , dfans son diocèse et son territoire , se bornerait à l'examen des particuliers accusés , lesquels ne seraient jugés qtie par les métropolitains dans leurs conciles provinciaux, sans que ceux-ci pussent encore prendre connaissance de l'état général de Tordre; ce que le pape réservait aux commissaires qu'il avait députés à cet effet (2). Il réserva même à sa personne et au saint siège, tant l'examen que le jugement du grand-maître et des principaux commandeurs.

Ce n'est pas que le pontife ne parût alors persuadé de la justice des poursuites faites contre ces illustres accusés. Le roi Philippe lui en avait envoyé quelques-uns de la première distinction , afin qu'il apprît la vérité de leui* propre bouche. Clé-

(i) Baluz. t.' 11 , p. ii4« W Spicil. t. 11, p. 36o.

ucnl les axait inteirogcs (ni -même, ei Tei avaiiencorejoîntd'autrei:, annooiljrt: Je soixante*, dunze. Tous ces aveux s'étaient iiouvës conformes à ceux qui avaient résulté des information» fuites par Philippe. Un des jtropres officiers du piipe , templier avancé dans son oiclie , était en- , c.ove venu de sou propre mouvement lui confirmer ces dépositions avec de grandssignes de repentir. Le pape , en eonséquence , avait écrit à tous les princes de la chrétienté , en Italie , en Espagne , en Angleterre , en Ecosse , en ■ Allemagne , en Bohème , en Pologne et jusqu'en Chypre , où les templiers n'étaient guère moins puissans que le roi , afin de procéder à des informations aussi (exactes qu'en France. Par-tout il fut obéi. Les chevaliers voulurent d'abord se défendre en Chypre ; ma is^Vmauri, seigneur de Tjr et régent du royaume, s'y prit si bien , qu'ils rendirent les armes , se sou-!mirent aux volontés du pape , et se laissèrent toua arrt-ter et répartir en des prisons séparées.

Toutefois Clément V ne laissait pas de craindre In précipitation et la moindre démarche irrégulière, dans un coup d'éclat dont il prévoyait avec raison ({lie le bruit retentirait jusquesdans les général ion a les plus reculées. C'est pourquoi il s'applic|uait en toute rencontre à tempérer la chaleur du roi Philippe. Ce prince n'épargna rien lui-même pour se mettre àl'ahri des reproches. Quoiqu'il eût déjà consulté plusieurs fois les docteurs de son royaume, l'heure de porter le coup décisif approchant, il voulut encore s'aboucher avec le souverain pontife. En allaaL le joindre à Poitiers, il assembla un parlement nombreux , c'est-à-dire , les états gêné* raus du royaume, dans la ville de Tours, au moii de Mai i3o8. Il voulait, selon Jean de Saint- '\'ictor(i), montrer la dfoiture de ses intentions et la sagesse de ses procèdes , en se conformant à

l-iivis des yens de toute condition. Cet

pourtjuoi, -

Kon content d'admettre aux délibérations les nobles et ies lettrés , il prit les suffrages de la bourgeoisie même. C'est la première assemblée des états généraux , où nos rois aient admis le tiers-état Tous , après avoir pris communication des procès dures et des aveux divers des accuses, les jugèrent dignes de mort.

L'afFaijçe n'en fut pas moins discutée à Poitiers entre le pape et le roi , en présence des cardinaux et d'autres personnes éclairées , ecclésiastiques et laïques. Tout mûrement considéré , il fut résolu que les officiers royaux garderaient et administreraient les biens des templiers , jusqu'à nouvel ordre de la part des deux puissances sur l'usage qu'il conviendrait d'en faire. Quant à leurs personnes, on arrêta que le roi ne les ferait pas punir sans l'aveu du pape ; mais qu'il continuerait à les retenir sous bonne garde , et qu'ils seraient entretenus sur leurs biens jusqu^au prochain concile. Les chevaliers détenus furent mis alors entre les mains du prince.

Le pape avait dessein de faire par lui-même l'information concernant le grand-maître et les principaux officiers de l'ordrfe , qu'on avait déjà fait pnrtir pour cet effet: mais quelques-uns d'entr'eux, affaiblis par la prison et plus encore par le chagrin^ étaient tombés malades en route , et ne pouvaienrt se soutenir à cheval ; en sorte qu'on avait été contraint de les laisser à Chinonen Touraijie. Le pap6 commit en sa place les cardinaux de Frédole et de Susi pour informer en son nom , tant sur ces clievaliers distingués que sur tous ceux qui avaient un rapport direct au corps entier , avec charge d^ lui en faire le rapport par écrit en forme authentique.

Les deux cardinaux se transportèrent à Chînon, on ils examinèrent le grand-maître, le visiteur de France, les commandeurs de Chypre, de Guyenne et de Normandie. Tous les cinq coafirmèrentiesdépuiiiioxxsfaites conti-e l'ordre, partu'cnt sincèrement

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repentans de ces crimes , et demandèrent avec ta; d'instance l'absolution des censiues qu'ils avaiei encourues par-là , que les légats ne crurent devoir la leur refuser. Le grand-maître enchérissant sur les antres dans la détestationde ces forfaits et dans l'empressement à les faire cesser , voulut encore ajouter à leur preuve le témoignage d'un frère servant qui était personnellement attaché à sa maison , et qui confessa d'une manière claire et

Krécise le renoncement à Jesus-Chrîst. C'était pour i seconde fois que le grand-maître donnait son aveu. Les cardinaux retournèrent à Poitiers , pour faire nn rapport exact et circonstancié au souverain pontifiï : ils !ui remirent en même tempA et en foi-me authentique, les pièces justificatives qu'il inséra pour la plupart dans la bulle de conva cation, qui fut donnée peu après pour le concilt général.

Cependant on crut n'être pas encore assez préparé pour ce fatal jugement , et l'on procéda sans délai à des informations ultérieures. Le pape ré- Servant toujours au saint siège ce qui regardait le Corps dos templiers , établit en sa place huit commissaires apostoliques, savoir , 1 archevêque de îiarbonne , les évêqiies de Bayeux , de Limoges et de Mende , le prévôt d'Aix , les archidiacres de Rouen , de Magueloneet de Trente. Ils se rendirent à Paris , province de Sens , tandis que cette métropole était vacante, puis se répandirent dans tout ce district , pour faire les citations par eux-mêmes, suivant l'ordre exprès du souverain pontife. On présumait apparemment que le pkisgrand désordre était dans le voisinage de la capitale , centre ordinaire de la dépravation , et qu il j' demandait plus de vigilance que dans le reste du royaume. On se contenta d'envoyer la citation dans les provinces de Reims , de Rouen , de Tours , de Bourges, de Lyon, d« Bordeaux, d'Auch et de INarbonne. Après les délais convenables , les commissaires tinrent leue tribunal dans le palais épiscopal de Paris j le 2a Novembre i3o9.

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On y déclara aux prisonniers qu'ils avaient toute liberté de se défendre. Un inconnu qui se dit du même nom et de la même province que le grandmaître , vint en habit séculier , se donna pour un templier fugitif , et affirma que pendant dix ans qu'il avait porté l'habit de l'ordre , il n'en avait ni aperçu , ni appris le moindre mal. On le prit pour un aventurier qui cherchait quelque ressource à son indigence. En effet , il commença par demander le nécessaire dont il était dépourvu , et n'articula rien de sensé; il parut au contraire hors de son assiette naturelle , et si peu susceptible de raison , qu'on le soupçonna de contrefaire l'imbécille. Cependant le grand-maître commença lui-même k tergiverser. Les commissaires lui ayant demandé s'il voulait défendre son ordre , il repondit que cet ordre avait été approuvé solennellement par le saint siège , et en avait reçu les privilèges les plus honorables. Puis se répandant en plaintes, il représenta l'impossibilité où il était de se défendre , son incapacité dans les lettres, la privation de sa liberté, son dénuement de toute commodité et de tout bien; qu'il n'avait pas quatre deniers en maniement , et n'usait pour le soutien de sa vie languissante qu^e de ce qu'on lui fournissait comme au plus vil des hommes. Tout ce qu'il reconnut de blâmable dans ses confrères , fut qu'ils avaient été trop vifs à poursuivre leurs droits contre plusieurs prélats. Il ajouta néanmoins , qu'il était disposé à s'en rapporter aux témoignages des princes , des seigneurs et des évêques.

Les juges fort surpris de cette variation , lui relurent ce qu'il avait confessé aux premiers commissaires du pape. A celte lecture , il se montra plus étonné qu'eux , ajouta les démonstrations de l'horreur à celles de Tétonnement , et fit sur lui à deux reprises le signe de la croix. Il lui échappa quelques défis militaires, d'une manière ambiguë néanmoins; il parut quelques momens extraordinairement sombre et rêveur , puis il s'écria : Piùt à Dieu

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fjii'oneTi usât par-tout avec If?s imposteurs , comn Ifs Arabes et les Tartaies , qui du ciiiieterre parla {i;ent sur le cliainp ces monstre'* en deux ! Ces vi Vîiciles ne troublèrent point le flegme des juges. Il» lui olïrirent un délai à sa volonté , avec les antres moyens qu'il jugerait nécessaires pour préparer ses défenses. Il répondit avec honnêteté à ces offres , il accepta le délai ; l'espérance et la tranqnilliré |)artivent renaître dans son cœur: mais soil qu'il vît ensuite que c'était un parti pris de proscrire son prdre ,soît qu'il ne lui eût point trouvé de défenseui-s assez genérenx pour s' exposer auressentitnent des puissances déclarées manifestement , soit eiiliiii que les charges , au moins sur quelques articles ^iH fussent telles , que la justification devînt impo*-^"" eible; quand il fut question de produire les défense» attendues , on ne vit rien paraître de précis , ni de concluant. Le grand-maître en personne se contenta d'alléguer vaguement , qu'il n'y avait point d'églises où le service divinsecéfébrât mieuxque di'nsL'elles des templiers ; qu'on ne faisait nulle part plus d'aumônes que chez eux ; qu'il n'était ni élat , ni religion , ni tiation au monde , où l'on montrât autant d'ardeur pour la foi ; quant à lui-même,

Î[u'il croyait en bon chrétien tout cequi est de la oi catholique ; qu'au reste le pape s'élant réservé le jugementde sa personne et des principaux cLev.iliers , il se tenait prêta comparaître deVantle pontife , et n'avait plus rien à dire avant cela.

On fit comparaître après lui jusqu'à soixante et quatorze templiers qui avaient demandé à défendre 1 ordre. A leur première réquisition , le roi Philippe avait expédié ses lettres patentes , conformé- Dientà la commission pontificale, pour faire transporter à Paris tous ceux des chevaliers emprisonnés qui voudraient s'eniplover à cette défense. Pour être concertée entre tant de personnes , elle n'en fut pas plus satisfaisante. Les écrits qu'ils produisirent , ne présentent que des éloges de l'ordre en générai et de ses foaclious , avev de violentes invec-

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tîves contre tous ceux qui le flétrissaient. Ils les traitent d'hérétiques et d'infidèles, de calomniateurs corrompus par argent , au moins d'ames viles et lâches , à qui la crainte de là mort a fait oublier celle de l'infamie dont ils se sont couverts à jamais eux-mêmes. Ils s'expriment sur-tout avec énergie contre Tenvie et lacupiditédeceux qu'ils supposent avoir suborné ces faux^frères , en leur persuadant qu'un aveu contraire à leur conscience était l'uni-»' que moyen de se dérober aux supplices qui lesfaisai(^nt trembler.

Cette manière de se défendre n'est certainement rien moins que satisfaisante : mais on doit observer que , quoi qu'il en fût du fond des choses, il leur était bien difficile , dans les conjonctures où ils se trouvaient , d'employer d'autres moyens que ces réclamations générr^fes. Il est encore à remarquer que les soixante-quatorze chevaliers commettant quatre d'entre eux pour défenseurs de tous les autres , souscrivirent d'avance à tout ce que ceuxci diraient ou écriraient défavorable à fa ^dignité de l'ordre , mais prolestèrent en même témpscon*tre tout ce qu'ils avanceraient de contraire : pro* céflé qu'on donna pour illusoire , ^t qu'on préten* dit ne tendre qu'à gagner du temps , sur-tout quand ils déclarèrent ne vouloir fournir leurs in^oyens décisifs qu'en présence du concile général, Aus«^.i la procédure ne laissa point de se poursuivre avec beaucoup d'activité à Paris , où, après toutes 1(5 informations et les confessions déjà faites, on entendit encore deux cents trente et un témoins , piirtie chevaliers , partie étrangers à l'ordre.

Les prisonniers ainsi pressés apprirent encore que l'archevêque de Sens , Philippe de Marigni , transféré depuis peu à ce siège de celui de Cambrai, devait incessamment tenir à Paris le concile de sa province , pour faire les informations personnelles sv.v les templiers de son district. Sous prétexte qu'il y nvaitpnrmi ceux-ci plusieurs frères chargés delà àéibiAàe générale de i'orUrç ^ tous les i»uU^^$ ^PE^ -

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lèrent par provision , du concile de Sens au soa Tcrain |)oiilife,L'arclie?èijiie<leNarhonne, enc|ua< Jité de président de la commission de Paris , rè pondit qu'ils pouvaient sur le champ présente! leurs défenses en toute liberté ; que rap|)el ne regardait ni lui , ni ses collègues , puisque ce n'était^ pas d eux qu'on appelait ; d'ailleurs , que l'archevêque de Sens et ses sulfragans leur étaient si peu sunordonnés quant à leur concile , que le pape avait commis aux prélalsde celle province , sur les templiers de leur ressort , la même autorité qu'avait la commission pour les alTaires {générales de l'ordre,

En effet, Cle'ment V avait cliarge' lotis les évêques de la chrétienté d'informer contre les chevaliers du temple , et de porter ensuite dans leurs conciles provinciaux la sentence d'absoliilion ou de condamnation sur les particuliers. Il avait encore siatué , qu'outre les évêques , les inquisiteurs délégués du saint siège dans les provinces diverses seraient admis , s'ils le désiraient , à ces informalions et à ces jugemens. La circonspection , du moins extérieure et de bienséance , fut poussée jusqu'à obliger les évèques à prendre pour adjoints dans ces informations , deux chanoines de leur cathédrale , deux frères prêcheurs et dfux fières mineurs , religieux les plus renommés alors pour leur capacité et leur vertu.

Le concile de la province de Sens , quoique les actes en soient perdus , est le plus connu de ceux qui se tinrent à ce sujet. On sait , par les auteurs du temps (i) , qu'on y jugea les causes particulières de chaque templier, dont quelques-uns furent déchargés simplement , d'autres après une pénitence canonique, plusieurs condamnésàune prison perpétuelle , etcinquante-neuf livrés comme relaps et contumaces au bras séculier, puis brûlés à Paris

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où se tenaille concile. On cle'terra même les ossemens du templier Jean de Thur , comme d'un sacrilège notoire , et on les jeta dans le bûcher. I^e concile provincial de Reims qni.se tint à Senlis , livra neuf relaps au juge séculier , qui les fit aussitôt brûler. Ce qu'il y a d'étonnant et qui fit d'étranges impressions sur l'esprit des peuples , c'est que tant ces neuf de Reims que les cinquante-neuf de Sens , rétractèrent tous leur aveu à la mort , et

f>rotestèrent que c'était la crainte des tourmens et es inductions orlificieusesqui le leur avait arraché. Dans la Provence , qui appartenait à Charles II, roi de Naples , les templiers eurent le même sort qu'en France. Us furenltous arrêtés le même jour, examinés ensuite et jugés, et plusieurs subirent la peine du feu.

Nous ne prétendons pas retracer toutes les scènes qu'olFrit cette tragédie affreuse, soit à la France, soit aux pays étrangers, d'autant plus qu'en bien des endroits on a dédaigné d'en conserver les honteux monumens. Toutefois il n'en reste que trop, pour le tourment des critiques, qu'ils exercent depuis si long-temps sans jamais les avoir pu satisfaire. Dans la province de Ravenne en Italie , les templiers nièrent tous les crimes dont on les chargeait , et furent absous, sans avoir été appliqués à la question. Ce concile provincial fit même un sage décret, relatif sans doute aux accusés qu'on pourrait découvrir par la suite. Il porte que ceux-13t seront encore absous , que la seule crainte des tourmens 5 pourvu qu'elle soit bien constatée, réduirait à faire des aveux contre eux-mêmes (i)« En Toscane , au contraire , la plupart des che* valiers tombèrent d'accord de la justice des accusations , et le petit nombre de ceux qui nièrent les faits, en fut convaincu (2).

Quant à l'Allemagne , on ne sait guère que ce qui se passa au concile provincial de Mayence. Le

(i) ConcHard. t. vii,p. 1317, etc. (2) Bzoy.au. i3o8;n. 3.

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plus qualifié des templiers du pays, Hiigues J comte tiu Rhin , y entra brusquement à la tête de vingt chevaliers bien armés , et se prévalut avec hauteur du désaveu que ses confrères proscrits dans les autres états avaient soutenu dans les tourmens jusqu'au dernier soupir. L'arcbevê(|ue Pierre témoigna de grands égards pour des solliciteurs si imposans, leur promit avec un air d'intérêt d'agir df: son mieux pour eux auprès du saint père, les congédia honnêtement, et ditïëra la sentence. Il ne la rendit qu'après avoir,écrit au pape selon sa promesse, et les templiers de cette pr^ vince y lurent absous (i). En Anglelerre , ils lurent tous arrêtés le même jour aussi-bien qn'em France , et plusieurs aussi , dans le voisinage contagieux de la capitale, confessèrent des désordre? semblables à ceux des clievaliers français.

Leur sort fut tout dilfêrenl en Espagne , où ÎU' furent déclarés innocens , quoiqu'ils eussent pris les armes pour se défendre , au moins en Aragon , dont le roi Jacques II fut obligé de leur faire la guerre en règle. Dans'les fers ou on les mit aprè*» leur défaite , et même dans les tortures , ils soutinrent con^tammeitt que leur vie et celle de leurg confrères étaient pures et sans tache (a). On voit cependant par les actes du concile de Tîirragone , quil y avait des coupables dans ces contrées; mais non pas au point où la renommée le publiait. Ceux de cette province , après avoir été absous des censures , furent soumis à la pénitence canonique. Au concile deSalamanque ,compoBéde dix évêqucs deCastille, on prononça unanimement en faveur " des particuliers accusés , en renvovant au pape , comme par-tout ailleurs, le soin de piononcer sur le sort général de Tordre.

L'instruction d'une si vasie et si grave procédure-

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qui engagea le pape à la difFerer d'un an , c'està-dire , jusqu'au premier Octobre de Tannée i3iï. En6n ce terme fatal étant arrivé, il se trouva au concile environ trois cents évêques , avec un grand nombre de prélats du second ordre , abbés et prieurs, sans compter les députés de tout ordre. En attendant l'arrivée du roi Philippe , oh tint plusieurs conférences , où on lui les actes des procédures diverses faites jusque-là. L^avîs uniforme de tous* les évêques , à l'exception de quatre seulement , un italien et les trois archevêques de Sens, de Reims et de Rouen , fut qu'on devait encore écouter les accusés dans leurs défenses. On ne voit par aucun monument que le pape ait eu égard à cette remontrance, durant tout l'hiver qui se passa principalement à conférer sur cette grande affaire. Eiilin , le vingt-deuxième jour de Mars i3i2, cent quatre-vingt-quatre ans depuis l'approbation de 1 ordre des templiers, le pape Clément, dansua consistoire secret de cardinaux et d'autres prélats , le supprima par voie de provision et d'ordonnancé apostolique , ainsi qu'il s'exprime lui-même , et non pas par manière de sentence définitive , parce qu il ne pouvait de droit, ajoute-t-il, prr>îM>ncer ainsi suivant les informations et les procédures : expressions énigmatiques et entortillées dont on s'efforcerait en vain de saisir le sens , et qui laisseront à jamais un louche bien fàcheuîc sur cette étrange* décision. La provision est encoreplus inintelligible , quant aux personnes et aux biens des chevaliers , * qu'elle réserve à la disposition de l'église et de soa chef. Philippe le Bel , en arrivant à Vienne vei^ le commencement d'Avril , trouva l'ouvrage lout fait, et il ne s'agit plus que de publier le jugement en sa présence , comme on le fit le troisième jour de ce mois.

Le 2 Mai suivant, Clément V , par une nouvelle bulle , appliqua les biens des templiers aroc -^ hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem , qui étaient pareillement dévoués à la défense des lieux saints

iga H I s T o I it E ^

contre les infidèles, et ^ui avaient consomme' depiiis quelques mois , le jour de l'assomption de la Viei'ge , «ne des plus gloiieuses conquêtes sur les Turcs, savoir, celle de l'île de Rliodes , dont ils ont ensuite porté te noiji jusqu'à leur translation à Malte. Cependant, à la sollicllation des souverains dEspagne , on donna ces biens aux ordres militaires établis dans ces contrées pour la défense de la religion contre les Maures : application bien mieux entendue que celle de France , où l'on prétend que la libéralité envers les bospitaliers ne fut qu'apjiarente ; tant il y eut de disiractions faites et de cbarges laissées sur les biens du temple , soit pour les frais des procédures, soit sous mille autres préteites. Quant aux personnes des templiers ,

3ui restaient en, très-grand nombre , la bulle oronne encoi-e , qu'à TexcepLion de quelques-uns des prinpaux dont Clément se^réserve nommément la destinée , les autres continueront à être jugés par les conciles de leurs provinces , auxquels on prescrit la marche suivante : Ceux qui seroni trouvés innocens ou dignes d'être absous , auront une subsistance honnête sur les revenus de l'ordre ; on usera J,i»dolgence envers ceux qui auront confessé lenrs cireurs ; les impénitens et les relaps seront traités à la rigueur; ceux qui après la question même persisteront à nier qu'ils soient coupables , seront mis séparément , ou dans les maisons de l'ordre , ou , aux dépens de l'ordre , en dilférens monastères; pour les fugitifs ,■ on les sommera par acte public de se présenter aux conciles provinciaux , dans le terme d'une année , sous peine d'être traités aussitôt après en hérétiques notoires. Pliilip|ie le Bel, si bien satisfait sur l'article

3u'il avait le plus à cœur , et si fatigué cepenant par les lenteurs de la cour ponlilicale dans les poursuiies contre la mémoire du pape Eoniface; ce prince, dis-je , parut enfin traitable sur ce dernier dilférent , qui déjà n'avait que trop scandalisé le inonde chrétien. Trois savans cardinaux*"

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naux ^ en présence du roi et de tout le concile, justifièrent par des preuves de droit la mémoire du dernier ponfife , quant au crime d'hérésie, après quoi on ne daigna pas seulement traiter des autres chefs d'accusation , dont cette omission seule fait sentir la frivolité , si Ton n'aime mieux croire que les malheureux templiers furent encore les ■victimes qui expièrent, auprès de Philippe, les crimes de Boniface. On déclara que ce pape avait été constamment catholique , et , selon ce qu'ajoute saint Antonin , vrai et légitime pontife de l'église romaine. Mais pour la satisfaction du roi , Clément V prononça qu'on ne pourrait jamaj^ rçcher-' cher ce prince , ni ses successeurs , sur ce qu'il avait fait contre Boniface ou contre l'église^

Un autre objet du concile de Vienne , ou, pour mieux dire , l'objet commun de tous les conciles dans ces temps mauvais , c'était. Farticle si souvent remanié de la réformation. A proprement parler, elle ne saurait tomber sur le dogme , qui est invar riable et toujours pur dans l'enseignement public; mais l'église ne maintient le sacré dépôt dans cette pureté , que par son attention constante à réprimer les esprits téméraires ou singuliers qui aiment dans tous les temps à s'écarter des chemins battus. Dans celui que nous décrivons, è'est-à-dire, dans le renouvellement^encore très-informe des sciences et des éludes , le goût des systèmes et de la subtilité s'étendait à tout. Delà vaine métaphysique puisée dans les œyvros mal entendues a Aristote. et de Platon , on voulut pénétrer jusques dans les profondeurs de l'être divin , dans les principes du bonheur surnaturel, et dans les secrets ininielligiblés d'une spiritualité ou mysticité qu'on imaginait y conduire.

Pierre-Jean d'Olive , franciscain , mort quinze ans auparavant , avait soutenu où donné lieu de soutenir que l'essence divine engendre et est engendrée : erreur déjà condamnée par le quatrième concile général d(^ Latran, dans les écrits de l'ahbé Tome Fil. N

Joaohim, autre visioniiaireJont Pierre-Jcand'OHi était grand admiralf^tir, On acctisail encore celuici d'avoir avanré niusieurs autres nouveautés scandaleuses , particulièrement que l'ame raisonnable n'est ]ias la forme substantielle du corps humain : ce qui paraît signifier que Je corps et l'ame dans l'homme ne coiisliluent p;i9 essentiellement une seule et même personne , iVoù il .s'ensuivrait que ce n'est pas tout rhoiiime , mais l'ame seule qui mérite et démérite. Contre la première de ces erreurs , le concile de Vienne s'en tint à la décision de celui de Latran , ajoutant que le fils de Dieu, qui subsiste élernellement avec le Père en lotit ce par quoi le Père existe, a pris les parties de noire nature unies ensemble , savoir, le corps itassibîe , et l'ame raisonnable qui est essentiellement la forme du corps , et qu'en cette nature il a daigné souffrir et mourir pour opérer le salue de tous les hommes. Puis il prononce expressément que celui-là est hérétique , qui ose soutenir que l'iime raisonnable n'est pas essenLiellement la forme du corps humain. Il déclare aussi , mais seulement comme l'opinion la plus prob.ible , que la glace et les \erlus sont conférées par le baptême, tant aux enfans qu'aux adultes , et non pas uniquement la rémission du péché originel.

Ces décisions furent portées à l'occasion du frère mineur Uhcrtin de Casai , sectateur zélé de Pierre- Jean d'Olive, et comme lui, chef des Franciscains qui , sous le nom de spirituels , se tiallaient de suivre leur règle beaucoup mieux que ceux de la commune observance , d avec lesquels ils se distinguaient déjà par une espèce de schisme. Parce qu'ils proft'isaienl puhliquemrat la cro\anre de l'église dauî toute son étendue, le pape Clément se contenta de les obliger à l'entrer sous l'obéissance des supérieurs ordinaires , et afin de lever leurs scrupules , il rendit, en explication de la règle de saint ï rancois , une constitution qui fut approuvée dans un consiâtoira secret du concile. On y déclar»

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d'abord querévangile n'împose point d'autre obligation aux frères mineurs qu'au reste des chrétiens, à moins que leur règle ne les y assujettisse formellement en des termes qui aient forc^de précepte, et qu'on a soin de spécifier. On expliqua- ensuite la manière dont ils doivent pratiquer la pauvreté religieuse; ce qui faisait le plus grand sujet de différent entre les deux parties de Tordre. Ils ne doivent avoir, ni revenus annuels, ni argentltn maniement, pas même des jardins trop vastes , ni à plus forte raison des vignes ou des champs labourables , point d'églises magnifiques , point d'ornemens précieux et recherches : en un mot, on les borne à l'usage modeste des choses nécessaires. Une constitution apostolique devait suffire sans doute pour étoulfer à jamais des dissentions et des rivalités monacales; mais l'esprit zélateur plie rarement sous la raison , et moins encore sous l'autorité. La bulle réconcilia si peu les frères des deux observances, que plusieurs des rigoristes se séparèrent hautement des mitigés, sur-tout dans la Narbonnaise, où, à l'aide du peuple abusé par leur nom séduisant de spirituels , ils chassèrent les autres de pliS^eurs villes.

Il y avait encore des secîftitfeurs plus dangereux de Pierre-Jean d'Olive, qu'ils nommaient saint Pierre non canonisé , ne mettant de différence entre Tapôtre et le franciscain, que celle dy culte ubiic. Ces nouveaux enthousiastes étaient des aïques de l'un et de l'autre sexe ,' qui ^e disaient frères de la pénitence du tiers-ordre , et que le peuple nommait bégard^, béguins ou fratricelles. C'était la même secte que celle des bîzoqûes ou premiers fratricelles , clé^ condamnés par Boniface VIII. Suivant le décret motivé , fait contre eux au concile de Vienne , ils soutenaient que l'homme peut en cette vie parvenir à un point de )erfeclion qui le rende entièrement impeccable, et ui confère un tel degré de grâce , qu'il lui soit impossible d'en acquérir davantage; qu'il y peut aussi obtenir la béaûtude finale , d^^ la même

mnnièretjiie dans l'éternité; que toute nature in lectiiplle filant heureuse en soi , l'ame n'a pas besoiiï. des splendeurs de la «loire céleste, pour voir Dieu et jouir de lui. Oo eut peut-être méprisé ces spéculations chimériques comme les fruits d'un vrai délire, si les conclusions pratiques qu'ils en tiraient, n'eussent été affreuses pour les mœurs. Mais ils prétendaient qu'arrivés à cette perfection où la chair se trouvait parfaitement soumise à l'esprit, ils ne devaient plus ni jeûner, ni prier; qu'ils pouvaient accorder généralement à leur corps tout ce qu'il convoitait ; qu'ils n'étaient plus soumis à l'obéissance des hommes , ni même aux commandemens de l'éclise. C'était une imperfection , suivant eus, que de s'exercer à la pratique des vertus, auxquelles , disaient-ils , l'ame parfaite donne congé. Ils regardaient même comme indigne de la suhlimité de leur contemplation, de s'abaissera méditer la passion et les autres mystères de l'humanité du Sauveur , de recevoir 1 eucharistie , de fléchir le genou devant elle., et de lui donner aucun signe de respect. Le pape, avec l'approbation (lu concile, conflacnna sévèrement cette secte f)ernicieuse , qui s'étendait principalement dans es conûns de rAUemagne.

On a vu qu'il y avait depuis long-temps des associations de femmes dévotes, nommées Béguines, et instituées par Lambert le Bègue dans les Pays- Bas , où elles se sont perpétuées avec édîScation jusqu'à nos jours. Celles-ci ne sont pas comprises dans la sentence du concile de Vienne , qui les excepte formellement. Il ne retianche que les abus qui s'étaient introduits à leur occasion , et dont le moindre était une curiosité présomptueuse, qui faisait discuter les vérités de la religion , avec les dangers et tous les travers inëvilahlcs aux personnes du sexe travaillées de celte manie.

On en vit les plus funestes eifels jusques dans la capitale de France. Une de ces corruptrices , qui déjà dogmaLisait par écrit, avança dans un de ses

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ouvrages , avec beaucoup d'autres erreurs contre ]a foi , qu'une ame anéantie dans Tamour de son Créateur, pe\it et doit sans remords accorder à la nature tout ce qu'elle demande. Elle tenait si opiniâtrement à cette doctrine , que le supplice du feu ne put jamais la lui faire abjurer: La séduction, sur-tout en ce genre , passant si aisément de ce sexe à l'autre , un certain Guiard porta le fanatisme jusqu'à se dire l'ange de Philadelphie , et subit de même la peine du feu. En Italie, au pays de Spolète, des ecclésiastiques même et des religieux soutinreat ces affreuses maximes, et sous ce prétexte de l'esprit de liberté , s'abandonnèrent sans scrupule à toutes sortes de dissolutions. C'étaient les restes de la secte de Doucin , qui n'avait pas4ini avec ce turbulent novateur, pris et puni de mort quelques années auparavant pour ses principes et ses attroupemens séaitieux. Car , sous le spécieux prétexte de la simplicité et de la liberté évangélique, qui avait entraîné à sa suite une nombreuse populace , il s'était élevé contre toute autorité ecclésiastique, contre le culte public, contre toute obéissance rendue à des hommes. Il instruisait ses sectateurs à voler quand on ne leur faisait pas l'aumône , prêchait que tous les biens étaient communs , débauchait les femmes à leurs maris , et prétendait que tous les hommes et les femmes indistinctement

Î)Ouvaient vivre maritalement ensemble , parce que a charité voulait que toutes choses fussent communes. Il fut coupé en pièces, ainsi que Marguerite de Trente sa concubine , après qu'on eut longtemps poursuivi sa troupe rebelle avec une armée ' de croisés. On punit de même quelques-uns de leurs principaux complices , et l'on épargna la multitude abusée. * •

Pour ce qui est de la réformation proprement dite, onde la discipline, le souverain pontife avait mandé à tous les evêques d'apporter a Vienne des mémoires sur ce sujet. Une nous en reste que deux, l'un sans nom d'aqteur , l'autre de Guillaume Du-

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rand, évêqoe de Mende : mais dans ces esquisses 5UP les relâcheiïiens du iroisième âge , nous ne Irouvona C[ue trop de preuves dti besoin qu'il ovait de réforme. On y attribue d'abord avec raison les dévé^ glemens du couiuinn des fidèles , a ceuT des ministres de la religion , nommes dans l'cvanglle le sel de la terre , et qui ne sont jamais pour eux seuls , ni bons, ni mauvais. La source de la dépravation cléricale était le peu de discernement qu on faisait des sujets , pour les admettre à la cléricature , et sur-tout pour leur conférer les beoéûces. Par les expectaiives et les nominations en cour de Rome ,, la charge d'ames passait journellement à des clercs vagabonds et dissipés , qui ignoraient tout , excepté l'art du manège et de l'inlrigue , qui ne sa- Taient pas même la langue du peuple qu'on leur confiait, tandis que les évêques n avaient rien à donner aux gens lettrés et vertueux , qui se dégoûtaient enfin , portaient leurs talens à la cour oa dans les tribunaux séculiers, et souventdevenaient les pltisgrandsennemis du clergé qui sembiailavoir dédaigné leurs services. L'auteur da mémoire inconnu , dit qu'il connaît une cathédrale, où depuis vingt ans l'évêque n'avait pu conférer que deux prébendes, sur plus de trente-cinq qui avaient vaque, sans compter les expeclalivi's données sur le reste du diocèse, où le pape avait disposé de tous les autres bénéfices dans la même proportion. L'abus allait jusqu'à entasser sur la tète d un incapable, et quelquefois d un enfant , qualre , cinq , six , et jnsqu'à'douze bénéfices; en on mot , plus de revenu , selon les termes du mémoire , qu'il n'eu fallait pour l'faonnète entrelien de soixante bons sujets.

L'episcopat lui-même, avili par les réserves ,^1 n'avait guère moins à souffrir des élections, soit' par les vices des électeurs quî voulaient des évêv,^ ques aussi vicieux qu'eux, soit par fimporlunitâ j et la violence des grands en faveur de leurs pro- 3 ches, soit par les évocations fréquenles des caitscs ]

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d^ élection au tribunal apostolique; d'où il arrivait au moins, que les églises demeuraient long-temi>s vacantes , au préjudice tant du spirituel que du temporel. Une autre cause du mal des églises j était le défaut de résidence de la part des curés et des évéques , qui se faisaient illusion sur un devoir si rigoureux, en passant des temps considérables e^ cour de Rome. La dispense en ce genre , comme en tout ce qui est du droit commun , ne doit avoir lieu, suivant le mémoire, que pour le bien public : autrement elle renverserait l'autorité des anciens canons qu'il est impie de contredire , et contre lesquels le pape Aiême n'en doit , et peut-être n'en peut point accorder. On reproche encore à, la cour romaine de commettra une espèce de simonie , en exigeant des prélats pourvus en cette cour, les sommes qu'on exigeait pout* l'expédition des titres et le salaire des greffiers, et qui se partageaient entre le pape et les cardinaux. Il s'introduisait parmi ceux-ci un nouvel abus « qui consistait à se procurer des bénéfices réguliers , au grand dommage delà règle, de l'hospitalité qui s'exerçait chez les moines , de leurs bâti mens et de tous leurs biens. La manière dont on réclame contre ces nouveautés , fait sentir combien les commendes étaicnè peu conformes au vœu de l'église.

L'abus du pouvoir des clefs n'est pas rendu moins sensible. Le droitde lancer des censures ne se trouvait pas seulement entre les mains des premiers prélats ; mais ceux-ci le commettaient aux archidiacres et aux doyens ruraux , qui avaient euxmêmes des substituts beaucoup moins qualifiés , et quelquefois très-ignorans ; d'où il çirrivait qu'il y avait des excommunications sans nombre , et souvent sans cause. On cite des paroisses où l'on voyait jusqu'à quatre cents , et même jusqu'à sept cents excommuniés. La vie d'une quantité de clercs et sur-tout de bénéficiers , n'était ni réglée , ni réservée , pas mênie décente dans le lieu saint. Ils y conversaient et s'y promenaient pendant l'office, jus-

qu'à !a fia de chaque heure ; et à ce moment îli cournient au chœur , en vils mercenaires , pour recevoir la distribuLion. Leurs mœurs étaient si équivoques, qu'on propose- Je mettre en délihération dans le concile , s'il n'est point à propos de leur permettre ie mariage , comme aux clercs de l'ei^Iise grecque.

On accuse les moines de fuir la gène du cloître , I de se répandre dans le monde le plus dissipé , et

i'usques dans les marchés et les foires pour y faire e négoce, et scandaliser souvent le peuple par des TÏces plus crians que les leurs. On reproche à d'autres qui s'observaient davantage , de se retirer

deux ou trois dans le;

prieures champelies , pour

y vivre dans une liberté fort semblable à la licence. On rend néanmoins justice aux religieux raendians, sur l'article des mœurs , de la science , du zèle pour le salut des âmes. Ouïes trouve propres à suppléer au peu de mérite des curés : mais on propose deleur donner des revenus assurés; ce qui fait comprendre qu un degré de vertu assez éminent pour que le dépouillement parfait n'y expose à aucun périt , ne demande pas moins d liéroïsme pour la persévérance que pour la première institution. On reprend aussi dans leurs prédications les subtilités et les vaines recherches , et on les exhorte à revenir aux méthodes anciennes. En général , on attribue les abus régnans et les relàchemens divers à l'oubli des anciennes règles , et sur-tout des canons dressés par les quatre premiers conciles.

En conséquence de ces mémoires , et sur beaucoup d'autres observations , les pères de Vienne rendirent plusieurs décrets , qu'ils nomment constitutions. Les deuxpremiers concernent les exceptionsdesréguliers, Lesavantages etlesinconvcniens en avaient été discutés avec chaleur par Jacques de Thermes, abbé de Chailli, ordre de Cileaux, et par Gilles de Rome , surnomme le docteur bien fondé, devenu d'angusiin archevêque de Bourges. Le prélat s'élevait principalement contre les reli-

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gîeux reniés , enorgueillis de leurs rîcliesses , à ce qu il prétendait , et peu soumis aux évoques dont ils avilissaient Tautorité. L'abbé traduisait arand nombre d'évêques, non-sèulement comme des nommes entrés dans leurs sièges sans vocation et souvent par des voies mauvaises , dépourvus de l'esprit de leur état , incapables à plus forte raison decon*duire les âmes dans les sentiers difficiles de la perfection religieuse ; mais comme les vrais tyrans de* moines, qu'ils opprimaient par esprit de domination , et ne cherchaient qu'à dépouiller par une odieuse avarice. Le concile prit le milieu entre ces deux extrémités : il défendit aux prélats d'entreprendre sur les biens des moines, d'user contre eux de violence , et de les empêcher d'aller à leurs chapitres généraux ou provinciaux : mais il fût aussi défendu aux religieux d'administrer , sans la per-^ mission du curé^ les sacremens d'extrêmè-onction , d'eucharistie et de mariage , d'absoudre des cas ré-p serves à l'évêque , d'absoudre aussi et d'enterrer les excommuniés ou les usuriers notoires , de détourner les laïques d'aller à leurs paroisses , de se procurer des legs au préjudice de ces églises , enfin de parler mal des pasteurs ordinaires.

Quant aux démêlés des religieux mendians avec le clergé , Clément V renouvela dans le concile de Vienne la décrétale de Boniface VIII , que Benoît XI avait révoquée. En conséquence, il fut permis aux dominicains et aux ^ançiscains de prêcher dans leurs églises , dans leurs écoles et dans les places publiques , comme il se pratiquait alors ; mais non pas aux heures où les prélats prêcheraient eux-^ mêmes , ou feraient prêcher en leur présence. lU ne prêcheront pas non plus , ajoute le pape , dans lés paroisses , sans mission de l'évêque , ou sans l'invitation des curés. Poui: la confession , ils demanderont l'approbation de l'évêque , qui pourra la refuser à quelques-uns , suivant les règles de Té» quité et de la prudence : mais s'il la refuse géuévalemenL à tous ceux cjue leurs, supérieurs pouiv

raient présenter, alors les religieux administreront la pénitence en vertu du piiiivoir que le pape leur en donne. Ce privilège excita dans I église des déliatsqiii furent très-longs, et souvent très-vifs , et les prélats n'ont pas cesse' de réclamer , jusqu'à ce qu'il ah été enfin abi-ogé dans ces derniers siècles }. pour la tranquillité delà liiérai-chie.

Le concile défend aux moines rentes la super* iluité danfl la nourriture , la vanité dans les vêtemens, la chasse , les voyages en cour et les cabales contre leurs supérieurs; il leur recommande la retraite et l'étude , sans plus faire mention du travail des mains , trop éloigné des mœurs nouvelles. On défend aux religieuses d'user d'étoffe» de soie et de fourrures précieuses, de se coilferen cheveux , ou de toute antre manière recherchée t de sortir de leurs maisons, sur-toiU pour se promener de nuit par les rues, pour aller au bal et aux fêtes mondaines. Sur cette défense étonnante, on peut juger du relâchement qui l'occasionnait. Le concile veut que toutes le$ religieuses aient des visiteurs , sans excepter celles qui se disaient chanoinesses séculières , et s'assimilaient aux clianoines.

Aux clercs séculiers , même mariés , comme il n'était pas rare d'en trouver alors dans les ordreà inférieurs , il est défendu , sous peine de perdre le privilège clérical, de porter des armes, ou d'exercer la profession de boucher , de cabarelier , et tout commerce aussi peu analogue aux moeurs ecclésiastiques. Défense de paraître en public , vêtus d'habits qui frappent la vue du peuple, soit par la hardiesse ou lussortissement bizarre des couleurs, soit par la singularité de la forme. L'âge nécessaire pour recevoir les ordres est fixé à dixhuit ans pour le sous-diaconat , ù vingt pour le diaconat , & vingt-cinq pour la prêtrise. Cependant le mémoire de l'évêque de Meiulc , en conformité avec les anciens canons , requérait trente ans poui* la prèirise , et vingt-cinq pour le diaconat. Eufîn ,

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par rapport à rimmunité des clercs * le concile ré* \oqua la buWe Clericis laïcos , qui avait si fort animé Philippe le Bel contre Boniface VIII.

Il fît aussi, pour les hôpitaux, un règlement fameux qui a donné Forigine aux administrations laïques de ces institutions. Il défiçnd, eous peine de nullité, qu ils soient donnés désormais comm^ bénéfîces à des séculiers, à moins que eela ne soit ordonné par le titre de la fondation. Hoi^ de ce cas , ils sont commis aux soins de personnes dignes par leur probité , leur sensibilité et leur intelligence , de devenir les tuteurs des pauvres , toute* lois sous Tinspection des ordinaires, anxqqels ils rendront compte annuellement. Cette disposition nous oblige à reconnaître «en gémissant , qu'elle fut extrêmement honteuse à plusieurs ecclésiastiques du treizième siècle , comme provenant de leur dureté envers les malheureux dont ils détournaient les biens à leur profit personnel ; ce qui força le concile à prendre une méthode toute con-* traire à celle des siècles précédens : jusque-là oa n'avait pas cru pouvoir mettre ces hospices de c]}arité en meilleures mains que celles des prétreii et des diacres. D\in autre côté , on condamna Fusage où étaient les juges laïques de refuser les' sacremens de pénitence et de Feucharistie aux malfaiteurs qui devaient subir la peine de mort. Les ordinaires sont autorisés à contraindre les juges , lar la voie des censures , à corriger cet abus ia^ iumain.

Le concile renouvela .aussi la fête du saint sacre** ment, instituée plus de quarante ans auparavant par Urbain lY, mais qui sans doute n'avait pas encore été reçue dans toutes les églises, ou qui y avait élé négligée. L'autorisation d'un concile œcumé^ nique la fit célébrer par-tout, et de jour jen jour avec une plus grande solennité. Ce^t depuis ce temps-là que les fidèles, d'un concert unanime , saisissant Tesprit du concile , quoiqu'il ne parle expressément , ni de procession , ni d'exposition ,

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ont cru devoir honorer, par ces lémoignageseclatans de leur adoration et de leur amour , un Dieu fait homme, à qui son ëlat glorieux dans le ciel ne fait pas dédaigner d'habiter encore au milieu des hommes.

Pour la gloire des sciences aussi-bien que de la religion, on établit l'étude des Ian"ties savantes propres à faciliter la converf^ion des infidèles. Il fut réglé que dans les principales écoles , nommément dans les universités de Bologne , de Paris, de Salamanque , d'Oxfort , et dans les lieux où résiderait la cour de Rome, on établirait deux maîtres pour l'hébreu, deux pour l'arabe, et deux pour le chalde'en. Le promoteur principal de ces institutions fut le célèbre Raimond Lulle , natif de Majorque , personnage presque indéfinissable , de vie d'abord dissipée et même libertine, ensuite frère très-fervent du tiers-ordre de saint François , amateur de la solitude et solliciteur assidu des princes , qu'il vit tous et pressa jusqu'à l'importunité , pour les faire entrer dans les plans de son zèle, négociateur d'une activité unique , auteur de plus de volumes qu'un homme n'en pourrait transcrire et presque lire durant la mesure ordinaire de la ■vie , accusé d'bére'sie et martyrisé chez les maliométans d'Afrique , homme en un mot si différent de lui-même et chargé de tant de contrariétés inconciliables , que si la moindre partie de ce qu'on en raconte est vraie , les faits les plus romanesques ne sont plus chimériques. On lui a attribué |usqu'à la découverte du grand œuvre (i).

Les pères de Vienne prirent encore Ja croisade en considération. Le roi Philippe, Louis, son fils aîné, roi de Navarre , et le roi d Angleterre , promirent de faire le voyage ; mais tout aboutit à imposer une décime sur le clergé. Les sommes se recouvrèrent , et la Terre-Sainte resta sans nulle contradiction au pouvoir des infidèles. Il en sera de même de bien

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des projets semblables que nous vcivrons se renouveler par la suite.

Malgré la multitude et la diversité de tous ces grands objets qui firent la matière du concile de Vienne , il n'y eut que trois sessions , mais qui furent préparées par un bien plus grand nomlire de consistoires ou de congrégations particulières. Il fut enfin terminé , avec la troisième session , le sixième jour de Mai i3i2. Il restait néanmoins à consommer l'affaire des templiers, regardée comme imparfaite tandis que le grand-maitre et les autres chefs principaux de Tordre ne seraient pas jugés personnellement.

Le pape , qui s'en était rései'vé le soin , le commit ensuite à trois cardinaux , assistés de l'archevêque de Sens , de quelques autres prélats et de plusieurs docteurs en droit canonique. Ils les condamnèrent à une prison perpétuelle , au nombre de quatre , savoir , le grand-maître Jacques de Molai^ le visiteur de France , les commancleurs d'Aquitaine et de Normandie. Ces fameux accusés avaient déjà infirmé , comme on l'a vu, la confession qu'ils avaient faite en premier lieu , et qu'ils prétendirent depuis leur avoir été extorquée par la séduction et par la crainte des tourmens. Quand on leur fit la lecture de leur sentence , les deux plus illustres des quatre , c'est-à-dire , le grand-maître et le frère du dauphin d'Auvergne , que quelques auteurs disent visiteur de Jrance et d autres commandeur de Normandie , rétractèrent leurs aveux ^ au grand étonnement du peuple , et protestèrent avec intrépidité qu'ils étaient innocens. Les car« dinaux-légats , fort embarrassés , prirent le parti de délibérer le lendemain sur ce sujet , et les remirent entre les mains du prévôt de Paris , seulement pour les grder jusqu'à ce moment ; mais le roi qui était au palais , tint sur le champ conseil avec les officiers qui se trouvaient auprès de lui , jsans y appeler aucun ecclésiastique , et le même jour sur le soir , il fit brûler ces deux chefs de l'ordre dans

*T 1 s T o I n E iine petite île de la Seine qni était entre le jardin du roi el les aiigiistins , à l'endroit: où est aujuurd hi)i la place Uaupliinc. Le supplice ne servit qu'à redoiihirT- leur constance , qui leur inspira unfe éloquence pleine d'enlliousîasme , et fît une impression elonnonlesnrlesassislans. Les deux autres, après avoir été qnelqufe temps en prison, furent luis-en Irberlé , suivant la prdmesse qu'on leur en avait faite. Et plût à Dieu qu'on n'eût point mis de dilférence entre le traitement des quatre ! Que de censures amères , et en quelque sorte plausibles , n'eûl-on point épargnées par-là aux chefs des denx pnissances !

Nu! événement peut-être n'a jamais si bien fait sentir qne celui-ci , les tristes inconvénîcns auxquels ou s'expose en traçant la marche des tribunaux humains sur celle du divin tribunal de la pénitence, où le coupable, seul accusateur et seul ~ témoin contre lui-même , ne peut être absous qu'au moyen de sa propre confession. Pai' les noms odieux de relaps et de contumaces, bien ou mal appliqués à ceux qui ne veulent pas se rendre leurs propres diffamateurs, on peut faire illusion pour un temps; mais la poslérilé tôt ou tard use de ses droits , et avec d'aulant pins de rigueur , qu'on s'était mieux concerté pour lui fermer la bouche.

Selon bien de censeurs, Philippe le Bel, naturellement avide , et devenu plus avide encore par le dérangement de ses finances, impérieux, vindicatif au point où il le montra dans ses pourjuttesconlre Boniface VTII , avait absolument résolu la perte des templiers , tant pour s'être déclarés liauiement en faveur de ce pape , que pour avoir contribué à une sédition à cause des moit* i naies que le roi avait haussées jusqu'à deux tiert; , au-dessus de leur valeur réelle. D'un autre côtéî^ ils repiéseiitent Clément V comme le vil esclave d Philippe sur le trône pontifical, où il s'estimai^ trop heureux de se maintenir par les voies qu'ifil prétendent l'y avoir élevé. A des personnes augus-

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tes qui craignent le pins d'encourir le blâme et l'exëcralion des siècles à venir, nous nous c;arderons bien d'injj)u1er une atrocité telle cjue la proscription injuste et réfléchie de la plus belle noblesse du monde chrétien , ou telle seulement que la servile et cruelle connivence d'un souverain pon* tife. On ne peut donc i»uère douter qu'il n'y eût bien de vices à reprendre parmi les chevaliers du temple.

Mais tant d'illustres coupables l'élaient-îls à un tel point , qne l'ordre entier méritât le sort funeste

au'on lui fit subir ? grande question qui dure epuis plus de cinq siècles^ et qui.durera vraisemblablement à jamais. Qu'en importe au fond la décision à l'église ? Ce ne fut pas véritablement son ouvrage , que la proscription des templiei'S , condamnés , il est vrai , dans lé concile de Vienne , mais non par ce concile , mais seulement dans un consistoire secret , mais ^par la voje seule de provision et d'ordonnance apostolique, comme s'ex- ' prima Clément, ce qui signifie tout au plus un mandat particulier du pape. On doit; aussi se souvenir qu'alors les pères de Vienne ne trouvaient pas la procédure sumsamment instruite , au moins quant à la condamnation des personnes^ puisque tous unanimement requirent qu'on entendît encore les chevaliers dans leurs défenses , à l'elcceptîon de quatre prélats seulement, dont eux, les archevêques de Reims et de Sens, pouvaient être censés )artiés , comme ayant déjà livré au bras séculier es accusés de leurs provinces. Il paraîtrait toutefois bien hardi de contredire les savans Dupuitset Baluze , deux critiques des plus judicieux du dernier siède , qui , d'après les pièces originales et les auteurs contemporains examinés avec toute Tat'*' tention et la sagacité dont ils étaient capables , ont jugé que l'ordre des templiers méritait sa suppression.

Mais il reste encore à savoir si la dépravation était aussi généi^ale dans l'ordre ^ et aussi aifrcsuse

qu'on la supposait, si laprati([ue invariable depuia quarante ans y était de n'admettre personne sans insulter au crucifix , sans outrager la nalure par des impuretés exécrabies. Quanta la généralité de ^imputation , elleestdcmenlie par le ]Ugeraentdes

t templiers d'AUeroagoe , d'Aragon, de Castille et d'une grande partie de t'tiatie , tous ou presque tous renvoyés innocens. Qu'il y ait eu quelques monstres , corrompus d'abord par les musulmans d'outre-mer , et qu'ils en aientformé à leur tour un bien plus grand nombre , en France sur-tout où

tl'on avait le plus de communication avec la Syrie peuplée de Français; c'est ce qui ne passe pas la mesureordlnaire de la dépravalioa bumaine : mais encore était-il expédient ,en ce cas , de répandre un sang illustre avec cette profusion , démultiplier au BU et au vu du peuple ces tortures scandaleuses, d'attiser tant d'borribles bûchers dont le spectacle ne pouvait laisser que des impressions sinistres? I^'eul-ii pas mieux Talu se conformer à la maxime de saint Augustin , qu'en matière de religion , surtout quand le nombre et la qualité des prévaricateurs sont si considérables, il est d'une sage économie d'user d'indulgence ? Quelle flétrissure en particulier ne se fût pas épargnée Philippe le Bel , si , content de la prison au grand-maitre et du commandeur Gui d'Auvergne^ il neles eûtpasdévoués au bûcher avec sa précipitation accoutumée, sans nul égard à l'ordre hiérarchique , sous le seul titre de relaps et de contumaces , si peu proportionné , dans le jugement des races suivantes , avec cette effroyable rigueur? C'est tout ce que nous pouvons dire de cette exécution à jamais fameuse. L'historien doit présenter tout ce qui peut diriger le jugement du lecteur ; mais il n'appartient qu'à celui-ci de prononcer, jau nioinsen pareil le matière. Philippe etClément suivirent de prèsau tombeau les mallîeureuses victimes de leur sévérité; le pape, le 23 Avril de l'année i3i4 ^ la même où le gi-andmaitre avait été brûlé ; le roi , le 29 Novembre de

cette

éetteinême année , la quarante-sixième seulement '^

de son âge. Il eut pour successeur , son fils aîné ^

Louis X , surnommé Hutin , dans le langage du ^

temps , à cause de son humeur pétulante , et déjà *S

i*oî de Navarre du chef de sa mère qui unit ainsi sd ^

Couronne à celle de France. Les peuples , indignés o

de tant d'exécutions révoltantes, saisirent avec avi- %

dite le bruit qui se répandit sans fondement , que ^

le pape et le roi avaient été ajournés par le grand- ^

maître au tribunal du juge suprême: méprise affec- " '^

tée d'une maligne ignorance , qui attribua au mo- ~^

narque français ce qu'oti avait raconté deux anâ ^

plutôt du roi Ferdinand IV de Castille , mort ^

subitement, après avoir été cité au jugement dé ^

Dieu par deux frères du nom de Carvajal , qu'il ^

avait condamnés précipitamment à la mort pour '^

un assassinat dont ils se prétendaient innocens (i). ^

^ Ce qu'on raconte des moeurs de Clément V, ne '^

donne pas un grand poids à ses œuvres. Selon Villanî, J^

saint Antonin et bien a autres auteurs , on disait i

publ iquement qu'il avait pour maîtresse la comtesse ^

de Périgord , fille du comte de Foix , et l'une des ^

beautés célèbres de son temps. On ajoute qu'il aï- ^

mait l'argent avec tant de passion , que tout était t

vénal à sa cour. Il laissa des trésors immenses à ses '

neveux et à ses autres parens , race insatiable , et \

d'une insolence effrénée. Ils se firent encore accuser C*

d'avoir détourné plusdetroiscents mille florinsd'or, |

destinés au secours de la Terre-Sainte. Les cardi- ^

naux étant assemblés en conclave à Carpentras , ^ pour donner un successeur à Clément , ses neveux

Bertrand et Raîmond-Guillaume , soit qu'ils ct-ai- ^

Snissent que le pape futur ne recherchât leur con- '^

uite , soit qu'ils voulussent perpétuer leur domi- -i

nation tyrannique danslà cour pontificale , vinrent ^

tout à coup suivis de troupes nombreuses de Gas- j

consii pied et à cheval , tujerent plusieurs Italiens , 5

pillèrent comme dans une ville prise d'assaut, et ^

(i) Marîan. l. xv , c..li.

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