‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 34 sur 64 · LIVRE QUARANTE-QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-QUATRIEME

Depuis la fin de Jean XXJI en i334j jusqu'à l' extiiictioii du schisme de r Allemagne en i349-

JLntke deux papes clignes l'un et l'antre (le leur rang , il est diflicile de trouver plus de différence qu'il ne s'en rencontre entre Jean XXII et son successeur Benoît XII. Le premier, quoiuu'homme de bien , aimait à se voir un cortège illustre ds prëlals , que son penchant à répandre les grâces attirait en grand nombre asprès de sa personne et y rendait fort assidus (i). Employé de bonne heure a la cour de Sicile, il avait les manières engageantes, l'esprit insinuant, le talent des affaires, et une grande habileté dans la politique. Benoît , élevé dans l'institut austère de Citeaux , avait moins d'ou- Terlure et d'aménité , se montrait en toute rencontre le modèle et l'émulateur non-seulement des vertus de précepte , mais de la ferveur et de la perfection , aimait beaucoup mieux les prélats dans leurs diocèses que dans son palais , et n'avait égard aux sollicitations qu'autant qu'elles étaient soutenues démérite. Il ignorait la politique et le manège

(t) Albert. Argeat. cliron. au. i334>

des cours ; mais il étail. jirofond dans les sciences et très-verse en paiticulier dans celle des canonS' 1 qu'il s'eliidiait sans respect kumaîu à faire ponol luellement observer.

Il n'avait jamais sonj^é au ponlîficat , quand, ' seize jours après la mort de sou |>rédècesseiir ,1e vingtième de Diicembie i334 , il s'y vit élevé par le suilVage aussi unanime (ju inattendu des cardinaux (i). Ils s'élaienl assemblés le i3 en conclave , ou plutôt ils j avaient e'té enfermés par le comte de Noailies , gouverneur du comté Venaissin , et par le sénéchal du roi de Sicile pour la Provence , qui voulaient prévenir les lenteurs accoutumées en cas de brigues et de factions. Les vingt-quatre cardinaux qui composaientle conclave, se trouvaient ea elfet partages en deuit partis , dont l'iin avait pour 'clief Je cardinal Je PérigorJ , et l'autre le cardinal Jean Colonne. Le premier , composé de Français, et par conséquent le plus nombreux , offrit la tiavp a\i cardinal de Comminge ; mais à condition qu'tl promettrait Je ne point aller s'établir à Home; c^ que refusa ce prélat magnanime , en ajoutant qu'il renoncerait au cardinalat même , plutôt que de

fu'olonger ainsi le péril où il croyait la papaut» Il ' '

s de son assiette naturelle. Ils travaillèrent a

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tôt 3 lier une autre partie, et comme pour essay des suffrages perdus , ils proposèrent celui d'entre eux qui marquait le moins , savoir , Jacqueé Fournicr ou Dufour, qu'ils nommaient le cardi>nal Blanc , parce qu'il avait conservé fliabit de Cîteaux. Toutes les voix hasardées ainsi, sarù même observer l'ordre du scrutin , tombèrent sur ce pieux cardinal , comme par un coup du ciel dont ils demeurèrent tout étonnés. Le nouveau*

pape le fut pli de leur dire

i les sujets , vous avez el

que personne , et ne put s'empêcher .l'avez-vous fait , mes frères 7 dq

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DE l' Eglise. acyj

lion ne lui était suggérée que par sa modestie. Cet homme , né dans le bourg obscur de Saverdun au comté de Foix , fils d'un père qui n'avait rien d'illustre , mais qu'on a donné sans preuve pour un boulanger, apparemment surson seul nom de Fournier; élevé au monastère de Bolbonè dans ces lieux écartés , où sa piété et sa doctrine le firent» créer abbé de Font-froide , puis évêque de Pamiers , ensuite de Mirepoix , et enfin càrdînal-prêtre du titre de Saint-Sixte ; ce sage ignoré ne se vit pas plutôt sur le trône pontifical , qu'il signala toutes les qualités religieuses et même augustes qui le rendaient propre à ce hautrang.Mis en possession des trésors de son prédécesseur, il consacra les prémices de son pontificat par de généreux témoignages de son affection pour l'église romaine (i). Cinquante mille florins d'or furent employés à réparer les temples et même les palais ruinés de Rome ; il en destina le double à subvenir aux besoins des cardinaux : lar-^ gesses qui , sous la main de cet intègre et ferme

f)ontife , font au moins présumer, contre les caomnies hérétiques , qu'ils ne s'étaient point en^ richis des dépouilles ou feu pape.

Ayant été couronné^e 7 de Janvier dans l'église des frères prêcheurs d'Avignon , dès le lendemain, comme dans un temps de grâce , on lui présenta une multitude de suppliques. Il les renvoya toutes à un mûr examen ,oùil voulait, disait-il, prendre connaissance par lui-même du revenu des bénéfices , de la condition des requérans , et s'ils n'étaient pas déjà bénéficiers.Le même jour, il adressa suivant l'usage sa lettre circulaire aux prélats et aux princes chrétiens , pour leur faire part , avec la modestie qui lui était naturelle , de son élection faite du consentement de tous les cardinaux (2).

Le 16 de ce même mois de Janvier , il ordonna dans un grand consistoire , que tous les prélats et les ecclésiastiques chargés du soin des âmes eussent

(i) Raia, an. i33f , n. 3* (2) I6id. n, 3.

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à quitter sa coar aussitôt après la Chandeleur , et à retourner dnns leurs cgiîses , à,ninins d'une cause légitime de dispense qui lui serait notifiée , et dont il se réservait le jugement. Il fut toujours inflexible Sur cet article , aussi-bien que-sur la dii^HÎté des sujets nrësenlés pour les bénéfices. Quant à ce dernier chef, il porta souvent la délicatesse ins((u'à laisser les places vacantes , plutôt que de s'exposer à y mettre des sujets incapables ou vicieux. Pion , (lisaik-il dans ces rencontres (i), je ne ptti» me résoudre à parer de joyaux l'argile et lafange. Il se fît une maxime de n'accorder jamais ,ni canon icals «le calltéilrales pour de» enfans qui n'eussent pas atteint rage de puberté ; ni dispensed'àge pour les dignités ecclésiastiques , tant séculières que régulières ; ni translation d'un monastère , et moins encore d'un oidre à un autre , pour y acquérir des revenus; ni permission de garder plusieurs DénéËces, C[uandnnscul suUisaitpour une siibsistance honnête ; ni grâces expectatives , ni abbayes en commende, ui aucun îles moyens inventés par l'indue trie avide pour s'arroger ou s'assurer sans travail les biens de l'église. Il révoqua même d'une manière juridique et sans nul égard aux sollicitations les pins puissantes , tant les expectatives dont son

{>redécesseur avait accablé les églises diverses , que es commendes qui dataient de plus loin , sans nulle exception en ce dernier clicf , sinon pour les cardi- Danx et les patriarches titulaires d'Orient ^ (jui n'avaientpoint d'autre ressource (a).

Autant I3enoît XII opposait de fermeté à rintrt* gue et à l'ambition , autant il s'appliquait à dts-< cerner et à récompenser les ecclésiastiques lettré» et vertueux. Il savait les trouver dans les ténèbres où ils se tenaient ensevelis , et les faisait passer ^ comblés de biens et d'honneurs , sur la troupe jalouse lies aspirans affamés. Et comme on se plaignit queduns les provisions des bénébces il s'était

il) VU., t. 1 , p. aïo. il) Vit. p. 198, aaa ,

DE I.' Eglise. j|g^

glissé des signatures supposées ^ il ordonna d'enregistrer les Suppliques avec les concessions , et d'en conserver les originaux à la cbancelterie (i). Cest Torigine de ce qu on appelle en cour de Romô registfedes suppliques.

Sur l'article déUcat de la parenté , où la gloire de

Ï>Iu6ieurs papes , irréprochables d'ailleurs , a souf-» ert tant d éclipses , Benoit avait pris pour règle de sa conduite , ces paroles du roi prophète : Si iea personnes de mon sang ne s'arrogent past la domi* nation , ma vertu sera sans tache. Le père de tous les fidèles , disait*il encore , doit être comme Melchisédec , sans, père , sans mère ^ sans généalogie. Ferme dans ces principes, jamais il ne procura dans l'église l'élévation d'aucun de ses neveux , à Tex-^ ception du seul Jean de Bauzian , très-digne ecclésiastique , pour qui les cardinaux obtinrent l'ar-t chevêche d Arles ; mais ils ne purent jamais engager le pape son oncle à le leur d!onner pour collègue. Quant à ses parens laïques , il ne souffrit pas qu'un seul d'entr'eux s'élevât au-dessus du rang où iiéiaife né. Il avait une nièce qui lui était particulièrement chère , et que bien de seigneurs lui demandèrent en mariage. Il leur répondit à tous que ce n'était as un parti sortable pour eux , et la maria au fils 'un marchand de Toulouse ^ avec une dot scrupu^ leusement proportionnée à sa condition. Après le mariage , les deux «époux vinrent à Avignon , et^ furent présentés au pape leur oncle. Il les reçut avec beaucoup de bonté , et leur dit : Je vous reconnais pour les. parens de Jacques Fournier ; car pour le pape , il n'a ni parens , ni alliés. Puis il leur donna sa oénédiction y les congédia , et leur fit remettre précisément de quoi payer les frais de leur voyage (a).

Un pape si bien dégagé des liens de la chair et da sang , ne devait pas sans doute préférer un amour puéril ^e sa patrie à toutes les raisons divines et

(i) Ibid. p. 31 4 ; 223 , a33« (2) Albert. Argent, cbrpn.

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