‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 26 sur 64 · Tome Fil · texte numérisé non relu

Tome Fil

mirent le feu en divers quartiers. Les cardînanx s'échappèrent secrètemeni par une oiiverture qu'ils firent à un mur de derrière du palais é|)iscopaI où ïb s'étaient enfermés , et chacun d'eux s'enfuit où il put, non sans de grands péri ls(r). Tout ceci arriva au mois de Juillet , entre la mort de Clément V et celle de roi Philippe. Ils implorèrent aiissiiôt le secours de ce prince, qui les prit sous sa protection j. et leur conseilla de se rassembler à Lyon , réuni^ depuis peu en toute souveraineté à sa couronne. Cette ville puissante de l'ancienne domination de^ monarques français , avait passé aux rois d'Arlei et de Provence qui la transportèrent à l'empi puis la réduisirent insensiblement sous les lojai| absolues , tant spirituelles que tem)>orellcs de son^ archevêque et de son chapitre, souvent peu d'accord sur leurs droits respectifs. Les citoyens ennuyés de ces altercations dont ils avaient beaucoup à souffrir, ouvrirent leurs portes aux troupes du roi, qui cbligea le clergé à lui céder sa souveraineté. Oa conserva , au moins quelque temps , à l'archevêque,, le droit d'avoir des troupes et de battre monnaie,, et aux chanoines , le titre de comtes où ils seront; maintenus.

Le conclave se tint en effet à Lyon ; mais ce n& fut pas sans peine et sans de longs retardemens qu'on y rassembla les cardinaux alarmés ; ce qui fit vaquer le saint siège plus de deux ans depuis la mort de Clément V. Ainsi toutes les diligences de Philippe ie Bel , qui mourut avant ce terme , ne, Ttui'enl procurer un chef à l'église. Louis X , son ibis et son successeur, envoya Pnilippe , son propre frère et comte de Poitiers , pour l'exécution de cedessein. Ce premier prince du sang fut encore Ri~ mois à rassurer les cardinaux, qu'il fit enfin revenii à Lyon au nombre de vingt-trois. Mais il y avait. peine réussi , qu'il apprit la mort du roi son frère J arrivée au bout de dix-huit mois de rècne. Il sft

trouva fort embarrassé entre ces deux affaires capitales , qui demandaient sa présence en .des lieux différens. Il partit pour celui où le rappelaient les soins propres du tn5ne , après avoir mis les cardinaux dans la maison des frères prêcheurs , avec de* gardes pour les empêcher d'en sortir avant qu ils eussent rempli le siège apostolique. Comme Louis Hutin avait laissé sa femme Clémence enceinte , le comte de Poitiers fut nommé, régent du royaume en attendant la naissance de Tenfant. Ce fut un prince qui , le i5 Novembre de cette année i3i6, acquit le titre de roi sous le nom de Jean I ^ et le perdit en mourant quelques jours après. Le régent son oncle fut aussitôt reconnu roi , cinquième dd nom de Philippe , et surnommé le Long y à cause de sa taille*

Le septième du mois précédent ^ après quarante jours de conclave, les cardinaux avaient élu d'une voix unanime Jacques d'Eusse , cardinale vêque de Porto , qui prit le nom de Jean XXII , et fixa , comme son prédécesseur, son séjour à Avignon. Il était Français , né à Cahors , et non pas de bas lieu ^ comme l'assure Fleuri , d'après Villani et saint Antonin : on peut se convaincre du contraire par les savantes discussions de Balu2e. On n'est pad. mieux fondé à croire qu'il s'était nommé pape lui« même : la lettre circulaire par laquelle il fait part de sa promotion aux évêques ^ porte expressément

3u il avait beaucoup hésité à se charger de ce far^ eau terrible. On reconnut sa prédilection pour sa pairie , dès la première; promotion de cardinaux u'il fit dans l'année de son avènement au pohti« Icât'. Entre huit, il y a sept français , et un seul italien. Quelques années après ^ il fit encore sept cardinaux, tous français sans aucune exception.

L^ seconde année de son pontificat, il érigea le siégé de Toulouse en archevêché; et pour lui former des suffragans , il établit en même temps des cvêques à Monlaubah , à Saint-Papoul , à Rieux, à Lombez , et leur joignit celai de Pamiers. Comme

ail Histoire

ces retrancbemens se faisaient sur la me'tropole de Nnrbonne ; pour la dédommager ," on y créa ie« évècliés (l'Alelh et de Saiot-Pons. Celui d'Albi fut pai'la^é en deux , par l'érection, de l'abbaje de Castres en un nouveau siège épîscopal. Dans les provinces de BourgRs et de Bordeaux , Jean XXJI créa la même année sis. nouveaux éirèchés , Yabres dans le diocèse de Rliodez , Condom dans celui d'Agen , Sarlat dans celui de Limoges , Saint-Flour dans celui de Clermont , et dan« celui de Poitiers Lucon et Maillezais dont le siésçi fut transféré à la ïlocLelle vers le milieu du derftier siècle. L'année suivante, il fit encore trois évècliés nouveaux, Tulle dans le diocèse de Limoges, Lavaur et Mirepoix dans celui de Toulouse.

Il clioisissait pour ces sièges épiscopaux , des monastères dont les abbés étaient ordinairement faits évêques, afin d'empêcher les oppositions. Bertrand, abbé de Saint-Benoit de Castres, vil cependant installer un autre évêque à sa place. C'est pourquoi, après avoir donné son consentement, parce qu'en le refusant, à ce qu'il dit, il s'exposait a une prison perpétuelle, il adi-essa ses réclamations aux présidensdesparlemens de Toulouse et de Paris assemblés. Il soutint que , selon les lois et les usages du royaume, le pape ne pouvait pas faire ces érections , sans le consentement du roi et des seigneurs territoriaux. 11 accusa même le pape Jean de ne multiplierainsi les évêques, qu'alln de mieux réussir , suivant les erremens de ses prédécesseurs , à joindre par toute la terre la puissance temporelle à la spirituelle. Par la suite des entreprises de Jean XKII , le dernier des papes qui ait alarmé la

Iiuissance politique au point de dessiller enûn touS; es jeux sur ces longs abus , on verra que les soup''' çons de l'abbé de Castres n'étaient pas sans fondement. Le diflérent de cet abbé avec Déodat , premier évêque de Castres , fut leiminé par une transaction qui lui conserva le titre de son abbaye, avec treize cents livres de revenu sur les biens de

ce monastère. Le pape eut encore soin d'écrire au roi , afin de justifier ses vues dans ces érections. Pour celles du diocèse de Toulouse en particulier, il prétendavoir travaillé à la tranquillité du royaume, en partageant entre plusieurs la puissance et les richesses d'un seul évêque , qui était, dit-il, presque semblable à un roi.

Peu après, il publia le recueil des constitutions de Clément V , tant celles qui furent portées dans le concile de Vienne , que celles qui le furent hors de ce concile. Nous en avons déjà rapporté plusieurs / dispositions, en assez grand nombre pour en donner une idée suffisante. On les nomma Clémentines , du nom de leur auteur , qui ordonna qu'elles ser* > vissent de règles dans les écoles et les tribunaux. Le recueil en est divisé en cinq livres , comme le Sexte des décrétales , dont il fut quelque temps nommé le septième.

Jean XXII eut bientôt des soucis plus inquiétans. L'ignorance où Ton était alors des secrets de la nature et de la physique , faisait attribuer à la magie une vertu bien propre à nourrir cette pusillanimité. Pour se venger de quelques traits de sevé* rite, on avait tenté d'empoisonner le pape. Les conjurés n'ayant pu réussir à lui faire prendre le breuvage où ils avaient mêlé le poison , firent sa figure en cire, et <^omptaient le faire périr d'une ' mort lente , en piquant ce portrait , suivant leurs observances superstitieuses, après des invocations infernales (i). C'est là ce que nous apprend la com<mission qu'il donna pour informer et procéder contre ces maléficiers, selon les formes usitées en matière d'hérésie. Ils méritaient bien sans douté cette égalité de traitement, tant pour leurs tenta*tives homicides , que pour les énormes profanations qu'ils faisaient du baptême et de Feucharistie dans leurs maléfices. » ■

Entre ceux qui se rendirent suspects d'avoir

(i; Rain. au. i3i7 , n. i3.

:nepi'is du i ;t Je violei

II I s T o 1 11 E ^^H

altenté à la vie An pape , iliigiies Gc'rand , évêqnê de Caliors , fut le personnage le plus considéralâle. Jjfl sentence rendue conliL' lui par les coinmissairea ecclésiasliques , ne le condamne cependant qu'à ta prison perpeluelle , pour canse de simonie , de ris du aroil d'appel au saint siège, d'exactions ; violences tyranniriues; mais Bernard Giiion, auteur contemporain (i) , ajoute que le coupable fut déposé par le pape , ensuite dégradé par le cai'dinal-évèque de Tusciilum , et livré à la cour séculière (jui le fit brûler ; parce qu'il avait, disaiton , machiné la mort du souverain pontife. Le )uge séculier qui ordonna celle exécution , était en morne temps le maréchal et le neveu dn pape.

A Tarragone en Espagne, l'inquisiteur de l'ordre de saint Dominique et le vicaire général du diocèse pendant la vacance du siège, condamnèrent les erreurs et les livres d'Arnaud de Villeneuve, qui, vanté pour sa capacité en médecine, s'était éiiçiê J eu théologien arvec toute l'arrogance et le ridicule H d'un ignorant applaudi (2), Il était clerc de l'église ^ de Valeace en Espagne; mais il voulut dogmatiser à Paris , où il s'échappa devant quelques docteurs . qui lui firent craindre d'être poursuivi comme hérétique. Il s'enfuit en Italie, comme dans une terre plus sûre alors que la France pour les ennemis de la religion. Quelque temps après, il périt en mer. Les erreurs d'Arnaud , sous un air de réforme, attaquaient principalement le culte exté-. rieur , le régime de la hiérarchie, la conduite des religieux qu'il prétendait falsifier la doctrine de Jesus-Chrisfc et les secours que les théologiens liraient de la philosophie ,* dont il voulait tpie l'élude fût absolument interdite. Jean XXII divisa ' vers le même temps la province de Tarragone, afin d ériger en métropole l'évéché de Saragosse , auquel il donna cinq suUrngans, des onze qu'avait j

(a) Emcric. Direct, n, 2&3, ]

VilUu. a.c.J.

DE l' E e t*ï S E. • 2l5

en tout la Tarragonaise. Il voulait aussi multiplier les sièges épiscopaux au delà des Pyrénées , eomme il avait fait en deçà ; mais il y trouva plus d'obstacles que parmi les peuples doux et dociles de la France. Les Espagnols , pour se défendre d'une manière plausible, alléguèrent que ces sièges parta-» es n'auraient plus assez de revenu pour soutenir

dignité épiscopale.

Le concile que Rainald de Ravenne tint à Bologne l'an i3i7 , avec ses huit suffragans les évêques de Bologne , de Comachio , de Forlimpopoli , de Cèsenne, de Reggio, de Parme , d'Imola et de Cervia , contient plusieurs règlemens qui ne sont pas moins dignes d attention que ce qui se passait dans réglise d'Espagne (i). Il y est dit que les curés institués par des patrons même ecclésiastiques ^ ne doivent administrer le spirituel qu'^^près en avoir reçu la commission de i'évêque diocésain. Pour erapécherque la vie licencieuse et l'extérieur indé^ cent des clercs ne les rendent entièrement méprisables aux peuples ) il leur est défendu d'approcher des lieux de débauche , de loger chez epx des personnes suspectes , de porter les armes ; puis on leur prescrit en détail quelle doit être la forme et la qualité de leurs habits. La chasse est absolument interdite à toute espèce de religieux. Pour les contraventions à ces règlemens divers , on impose des amendes pécuniairesaux clercs séculiers ^ et aux réguliers , des œuvres de pénitence. Les chanoines se multipliant à l'excès , et l'état même de moine commençant en Italie à être regardé comme une fortune y on statue que le nombre des uns et des autres sera fixé dans chaque église à proportion du revenu y sans qu'il soit permis à i'évêque de l'augmenter.

Quant aux frais immenses des procédures ecclésiastiques , si saaement abrégées depuis , on donne un tarif exact des salaires qu'on ne poiirra passer

(i) Toni. XI 3 Gouc. p« i653t

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sans exaction. On Jéfend aus arcbiprêlres et à.

tout aiiUe JMi'e aii dessous de l'évêtiue, de faire le

{irocès aux cures et aux autres ecclésiastKjues de eur dépendance. On excommunie le juge laïque, gui a près avoir pris des clercs coupables duporld'armeson de toute autre faute , refuseront de les rendre à lévèque dès qu'ils en seront requis. Jean XXII Tenait d'accorder auxofliciersde PLilippe le Long, de peur que les crimes ne demeurassent impunis, pouvoir d'arrêter les clercr- notoirement coupables ou publiquement diffamés pourcause d'bomicide , de uiulilalion ou d'autres crimesénermes, quanjil ■y avait danger d'évasion , à charge de les rendre ai) ] use ecclésiastique (i): concession de'jà faite par Nicolas IV , en faveur de Philippe le Hardi , et l'un des premiers vestiges de la distinction entre les délits communs et les cas privilégiés (a). Uu autre concile de llavrnne, tenu trois ans plutôt) en défendant aux églises exemptes d'admettre tout évèque qui n'a point de peuple en deçà de la mer à faire des ordinations ou d'autres fonctions pontificales, noua présente un des premiers exemples de ce qu'on appelle cvùqiie in partibiis.

1] s'établit dant le même temps un nouyel ordre religieux en Italie. Jean Tolomei , dune famille noble de Sienne , et docteur fameux en droit civil, fut attaqué d'un grand mal auxyeux, au moment de faire une leçon publique à laquelle un concours oxiraordinaired'auditeurs de tout état devait assisr ter. Il demanda sa guérison à la, sainte Vierge , avec promesse que , si elle la lui procurait , il renonr cerait à loules les vanités mondaines , et se consacrerait pour toujours à son service. Â^ant été guéri à l'instant , a\\ lieu de la leçon qu'on atten-r ait de lui , il lit sur le mépris du siècle un discours animé de tout le sentiment qu'il éprouvait lui-même. Deux autres nobles siennois , nommés Patrici et Picolomini , s'allachèrent à lui sur le

(0 Raia. an i3i7,n. i3. ,. (a) Itid. p. ?k

cliamp , et ils allèrent tous trois ensemble au diocèse d'Arezzo , en un lieu qu'on nommait le Mont-^ Olivet. Ils s'y bâtirent des cellules avec un oratoire, et Jean Tolomeï , qui prit le nom de Bernard, y donna son bien. Il leur vint bientôt un grand nom- })re de disciples , qui les obligèrent à bâtir un monastère spacieux et à prendre une règle. L'évêque diocésain ,. par cpmmission du pape , l'approuva , ainsi que^^ur congrégation qui fut annexée à Toiv dre de saint Benoit (i). H exempta leur monastère des dîmes et de toute autre redevance, se con-^ servant seulement, la visite et la confirmation de Tabbé. On pourvut encore à ce qu'il ne fût jamais gouverné par des laïques ni.par des clercs séculiers. Patrici fut élu premier abbé , au refus de Tolo«» meï , qui toutefois ne put Se refuser à l'être par la suite.

Denys , roi de Portugal , obtint aussi dans ses états l'institution d'un nouvel ordre, pour la dë-r fense de la foi chrétienne contre lesinfidèles. Ce fut des religieux militaires , semblables à ceux de Ca-r lâtrava , dont ils prirent les constitutions , ainsi que la partie de la règle de Citeaux qui était com-^ patible ^vec leurs fonctiqns propres. On les soumit tanf k la correction qu'à la visite de Fftbbé d' Alcobaça au diocèse de {iisbonne, Ce nouvel or-r dre pritlenom de Christ , qu de la iqilice de Jesus^ Christ (3).

Les idées de guerre de religion qui ne devaient plus avoir de réalité , du moins hors de l'Occident , n'en fermentaient^ pas moins dans les têtes. Â l'oc-r casion de la croisade projetée par les rois de France et d'Angleterre, on yit se renouveler sous Philippe le Long , ce quia^ait arrivé autrefois avec tant de désordre pendant la prison de saint Louis en Egypte. Un enthousiasme soudain et presque uni-r yersel , s'empara , comme alors , du petit peuple , et sur-tout des gens de campagne, qui se per-

(1) Ugbel, t. I , p. 4^3. (i).Çaluz; t. i , p. 'j^i.

3l3' tllfiTOIRE

stinilérent que la delivraoce de la Terre-Snînte leur' élait réservée. Lps paires et les berj^ers abandonnant leurs troupeaux , furent les premiers à s'assembler au commencement de Tan i320, d'abord sans armes , sans provisions, sans chefs militaires et sans autre litre que celui de pastoureaux. Ils avançaient en procession , marchant deux à deux par les villes et les villages , à la suiie d'une croix , dans un profond silence , visitant les principales églises, et demandant l'assistance des fidèles , qui leur fournissaient des vivres en abondance, La troupe grossissait à cliaque endroit par la jonction des mendians,des gens désœuvrés , des vagabonds et des voleurs : ils entraînaient jusqu'aux femmes et aux enfans (i).

Bientôt ils se rendirent odieux par leurs violences , par le pillage , par des assassinats. Si l'oii arrêtait tjuelque Coupable , les autres venaient ea trOupe forcer les prisons , insulter les magistrats avec impudence , et quelquefois avec elfusion de sang. Ilsprécipilèrenl d'uu escalier du Châtelet, le prévôtde Paris , qui manqua de périi;. Cependant ils s'éloignèrent du centre du royaume où ils risquaient d'être accablés, et allèrent dans les provinces méridionales décharger leur fureur et exercer leur zèle sanguinaire contre les Juifs , qui n'eurent à choisir qu'entre te baptême et la mort. Ils massacrèrent tous les juifs de Toulouse, sans que les ofliciers du roi , ni ceux de la ville pussent les en empêcher. Dans le Bas-Languedoc , ils étendirent la violence et le pillage sur tout le monde , sans épargner les églises. De là , ils marchèrent vers Avignon , où la cour pontificale même eut beaucoup à Craindre. On prit néanmoins de justes mesures pour arrêter ce fléau public. On mît des garnisons dans toutes les forteresses , dans les châteaux , jusques dans les églises ; on leur ferma les passages, on empêcha de leur vendre des vivres/

(i) Conl. Nans- p. 687.

Plusieurs périrent par les armes, d'autres furent ])riset pendus, le reste s'enfuit et se dissipa. L'Angleterre fut agitée par des attroupemens pareils ^ qui se débandèrent aussi heureusement.

Des mouvemens non moins funestes et beaucoup plus durables , firent endurer à l'Italie les suites comme nécessaires de Fespèce d'abandon où la, laissaient les souverains pontifes (i). Déjà les Gibelins avaient enlevé de Lucques , à main armée ,' les trésors de l'église romaine que Clément V y avait fait transporter de Rome , de la Gampanie et du patrimoine de saint Pierre. Ces factieux partisans des empereurs prenant de jour en jour pins d'ascendant sur les Guelfes , ou sur le parti des papes devenus presque étrangers à l'Italie , la ville de Recanati dans la Marche a Ancône leva hautement l'étendard de la révolte. A l'occasion de quelques coups d'autorité , ordonnés toutefois avec une sage modération par le gouverneur de la province, les liabitans de'la ville se jetèrent sur l'officier chargé de cette commission , et le massacrèrent avec trois cents hommes de sa suite. Ils emprisonnèrent ceux qui avaient échappé au carnage , leur joignirent plusieurs de leurs concitoyens déclarés pour la soumission , et ne sursirent à leur premier emportement que pour commettre des atrocités d'autant plus- odieuses qu'elles étaient plus réflo* chies. Dans cet affreux sang-froid , ils en traînèrent quelques-uns par la ville, jusqu'à ce que tout leur corpsne fût plus qu'une plaie, abattirent leurs maisons sous leurs yeux presque éteints , puis les enterrèrent sous les ruines. Ils pendirent ou décapitèrent les autres , après en avoir extorqué des ventes et des donations de leurs biens. Ils égorgèrent jusqu'à de petits enfans : ils firent les derniers outrages à des femmes , à des filles, à des religieuses. Ces excès de scélératesse , comme il arrive souvent, s'étant convertis en haine formelle

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{1} UgUel. t, 3 ; p. 8o8r

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de la religion et de la vertu , l'année suivante iSaiJ plusieurs de ces forcenés s'abandonnèrent à toutes sortes de dissolutions et d'infamies , à des oliservnnces magiques et idolàtriques , à des blasphèmes horribles contre Jesus-Cbrist.

L'inquisiteur les cita , mais en vain , comme on devait s'y attendre. Il Gt leur procès par contumace, les déclara excommuniés, les abandonna aux juges séculiers , et confisqua leurs biens au profit de l'église romaine. Cette rigueur qui ne consistait qu'en paroles ou en écrits , fut inutile contre des scélérats armés , et soutenus non-seulement par la multitude de leurs concitoyens , mais ]>ar les habitans séduits d'Ossimo , de Spolète , et parles comtes de Mootefello. Le pape fut réduit a faire prêcher contre eux la croisade , qui ne fut pas plus efficace. Tout ce qu'ils éprouvèrent de |>eme ou plutôt d'humiliation , ce fut la translatioa qu'on fit pour la seconde fois du siège épiscopal de cette ville rebelle, à celle de Macerata plus fidèle à l'église romaine. Déjà Recanati , pour cause de révoUe contre le saint siège , avait été privée de la dignité éplscopale par Urbain lY.

Les Gibelins firent beaucoup d'autres entreprises en Lombardie (i). Matlbieu-Visconti à Milan , Itainal Passarino à Mantoue , Can de l'Escale à Vérone s'emparèrent de la puissance publique; le premier sous le titre formel de prince , les deux autres , sous les noms équivalens de vicaires de l'empire. On essaya aussi contre eus des procéduï-es et des censures ecclésiastiques, tout faible que devait paraître ce frein contre l'appât de la souveraineté. Ce fut encore une nouvelle croisade qu'il fallut prêcher , au moins contre les Visconii. Ou déclara Matthieu , leur père, convaincu d'hérésie

Î)ar ses œuvres et ses mauvais discours ; on conisqua ses biens, on le priva lui et ses descendansde leurs dignités, et on lesnola d'infamie. Ce mélange

(i) Vading.

du spîrîtuel et du temporel ne produisît que l'efFet qui en avait tant de fois résulté , ç'est-à*dire ^ un redoublentient de crimes , de fureurs , de troubles et de violences de toute espèce , sur-tout quand après la mort de^ Matthieu , l'empereur Louis de Bavière se déclara hautement pour les fils de cet usurpateur.

D'autres désordres non moins nuisibles à la rcr ligion régnaient en Espagne. Le concubinage du clergé subalterne , et même des prêtres , y était si commun^ que la grandeur du scandale faisait dé^ sirer à un auteur du temps et du pays(i) , qu'ils n'eussent jamais voué la continence. Tous les jours, dit-il , on les voit passer avec impiété , du sein de leurs concubines à l'autel redoutable où ils doivent consacrer l'hostie sans tache , le cœur encore tout embrasé de flammes impures , ou tout au plus après une confession de cérémonie qui n'exclut pas l'attache au crime. Ils n'en étaient venus là , selon le même auteur , que depuis quelques années. C'est pourquoi les premiers pasteurs se flattèrent de mettre bientôt fin à ce désordre. Dans un concile tenu l'an i322 à Yalladolid (2) ^ ils statuèrent que tout ecclésiastique revêtu des ordres majeurs , s'il ne quittait sous deux mois sa concubine , serait privé de la troisième partie du fruit de tous les bénéfices; deux mois après, du second tiers ; et après deux mois encore , du total. Enfin quatre mois après les six premiers , poursuivent les pères , on leur ôtera le titre même de leur bénéfice. Quant à ceux qui n'en ont point, ils se-^ ront incapables d'en obtenir , s'ils sont prêtres ; et s'ils ne le sont pas , ils ne pourront passer aux or* dres supérieurs. Ceux dont les concubines ne sont pas chrétiennes , par une distinction assez étonnante , sont punis plus sévèrement.

De peur que l'indigence n'expose les ecdésiasti-

(1) Alvar. Pelag. 1. ii ,j (2) Tom. xi, C6nc. p. 1682, cap. 2^, 1^* 7«

qiies à Caire des personnages peu seans à leurétaf^ (in défend d'ordonner pour charjiie église plus de tiercs qu'elle n'en peut nourrir. On veut encore que tous ceux qu'on adnieltra aux ordres sacrés | sachent parler latin. Enfin l'on abroge les e'preuves <lu fer chaud et de l'eau bouillante, plus enracinées *n Espagne que dans le reste de la cUrétienlé , par le commerce des infidèles (i).

Ce fut vers la même année que s'e'tablïrent les processions solennelles du saint sacrement. Le concile tenu à Sens en 1324 ^3) , en suppose déjà l'éla- Idissement, qu'il attribue à l'inspiration divine. Il s'en rapporte, pour l'observation , à la dévotion du peuple et du clergé qui les avait introduites. Pour marquer néanmoins le vœu de l'église, il accorde l'indulgence de quarante jours à tous ceux qui se prépareront à la célébrer dignement par le jeiine de la veille. 'Il n'est point parlé de procession dans la bulle d'institution de la fête : roaîs c'était une conséquence toute naturelle, que le peuple chrétien s'étudiât dans cette auguste solennité à rendre les hommages les plus éclatans au Saint des saints qui en est l'objet. Aussi cette pieuse pratique s'est-elle étendue rapidement , des

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I eu II ères

qui en ont donné l'exemple , dans toute la catholicité. Le jeûne qui s'observait le jour précédent , ne s'est conservé que dans quelques communautés religieuses.

Ce fut encore sous le pontificat de Jean X\II que s'établit l'usage universel d'adresser à la sainte Vierge , du moins au déclin du jour . la prière qu'on nomme l angélus. Celte coutume avait commencé dans l'église de Saintes , où Ton avertissait pour cela les fidèles au son de la cloche. Le pape Jean en ayant été instruit et fort édifié, l'aulorisa par une bulle du i3 Octobre i3i3, et la confirma par une autre du -y Mai i32^. Elles accordent dix jours d'indulgence à ceux qui feront celte prière a genoux.

(1) llii.l. ciQ.

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