DE T.' E G L I S E
f^ereur par une conduite si oblique et si mal paliée ? Les prélats , à ce discours , se regardaient les uns les autres avec confusion, comme engages en des lacs dont ils ne pouvaient se débarrasser. Ils élurent, quoiqu'à regret, Jean d'Âpri pour 1(» patriarcat , et peu après il fut ordonné.
Deux missionnaires de Tordre des frères pré-» cbeurs partirent de Constantinople dans ces entre^ faites , et rapportèrent au pape, tant le désir que témoignait l'empereur Andronic de se réunir à réglise romaine , que le péril où l'empire d'Orient était exposé de la part des infidèles (i). Léon , roi d'Arménie , avait déjà envoyé des ambassadeut^ à Philippe de Valois , pour demander du secours contre les Sarrasins , et ménager la conservation du christianisme dans ces contrées de l'Asie. Le pape ne tarda point à renvoyer en Grèce les deux missionnaires dominicains , toutefois après les avoir fait ordonner évéqnes , l'un pour la ville de Vospro , située sur le Bosphore Cimmérien , entre le Pont-Euxin et les palus Méotides , l'autre pour celle de Chersone , un peu plus avancée dans les terres des Tartares , et où l'on croyait que saint Clément pape avait souffert le martyre. Ils ne rapportaient aux Grecs que des lettres et des exhortations qui n'étaient pas ce qui intéressait le plus cette nation artificieuse.
Il y eut cependant de grands mouvemens en Europe , afin de procurer une nouvelle croisade (2). Des ambassadeurs de Hugues de France , roi de Chypre, emmenèrent même une troupe nombreuse de pèlerins , accompagnés de l'évêque de Mende , avec la fille du comte de Clermont , destinée à épouser un fils du roi leur maître. En France , dès le mois d'Octobre de l'année i333, Philippe de Valois avait tenu dans la sainte chapelle de Paris une assemblée , où se trouvèrent les rois de Bohême et de Navarre. , les ducs de Bourgogne , de
Bretagne , de Lorraine, de Brabant et de Bourbon ,
Il ... , — ~ — • •• ■- I - ..^j^ —
(ij'Rain. an. i333. (2} Cont. Nang. p. 741*
avec (lifiërens jirelnls.et quantité de noblesse (i). Les préiats , au nombre de vingt-six , y compris Pierre de la Palu , patriarcUe de Jérusalem , représentèrent au roi, qu'en sa qualité de fils aîné de l'église, il était spécialement oliligé de la soutenir contre ses ennemis, dans les lieux où elle avait pris naissance. Les barons joignirent leurs instances, et déclarèrent qu'ils étaient prêts à prodiguer pour une si belle cause leurs biens et leur vie. Philippe ne se fit pas presser: il députa sur le champ vers le pape; il promît de se mettre en chemin sous trois ans pour cette expédition , et de la commander en personne , s'il nu lui survenait quelque empêchement qui fût réputé légitime , au jugement de deux prélats du royaume désignés parle souverain pontife.
Le pape publia la croisade en consistoire , en établit chef le roi Philippe, et lui accorda pour subside les décimes de toute la France pendant six ans. A ces mêmes fins, il réserva poursix ans aussi à l'église romaine les décimes de toute la chrétienté. Mais celait désormais comme un sortattaché à chacun de ces projets de croisade , de rencontrer, au moment de l'exécution, un écueil qui le fît échouer. L'année môme à laquelle le roi Philippe, surnommé jusque-là le Fortuné , avait fixé son départ pour la Terre-Sainte , il se vit engagé par l'Angleterre dans la guerre funeste qui a fait depuis regarder toute sa race , c'est-à-dire la branche ro\ale de Yalois , comme la plus malheureuse qui ait gouverné l'empire français. Indépendamment de cet ohstacle , le changement des idées et le refroidissement des peuples à l'égard de ces expéditions du Levant, parurent suffire pour faire manquer celle-ci. On ne vit plus parmi les guerriers français cette ancienne ardeur à se ranger sous les saints drapeaux. Le roi qui la conservait tout entière, crut pouvoir user d'une fraude pieuse pour la réveiller dans ses sujets. Il demanda au
(0 Ibid. 557.
DE l' E G L I S E. 285
pape qu'il permît aux prélats de se croiser , saris intention de faire le voyage; mais seulement pour engager d'autres personnes à prendre sérieusement la croix. Le souverain pontife ne manqua point d'improuver cette proposition (i). Lafeinte, répondit-il, est indigne de la cause de Dieu , qui est la vérité même , et jamais il ne sera permis de faire un mal pour qu'il en arrive un bien. Nous craindrions au contraire, que cette duplicité n'attirât sur l'entreprise la malédiction divine. Il n'est pas même à propos que les prélats dé votre royaume se croisent en trop grand nombre : il en pourrait suivre de grands inconvéniens pour l'église aussi « bien que pour l'état.
Ce ne fut pas dans cette seule occasion que Jean XXII refusa de condescendre aux désirs de Philippe de Valois , nonobstant la parfaite intelli-. gence qu'il entretenait avec ce prince. Philippe lui ayant demandé l'archevêché de Rouen pour son cbancelier Guillaume de Sainte-Maure , le pape se pressa d'y transférer le savant Pierre Roger, archevêque de Sens (2). Sur les plaintes qu'en fit le monarque : Les devoirs de l'épiscopat , répondit le pontife , sont bien différens de ceux de la chancellerie , qui nous sont connus par l'expérience que nous en avons faite , en remplissant ces fonctions sous Charles II, roi de Sicile. Qu'elles sont éloignées du ministère tout divin dont le pasteur est redevable à son troupeau , de l'exemple de tou-: tes les bonnes œuvres , de l'immolation de la victime sacrée, de l'application des mérites de Jesus- Christ , du soin de repaître les âmes aussi-bien que les corps, de la science des choses éternelles, de la connaissance et de la guérison de toutes les maladies spirituelles , du discernement entre lèpre e(; lèpre, entre péché et péché, de l'extirpation de tous les vices, et de l'encouragement à toutes le» vertvis ! Prince , il peut vous en souvenir , je vous
ai dit en certaine rencontre, qu'il ne fallait pas
■ \ ' ' ' . ■ I » i ■■■■■■ , Il I ■
(i) E'ain. an. i333 , u. m. (2) Id. an. i3Ji ; n. 3i«
lis T O I H E
mulns (le capacité pour les évê(:{ues que pour le» cardinaux , et tel sujet que j'ai t'ait cardinal, je ne l'eusse point adaiis à être archevêque. Telle est la suréminence divine de l'épiscopal , que les vues buniaines n'ont jamais pu ta faire mëconnailre.
Peu après néanmoins, à la prière du roi Philippe, le pape Jean promut au cardinalatElie de ïalairand , évéque d Auxerre et frère du comte de Péri^ord , mais qui n'était pas moins distingué par sa doctrine que par la noblesse de son extraction (i). Le roi et la reine ayant prié presque aussitôt le pape de faire encore un cardinal français, il réponcfit en ces termes (3) : Je dois vous instruire avant toute chose des raisons majeures sans lesquelles on ne doit point faire de caixlinaun. Il n'en est guère d'autres que leur petit nombre , ou leur impuissance à remplir leurs fonctions. Or ces causes n'eiistent point à présent; ce nombre est plutôt excessif que trop petit, comparé sur-tout a celui qui était réputé suliisant avant Clément V. Nous SOulia itérions encore que vous Voulussiez bien comparer le nombre des cardinaux français à ceux des autres nations. Seize de France , six d'Italie , un seul d'Espagne : voilà comment vous êtes partagés , entre les états chrétiens , par le père commun de tous les fidèles. Outre le cardinahit , Jean XX.II était encore impoiluné sans cesse pour les expectatives et les rcKe^ves que la cour sollicitait en faveur de ses avides protégés. Il est étonnant que ce pontife , à qui pesaient si fort les entraves où son prédécesseur avait engagé la tiare sous une domination étrangère, ne songeât point elTicacement à la faire rentrer dans l'indépendance naturelle dont elle pouvait jnuirsiïr le trône du Vatican. Jean promut encore au cardinalat Bertrand d'Autun , né français, mais justement distingué palh\ capacité et le succès avec lesquels il avait défendu la juridiction ecclésiastique. Cet évéque s'était
(i) Bidui
(ï) RaiL
BE l'EglïSE, 387
rendu si recomtnantlable au roi même, qu'il lui fut permis de mettre une fleuv de lis dans ses armes.
Cependant le souverain pontife publiait qu'il passerait dans l'année en Italie , et qu'il s'établirait a Bologne avec toute la cour romaine. Sur cette nouvelTe , qui fut suivie de lettres confirruatives adressées aux Bolonais , tous les citoyens habilement ménagés par le légat de Lombardie , et flattés des plans de fortune que chacun d'eus se formait à sa manière j se donnèrent au pape et à l'église romaine , sans nulle autre réserve que la conservation de leur liberté (i). Ils lui envoyèrent aussitôt une ambassade pompeuse à Avignon , pour lui transporter en forme la seigneurie de leur ville, et ïe prier d'accélérer son départ. Il les combla de caresses , de témoignages d'honneur et de bienveillance dans la personne de leurs ambassadeurs, accepta leur soumission au nom de l'église , et promit plusieurs fuis en consisloire public, de se rendre immanquablement à Bologne dans le cours de l'année. Le légat de Lombardie qui résidait alors chez eux , etqui était Bertrand du Poyet, cardinal-évê-
3ue d'Ostie , se mit aussitôt à préparer l'habitatiou u pontife , et pour palais , il lui fit bâtir un cbà~ teau vaste et très- fort, attenant aux murs de la ville. Il en bâtit un uutie pour lui-même, plus avant dans la place. Enliu il marqua les ditférens palais pour les autres cardinaux. Tant d'appareil ne fut suivi d'aucune réalité. L'année s'écoula tout entière sans qu'on vît le pape arriver à Bologne, ou faire seulement quelques tentatives sérieuses pour quitter la Fronce. Uue seconde année , malgré les invitations sans cesse réitérées d'une part , et les promesses aussi souvent répétées de l'autre , se passa dans le même engourdissement et le même oubli des plus jiressans inlérèls.
Enfm , dans la semaine de Pàque de ta troisième année , les Bolonais n'espérant plus qu'on cessât de les jouer, et se pet'suadant que le légat n'avait rien
■ a88 Histoire ^^^
fait qne par artifice, afin d'élever sa forteresse et de subjuguer leur ville , ils prirent tout à coup le parti du soulèvement , répantliient une alarme générale entonnant les cloches pendant plusieurs jours consécutifs, puis vinrent tous ensemble investir le tégat dans le cliâteau qu'il avait construit, lis le tiiiiTiit ainsi dix jours enfermé, firent des Irancliées de circonvallation , afin de lui couper tous les secours, et défendirent, sous des peines rigoureuses, de lui apporter des vivres, ni rien de ce qui lui était le plus nécessaire. Cependant ils criaient d'une voix épouvantable : Pei'isse le légat Bertrand ! Périssent Ions les Français ! Ils se jetèrent sur l'arclievêque d'Embrun , nonce da pape, sur l'évëque de Mirepoix , sur leur propre évêque , au palais duquel ils mirent le ft-u, sur toutes les personnes attacliées à la cour romaine abbés , clercs , laïques , et les dépouillèrent de tou t , jusqu'aux habits et aux livres. Ils maltraiièrent sur-tout ceux de la famille et de la langue deBertrand du Poyet , c'esl-à-dire , les Gascons , dont plusieurs furent assommés. Le légal fut enfin obligé de com-
Koser, et de sortir avec tout son monde, tant de i ville que du château , qui fut démoli jusqu'aux fondemens. Il revint, dépouillé de presque tout ce qu'il avait , se montrer au pape , qui fit aussitôt informer contre les Bolonais. La mort ne permit pas à Jean XXII de voir la fin de cette procédure.
Avant de terminer sa carrière , il eut à essuyer un autre désagrément, plus sensible encore peutêtre , et d'autant plus mortifiant, qu'il s'y était plus graluitement e\posé. Ce pontife, d'une grande élévation d'ame et de génie, par une de ces contradictions de caractère qui se renconlrent assez ïouvent dans les meilleures têtes, s'engagea dans quelques subtilités d'école qui avaient tout l'air dq la nouveauté, et pour lesquelles il montra d'abord un étrange degré a attachement. Dès l'année l'ôii , le jour de la Toussaints , il avait donné à entendre que les saints dans le viel ne jouiraient de la vision béatifique
DE L* Eglise. 289
Léatifîque qu^au jour du jugement dernier. Il
Freclia la même doctrine le troisième dimanche de avent, puis encore la veille de TEpiphanie. Il l'élablissait sur une glose, alors fort accréditée , .dii passage de l'Apocalypse , où saint Jean dit avoir vu^ sous Tautel les âmes des martyrs. Le pape Jean prétendait en conséquence que les bienheureux seraient jusqu'au jour du jugement sous Thumanité de Jcsus-Christ figurée par Tautel de Dieu, et qu'alors leur bonheur consisterait à contempler cette sainte humanité; qu après le jugement , au contraire , ils seraient sur l'autel, c'est-à-dire que, soutenus par l'humanité du Sauveur , ils verraient enlin la divinité et les trois personnes divines telles qu'elles sont en elles-mêmes. Cette doctrine contraire à la persuasion commune excita beaucoup de rumeurs et quelque scandale. Les fratricelles schismatiqucs , furieux contre ce pape qui les avait condamnés , firent sur-tout grand bruit , et ne manf[uèrent pas de la ranger parmi les hérésies qu'ils ui imputaient. Les esprits se calmèrent cependant peu à peu , et pendant les deux années suivantes , il n'en fut presc[iie pas question (i).
Durant ce sursis , au contraire , l'animadversîon pontificale se porta contre les frères mineurs qui continuaient à soutenir le schisme en diverses contrées. En Italie , en Provence , dans les diocèses de Narbonne et de Toulouse, le pape fit dénoncer publiquement excommuniés, et poursuivre avec le secours du bras séculier , les bisoqiles ou fratricelles , qui logeaient et mendiaient ensemble dans ces provinces, y tenaient des chapitres , et se choisissaient des supérieurs , comme s'ils eussent
{)rofessé la vie religieuse sous la prolection des ois (a). Dans la partie méridionale de l'Italie , l'évêque de Melfe et les inquisiteurs du canton eurent ordre de procéder contre d'autres scolaires qui se faisaient nommer frères delà vie pauvre , et
(i)Bî\luz.vit. t. i,p. 788. Raîn.aii. i33i,ii.43. ("x) id. i33!.
' Tome Fil. • rj. . .
3t)0 H I 9 T O t ft E
avaient pmir cTief un liomme dit comtnwn , pres^ fjue sans lettres , nommé Ange. Sous ce guide ignorant et hardi, sorti de la vallée de Spolète , il» ne laissaient pasde semer bien des erreurs , et d'ïneulleràta hiérarchie , en publiant des indulgences et en érautant des confessions , quoique tous laï-
3ues. Le pape Jean donna aussi commission à Jean e Badis, frèremineur et inquisiteur à Marseille, de poursuivre un reste de \audois qui se trou- Taienl encore dans le Piémont. Ils s'étaient élevés, les armes à la main, contre l'inquisiteur dominicain du pays , Albert de Castellaire ; ils avaient tué un curé qu'ils souçonnaîent de les avoir fait connaître à Tinquisileur , et ils tenaient l'inquisiteur lui-même ussiégé dans un cliâteau. Le chef de ces hérétiques , nommé Martin Pastre , doginatisait en même temps contre le mystère de l'incarnation et contre la présence réelle de Jésus-Christ au saint eacrement. Il avait échapjîC à tous tes inquisiteurs
2 ni s'étaient succédés en Piémontdepuisvingt ans. elui de Marseille fut plus beureux dans ses poursuites : il réussit à prendre le rusé prédicant, et le remit, suivant sa commission , à l'inquisiteur du district , alin d'informer par le moyen du se-'
Pau aistricc , aun a iniormer par ic moyen uu se-' ■ duclenr , contre les complices et les victimes de 1a>^I séduction. /<«
Enfin la dispute touchant la vision béatifîque re^ ' commença dans Avignon , et devint plus vÏtC qu'elle n'avait jamais été. Soit complaisance , soit persuasion , quehjues cardinaux , malgi'é le sentiment du grand nombre qui ne goûtaiejit point les singularités en ce genre , les mirent en avant , et leur donnèrent des marques publiques d'approba- ' tion. Peu après , Gérard Eudes, général des franciscains , et le dominicain Arnaud de Saint-Michel, pénitencier du pape, partirent, en qualité de nonces , pour aller négocier la paix entre les rois d'Angleterre et d'Ecosse. Ils passèrent par Paris , dansTcspérancequeleroi Philippe leur associerait quelque député pour les seconder dans leur des*
DE I,' E G I. I S E. S^t"
ÏBÎn ; ce qui parait par les lettres de créance des deux nonces (i). Comme ils apprirent à Paris , par l'agent du roi d'Ecosse , que ce prince absent de (ton royaume n'avait laissé personne qui pût traiter fltec eux , et que leur voyage serait inutile , ils n'allèrent pas plus loin. Pendant leur séjour dans la capitale de France , le général des frères mineurs , compatriote de Jean XXII et fortavant dans ses bonnes grâces , entreprit de répandre dans leâ écoles , touchant la vision béatiuque , l'opinion ^ui passait pour celle de ce pontife. On ne douta point qu'il n'eût été envoyé exprès ; et comme Ift torrentdesdocteurstraitaient hauterflentcette doctrine de nouveautécontraireà la foi , le roi, catho- Kqiie ardent , conçut de vives appréKensions.
Il rassembla aussitôt dix théologiens des plus estiniés , dont quatre de l'ordre de saint François , et *n présence du général , il leur demanda ce qu'ils Aensaîent de la doctrine répandue depuis peu à i*aris. Tous déclarèrent sans balancer qu'ils la rejetaient comme hérétique : qualification bien forte ians doute , puisque l'église n'avait pas encore pro- • lioncé. Gérard ne laissa pas de disputer fortement Contre les docteurs; mais le roi prenant le ton d'ua maître indigné , le traita d'hérétique , et lui dit que s'il ne se rétractait , il le ferait brûler comme Un manichéen, pouravoir prêché l'hérésie dans un î^ryaume qui n'en souifrait aucune ; que si le pape Im-mème soutenait des nouveautés si pernicieuses, il le regarderait comme un objet d'anatbème (a). Peu après, on convoqua une assemblée plus nombreuse et plus distinguée , au château de Vincennes. Outre les princes , les évêques , les abbés et les principaux magistrats qui se trouvaient â Paris, on y appela les docteurs les plus renommés de la factilles de théologie , au nombre de vingt-quatre, dont quelques séculiers , mais la plupart choisis rdans les dinérens ordres religieux. La décision fut
ft^a ÏI I s T o' r u E
la même<[Ue la première fois , du moins quant &u fond (le la doctrine. Le général des frères mineurs Jugea pour lors à propos d'actjuicscer au sentiment des docteurs , c|UQiqu'iL ne le tit qu'avec un air de conirainie qui annonçait au moins toute la peine que lui cpÛLait ce sac|*ilice.
Le roi voulut que le sejitiment des ibiiolt^ ftit consigne dans un actyeautben tique, quisedre5$| dans une troisième assemblée tenue auxMallni Les do<;teurs , qui eussent désiré de pouvoir se lenirà leur déclaration verbale , n'oublièrent r pour qunvaincre au i&oîus le pontife du respect qui leur inspirait celte réserve. Ils protestèient , en premier lieu, qu'ils étaient les enfans dociles et les serviteurs fidèles du très-saint père Jean ; puis, au sujet de l'opinion qu'ils croyaient devoir rejeter , ils.déclarèreîit avoir appris ])ar des témoignages dignes de foi,, que tout ce que sa saintetô» avait dit sur cette maLiére , n'avait pas été l|a|kfl forme d'asàcrlion , mais seulement par manière ômM parler et ^u siim^le vfiçil. Telle fut yussi la décl^^^ ration que Jean A-XII lit.lui-mênie en plein c^oiJH sisloire , ;^t ce qui est à remarquer , avajU qu^^| eût pu recevoir, tant jade autlieiitique delà f^i^sJH culte de Parifi , que les pipnaces dures que le CixViJÊ dinal Pierre d'Ailli , soixanle^sei/eaus après , pr&«i tendit avoir été faites à cç pontife par Philippe (L^fl Yalols. De peur qu'on ne juge mal de nos sen^jS mens , dît le pape , nuu^ déclarons et pratestoa|jH formellement , que dans la controverse de la visiqi^l intuitive,, tout ce que npus avons allégué ou pra|i9 posé, était par manière d'entretien , et. sans in|^| tention de. rien aOirmer.ni defînii- 1 que si contr^^H notre Intention il nous est év1i^p{>>:^ quelque cbost^| d'inesoct, nous le révoquons eipressément , ^^| nous renonçons aie tenir ou a le défendre , &o\l^| pour le présent , soit pour l'avenir. Tels sont lç|fl termes originaux de cette déclaration ,-sur laquelif|^| de mauvais plaisans n'ont pu incidenler qu'en leftS akéiaiit , et qui d'ailleurs se trouve exactenieut- ^
DE L^ E G L I S «• 2()3
conforme , au moins pour le sens , à celle des docteurs de Paris.
Le désaveu du pape sufiit alors pour dissiper tous les nuages dans l'esprit docile et religieux des Français. Il n'en fut pas ainsi en Allemagne , et sur-tout à la cour de l'empereurLouis'de Bavière, remplie de schismatiques et de sujets rebelles à l'église. On y appela au futur concile , de tout ce
3ue Jean XXII avait dit et fait dans la question e rétat des saints après la mort , et l'on y forma de nouveau le projet de déposer ce pontife dans ua conciliabule que devait assembler ' l'empereur. ' DcjÀ l'on avait surpris quelques prélats des plus puissans , et l'on avait détacné du pape le cardinal Napoléon des Ursîns , qui promit aen gagner plusieurs autres. Jean XXII , qui , à l'âge d'environ quatre-vingt-dix ans , n'avait rien perdu de» la fermeté ni de la vigueur de son courage, s'ap-
Fliquait avec d'autant plus d'activité à procurer' élection d'un nouvel empereur.
Mais le ciel ne permit pas que l'église et l'em-' pire eussent à essuyer une seconde rois , soùs un même pontife, un orage si dangereux. La nuit du premier au second Décembre de cette année i334 9 le pape se trouva mal , et dès le quatrième jour du même mois , il mourut à neuf heures du matin , après avoir entendu la messe et reçu la communion. U avait occupé le saint siège plus de dix-huit ans. Durant sa courte maladie , il eut néanmoins le temps de révoquer toutes les réservesde bénéfices qu ilse reprocnait,de faire son testament , et de confirmer la rétractation de tout ce qu'il avait dit ou écrit de contraire à "la doctrine commune touchant l'état des bienheureux au sortir de la vie. Ce fut ce pape qui introduisit dans l'église romaine la fête de la Trinité , établie toutefois depuis environ quatre siècles dans quelques cathédrales et dans quelques monastères. On a fait un crime à Jean XXII , du trésor immense qui après sa mort fut trouvé dans le
Ti
HiSTOinE DE t'EûLISt.
palais d'Avignon, et qui montait, selon Villani (i)^ tant en joyaux qu'en espèces raonnoyées , à pla» de vingt'cin<| millions de florins d'or. Mais le même auteur convient que ce pape , loin de mener uns vie molle et fastueuse, vivait très-frugalement , et veillait presque toute la nuit , soit pour la prière, soit, pour l'étude, qui parut sa plu» vive passion. On uoitajouteràce détachement personnel, la délicatesse qu'il eut en mourant , de ne rien léguer de ces richesses à ses parens , même les plus proches. H se contenta de les recommander à la charité des cardinaux et à la bienfaisance du roi Philippe. Tout son but, en accumulani ces sommes prodigieuses , était la délivrance de la Terre-Sainte , dont le vain espoir ne cessa jamais de repaître ce génie , d'ailleurs si supérieur dans ses vues à la plupart de ses contemporains.
On reprocherait plus plausiblement à ce pape, très-homme de bien, et au milieu de tant d'atfaires majeures qu'il expédiait infatigablement par luimême , assez pieux pour célébrer la messe presque chaque jour, et donner une grande partie de son temps à la prière; on lui reprocherait, avec une justice plus apparente , de n'avoir point reporté le siège apostolique au delà des monts , où tant de leçons frappantes auraient dû , et avaient en effet semblé plusieurs fois lui faire sentir la nécessité de résider. Mais autant il avait été naturel de ne pas s'exposer à un joug étranger , autant il était difficile de le secouer. Après les tentatives inpllicaces que fît plusieurs fois Jeaa XXII pour se tirer de l'enclave et de la dépendance des princes français , nous y verrons encore une longue suite de ses successeurs , retenu» malgré les mêmes efforts, et par la même habileté des puissances qui avaient intérêt à les y fixer.
(OLib. xi.c. ao.
DE l'Église.