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(i) Ughel. t. V, p. 1344*
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d'ecclésiastiques et de religieux regardant la ville comme inlerdite , en étaient sortis, et Toffice divin ne s'y célébrait plus que parmi les schismatiques- Afin de gagner tous les esprits , et d'effacer aux yeux des Romains la note d'hérésie qu'avait prétendu lui imprimer le pape Jean, il vint à l'assemblée , accompagné d'un grand nombre de prélats , de clercs, de religieux , de magistrats et ae jurisconsultes. Là, revêtu des ornemens impériaux, il rendit une loi qui portait que toute personne convaincue d'hérésie serait punie de mort comme ceux qui se rendraient coupables du crime de lèse-ma-
I'esté; que tout juge compétent, requis ou non, es pourrait poursuivre, et que les recherches s'étendraient aux crimes déjà commis, comme à ceux qui se commettraient à l'avenir. Jusqu'ici l'empereur avait bien de vraisenjblanceset bien de suffrages en sa faveur , et s'il se fût toujours borné à ce qui était de son ressort , il aurait pu maintenir ses droits dans toute leur étendue ; mais bientôt il aliéna tous les esprits, en manifestant les coupables principes qui le faisaient agir , et en profanant de la manière la plus scandaleuse la chaire de^aint Pierre.
Tout étant disposé selon ses vues , le i8du mois d'Avril , il tint un nouveau parlement au même lieu 5 où il parut dans toute la pompe de la majesté impériale , orné de la pourpre, la couronne en têlc , le sceptre à la main droite , et à la gauche la pomme d'or, symbole du globe du monde. Son trône étincelant d'or et de pierreries était élevé sur les degrés de l'église , en sorte que tout le peuple pouvait le voir. Quand il y fut assis, entouré de prélats , de seigneurs , de nobles sans nombre , il fit faire silence , et un moine ouguslin, nommé Nicolas de Fabriano , s'avança, et dit par trois fois d'une voix très-forte : Y a-t-il ici quehjue procureur pour défendre le prêtre Jac^jues de Cahors, qui se fait nommer le pape Jean ? Personne n'ayant répondu , un abbé d'Allemagne donné pour fort
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lettré , prêcha en latin , et choisit pour texte ces paroles , appliquées dans l'écriture à la déli-, vrance de Samarie : Voici un jour de bonne nouvelle (i).
A tous ces coups dethéâtre succéda enfin le dénouement. Une sentence préparée à loisir , et chargée de tous les préambules dont se couvrent les grands attentats, fut prononcée à la face des Romains contre leur pasteur légitime , contre le chef et le père de tous les pasteurs. Voici en substance comment Tempereur s'y exprime (2) : Dieu qui a établi le sacerdoce et l'empire indépendans Tun de l'autre , afin que l'un administre les choses divines et l'autre les choses humaines , nous a élevé à l'empire romain et armé 'du glaive, selon les saints apôtres pour la défense des bons et la punition des mécnans. C'est pourquoi , ne pouvant plus tolérer les crimes énormes de Jacques de Cahors qui se dit pape JeaQ XXII , nous avons laissé nos enfans encore en bas âge , et nous sommes venu promptement à Rome , notre siège principal , où nous avons reçu la couronne , relevé notre puissance et réprimé les rebelles. Or nous y avons reconnu que le prétendu pape est l'auteur de la révolte , et que l'impunité ne peut que le porter à de nouveaux excès.
Sous prétexte de secourir la Terre-Sainte, tandis qu'il rejette impitoyablement les vœux des fidèles limitrophes des Sarrasins , tels que les Arméniens et les Russes , il a amassé des trésors immenses , tant par ses extorsions violentes sur toutes les églises, que par ses collations simoniaques de bénéfices donnés à des clercs qui n'ont ni la capacité, ni les mœurs, ni même l'âge convenable. Il casse arbitrairement l'élection des personnes capables , pour se réserver la disposition des évêchés , en exclure les bons sujets , et y en mettre qui lui ressemblent. Depuis douze ans de pontificat, il
(i) 4 Reg. VII , Q. (2) Baluz. Vit. t. t , p. 5ii.
foule à nx pieds le devoir sacré de la reisirTence ï «t méprise les gémissemens de celte sainte ville de Eonae, «ni ne cesse de le rappeler. Il fait prêcher ]a croisade conire les Romains, les poursuil comme les infidèles, et profane les indulgences qu'il assigne pour solde à la violence , à l'homicide , à l'esprit (le discorde et de faction, au renversement entier de l'ordre public. Il engage les ministres de l'église à s'armer du glaive matériel, dont l'ns^ige leur est interdit par les canons ; et déshonorant le sacerdoce de Jesus-Clirist, il souille desangles mains des cardinaux ses légats, des évêfjues et des autres ecclésiasliques. Ainsi le représentant du pontife éternel n'est plus qu'un anlechrist véritable , ou du moins le précurseur de Tantechrist. Il s'est attribué par usurpation les deux puissances, que le Seigneur a commises à dilférentes personnes, et qu'il a si bien distinguées , quand il a dit : Rendez à César ce . qui est à Ce'sar , et à Dieu cb nui est à Dieu ; quand il s'est enfui sur la montagne de peur d'être fait roi ; quand il a répondu à Pilate , que son royaume n'était pas de ce monde. Aussi les docleurs conviennent que le pape n'a pas l'une et l'autre juridiction; que nous avons seuls la puissance temporelle , par notie seule élection , sans nulle confirmation de la part des hommes ; que nous sommes encore cbaigés de la protection de l'église, dont nous ne rendons compte qu'à Dieu seul.
Après ce dispositif outrageant , l'empereur prononce que Jean XXII est déposé de i'évêclié de Rome p^r celte présente sentence, qui a été rendue sur l'avis unanime du clergé et du peuple romain, des princes et prélats tant italiens qu'allemands, et d'une infinité d'autres fidèles. On le déclare de plus dépouillé de tout ordre, olUce , bénéfice, privilège ecclésiastique, et soumis à la puissance des olliciers laïques de l'empire, pour êlre puni comme hérétique. Dans cet acte visiblement schis- ZDutique, on ne laisse pas de trouver des repi-oclies
fondés en raison contre Jean XXII. On y peut voir aussi que le nouveau système de la puissance des papes sur le temporel des princes , n'avait pas tellement obscurci la doctrine constante de l'antiquité sur cette matière, qu'on ne la donnât encore pour le sentiment commun des docteurs , et pour conforme à l'enseignement même des divines écritures. Louis de Bavière y raisonne beaucoup plus mal y quand il s'autorise de l'exemple d'Otton I , qui , avec le clergé et le peuple de Rome , déposa le pape Jean XII , et fit ordonner un autre pape. C'est justifier un attentat par un autre , plus excusable sans doute à raison des motifs et des procédés tout difr férens , mais toujours condamnable en soi et réellement schismatique , puisqu'il n'appartient qu'à Téglise universelle , et non pas àr un concile particulier , de déposer un pape , même pour de justes causes.
Quatre jours après la publication de la sentence contre Jean XXII , Jacques Colonne , malgré le dévouement de quelques membres de son illustra maison à Louis de Bavière , fit pour le pape Jean un acte de zèle et de force d'ame digne de l'ancienne Rome. Il entra dans la ville , s'avança jusqu'à la place de Saint-Marcel ; et là , en présence de plus de ni^ille Romains qui s'y trouvaient rassemblés, il tira une bulle que le pape avait rendue contre le roi , mais que personne n'avait encore osé publier à Rome , et la lut d'un bout à l'autre d'une voix haute et distincte. Il dit encore après cela : On a répandu qu'un syndic du clergé romain avait comparu devant Louis de Bavière, soi-disant empereur, et qu'au nom de ce clergé, il avait proposé des accusations contre le pape Jean XXII ; c est une imposture^ puisqu'alors les chanoines de Saint- Pierre, de Saint- Jean de Latran, de Sainte-Marie- Majeure, les autres ecclésiastiques tant soit peu distingués , et avec eux les abbes , les frères mendians , la plupart des religieux s'étaient retirés de Rome depuis plusieurs mois « de peur d'encourir
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l'anatllème , en communiquani avec les scliismat'-''T ques r|ui en éiaient déjà frappés. C'est pourquoi je m'oppose a tout ce cpi'a fait Louis de Bavière; Je soutiens que Jean XXII est catholique et pape légitime ; que celui qui a pris la couronne impériale n'est point empereur , innis excommunié , et tous ses aultérans avec lui. L'intrépide Colonne parla fort au long sur ce sujet; il s'offrit à confondre tous les contradicteurs par la force des raisons , et s'il était besoin , par l'épée en lieu neutre. Personne n'ayant fait mine do contredire ce brave , ' dont la résolution imprimait à tous les assistans une stupeur qui les tenait comme pétrifiés , il va Bur le cliamp afficher la bulle à ta porte de Saint- Marcel , puis remonte à clieval , lui cinquième , sort de Rome et se rend à Palestrine.
Les Romains ne reprirent leurs esprits qu'après son départ. On courut avertir l'empereur , qui était à Saint- Pierre. Il envoja quantité de chevaliers à la poursuite du champion ; mais il était déjà hors d'atteinte. Le pape , instruit de ce trait de valeur et de générosité , le fit évêque , et lui manda de venir auprès de lui. Colonne ne tarda point à passer les monts. Le lendemain de spn exploit, 23 d'Avril , l'empçreur convoqua les sénateurs et les chefs du peuple romain. Le coup était manqué : les délibérations furent très-longues, et les avis d'autant plus multipliés qu'ils étaient plus inutiles.
Cependant Louis , affectant toujours l'amour du bien et de la réforme, fit une loi qui obligeait les papes à résider scrupuleusement à Rome , sans pouvoir s'en éloigner de plus de deux journées , s'ils p'en obtenaient la permission du clergé et du peuple romain ; et dans ce cas , la cour et le consistoire devaient encore demeurer dans la ville. Si le pape s'absente contre cette règle , porte encoi'e la loi , et qu'après trois monitions de la part du clergé et du peuple , il ne revienne pas au terme prescrit , nous Youionsque de plein droit il soit privé de la dignité pontillcale , et qu'on procède incontinent à l'élec*
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tîon d'un autre pape , comme si l'absent était mort» Ce rescrit , quoique schismatique et nul par mille endroits, devait au moins faire sentir aux papes combien leur transmigration donnait d'ouverture au schisme.
Jean XXII négociait avec les princes d'Allemagne, pour faire élire un autre empereur ; mais Louis de Bavière gagna de vitesse , et rit élire un autre pape. Pour contenter le peuple qui voulait avoir son pon* tife chez lui , et pour demeurer arbitre de l'autorité pontificale , il jeta les yeux sur un frère mineur , non pas l'un de ces transfuges célèbres qui l'avaient joint en Allemagne , mais un homme tranquille , pénitencier à Rome , et qui avec une grande réputation de vertu, passait pour savant et habile dans les affaires (1). Il se nommait Pierre Rainalluci : mais il est beaucoup plus connu sous le nom de Pierre de Corbière, qu il prit du lieu de sa naissance dans l'Abruzze, Il s'était marié dans sa jeunesse , et au bout de cinq ans il avait quitté son épouse malgré elle , pour se faire religieux. Cette illusion , comme on va le voir , ne fut pas à beaucoup près la plus pernicieuse de cet étrange dévot.
Le jour de l'Ascension , 12 de Mai , l'empereur Louisassembla de bon matin devant l'églisede Saint- Pierre içut le peuple de Rome , hommes et femmes, sans rejeter personne. Il parut à l'ordinaire sur le trône qui éiait au bas des degrés, revêtu de tous les ornemens impériaux , environné de grands , de nanti té de clercs et de religieux , avec le capitaine u peuple. Quand il eut pris place , on vit avancer Pierre de Corbière , devant lequel il se leva d'un ai» respectueux , et qu'il fit ensuite asseoir avec lui sous le dais. Aussitôt après , le prédicateur augustin , Nicolas de Fabriano , fit un sermon , où, abusant à son ordinaire des paroles de l'écriture , il fit une allusion forcée à saint Pierre délivré de prison : l'empereur était l'ange, et le pape Jean ne
(i) Vading. iSaS ? ?if 3,
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manqua point de figurer pour He'rocîe. Après Isl diatribe impie, l'ëvêque déposé de Yen i su , Jacques Alberlin , s'avança et demanda par trois fois au peuple s'il voulait pour pape, frère Pierre Rai- Dalliici de Corbière. Dès ce moment l'enthousiasme parut s'évanouir ; le peuple ne témoigna que du trouble etderincerlîtude,aprèsquoi néanmoins ]n crainte et le respect humain firent donner quelques réponses affirmatives. Là dessus fempereur se leva , l'evêque de Venise lut un décret d'élection , Louis nomma le nouveau pape Nicolas Y , lui mit 3'anneau , le revêtit de la chape et le fit asseoir à son côté droit : ils se levèrent peu après tous le» deux ensemble , ils entrèrent avec une grande pompe dans l'église de Saint-Pierre , on célébra la messe de la manière la plue solennelle , puis on alla au festin accoutumé (i).
Le dimanche suivant , l'antipape fit sept cardinaux, parmi lesquels ses profanes coopérateurs ne furent pas oubliés. Jacques Albertinnit créé cardinal-évêque d'Ostie , et Nicolas de Fabriano , cardinal-prêtre du titre de Saint-Eusèbe. Il avait encore désigné deux autres cardinaux , qui rejetèrent cette dignité schismatique. L'empereur , tout mal qu'il était dans ses finances, fournit d'abord de son mieux au lustre de ce fantôme de papauté , aux tables et aux équipages , tant de son pape que de ses cardinaux. Nicolas , qui peu auparavant sous le nomdefrèredeCorbièreprofessait toute l'austérité et le détachement des prétendus spirituels de son ordre , qui soutenait l'opinion de l'étroite pauvreté de Jesus-Christ, qui blâmait les richesses et les honneurs de la prélature , quand il se vit reconnu pape, il souiTrit sans peine , il exigea ' ainsi que ses cardinaux un train et une livrée , tio^jl table splendide , des pages , des gentilshommes /■ un cortège nombreux. Eu un mot , le fratricelte , " avec la tiare , prit tant de goût à la dépense , <pie
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Hentôt l'empereur, entièrement épuisé , se vit' bors d'état de la soutenir. L'antipape vendit alors les privilèges , les dignités , les bénéfices , en cassant les concessions que le pape légitime en avait faites.
L'empereur voulut cependant consommer son ouvrage. Le jour de la Pentecôte , il se rendit à l'église de Saint-Pierre avec son pape , à qui d'abord il donna la calotte rouge , qu'il nt sacrer ensuite par le prétendu cardinal-évêque d'Ostie Jacques Albertin , et qu'enfin il couronna lui-même. A cette scène , il en fit immédiatement succéder une autre. Cette ame haute et basse tout à la fois , pour pouvoir dire que sa propre élection avait été confirmée par autorité pontificale , se fit couronner empereur par celui qu'il venait de couronner pape. Le faux pontife fit alors plusieurs légats, tant pour la Lombardieque pourles autres provinces. Le prince quitta Rome après y avoir établi sénateur ou chef de la magistrature , Raignier de la Fagiola , qui ne tarda point à y exercer la tyrannie : il fit brûler deux catholiques intrépides qui qualifiaient de faux pape pierre de Corbière.
Cet intrus , de son côté , continuant à .jouer son personnage , publia des bulles contre Jean XXIL Il confirma la déposition déjà prononcée par l'empereur ; il priva de leurs bénéfices tous les clercs séculiers ou réguliers qui demeuraient attachés au pape Jean ; il défendit aux laïques même, sous peine d'être punis comme hérétiques , de plus donner le nom de pape à Jacques de Cahors , ni de lui obéir en aucune manière (i^). Tous ces manèges burlesques ne faisaient illusion à personne. A peine fiit-il nécessaire que le pontife légitime prononçât d'une manière expresse contre l'usurpateur et ses fimteuï-s. Le schisme ne s'étendit point hors de l'Italie , n'y prit que dans les villes où ses chefs se rendirent les plus forts , ne s'y soutint qu'autant de temps que les schismatiques y dominèrent; et la
(i) Rain. an. 1328 , b. 44^ ^^'
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fortune de l'empereur Louis , ainsi que la dispi Bition des esprils à son é^ard , cliaii^ea de toi)S<côtés et de la manière la plus Li]aUeu<iiii'.
Ses affaires dérlinèrenl prcsfjue a-issitôt aii'il fut sorti de Rome. D'abord il perdit Pistoie , ville considérable de Toscane. Donat , augiiïttin , tjiie l'antipape en avait fait évêquCjV fui arrêté ,et Barenzo Ricard i , qui en était t'évèque légitime, y fut rétabli. Louis ayant tourné vers le rojaunte de Haples , tenta inutilement d'y pénétrer : il se vi(^J contraint, faute de vivres el d'argent, à rentrev^j dans Romele 30 de Juillet. Dès le 4 d'Août , il fut i^ obligé d'abandonner une place , où l'entbousiasme et la séduction étant dissipés , il n'y avait plus de sûreté pour sa propre personne. Lui et son paiie s'en allèrent à Vileibe, Le peuple dans toutes les rues les traitait d hérétiques et u'e\commuiiiés;on criait à leur suite : Périssent les sacrilèges ! Vive la sainte église ! on leur jelaït des pierres , on tua
Slusieursdeleurs gens, La nuit suivante, Beriboid esUrsins, neveu ducardinal-lég^tde Juan XXIf, entra dans Home avec ses troupes. Trois jours a près, le légat son oncle y vint avec sa suite , et fut reçu avec des honneurs extraordinaires. Rome étant ainsi rentrée sous l'obéissance du pape , on lit une inGnilé d'actes d'iraprobation contre Louis de Ba- TÎère et Pierre de Corbière. On biiila tous leurs privilèges dans la place du Capitole. Le petit peuple et les enfans se répandirent dans leseimetieres, où ils déterrèrent les corps des Allemands et des autres scbismatiques ; et après lesavoir traînés par,J la ville ,ils les jetèrent dans le Tibre. ^Ê
L'empereur laissa quelque temps son pape &ys Viterbe, et s'en alla ménager à Pise un asile plus assuré pour son parti, Dans celte marche, mourut Marsile de Padoue , l'un de ces docteurs scliismatïques que ce prince traînait par-tout à sa suite. II avait été condamné comme hérétique dès l'année j32y j pour avoir mis au jour un ouvrage fameux
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qui a pdnr titre , le Défenseur de la pair (i). Son but principal était de relever la puissance temporelle , dégraciée par les opinions courantes touchant le pouvoir des papes. Marsile prétendait que Tempire subsistant avant que l'église eût aucua domaine temporel , il ne pouvait être soumis à l'église ; et que si pendant un temps elle a exercé quelques droits contre les libertés de Teoipire , c'était une usurpation : d'où il concluait que le pape , ni toute l'église ensemble , ne peuvent infliger à personne des peines. coactives, si l'empereur ne lui en donne l'autorité. Mais à ces propositions il en mêlait d'autres qui subordonnaient â la puissance politique le pouvoir incontestable et purement spirituel de la hiérarchie. Il donnait droit à Temperevr , non-seulement de corriger et de punir le pape , mais de l'instituer et de le destituer. II soutenait que tous les ordres du sacerdoce , pape , patriarche 5 archevêque, simple prêtre, ont une égale autorité par l'institution divine, même pour la juridiction ; que S. Pierre n'eut pas plus d'auto* rite que chacun des apôtres; et que ce que l'un de leurs successeurs a de plus que 1 autre, vient uniqueuient de la concession de l'empereur, qui peut la révoquer. C'est ainsi que les anticipations réciproques de l'une des deux puissances sur l'autre donnaient lieu aux représailles les plus scandaleuses, et tendaient , en obscurcissant tous les principes , à plonger l'ordre public dans une confusion ruineuse.
L'empereur fut d'abord reçu à Pîse comme il l'avait été à Rome , avec de grands témoignages d aiéiJ5resse de la part dnn peuple aA'^eugle qui commence toujours par être la dupe des grands. Il y fij aussi publier , comme à Rome, la sentence de déposition contre Jean XXII. A}ant ainsi frayé la route à Pierre de Corbière, il manda cet antipape , qui fit son entrée , comme souverain pon-
(i) Raiu. an i3a^ ^ n. 22 , etc.
life , avec ses six cardinaux. Des ecclesiasliquAl et des religieux allèrent au-devant de lui, suivis '■ de l'empereur , de seigneurs et d'autres laicjues en assez grand nombre, les uns à pied, les autres à cheval. Mais les gens de bien et tous les citoyens de bon sens, en les voyant passer, gémissaient de cette farce impie, et la qualifiaient baulement d'abomination. Cependant rantîpa]>e monta en chaire , et accorda une indulgence , par laquelle il remettait la coulpe et la peine à quiconque se confesserait sons huit jours, après avoir renoncé au pape Jean. Il fil encore cardinal Jean Visconli, frère d'Azon , seigneur de Milan.
Mais n'ayant rien de mieux que l'appareil des foudres de l'église , pour entretenir les terreurs et les illusions populaires qui faisaient -on appui principal, il voulut excommunier de nouveau le
Fape Jean , avec le roi Robert de Naples , et les lorentins ses partisans les plus zcJés. L'assemblée fut indiquée pour le i8 Février de cette année i3a9 , et Ton n omit rien pour y attirer une multitude d'assislans. Le nombre n'en fut toutefois que médiocre. Outre l'horreur que les fidèles sensés avaient de ces convenlicules criminels, aa moment de se rassembler, il survint une pluie , une grêle, un vent ali'reux , en un mot l'ourigan le plus furieux , disent les auteurs du temps et da pays , qu'on eiit jamais vu à Pise, L'empereur envoya son maréchal par la ville , avec des troupes à pied et à cheval , pour contraindre lés citoyens à venir. On n'y gagna rien : les assistons furent en petit nombre , et le maréchal , dans celte course hasardeuse , fut saisi d'un froid mortel qui répondait à la violence de l'orage. Il prit sur le soir uo' bain chaud où l'on mil de l'eau de vie. Le baiq s'enflamma , et le maréchal périt. Cet accident) regardé comme de mauvais présage pour l'e
fiei-eur et l'antipape , dont il ul beaucoup déclir es alfaires (i).
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Dès le mois d'Avril suivant , Louis sortit de Pise , où des exactions insupportables, jointes a tous les autres motifs, n'attiraient plus sur lui que des regards d'indignation. Il n'en fut pas plutôt sorti, que les Pisans traitèrent de paix avec les Florentins et les autres partisans du légitime pontife. L'antipape demeuré seul , et comme abandonné de l'empereur qui commençai ta s'en trouver embarrassé , fut réduit à implorer la protection du comte Boniface de Donaratique , l'un des plus puissans citoyens de Pise , qui le tint cache dans sa maison : ce qui se fît avec tant de secret , que toute la ville le crut en fuite. Cest ce qu'ils annoncèrent aussitôt au pape par des ambassadeurs chargés de lui faire satisfaction , et de demander l'absolution des censures qu'ils reconnaissaient avoir encourues. On voit par leur déclaration , -que Louis de Bavière n'était entré chez eux que par la force , après un mois de résistance de leur part , sans nulle espérance de recevoir du secours en attendant plus long-temps. Le pape reçut ces excuses , et leur donna l'absolution.
Il en usa de même avec les Romains , qui envoyèrent Ildébrandin , évêque de Padoue , lui demander pardon de ne s'être point opposé à l'intrusion de Pierre de Corbière et au couronnement de Louis. Touchés de la condescendance et de la facilité paternelle avec laquelle le pontife leur rendit ses bonnes grâces, ils lui renvoyèrent une ambassade plus solennelle , qui , en présence du pape et des cardinaux , déclara (i) qu'à lui seul appartenait la seigneurie de la- ville de Rome , et u ils avaient péché grièvement en y recevant Louis e Bavière , en souffrant qu'il ftlt couronné empereur , et que Pierre de Corbière fût institué pape. Ils protestèrent qu'ils y avaient été contraints par la tyrannie de Sciarra Colonne, et par la séduction de Marsile de Padoue. Pour exprimer
(i) Rain. an. i330; n. 4o«
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leurs sentimens de la manière la plus précise et la lus authentique , les ambassadeurs étaient chargée e lettres closes qu'on ouvrit alors : elles portaient que les Romains étaient très-repentans et souverainement affligés des excès commis contre le pape et TégUse , qu'ils en demandaient le pardon avec une humilité profonde et avec une soumission à toute épreuve. La plupart des villes d'Italie suivirent sans délai l'exemple de Rome.
Louis de Bavière , qui fnkisait grand fond sur les productions de 1 école et sur les subtilités des dogmatiseurs qui lui dictaient ses déclarations pédantesques , eut grand soin d'emmener avec lui en Allemagne la nouvelle et précieuse recrue qu'il venait d'en faire à Pise. Ce fut là que vinrent enfin s'attacher à lui sans feinte et avec tonte l'insolence de l'apostasie , Michel de Césène , général des frères mineurs , Boncortèse ou Bonnegrace Je Be'rgame , procureur général , et Guillaume Ocam , provincial d'Angleterre. Quand ils avaient appris l'intrusion de l'un des leurs à la pa])auté , ils s étaient échappés tous les trois d'Avignon , où ils étaient détenus pour leur résistance opiniâtre aux décisions du pape Jean sur la pauvreté apostolique. Michel était accuvsé d'avoir aspiré lui-même au rang d'antipape. C'est pourquoi Jean XXII sévit particulièrement contre lui (i).
Le jeudi saint ûo Avril i329, il puhlfa une bulle 5 où , après lui avoir reproché d'avoir dogmatisé contre les constitutions du saint siège , et de s'être attaché, tant à l'antipape Pierre qu'à Louis son fauteur , il le prive , comme hérésiarue et schismatîque , de tout ofiice , honneur et ignité (2). En conséquence, les frères mineurs^ dans un chapitre général tenu à Paris le jour de la Pentecôte iS-îc), déclarèrent d'une voix unanime, et de l'avis de l'université , que les accusations de Michel de Césène et des autres schismatiques
(i) Id. au. 1328, n. 63. ' (2) Ib. u. 81 «
contre
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45ontre Jean XXIIétaienl injustes et impies; qu'il ^tait le seul vrai pape ^ et qu'il avait justement déposé Michel. Puis j afin d'obvier aux chicanes quil pouvait élever contre une déposition prononcée par le pape seul , ils le déposèrent eux-? mêmes du généralat, et choisirent en sa place frère Géraud - Odon , particulièrement cher au pape* Terminant enfin la question de la pauvreté qui agitait Tordre depuis si long - temps , ils concilièrent les constitutions de Jean XXII , tant avec la décrétale de Nicolas qu'avec la décision du cha-* pitre de Pérouse , et rétablirent parmi eux la tran^^ quillité et la concorde. En un mot , les enfans da saint François marquèrent si bien dès-lors Tatta-^ chement particulier qu'ils font profession d'avoir
1>our le saint siège, que le pape Jeaft déclara qua a révolte de quelques particuliers avait été réparée par l'obéissance du grand nombre, d'une manière a lui faire redoubler son affection pour eux (i)*, Avec le temps , les chefs même de la rébellion revinrent de leurs écarts, et en firent un désaveu authentique , qui fut suivi de l'absolution pon^ tificale. Michel de Césène était mort ; mais on^ assure qu'il mourut pénitent.
Avant d'en venir là y cet homme , naturellement fier et opiniâtre , combattit l'autorité du pape aveo tout le aépit et l'emportement d'un sectaire condamné. C'est ce qui donna lieu à la bulle , QuU^ vir rep?X)bus , la plus foudroyante et la plus éten-* due que Jean XXII eût encore lancée contre lui. (2)* Mais le pontife y donna une prise nouvelle aux; subtilités et aux reproches de son dangereux con-* tradicteur. Dans la plus grande partie de cette constitution diffuse , Jean prenant moins le toiv d'un pape qui prononce que d'un théologien qui argumente , s'efforce. d'étayer sur le raisonnement ses décisions précédentes touchant la pauvreté de$
(a) Rain. an. 1029 , u. 22^.
(i) Vading. an. 1329 , n. 2.
t)ul)0ul. t. I¥ , p. 220é