‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 32 sur 64 · Tome ni:' ' " '■ R · texte numérisé non relu

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rïSTOiR E

apôtres et des- franciscains. Afin d'établir la prcrt priélë des biens qu'il attribue à Jesiis-Chci8t,mo-* dèle des uns et des autres , il avance que le Sauveur , en tant qu'liomme , avait cette propriété , non- seule ment sur les biens qu'il consumait , mais en général sur toutes les cbosesiemporelles, comme étant le roi et le seigneur véritable de tout l'univers. Il appuie cette doctrine , et sur les prophéties qui annonceni le Messie comme nn roi â qui Dieu doit donner Tempire de toutes les nations , et sur lespassaf^es du nouveauTestainent,oùJesus- Cbrist est qualité de roi et de Seigneur. Le texte même qu'on a toujours entendu dans le sens contraire, savoir , ces paroles du Sauveur à Pilate : Mon txrfaume n'est pas de ce inonde , Jean XXII leur fait signifier que Jesus-Clirist ne tient pas sa puissance du monde, mais de Dieu : subtilités dont «aintJean Chrysostome (i) , l'oracle des Grecs,! saint Augustin (2) , celui des Occidentaux , dont aucun des pères ne s'était encore avisé. Ils enlen.* daient ces paroles dans leur sens naturel , et enseignaient par-là que le royaume de Jesus-Christ ne regarde point les cboses terrestres; qu'il est d'un genre plus noble et plus sublime, d'un ordre éternel et tout siiirituel. Michel deCésène ne man-

3 un point de s'élever encore contre celte doctrine e Jean , et en attaqua les principes avec d'autant plus d'avantage, que les défenseurs des prétentions romaines en tiraient des conséquences plu» outrées.

Cette année-là même , Alvar Pelage , espagool de naissance et docteur fameux parmi les frère»,

r du

papE

et d(

puis

mineurs , alors pénitencier

que de Silveen Portugal , mit au jour dans la villa d'Avignon son traité des Plaintes de rEgllse. Voicf comment il y parle (3) ; Comme Jesus-Christ est i seul pontife , roi et seigneur de toutes choses , il i a de même pour tout uu seul vicaire général. Or,

^i)Ghrj-3.hQm.83. [a) Aug..iract.n5,ii.2. [3} L. 1

DE l' Eglise- rîSg

en conférant cette dignité à, Pierre , le Sauveur n'a as divisé la puissance dont il était revêtu ; mais il 'a donnée tout entière au prince des apôtres , telle qu'il l'avait lui-même. Ainsi les papes étant les successeui^de Pierre , ne sont pas les vicaii^es d'un pur homme , mais de Dieu ; et toute la terre avec ce qiii la remplit appartenant au Seigneur , tout est pareillement au pape. Les empereurs- païens^

Poursuit Pelage, n'ont jamais possédé justement empire : car celui qui , loin d'obéir à Dieu, lui est contraire par l'idolâtrie ou l'hérésie ,. ne peut rien posséder valideraent. D'où il résulte que nul empereur n'a exercé justement le droit du glaive ,' s'il ne l'avait reçu de l'église romaine , principalement depuis que Jésus -Christ a conféré à saint Pierre l'une et l'autre puissance. Il lui avait dit : Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; noa pas la clef, mais les clefs , l'une pour le spirituel , et l'autre pour le temporel. On voit ici un interprète bien fidèle et bien ingénu de la manière dont Jean XXII entendait le royaume de Jesus- Christ.

La puissance pontificale n'est pas portée à des excès moins déraisonnables , dans la Somme de la ])uissance ecclésiastique, dédiée à Jean XXII par un docteur très-célèbre de l'ordredes hermiles de saint Augustin , nommé Augustin d'Ancône, et beaucoup plus connu sous le nom d'Augustin Triomphe. Il pose d'abord pour principe général (i) , que cette puissance est la seule qui vienne immédiatement de Dieu , et que toutes les autres sont dérivées de celle-là : qu'elle a droit de juger de tout , et ne peut être jugée de personne; qu'elle est sacerdotale et royale tout ensemble , parce que le souverain pontife tient la place de Jesus-Christ qui avait Tune et l'autre ; qu'elle est temporelle aussi-bien que spirituelle, puisque celui qui peutleplus, peut aussi le moins ; quele pape ne saurait être déposé

(i) Qusest. 1 , 4; 5.- * *

n I s T O I n E par personne , sinon pour le crime d'hérésie. Maiftl oans ce cas, suivant Augiiitin lui-même (i) , il peulr4 être déposé parle concile j^énéral , et condamné mêmti après sa mort. II ose diie aussi, quoique dans un oiivragedédié a celui des papes quiasié^éleplus long-temps à Avignon , que le lieu le pins convenable à leur résidence est la ville de Rome , soit pour sa prééminence. sur toutes les autres, soib parce qu'ils en sont seigneurs temporels (2),

Le docteurconsidérant ensuite la puissance pontificale dans ses rapports plus directs avec les autres puissances, dit sans restriction (3) , que les conciles reçoivent leuraulorité du souverain pontife ; que c'est à lui , connue clief de Téglise , qu'il ap^ partient de déterminer ce qui est de foi , et que personnesans ordre ne peut informer de l'hérésiej qu'il peut seul , par la plénitude de son autorité y séparer de la communion catholique, et que 1rs évèques ne peuvent excommunier que par la juridiction qu'il leur a communiquée , et qu'il a déterminée comme il a voulu ; qu'étant seul l'époux de l'église universelle, il a juridiction immédiate sur chaque diocèse , où les évèques ne tiennent imméilialemenl la leur que de lui ; et quoiqu'il soit plus parliculièrement évêque de Rome , qu'il peut en chaque diocèse cl en chaque paroisse , tant par ses délégués que par lui-même , faire tout ce que peiivenl les évêqueset lescurés. Il ajoute que c'est au pape à punir les hérétiques , non-seulement de peines spirituelles, mais de peines temporelles, savoir , de confiscation des biens, de bannissement, de prison et de chàtimens corporels par le bras séculier.

Le docteur Angnstinne se borne pas à ce premier article iliisurpalion sur les droits de la puissanca temporelle ; il les renverse de tond en comble par les maximes suivantes. Le pape , dit-il d'abord par

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lisipport à l'empire (i) , pourrait élire l'empereur par lui-même , sans le ministère des électeurs , changer ces électeurs à son gré , les prendre d'ailleurs que d'Allemagne , et rendre même l'empire héréditaire. L'auteur supposait ce qu'on croyait , sans aucun témoignage des écrivains précédeiis, ^ue le pape Grégoire V, du temps de l'eiiipereur Otton III , avait établi les sept électeurs de l'empire , tels qu'ils sont encore aujourd'hui. Il soutient aussi gratuitement (3) , et en regardant comme indubitable la donation de Constantin , que le pape ne tient pas de l'empereur son domaine temporel , parce que , selon lui, ce prince ne fit que restituer a l'église ce qu'il possédait injustement avant son* baptême. C'est par l'autorité du pape , poursuit-il , que l'empire a été transféré des Romains aux Grecs, puis des Grecs aux Germains , et il le pourrait de même transférer à d'autres. L'empereur élu doit être confirmé et couronné par le pape , et lui prêter serment de fidélité , sans quoi ilne saurait prendre le gouvernement de l'empire. Il ne restait plus qu'à tirer la conclusion naturelle de ces principes ,

Four en découvrir toutle danger : elle n effraie pas intrépide Augustin , qui conclut lui-même en termes exprès (3) , que le pape peut déposer l'empereur , et absoudre ses sujets du serment de ndélité.

Il va plus loin (4) ; et sur les traces de Boniface VIII , il soumet tous les souverains sans exception à toîîs les commandemens du pape , et les oblige à reconnaître qu'ils tiennent leur puissance temporelle du souverain pontife , revêtu , selon lo(i , de toute juridiction au spirituel et au temporel , en qualité de vicaire de Jesus-Christ. Quiconque, dit-il du ton le plus général et le plus afiirmatif,' quiconque se sent grevé par qui que ce soit , roi ou empereur, peut appeler de ce jugement à celui'

(i) Quaest. 33 , 38 , 89 , 4^. 1 (3) Quaest. 4o. (^] Quaest. 33 , art. 6j. 1 (4) Quaest. 45 , ^6i

du pape. Tjc pape peut coirigei-tons les^oiiTeraînSf* «^iiaiid ils pèchent publifpicment , les déposer jmur jusle caii&e , et Inslîliier un roi en quekjue rovaume que ce soit. Tirons eniin le rideau sur cette doclrine révoltante, que nous avons assez fait connaître pour en inspirer l'aversion qu'elle: mérite, La conclusion la plus simple et la plus convenable qu'on en doive tirer, c'est qu'on ne pouvait rendre la puissance des papes plus liaissable , qu'en la repi-ésentant avec cette enflure monstrueuse.

Les Français , sans la moins révérer que l'Italie, où le docteui- Triomphe avait pris naissance , enj J avaient une idée beaucoup plus raisonnable. Si ^'J pour soutenir ce qui faisait alors tant de briiit'^ sons le nom de libertés et d'immunités ecclésiastiques , ils employaient quelques-uns des faux Erincîpes à la mode , quelques décreti et quelques, istoires apocryphes , avec des applications allégoriques et purement, arbitraires de l'écriture , ce n'étaitqu'un procédé vicieux dansle raisonnement, qui ne leur faisait pas confondre dans ta pratique les droits également divins des deu?i puissances ; qui ne leur ôtait rien de leur respect religieuxl pour leur souverain , et qui prouve uniquement combien celte matière avait été brouillée par les derniers cannnisies. Cest ce qu'on remarquera, 'dans les conféi-ences tenues à ce sujet sur la fin de Tan iSap, en présence de Philippe VI, premier roi de la branclie de Valois. Il était monté sur le trône le premier d'Aviil de l'année précédente, deux mois seulement après la mort de Charles IV , son cousin , parce qu'on attendit la naissance de l'enfant pustliiiinedont la reine demeurait enceinte,, J et qui fut une fille. jM

Déjà l'on avai t rejeté les prétenlionsd'EdouardlIIjp 3 roi d'An{^!elerre , qui aspirait à la couronne de. France en qualité de parent le plus proche du feu roi ; mais qui ne l'étant que par sa mère, exclrie du trône à raison de sou sexe , ne pouvait tirer da

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C^lte princesse nommée Isabelle, quoiqu'elle fut sœur du feu ix)i , un droit qu'elle n'avait pas eller même. Cependant le nouveau roi , soit par la bonté de son naturel , ennemi des animositës et des divisions, soit par un pressentiment des embarras quet lui devait susciter la rivalité du roi d'Angleterre , s'appliqua fortement dès la seconde année de soa règne à rétablir l'harmonie et la bonne intelligence' entre les différens oixlres de l'état. La France ne s'était pas entièrement préservée des altercations qui agitaient ses voisins, et l'on y disputait assez; vivement sur la distinction des deux puissances et les bornes respectives de leur juridiction. Il revenait souvent des plaintes au roi , tantôt de» évêques contre les barons et les officiers du royaume , tantoft des seigneurs et d^s magistrats contre les prélats et» leurs ofHciaux. Pour étouffer ces germes de discorde/ Philippe ordonna aux uns et aux autres de se rendre auprès^ de lui , avec les instructions nécessaires touchant les innovations et les usurpations qu'ils se reprochaient mutuellement. ?

Les prélats se rendirent près du roi, au nombre de vingt-cinq- archevêques ec de quinze évêque^'^ parmi lesquels Pierre Roger, élu archevêque de Sens , puis pape sous le nom de Clément VI , e;t Bertrand , évêque d'Autun , furent chargés de la

f)arole pour le clergé. Pierre de Cugnières , cheva-^ ier et légiste dans le goût singuliei* de son temps^* comme promoteur principal de l'affaire contre la prélature, fut l'orateur des laïques. Il proposa jusqu'à soixante.-six articlies d'accusation, qu'où eut réduire à trois chefs ; aux anticipations sur a puissance séculière , à la manière abusive d'exerr cer sa propre puissance , à la multiplication ex*^' cessive des censures.

Sur le premier , il reproche au clergé d'étendre sa juridiction à des matières purement civiles ; de s'attribuer toutes les causes qui concernent lepossessoire et la propriété; de ramener à ses tribunaux les clercs traduits ailleurs' pour raison de trouble

Ri

S64 Histoire

ou de domniage causé aux laïques dans la posses^ sion de leurs iprrcs ; de confondre, dans l'exercice de son droit de défense, les biens patrimoniaux des clercs avec ceux ([u'iîs tiennent de l'église ; de juger des contrais faits en cour laïque, et pour envahir toute celte branche d'affaires, d'établir en tout lieu des notaires ecclésiastiques ; de dresser les inventaires de tous ceux qui mouraient sans faire de testament , et de se porter généralement pour exécuteurs teslamenlaires (i). A ces usurpations quant au fond des choses, on ajoute celles qui concernent les personnes , telles que les pupilles , les veuves , les gens morts sans avoir fait de testament , les pauvres et les malades retirés dans les liôpitaux , les clercs mariés ou ceux qui sont pris en délit sans porter l'habit clérical. Pierre de Cugnières prétend que les prélats étendent injustement leur juridiction sur ces différentes classes de citoyens , qui ne doivent dépendre , selon lui , i[ue de la justice séculière. 11 accuse encore les e'vêques de donner la tonsure à une infinité de personnes , à des enfans en bas âge , aux bâtards , aux serfs, à des hommes mariés, absolument incapables et quelquefois diiFamés , afin détendre à quelque prix que ce soit leur empire. Un autre artiGce , ajoute-t-il , c'est de mulliplier sans cause les accusations d'hérésie , de communication avec les excommuniés , d'usure , d'adultère , de tous les crimes dont ils sont en possession de connaître.

Il leur reproche, en second lieu, d'employer dans l'exercice de leur juridiction toutes sortes de moyens pour extorquer de l'argent. Tantôt on laisïe en prison , dit-il, des innocens reconnus pour tels, jusqu'à ce qu'ils aient payé les frais de procédure dont ils sont décharges par les lois. Tantôt on cite des vingt et quarante personnes, qu'on «couse d'avoir communiqué avecdes excommuniés.

etc. Bibl. PP. 1. 1

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dBn de tirer quelque argent de chacune selon ses moyens : ou bien Ton fait racheter les citations ; et quelquefois à de vrais coupables , à d'odieux usuriers on vend Fimpunité, en arrêtant, pour Tor qu'on en tire , les procédures commencées contre eux. Tantôt encore c'est un droit de sépulture , qu'on fait acheter , pour un riche accusé de n'avoir pas vécu en bon chrétien ; c'est une excommunication qui n'est levée qu'au moyen d'une grosse amende ; c'est une somme de dix livres à payer pour la réconciliation d'un cimetière.

Enfin Cugnières reproche au clergé l'abus des censures. Suivant ses allégations, on les fulminait avant les monitions de droit ; on fixait à la satisfaction un terme auquel il était impossible de l'accomplir ; on forçait le juge séculier , par l'excommunication même , à poursuivre les excom^ munies; pour de simples assignations de clercs en justice laïque, et souvent en matière civile , on faisait sur le champ cesser l'office divin; on jetait de même l'interdit sur les terres du roi , sans res-

{)ect pour les privilèges accordés à nos princes par es souverains pontifes.

Supposé la vérité de ces imputations, dont queU ques-unes en effet ne semblent que trop fondées , la justice et la raison étaient du côté de Pierre de Cugnières : mais il gâta sa cause par le principe trop général sur lequel il voulut l'établir. Il prétendit que tout exercise du pouvoir temporel était abusif dans les évéques , et qu'ils devaient se con-^ tenter du spirituel seul, avec la protection que le souverain leur accoixlait à cet égard. Il donna même à penser que le roi voulait réformer l'usage contraire, et rétablit; la juridiction séculière dans toute son étendue naturelle. Les prélats qui avaient en leur faveur une coutume aussi ancienne que la^ monarchie , qui , par sa constitution même, formaient le premier ordre de l'état , qui tenaient leurs immunités et leurs privilèges de Clovis, de Cbariemagne , 4e ^ai^t Louis ; dç tous les plus grand&

366 ni^'Urfit

princes Je la première tles nations chrétiennes j'^ qui ponvaienl même alléguer en compensation tles dons faits à l'église par les rois , bien des concessions de l'ordre spirituel faites aux rois par féglise ; les prélats français , munis de tant- d'avantages , n'étaient pas d'humeur à céder aux poursuites d'un' particulier, qui à la vérité agissait au nom du' monarque, mais qui portait ses vues beaucoup plus loin que ce prince sincèrement affectionné à l'ordre ecclésiastique , et conduit uniipiement par le désir de resserrer les nœuds de l'union entre les deux ordres de l'état.

Soit par la certitude qu'avait le clergé de cettedisposition du roi , soit par la crainte de recon-i naître même indirectement en matière ecclésiastique un autre tribunal que celui de fég!is« ,, l'archevêque de Sens , qui répon<lit le premier à Pierre de Cugnières , commença par protester que tout ce qu'il allait dire n'était pas dans la vue d'obtenir un jugement , quel qu'il pût être , mais uniquement d'éclairer la conscience du prince , et de ceux qui le conseillaient. Il entra aussitôt en matière ; mais sans suivre son antagoniste dans les nombreux articles de son accusation , en habile homme , il en combattit sur-tout le principe fondamental et vraiment outré. Le seigneur de Cugnièrcs, dit-il , veut que les deux juridictions soient .absolument incompatibles, et que celui qui a la spirituelle ne puisse rien exercer de la temporelle sans usurpation et sans un désordre monstrueux. Y a-l-il bien pensé ? Sont-ce là des puissances oppoT sées entr' elles? L'une diffère de l'autre ; mais elle ne la détruit pas. Or , selon tous les principes du raisonnement , deux choses d'espèce dillerente y dès qu'elles ne sont pas contraires, peuvent trèsbien subsister ensemble. Les livres saints nous fournissent des exemples sans nombre de cette réunion. Melchisédec était tout ensemble roi de Salem et prêtre du Très-haut ; Samuel faisait les foac-i , .tious de juge et de pontife ; Esdras , Nébémie , ivt^

DE t' E G T. I S" E.. ùSf

MMhahées xinissarent le sacerdacè arec le god-fT* vernement politique. L'archevêque cite encore plu-* sieurs autres éiLemples et plusieurs passages qui ne^ prouvent pas à beaucoup près comme œux-ci, et ui établissent au contraire la puissance spirituelLo 'une manière isolée; mais ce vice de raisonne*^ ment lui était commun avec son antagoniste , quiavait eu la mal-adresse d'employer à la distinction' des deux puissaUces , la fameuse allégorie des deux^ glaives : ce que Roger ne manqua point de tourner avec avantage contre Gujgnieres. Car enBn ces deux glaives avaient été remis Tun et Vautre au prince des apôtres ; et s'ils représentaient véïritablc-' ment les deux juridictions, Cugnières ne pouvait disconvenir, sans tomber en contradiction, qu'elles^ n'eussent été accordées par Jesus-Ghrist même à' l'église. '• '

Cependant, sans trop faire de fond snr ce moyen y l'orateur du clergé aime mieux établir le droit de sa' partie sur les concessions çt les reconnaissances des souverains ^ sur une possession immémoriale dont les princes , ainsi que les peuples, sont les* témoins et lesgarans. C'est ainsi, dit-^il^ quel'em*^ pereur Théodose fit une loi qui permettait -aux chrétiens de porter leurs différens et leurs procès aU; tribunal des évêques; loi fondée sur lespassages ovm saint Paul exhorte les Corinthiens à plaides devanb le moindre des fidèles, plutôt que devaxit les idôlâ-« très ; loi renouvelée par Charlèmagne , qui était tout à la fois roi der France et empereur. Tous nô» princes, pdursuit<-il , dut reconnu, confirmé , aug^^ mehté comme à l'envi Içs privilèges et la splendeur de l'église.* Et si l'on démande pourquoi elle jouit en France dé distinctions plus grândes qu'ailleurs-, c'est que nos monarques >ont eu plus de foi , plus de pieté j plus d'amour et de resjpect pour la reli-^ gion que les autres souverains ; c est qu'ils ont cra que la splendeur de la hiérarchie devait conférer un des principaux oroemaos à la couronne des roia. très-chrétiens^/Que ti J'oft^^rétendait ^'ils n'ont

ITlSTOIRE

pu donner à l'église celle grandeur temporelle , t|uelle injure ne ferail-on pas à leur propre puissance , à leur sagesse, à leur équité? On accusera donc de violence et d'injustice, on chargera de riniquilé la plus griève le plus généreux de ces augustes bieniaÎLeurs de l'église , saint Louis , placé sur nos autels pour rémliience et la pureté de ses Yertos. Est-ce donc ainsi que Ton travaille à la gloire de nos rois ? Est-ce ainsi qu'on aHermit leur ]>uissance, qu'on maintient leur aulorité , qu'eu fait aimer leur domination ? Ritin ne rend un prince plus aimable, que de ne point troubler ses sujets dans leurs propriétés, leurs possessions, leurs coutumes. Ce serait au contraire une source intarissable de murmures contre le prince régnant, une cause éternelle d'inimitié et d'antipathie entre les dilFérens membres de ses états , s'il se laissait induire à renverser les bornes sagement posées par ses ancêtres.

Avant de conclure , l'orateur, d'un ton patbétique , adresse la parole au roi , le rappelle à sa conscience et à ses propres sentimens , le conjure d'envisager celte longue suite de religieux monarques dont il est le successeur, et de ne point oublier le serment fait avec tant de solennité le jour de son sacre, savoir, de maintenir la paix, de défendre le clergé , et de conserver les piiviléges ecclésiastiques. Terminant enfin son discours par une réponse succincte aux articles de Cngniêres, il dit en général que plusieurs de ses prétentions tendent à renverser la juridiction ecclésiastique de fond en comble , et que les prélats sont déterminés à plutôt mourir qu'à les reconnaître ; qu'ils n'en sont pas moins disposés à corriger les abus introduits contre leur intention ; qu'assemblés , comme ils se trouvent , ils sont tous prêts à prendre les mesures convenables , afin de maintenir la dignité du roi , de procurer la tranquillité des peuples , et de satisfaire à tous les devoirs que leur i impose la sainteté de Uur ministère.

DE l' Eglise. 269

Comme l'archevêque de Sens n'avait pas répondu en détail aux griefs de l'agresseur du clergé , Bertrand d'Autim entreprit cette discussion. Il fit d'abord la même protestation que son collègue , au sujet de la compétence, établit de même la compatibilité des deux juridictions , pi^is distingua les articles que le clergé voulait défendre , de ceux qui pouvaient être abusifs et qu'on était prêt à réformer. Par rapport à la matière de la juridiction , on voit que les évêques^ ou de droit, ou par la coutume , ou en vertu des concessions royales , s'at* tribuaient la défense de tous les biens des personnes consacrées à Dieu , les Causes réelles , personnelles ou mixtes , celles des testaraens , des inventaires , de la distribution des biens aux héritiers, et généralement des contrats, à cause du serment. Quant aux personnes , outre les clercs mariés , revêtus ou non de Thabit clérical , et que le clergé regardait toujours comme du for ecclésiastique , il prétendait avoir en sa garde les pupilles , les veuves , les gens morts sans tester , et les pauvres des hôpitaux, quand ils y étaient pour la vie. Sur la tonsure donnée indiscrètement , et sur les accusations peu fondées en matière d'hérésie et d'autres crimes soumis à l'animadversion de l'église , Bertrand répond que les prélats sont fort éloignés d'approuver ces abus ; mais que 'des reproches si vagues deviennent suspects ; qu'ils sont d'autant plus injurieux , qu'en ne marquant point les coupables , on rend cette flétrissure commune à tous les évêques du royaume.

Sur le second chef d'accusation , c'est-à-dire > sur le reproche fait aux pasteurs de faire servir à la cupidité un ministère spirituel et divin , l'évêque a Autun s inscrit hardiment en faux contre la coutume prétendue, soit d'exigew des innocens les frais de procédure; soit d'actionner sans cause des trente et quarante personnes, et d'imposer des peines pécuniaires à cette multitude , hors le cas de contumace ; soit de faire racheter les citations

à lies coiipahles , viais ou supposés; soit enfin d'imputer des crimes après la moi-t , pour vendre la sépulture. Encore une fois, dit Bertrand , nous tiendrons à inpire ces impiitalions i'ënerales, jusqu'à ce cjue nous ayant spécifié par qui et en quel endroit se commettent les abus, on nous trouve en retard pour la correction.

Les deux prélats orateurs avaient principalement insisté, pour la défense de leurs privilèges, sur les concessions de nos pieux monai-ques, et ce fut cette considération qui fit le plus d'impression sur Tesprilde Philippe de Valois. Pierre de Cugnières, sivivement pressé , répondit d'abord qne l'intenlion du prince était de conserver aux évêques les privilèges autorisés par les lois et par les coutumes raisonnables; mais il insinua de nouveau , qu'ils ne pouvaient connaître des causes civiles, parce que te temporel appartient aux séculiers, comme le spirituel aux ecclésiastiques. Les piélats peu satisfaits de ces équivoques, et se défiant avec raison de ces zélateurs ajtparens du bien public y qui , sous prétexte de seconder les princes , ne se proposent que de les maiUiser, et de parvenir à leurs fins intéressées, demandèrent avec respect: une réponse moins ambiguë et plus satisfaisante. Le roi dit lui-même qu'il n'enienuait point attaquée les privilèges de l'église ; qu'il ne voulait pas qu'on pût reprocher à son régne d'avoir donne un pareil exemple; puis il promit nettement de conserver tous les droits et les coutumes constantes diî son clergé. L'archevêque de Sens le remercia au nom de son corps , et se plaignit cependant qu'on avait déjà fait certaines entreprises sur la juridiction ecclésiastique. Le roi déclara sur le champ qu'il les désapprouvait , et que , loin d'avoir

faites par son ord

point parve-

nues à sa connaissance avant ce moment. £)nsuii(

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former ce qui était véritablement abusif.

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bien à l'avantage de Téglise, qu'à cette occasion on donna le surnom de vrai catholique à Philippe de Valois , et qu'on lui érigea une statue équestre à le porte de la- cathédrale d^ Sens. Elle subsiste encore , avec une inscription en deux vers latins, qui attestent que ce prince s'était engagé par serment à soutenir les intérêts et les libertés du clergé. Le roi se fit un plaisir d'annoncer lui-même cet heureux dénouement au pape Jean XXïI , qui remercia sa sérénité royale d'avoir fermé la bouche aux ennemis de TégHsc (i). Telle fut la qualification et l'air odieux que Pierre de Cugnièrés acquit aux yeux des peuples, par la vivacité de ses poursuites. On l'appela par dérision maître Pierre du Coignet (2) , en faisant allusion à une figure de marmouset

uise trouvait anciennement dans un coindeTéglise

e Notre-Dame de Paris.

Ce fut apparemment en conséquence de cette confirmation des libertés ecclésiastiques, et certainement après qu'elle eut été faite , que se tint le concile de Marciac dans la province d'Auch. Car c'est mal à propos que difFérens auteurs, en l'avançant d'une année, sont partis de la date* qui se trouve dans le titre de ce concile, et non pas de celle qu'en portent les actes. Outre qu'il n'est pas à présumer que lesnotaires en aient dressé et signé les actes un an seulement après ^a célébration , il est constant d'ailleurs que i-archevêque d'Auch y Guillaume de Flavacourt , se trouva aux conférences de Paris convoquées pour le 7 Décembre i329 , et par conséquent qu'il ne lui fut pas possible de tenir son concile provincial le 6 du même mois et de la même année. En y poursuivant les meurtriers de révêque d'Aire, Auxence de Joyeuse^' assassiné plus de deux ans auparavant , on usa des privilèges si vivement contestés par Pierre de Cugnièrés , avec toute Fassurance que venait de

^i}Ilaiw. au. 2329 , n. 78. (2) Dupleix, çd. 5, t. ^i

donner la déclaration du roi en faveur dé FégUsé

gallicane (i).

Depuis un an que cette affaire traînait en France^* Pierre de Corbière se tenait si soigneusement cache à Pise y que les Pisans même ricnoraient y comme il parait par les recherches que le pape Jean donna commission de faire à leur archevêque , ainsi qu'aux évêquesde Lucques et de Florence. On découvrit enfin que Tantipape était recelé par le comte BonifacedeDonaratique, et lesouverainponlifc le pressa aussitôt de livrer cet instrument du schisme. Boniface nia d'abord fortement qu'il l'eût en son pouvoir ; mais l'évêque de Lucques en particulier négocia si bien cette affaire , et fit tant de f>eur au couite^ des maux auxquels il s'exposait ui et sa maison , que celui-ci convint de se désister (le sa protection hasardeuse , y fit consentir son protégé , et avec lui en écrivit au pape (2).

La lettre de Pierre était conçue en ces 'termes delà plus profonde soumission : Au très-saint père et seigneurie pape Jean , frère Pierre de Corbière, prosterné aux pieds de sa sainteté , et se reconnaissant digne de tout châtiment. On vous avait chargé en ma présence de crimes si atroces , que ''ai eu la témérité de monter sur le siège apostoique : mais étant venu au territoire de Pif^e, et m'étant soigneusement informé des faits , j'en ai découvert la fausseté , et j'ai conçu le plus vif repentir de ra'être abandonné contre votre sainteté aux conseils des impies. La preuve en est que , depuis une année tout entière , je suis sépare de votre ennemi , et ai quitté mja sacrilège pi^étention. Je suis prêt à y renoncer publiquement , soit à Pise, soit à Rome, et par-tout où votre sainteté l'ordonnera. II finit eu demandant pardon dans les termes d'humilité les plus expressifs.

Ils firent tant d'impression sur le pape , qu'il

(i) Gonc. Hard. t. vu, p. 1 (2)Raîn.ani33o,n.2etseq. .i54g« I Vit. Pap. t. I , p. i4o , etc.

déchira

DE L* E G L l S E. ^jZ

déchira une première lettre , écrite avec amertume pour reprocheraucoupabie ses Crimes etson audace insensée. Il en fit une autre qui n'exprimait que la bienveillance et la consolation , et qui Texhortait, pour consommer ce qu'il avait si bien commencé^ a se rendre en diligence auprès de lui : ce crui n empêcha point que le comte Boniface , avant de livrer son protégé, ne prît ses sûretés du côté de Jean XXII, qui promit la vie au pénitent avec trois mille florins d'or par an pour sa subsistance.

Avant de partir de Pise , Pierre y fit une première abjuration, à la vue de tout le monde, et spécialement du nonce Raimond-Etîenne , envoyé d'Avignon pour l'y ramener. Il confessa ses crimes , ses égaremens , ses erreurs, puis reçut Fabsolutlon des censures , le jour de saint Jacques , 25 Juillet , par le ministère de l'archevêque de Pise à qui lé pape avait adressé cette commission. Le 4 d'Août , il s'embarqua dans une galère provençale , avec le nonce du pape et une escorte bien armée que ce ministre pontifical avait à ses ordres. Il aborda à Nice , et delà , dans toute l'étendue de la Provence jusqu'à Avignon , par tous les lieux tant soit peu considérables où il passait , il confessait publiquementson crime. Mais l'antipape excitait oeaucoup plus d'horreur que le pénitent ne donnait d'édification. Les peuples, de plus loin qu'ils l'apercevaient , le chargeaient de malédictions et d'injures, sur-tout aux approches d'Avignon , où il n'osa paraître sous ses habits ordinaires : il y entra déguise en séculier.

Le lendemain de son arrivée, 25 d'Août, îl parut en consistoire devant le pape et les cardinaux. Afin que tous les assistans pussent le voir , on avait dresse un échafaud , sur lequel il monta pour faire de nouveau spn abjuration. Il commença par ces paroles de l'eofant prodigue : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous. Ensuite il confessa et abjura les égaremens dans lesquels il était tombé en aahérant à Louis de Bavière, et en prenant le Tome FIL S .

titre àe pape. 1! voulait confesser et détester etL détail toutes les fautes où l'avait engagé cette fatale démarche; mais l'accablement de Li douleuf et de la confusion , joint à la fatigue du voyage , lui fit perdre la parole avant qu'il eût achevé son discours : on le remit à une seconde séance. Cependant le pape prit la parole et s'étendit sur les devoirs du ton pasteur envers la brebis égarée ; après quoi Pierre descendit de l'échafaud , la corde au cou et fondant en larmes , se jeta aux

Fieds du pape , qui le releva , lui ôta la corde , admit au baiser des pieds , puis des mains et de la bouche : ce qui causa beaucoup d'étonnement. Le pontife entonna le TeDeiim, que les cardinaux continuèrent avec les assistans , et célébra aoiennellement la messe en action de grâces.

Le 6 de Septembre , le pénitent reparut encore,' mais en consistoire secret , pour faire la confession détailléedesattentatsqu'avait en traînés son schisme.' Il reconnut que ces actes étaient nuls par défaut de puissance, les révoqua autant qu'il était en lui , et fit Ka profession de foi , déclarant qu'il n'en avait point d'autre que l'église romaine et son légitime pontife. Jean XXII le reçut à pénitence avec bonté , lui donna l'absolution , et le réconcilia à l'église. Cependant, pour s'assurer de la solidité de sa conversion, il lui assigna souâ la trésorerie un appartement, ou plutôt une hon» nète prison, dans laquelle, suivant l'expression d'un anleur du temps (i) , il fut traité en ami et fjardé en ennemi. On lui <lonnait à vivre , de Id table même du pape ; il avait des livres pour occuper son loisir; mais on ne permettait à personne de lui parler. Il vécut trois ans de la sorte, mourut pénitent , et fut cnlcrré avec honneur , sous " miciscain , dans l'église de i

engagea quelques princes d'Allemagne à se faire ses médiateurs auprès du pape Jean. Il faisait offrir d'abandonner l'antipape , de révoquer l'appel interjeté au futur concile , et généralement tout ce qu'il avait fait contre le pape légitime > tnais à condition qu'il conserverait l'empire. C'était accorder ce qui n'était plus en son pouvoir: Jeaa, XXII le prit sur un ton à faire connaître qu'il senttait tout son avantage. Il serait honteux et pré« îndiciable à l'église , répondit-il fièrement (i), d'avoir pour empereur un homme justement condamné comme auteur du schisme , fauteur de r hérésie , hérétique lui-même, et qui tient encore actuellement auprès de lui une troupe d'apostats et d'ennemis de la religion. Il offre de déposeï^ son antipape et de révoquer son appel ; mais on rit également , et d'un appel qui n'a pu se faire ^ et d'une déposition qui est déjà faite. Et quand Pierre de Corbière ne se serait pas déposé luimême y ce soin ne regarderait Louis en aucune manière , fût-il aussi véritablement empereur qu'il souhaite de le devenir. Dès-là même qu'il prétend conserver l'empire , il se montre impénitent , et par conséquent itidigne d'absolution.- Mais à quel titre voudrait-il le garder ? Est-ce par le droit qu'il s'y croit encore , ou par celui qu'il espère y acquérir ? Il n'y a aucun droit

auant à présent) puisqu'il a perdu par sa conamnation celui qu'il pouvait y avoir ; et il n'y, en peut acquérir de nouveau , puisqu'il est radicalement inéligible , comme tyran , commo sacrilège , comme excommunié. Le pape conclut en exhortant les princes d'Allemagne à élire un. autre empereur. Ils ne déférèrent . pas sitôt à ses volontés ; auparavant , Louis de Bavière fit encore bien des maux à lltalie , où il rentra dès cette année , et fomenta les troubles avec assez de succès , pour inquiéter vivement les deux premiers successeurs de Jean XXII (2).

(0 Raiu. ikii i33o, nu 3o et seq. W Yill. x» c. 170.

L'égÎKe et rempile des Grecs n'étalent pas plus tranquilles que ceux d'Occident. L'année même où Louis de Bavière leva l'étendard du schisme, Andronic III ron)|iit ouvertement avec son aïeul Androuic II , surnommé le Vieux, qui l'avait associé à l'einpire trois ans auparavant. Il se plaignait que le vieil empereur négligeait les alFaires, oubliait la majesté de l'empire , et laissait les peuples exposés aux insultes des Barbares , c'est-à-dire , des Turcs , qui en elFet avançaient leurs conquêtes de jour en jour , el faisaient des courses jusqu'aux portes de Constantinople. Andronic disait de son côté, qu'il ne pouvait abandonner le gouvernement à un jeune homme qui ne savait pas se conduire lui-même , qui ne s occupait que de ses cliiens et de ses faucons , qui passait les jours et les nuits avec les gens frivoles de son âge en festins el en débauches. Le jeune empereur se lit un parti puissant, se saisit de quelques villes de Thrace , et marcha t-apidement à la capitale. Son aïeul surpris et presque abaudpnné , cliercha dans la religion le secours qu'il ne pouvait trouver dans les armes et la politique. Ajant assemblé les évèquesavec le patriarche , il leur demanda de supprimer le nom de son petit-lîls dans les prières publiques , et de le menacerd'excommunication alin de le ramener aux devoirs sacrés de la nature qu'il traiiissail avec tant d'ingratitude. Les plus vertueux et les plus éclairés * entrèrent dans ses vues; mais le patriarche, avec un certain nombre de prélats et quelques autres ecclésiastiques , pensa tout différemment.

La chaire patriarcale était alors occupée par Isaie, qui deux ans auparavant, à l'âge de plus de soi- ' xante-dix ans , y avait été élevé , du rang de simple moine au mont Atbos(i). Il était d'une ignorance à savoir tout au plus assembler ses lettres, n'avait rien d'ailleurs de la dignité d'un évêque , était J cliargé de plusieurs accusations graves, et si bien J attestées, qu'on l'avait exclu des saints ordres. On"t

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compte, dans l'espace de neuf ans, jusqu'à quatre patriarches de Constantinople à peu près du même caractère. Gérasime , qui avait remplacé Isaïe en 1824 , était comme lui un vieux mqine, qui n'avait de la maturité de son âge que les infirmités et les cheveux blancs , presque entièrement privé du sens de l'ouïe , pas mieux partagé du côté de l'intelligence , tel en un mot qu'il fallait des sujets pour les grandes places aux empereurs grecs de ce. temps-là, afin de les tenir assujettis servilement et sans nulle réserve à tous leurs caprices. C'est ainsi ques'exprimeGrégoras (i), Grec lui-même et schismatique. Jean Glycys(3),pi'édécesseur de Gérasime,. passait pour sage et savant : mais c'était un homme, tout séculier^ chargé d'enfans ,. ayant, encore sa. ibmme, à qiii l'on donna précipitamment l'habit, de religieuse. Il fut porté lui-même, sans intervalle, du bureau des postes où il était contrôleur , sur le trône patriarcal. Il y remplaça Miphon , chassé en i3iD, pour une avarice qui employait à s'enrichir des moyens iniques , bas , odieux, sacrilèges. Le patriarche Isaïe voyant que son avis contre le. vieil empereur ne prévalait pas dans l'assemblée des évêques , se leva sans rien dire avec ceux de son parti , et chacun d'eux se retira chez soi. La. nuit suivante, ils se rassemblèrent au palais patriar^ cal , et avisèrent aux moyens de cimenter leur, conspiration, dans laquelle plusieurs personnes de marque entrèrent secrètement. Trois jours après,, le séditieux patriarche payant fait attrouper le peu-, pie au son dfes cloches , prononça l'excommunica-. tion contre tous ceux qui supprimeraient le nom du jeune empereur, et qui ne lui rendraient pas tous les honneurs dus à la dignité impériale. Il osa. même excommunier les évêques qui avaient pris, le parti contraire. Ces prélats se rassemblèrent, entr'eux, et anathématisèrent à leur lour le patriar- , cbe, comme un chef de faction amorcé par l'intérêt. — - , ■ .. . . ^— ^^-^— ^— -^j^

(1) Ibid. c. 3. (3) Id. Tii; c. II.

Ils s'autorisèrent du canon dix-huitième du concilu de Calcédoine , qni condamne les conspiration» des clercs el des moines contre les supérieurs ecclésiastiques : d'où ils concluaient , ainsi que de? enseignemens clairs et multipliés de l'écriture , que c'était un attentat non moins punissable, de se révolter contre son souTerain. En conséquence , le ■vieil empereur fit renfermer le patriarche dans le monastère de Manganes(i).

Il ne s'en tenait guère plus assure : sans prendra des mesures ellicaces pour contenir le peuple,' toujours amateur du changement, ce vieillard faible et irrésolu perdait le temps en plaintes inutiles contre des prélats fauteurs de rébellion , et communiquait son découragement à ses propres défen-™ seurs. Le jeûne Andronic allant d'un pas plus assur^^J à son but , viui camper à peu de dislance de Cons-<^| tautinople, et joignant l'adresse à la vigueur, il ^ gagna deux, artisans qui étaient de garde a une des portes. Ils convinrent de la lui livrer , après avoir proposé leur dessein à Jean Cantacuzène , alors ^rand domestique ou grand maître de la maison impériale, et par la suite empereur : maià la fourbe grecque voulut avoir l'air de ne céder qu'à la force. Les rebelles s'approchèrent des murM^J pendant la nuit, quelques soldats y montèrent avecl^| deux échelles de coide ; ils firent ouvrir la porte , ^ et le jeune empereur entra dans la ville avec son armée sans la moindre résistance. Son aïeul entendantdu palais le bruit des armes et les acclamations an peuple , courut se prosterner devant ime image célèbre de la Vierge, qu'on nommait la Conductrice, et demanda tout éperdu d'être garanti d'une mort ■violente. En même temps le jeune empereur assembla les principaux olliciers de son armée , et leur défendit de tuer ni d'injurier personne. Il entra lui-même dans la chapelle de la Vierge Conductrice j la remercia de ses succès , salua l'empereur son aieul comme si rieu ne s'était passé, et

ctsei£. C^iuucu:!:. 1. 1 , c. àti cl aciX> ^H

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9,ttribua le tout à la malice du prince des ténèbres. II se transporta aussitôt après au monastère de Manganes , pour délivrer le patriarche Isaïe qui y était encore détenu.

En retournant le soir au palais , l'ancien patriar-? che Niphon qui survivait aepuis neuf ans à sa déposition , le rencontra sur la route , et lui demanda comment il voulait traiter son aïeul. En père et en empereur , répondit le prince. Si vous voulez régner , reprit F impudent et vindicatif patriarche,, ôtez-lui toutes les marques d'empereur , couvrez-le d'un vil cilice , et ie reléguez en prison ou dans quelque désert. Différens laïques ne manquèrent pas de tenir des discours semblables à ceux de ce mauvais pasteur ; mais le prince voulut que soa aïeul conservât les ornemens impériaux, qu'il eût de quoi subsister selon sa dignité , et qu'if habitât le palais ^ sans toutefois pouvoir en sortir ni se mêler de rien. Ce fantôme d'empereur dépouilla de lui-même ces vains symboles , prit l'habit monastique avec le nom d'Antoine , vécut encore cinq ans ainsi , et mourut subitement le i3 Février i332.

Le patriarche Isaïe ne se montra pas moins vinv dicatif que Niphon. Des clercs et des prélats qui l'avaient contredit dans sa révolte contre le vieil empereur , il suspendit les uns pour un temps , et interdit les autres à perpétuité. Ce fut en vain que le jeune Andronic le sollicita lui-même en leiir faveur : mais sur les conseils de Cantaci4zène , il fut résolu qu'on tiendrait à ce sujet un concile , où Isaïe comparaîtrait comme partie , et non pas comme juge. Cantacuzène ne manqua point de s'y trouver , et recommtoda aux évêques de garder un silence absolu , en leur promettant de parler luimême pour eux. L'aigre patriarche se répandit contre ces prélats en invectives fort longues et ei^ reproches très-injurieux. Ils ne répondirent pas une seule parole. L'emportement s'étant amorti pap cette réserve convenue ^ et un calme profond régnant de toute part ^ le grand domestique ^ d!vfa

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ton grave et fnrtdotix , parla ainsi ; IVotre-Seigneor a ilit dans rêvani>l)e : Si votre justice ne surpasse celle des scrihes et des pharisiens , vous n'entrerez pas dans le royaume des cieus. Cela nous apprend, si Ion m'a bien instruit , qu'il ne suffit pas de ne jtoînt rendre le mal pour le mal , mais que nous devons faire à notre ennemi tout le bien que nous pouvons. Il nous est encore ordonné , et de cacher nos bonnes œuvres , et d'en faire eclarerlalumîère devant les hommes ; ce qui semble contradictoire. Mais je me persuade que le premier précepte nous regarde , nous autres laïques , de peur que l'ostentation n'arrache à notre faiblesse la récompense du peu de bien que nous faisons : pour vous , prêtres du Seigneur et pasteurs des peuples , c'est à vous qu'il convient de faire briHer vos vertus , pour la sloiredu [lère céleste et réiiilication de ses enfana. Si donc vous vous montrez implacables envers ceux qui vous ont olFensés , quel exemple nous donnezvous , et que! châtiment n'allirez-vous pas sur vousmêmes? L oi-ateur ;e prévalutaussî , avec beaucoup d'avantage , de la généreuse indulgence du nouvel empereur , qui tout récemment encore venait de pardonner à un particulier qui lui avait dit des m jures a troces,et qui s'attendait au dernier supplice. Après sou. discours , il quitta sa place, se fit suivre des êvêques accusés , et se jetant avec eux. aux pieds du patriarche : Pardonnez-nous , mou père, dlrcnt-its tous ensemble, oubliez notre faute , afin que le père céleste vous pardonne aussi les ^vôtres. Alors Isaïe , soit qu'il fût véritableraient touché , soit qu'il feignît de l'être, dit à Cantacuzène : Vous m'avez pris dans un filet dont je ne puis me tirer ; non , je ne résisterai point aux sen-a tiinens que vous m'inspirez. Il assura sur le champj les prélats qu'il leur pardonnait , les embrassa l'ua n après l'autre , et leur donna sa bénédiction en signe d'une réconciliation parfaite. Enfin , après ua petit discoursqui ne respirait que la chanté et i^ concorde , il congédia l'assemblée , et les évêqueft. allèrent incontinent remercier l'empereur.

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Les Grecs avaient besoin du secours et de la bonne harmonie de tous les ordres de leur empire pour en empêcher le renversement entier. Chaque jour les Turcs de Natolie ou Asie-mineure faisaient sur eux de nouvelles conquêtes. Ces hordes grossières de Scythes , uniquement fameux d'abord par leurs brigandage^ , avaient enfin pris le premier rang entre tous les sectateurs de Mahomet^ et faisaient avec raison le plus grand effi'oî des empereurs de Constanlinople dont elles ont enfin renversé le trône. Leur premier sultan , si l'on peut lui donner ce titre que son petit-fils Bajazet seulement obtint du calife d'Egypte , fut Othman ou Ottoman , fiU d'Ortogrul , qui conçut et exécuta le projet d'élever une monarchie nouvelle sur les ruines de celle d'Icône , détruite à la fin du siècle précédent (i). Il enleva aux Grecs plusieurs villes , dont la plus considérable fut Pruse en Bithynie , que son fils Ourcan réduisit pendant la maladie dont son père mourut en iSsG. Ourcan prit ensuite Nicomédie , Nicée et grand nombre de places moins importantes. Pruse, qui aussitôt après vSa réduction avait été la capitale de ce nouvel empire , céda depuis cet honneur à Sicée.

Andronic le jeune ne perdit point courage au milieu de ces ennemis formidables , auxquels il ne cessa d'opposer beaucoub de visueur , au moins depuis qu il eut appaise les divisions domestiques , encore plus dangereuses que les attaques du dehors. Il se rendit aimable et respectable à ses sujets , par des qualités vraiment dignes du trône : mais pour réussir avec une nation si difficile , et en particulier si exercée à la fraude, il se servit utilement du grand domestique Jeaii Cantacuzène , homme des plus propres aux affaires , rempli de pénétration , et très-fécond en expédiens. Le patriarche Isaïe étant mort après sept ans de pontificat , et l'empereur Andronic étant obligé de s'éloigner de

Constantinople pour marcher a l'ennemi , ce prince

(i) Prescop. suppl. p. 43. Bibl. Orie.ût. p. 6^3 , etc.

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Toulut donner au patriarche un successeur qui fflt comme le gardien de l'impératrice , et le tuteurde sesenfansen bas âge. Tifi grand domestique proposa lin prêtre , nomme Jean , natif d'Apri en Thrace , , de famille obscure , mais dont rbanileté peu commune lui était connue , comme d'un homme qui avait été son chapelain. Ce sujet ne fut point du fîoiit du clergé , qui , à la première proposition , le rejeta d'une voix unanime.

L'empereur ayant remis le soin de cette affaire 3U grand domestique , celui-ci assembla les évêques dans l'église des apôtres, et après avoir tente pour la forme la voie de persuasion dont il prévoyait l'inutilité, il prit celle de la dissimulation et dude'toiir. Ni l'empereur, ni moi, leur dit-il (i), ne prétendons pas contre votre gré placer Jean dans la chaire patriarcale ; mais il serait bien dur pour un homme de ce mérite, d'essuyer sans compensation un refus humiliant : puisqu'il est iriéprochable dans sa conduite , voyez s'il ne conviendrait pas de lui donner quelqu'autre siège. Les prélats charmés qu'on se rendît , comme ils l'imaginaient , à leur sentiment , s'empressèrent d'élir» Jean pour l'archevêché de Thessalonique, qui vaquait en même temps que le patriarcat. Cantacuzène leur en fit sur le champ rédiger le décret par écrit. Quand il l'eut entre les mains : Si l'empereur, dit-il, trouve de la contradiction dans vos procédés, voyez, je vous prie, ce qu'on aura de plausible à lui répondre. Car enfin, si Jean est digne de l'épiscopat, pourquoi ne pourrait-il pas occuper la chaire patriarcale , selon les vœux du prince ? Le patriarche a-t-il besoin de vertus et de secours d en haut,. qui ne soient pas également nécessaires aux autres évêques? 11 n'en est pas assurément ainsi : tous les évêques des grandes et des petites villes participent indistinctcmcn t à la grâce; la différence de l'honneur ou du rang est nul par rapport à la vertu. Pourquoi donc clioquer l'em-

(1) Caatacji;. 1, 11 j g. ai.

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