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linma!nesqi.nle rappelaientTerssonégliif cleRonic.' Aussi , après la première expédilion des alFaires accoutumées dans la circonslance d'un nouveau ponlificat, il songea sérieiispment à reporter sié^e apostolique aux lieux où la providence l'avaîttl établi (i). Une ambassade miiî^nifique que loi en" Toyèrenttes Romains , \é confirma dans sa résolit tioii. Mais peu versé dans la politique , il coramil nîqua son dessein à celui des princes qui avait I plus d'intérêt à le croiseï' , c'est-à-dire , an rï Philippe de Valois , qui en effet ne négligea r'itt pour le faire manquer. Plusieurs cardinaux frail çais agirent habilement de leur côté auprès de Btf noît , pour lui ôter l'idée de Rome : les troubles 4 fomentèrent et s'accrurent entre les petits princei qui gouvernaient on tyrannisaient l'Italie , et suiv tout entre ceux qui étaient feudataires de l'église romaine ; en sorte que le pape crut ne pouvoir trouver dans Rome, ni la dignité ,ni la tranquillité convenable pour le siège apostolique.
Il voulut au moins l'étahlir au delà des Alpes," tourna ses vues sur les Bolonais , comme son prwfcj décesseur , et lit aussitôt les premières d^arcli^Q^ pour les y faire entrer. Mais les nonces qu'il lea#l envoya sans délai , trouvèrent encore dans toute son eli'ervescence le feu de 1:^ sédition excitée contre le légat de Jean XXII. Ils rapportèrent à Benoit, qu'il ne pouvait se promettre plus de tranquillité dans les autres villes de lélat ecclésiastique. Ce qui affligea sensiblement ce bon pape , et le contraignit à changer de résolution. Il commença dcs-lors à bâtir , sur le terrain dont la maison épiscopale d'Avignon occupait une partie , le palais immense que le terme trop abrégé de ses jours ne lui permit pas de finir. Il était magnifipour le temps , et fortifié comme une citadelle.
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Le pape se voyant ainsi fixé en deçà des monts, au moins pour un temps considérable , apporta d^autant plus d'application à ne riejQ négliger des charges diverses que* lui imposait sa qualité de .père commun des fidèles. Il tourna d'abord ses regards dans son voisinage , sur les églises d'Arles et de Narbonne , où Tinconduite en matière de mœurs et de continence avait entraîné Fabandoa de l'office divin , l'emploi illicite des biens ecclésiastiques , et la ruine des lieux saints que d'autre^ objets d'attache et de dépense empêchaient de ré-
f>arer. Sans retracer aux coupables le tableau lumiliant de leurs désordres , il enjoignit fortement aux chanoines de renvoyer de leurs maisons toutes les femmes suspectes, d'assister aux offices avec décence , de faire marquer les absèns pour les priver d'une partie de leurs revenus (i) : après quoi , il commit le soin de l'exécution à un homme sûr , nommé Arnaud de Vedrale, qui fut par la suite Vun des plus dignes évêques de Maguelone. Arnaud devait en même temps prendre connaissance de l'état de la régularité dans les ordres monastiques qui desservaient plusieurs de ces. cathédrales et de ces collégiales. Cette visite donna lieu au pape de faire , pour leur réforode , plu* sieurs règlemens utiles.
Il connaissait par lui - même les besoins de Citeaux , et s'intéressait particulièrement à Thonneur d un institut pour lequel il conserva toujours une aifection filiale. Parmi ces enfans de Thumble Bernard , les fruits de leurs travaux et de l'austérité de leurs premières mœurs commençaient à introduire l'esprit de propriété , et même quelques traces du faste séculier. Les abbés portaient des habits d'une autre couleur que leurs moines ; et comme les autres seigneurs , ils avaient à leur ser« vice des gentilshommes et des pages. Ils disposaient des biens de la communauté sans lui rendre compte
(t) Rain. an, i335 , a. C8.
de l'emploi , et aliénaient quelquefois les fonds mêmes. DJIferens moines, sous des noms empriinte's, se formaient des pe'cules , du produit des bestiaux et des autres biens qu'ils faisaient valoîf et dont ils Irafiqitaient. Ou leur assignait des portions monacales dans quelques maisons , en donnant à chacun certaine quantité de Hle , de via ou d'argent pour sa nourriture et son vestiaire. Benoît, par une conslilulion expresse , défendît tous ces abus ; et pour trancber le mal dans la racine, il rappela ces religieux à leur austérité primitive , et révoqua les permissions qu'ils avaient obtenues pour la mitiger , particulièrement poi manger de la viande dans les maisons de leur rés dence. On les obligea de coucher tons dans le doj* toir» de n'avoir ni chamhi-es , ni cellules particulières , et d'abattre toutes celles qui se trouvaient déjà construites. Le pajïe prit des mesures si efficaces pour la ponctualité de l'eiécution , (|ue te* cellules qu'on voit dons les dortoii-s même les plaS anciens, n'ont été faites que long-temps après cette bulle (i). ^ . ,
Il voulut aussi rendre ces moines utiles à l'église par leur doctrine , et leur donna des règlemedS pour faciliter le progrès des études. Il fut statue qu'ils auraient des maisons pour les étudians , dans les villes où se trouvaient les écoles les meilteareS' et les plus prochaines, savoir, à Bologne poui* les Italiens , à Salamanque pour les Espagnols , à Oxford pour les Anglais , les Ecossais et les Irlandais , à Metz pour les Allemands, à Toulouse et à Monlpellier pour les provinces méridionales de France et pour ta Catalogne. Quant à l'université de Paris qui l'emportait sur toutes les autres , comme le dît expressément la bulle , le pape veut qu'on y puisse aller étudier de toutes les pro* vinres , et fixe le nombre de ceux que chaque monastère y doit envoyer. Ajoutant par la suite
(ij Bull, Cguil. i UcueU.
ient ■ ooÉH
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les bienfaits anx ordonnances , il entreprit de bâtir une église magnifique dans la maison qu'on appelle au)oui-d'hui le collège des bernardins / et qui n*avait ci u une chapelle depuis quatre-vingt-dix ans qu'elle était établie (i). Ce aue nous voyons de cette église , Tune des plus belles du royaume si elle était achevée , honore également le génie du fondateur et la libéralité de la reine Jeanne de Bourgogne , qui fournit à la dépense.
Benpit XII donna aussi des bulles pour la réfortnation des moines noirs , c'est-à-dire , des clunistes et des autres bénédictins , pour celle des différente^ espèces de chanoines réguliers et des frères mineurs (2). Gomme F usage du travail des mains avait changé avec les mœurs , afin d'obvier aux suites dangereusesdu désœuvrement, et afin d'écarter l'ignorance généralement déshonorante pour le sacer-» doce auquel on admettait ei^fin la plupart des religieux , il s^étendit principalement sur les moyens de faire fleurir parmi eux les études et les sciences. Quant aux frères mineurs , dévoilés aux fonctions apostoliques dès leur origine , et tou|oùr» fort appliqués à s* en rendre capables . il fut beau* coup moins question de les exciter à r étude , que d'arrêter dans cet ordre le cours des subtilités et des opinions suspectes qu^^^^i^nt introduites ceux qu'on nommait fratricelles. On voit qu'ei|L effet cet esprit de parti n^y était pas encore éteint. Plusieurs de ces rigoristes s'élevèrent contre la constitution pontificale, qu ils accusèrent avec insolence de tendre au relâchement plus qu'à la réforme« Cest ce qu'on lit dans les annales de l'oi^ dre , écrites trois cents ans après par le père Luc Vading(3>
Outre ces inquiets réformateurs , il y avait encore en Italie des fratricelles excommuniés , et vrai*
(i) Daboul. t. IV , p. a5o.
(2) Bull, const. 5 ^ t. I , p.
341* Bull. t. I y ç. 5 y 6 ; 7.
i^in. an. i336; n. (95.
a^mm^i^Êm,
(3) Ad an. i336y il. 4^7 et i337 > n. 3 et 6. EalM- an«, i333 «t i$36.
3o4 II I s T p ru E
ment hérétiques, avec des disciples de Do^lciï^ Dans le Ljounais et le Dauphiné , on trouvait dçi Vaiuloi^. Ces erreurs s'étaient répandues jusiju'e Allemagne , en Bobême et en Dalmatie : ce qu engagea le pape à établir un inquisiteur à OlinuU et un autre a Presque , tous deux de l'ordre t frères prêcheurs. Dans les îles Britanniques , ^ j avait d'autres hérétiques, ou , pour mieux dir^^ des blasphémateurs et des impies, qui ne mcprù suient pas seulement le saint sacrement de l'autel avec toutes les saintes pratiques de l'éylis qui n'avaient pas horreur de donner Ji^sus-Chrial pour un malfaiteur justement crucifié , et qui pQB| latent les lidèles à consulter les démons et à praU qiier les autres impiétés du paganisme. Comme j^ n'y avait point d'inquisiteurs dans toute l'éteniluj des étals d'Angleterre ,1e pape pria le roi EdouardiC alors régnant , d'ordonner à son justicierd'Irlandll où était le centre du mal , de prêter aux évêuuQK ■ le secours du bras séculier , toutes les fois qu'il e%l serait requis.
Cependant le corps de l'ordre des frères mineii^çf 1
Iouissait toujours de la considération publique et d^ i 'estime la plus éclairée. La reine de Portugal, saîntjî ] Elisabeth (i), qui mourut cette année i3iG, vouli^ 1 être enterrée chez les religieuses de Sainte-ClatçgJ de ConimbrCj comme étant du tiers-ordre de Baîa" François. L'année précédente, elle avait fait po^ la seconde fois le pèlerinage de saint Jacques t Galice, parce que te pape y accorda pour lo indulgence plénière. lille fit ce vojage à pied ^ habillée en pauvre pèlerine, demandant l'aumône ^ et ayant pour tout cortège quelques-unes de ses femmes vêtues comme elle. De retour en Portugal j elle apprit que le.roi son.fils , Alfonse IV , étaitau moment d'entrer en guerre avec Alfonse VII (Itt Castillc , qui était sou petit-lils. Elle frémit à la Kule pensée des suites de la division entre des' i
(0 v.aing.
. 3 , etc.
princea I
DE l' E G t I «B. 3o5
princes si proches , et partit incontinent , nonobs*^ tant des chaleurs extrêmes et son âge avancé , pour' aller travailler à la réconciliation. Elle n'eut que le mérite de la bonne volonté. Les fatigues Un eau-' sèrent une fièvre violente , dont elle mourut à- Estremos , où ejle était allée en premier lieu s'aboucher avec Je roi son fils. Son corps fut reporté et Conimbre , comme elle l'avait, ordonné par soa testament, et son tombeau devint aussitôt célèbre par un grand nombre de miracles. Urbain VIII Taî* mise au nombre des saints dans le dernier siècle , après toutes les discussions et avec toutes les solen-' ni lés modernes.
Benoît XII , en veillant avec tant de soin à la conservation de la discipline , n'avait pas moins à cœur Tentière pureté de la foi qui en est la base. Il n avait jamais donné dans les opinions parlicu*lières qui s'étaient émues sous son prédécesseur, touchant la vision béatifique, et qui avaient séduit plusieurs cardinaux , persuadés, non pas sans raison' dans les commencemens , qu'elles ne déplaisaient pas à Jean XXIL II avait même composé sur cette matière encore peu éclaircie , un livre qui constatait autant sa pénétration que son éloignement de tout ce qui s'écartait de la persuasion commune des fidèles et des docteurs catholiques. Il vit avec" tant de plaisir le pape Jean revenir enfin de sa sin-v gularité et de ses préventions^ qu'il n'eut rien de plus pressé , dès qu'il occupa sa place , que d'en publier la preuve incontestable , consignée dans l'acte qu'en avait dressé Jean , et que la mort ne* lui avait pas laissé le temps de publier lui-même.
Pour faire cesser tous les doutes à ce sujet , et plus encore pour mettre un frein à la curiosité et à la démangeaison de subtiliser davantage, il résolut de décider ^ question d'une manière dogmatique et irréformable. Il se retira au château pontifical du Pont-de-Sorgue près d'Avfgnon , avec plusieurs cardinaux et les plus habiles docteurs. Là , pendant quatre mois , on examina mûrement ce point de Tome FIL V
H I s T 0 I H i TW^M
doctrine , d'après les passages de l'e'criture et d&ê pères qui y avaient rapport. Eiilin , au commencement de la seconde année de son pontiûcat , il publia sur ce sujet la bulle Benedictus JDeits , qui décide la question.
ApW'S avoir rappelé que la mort avait empêché Jean XXïI de prononcer , comme il l'avait entrepris , il y dit qu'après en avoir t^oigneusement délibéré avec les cardinaux, et de leur avis, il définit que, suivant là commune disposition d^ Dieu , les âmes de tous les saints sorties de ce monde tant avant qu'après Jesus-CUrist sans qu'il leur restât rien à expier ; celles qui ont été puriûées après leur nXort , et même cpltes des enians baptisés , morts avant l'usage de la raison; que toutes ces âmes , avant le jugement général et leur réunion avec leurs corps , sont dans le ciel avec le Seigneur et les anges, où elles jouissent immédiatement de la vision intuitive de l'essence divine , qui leur confère la vie et la béatitude éternelle; que de inêiue les âmes de ceux qui meurent en péché mortel cl actuel, descendent aussitôt après en enfer, pour Y être dès-lors et à jamais tourmentées; que toutefois , au jour du jugement dernier , tous les hommes comparaîtront devant le tribunal de Jesus- Clirist en corps et en ame , pour y rendre compte de leurs œuvres, et recevoir dans leurs corps la récompense ou la punition qu'ils méritent. La bulle finit par ordonner de punir comme hérétique quiconque osei'ait enseigner le contraire de ce qu'elle prononce (i).
Après avoir remédié aux démarches équivoques de Jean XXII par rapport à la question de la vision béatifique , Benoît voulut encore réconcilier l'em-
Eercur I.ou!S de Bavière avec l'église romaine, sant toujours de la modestie et de ia retenue qui lui était naturelle, fans s'expliquer louchant la conduite de sou piéiîécesscur , il témoigna devant
les amis que l'empereur avait soin d'entretenir en cour de Rome, avec combien de plaisir il recevrait ce prince , s'il voulait revenir au sein de l'unité.' Il avait mis la main à cette affaire , dès le comment cernent de son pontificat, et. avec d'autant plus d'empressement , que ce moyen presque unique de acifier l'Italie facilitait admirablement Texécutioii u projet qu'il avait tant àcœur, de rétablir le saint siège à Rome. Sur ces indices de la bienveillance pontificale , Louis de Bavière avait envoyé au pape et aux cardinaux , des ambassadeurs avec des lettres très-soumises , et on leur avait aussitôt remis lea conditions que demandait le pontife pour un aCr commodément solide. Louis renvoya ces ministres ,1 le plutôt qu'il lui fut possible, avec une procuration qui révoquai t non-seulement tout ce qu'il s'était permis contre le dernier pape , mais tous les édits u'il avait publiés à Rome. Ceux-ci firent encore e sa part toutes les promesses les plus capables d'accélérer et de faire juger la réconciliation sincère.! Le pontife fit l'accueil le plus engageant aux ambassadeurs. Il leur dit en plein consistoire , que lui et les cardinaux ressentaient une joie inexprimakle de voir l'Allemagne, ce noble rameau de 1 église,' se réunir au tronc dont elle était si malheureuse*^ ment détachée. Il s'étendit avec complaisance sur les louanges de cette nation , et dit de Louis de Bavière en particulier, qu'il était le premier prince du monde. Il attribua aux troubles de l'empire les maux de l'Italie , le peu de progrès de l'évangile armi les infidèles , et la perte de la Terre-Sain te J Infin il conclut à Tabsolution de l'empereur, en des termes qui la firent espérer pour le lendemain (i). Les rois de France et de Naples firent échouer ce dessein, par les intrigues des cardinaux. Robert, dit le Sage et le Bon , se souvint cependant des vio* lentes hostilités que l'empereur avait exercées contre lui en* Italie, et Philippe de Valois, dans ses
II) Alb. Argent, p. laô.
H i s T* o I 11 I gnerves mnlhenreiises , assez embarrassé t lèle auseul roi Edouard, le héros de l'Angleterre ,' craignit d'avoir Je plus sur les bras les forces de rem|)ire , si Louis de Savière qui lui était fort opposé , en devenait possesseur tranquille. Des seigneurs et des prélats envojés à la cour du pontife par leS rois Philippe et Robert , soutinrent avec I>eaiicoup de hauteur , qu'il était scandaleux de préférer un hérésiarque, ainsi qualifiaient-ils Louis de Bavière , aux deux rois les plus zélés pour l'église. Qu'exigent donc vos maîtres, reprit le pape? Veulent- ils qu'il n'y ait point d'empire ?Saint père , repartirent les envoyés avec une sécheresse qui tenait de l'insolence , ne faites dire , ni à nos maîtres, ni à nous, ce que nous ne disons pas. Nous ne pavions point contre l'empire , mais contre uil prince justement condamné pour tout ce qu'il a fait contre l'église romaine. C'est Rome au contraire , répliqua le pape , qui en a trop fait contre lui : il serait venu , un nâlou à la main , aux pieds de noire prédécesseur, s'il avait voulu le recevoir. Tout ce qu'on reproche à ce prince, je ne crains
Eas de le dire , il y a été poussé. Mais qu'on me lisse faire, ajouta-t-il, je tirerai de lui des conditions plus avantageuses a vos maîtres même, que s'ils le tenaient dans une prison. Avec tous ces ménagemens, le pape ne put rien gagner. Déjà le roi Philippe avait saisi dans ses étals le revenu des biens qu'y avaient les cardinaux , et ces prélats ne marquèrent pas à beaucoup près le désintéressement courageux de Benoit Xll. Ce fait seul justiliera les papes d'Avignon , dans l'esprit des personnes équitables, pour mille renconties pareillesj mais il fera sentir aussi tous les torts de ceux d'entr'eux et d'entre leurs cardînaus , qui ont concouru à établir ou à prolonger dans une terre éttangère cette servitude du siège apostolique.
Aux suggeslions de la cour de France , les cardinaux, ajoiitèient que le roi de Bohême , et par limjjulâiuR de celui-ci, ceux de Hongrie et de \
DE l'Eglisb. 3o()
Pologne se disposaient à faire un autre roi des Romains. Puisque Louis de Bavière , concluaient-ils, déplaît aux princes même de sa nation et à quelques-uns de ses plus proches parens, il serai t de la dernière imprudence de soutenir contre tant de forces un prince médiocre et sans appui. Le généreux pontife au contraire était vivement touché des instances et des soumissions que ce prince ne se rebutait pas de faire pour obtenir son absolution. Dans le cours de la seule année 1 336 (i), Louis fit jusqu'à trois fois ces démarches humiliantes. Au sujet de l'intrusion de l'antipape Pierre de Corbière , il protestait avoir ignore que ce fût une hérésie de croire l'empereur en pouvoir de déposer un pape et d'en faire un autre. Il se repentait aussi d'avoir donné retraite aux franciscains schismatiques et àd'autres docteurs suspects, abjurait leurs erreurs, et déclarait qu'il s'était conduit en cela, comme un chevalier sans étude , qui n'entend ni les écritures, ni les subtilités des savans. Il demandait pardon de n'avoir point observé les interdits , et allait jusqu'à renoncer à son couronnement fait à Rome.
Tant de négociations ayant échoué , Henri de Virneberg , archevêque' de Mayence , attaché à Louis, rassembla dans la ville de Spire la plupart de ses sufFragans, au nombre desquels était l'é^i^-
3ue de Strasbourg , guidé par le docteur Albert ont nous tenons ce détail (2). Le résultat de cette espèce de concile fut d'envoyer au pape demander définitivement l'absolution de l'empereur, et si on la refusait , de se rassembler pour délibérer sur ce qu'il y aurait à faire. Le pape reçut les envoyés
;posé
de France m'a écrit que si je l'absous sans son consentement , il me traitera plus mal que ne l'a été
(i) Rain. n. 3 et seq. (2) Alb. Argent, p. 127.
le pape Bonîface. Aussitôt après il engagea le dauphin de Viennois à conduire les envoyés , par les monts el les lieux détournés , jusqu'à Lausane. II écrivit ensuite en Allemagne , que la né"ociatioii avait été inierrompue par l'impatience et le défaut de circonspection des ministies de Louis de Ba- "vière ; que celle afiaire ne devait se traiter qu'en cour de Home , et que le plus graud obstacle à sa réussite venait des préparatifs de guerre que Louis faisait contre la France, dont l'église romaine, ajoute-t-il, ne peutabandonnerles intérêts, parce qu elle n'en a jamais clé abandonnée (i).
Dans le mois même dont celle lettre est datée , ions les électeurs de l'empire , à l'exception du roi de Bohème , s'assemblèrent au territoire de Mayence , puis à Renlz près de Coblenlz , déclarèrent l'empire, quant au temporel, indépendant des papes , et s'engagèrent par serment à le maintenir avec ses droits contre toute puissance sans exception, ày obliger même tous ceux qu'ils pourraient, nonobstant toute absolution ou dispense(3). L'empereur encouragé par-là, convoqua une diète à Francfort , et fit déclarer nulles les procédures faites contre lui par Jean XXII. Le décret est raî» sonné. On y établit que la juridiction spirituelle et ta temporelle sont distinctes , et l'on en conclut qae le pape, dans ce dernier ordre , ne peut riea faire que par attentat contre l'empereur. On combat ensuite le préjugé qui faisait dériver du pape la puissance impériale, et qui privait , tant de l'autorité que du titre d'empereur, le roi élu des Romains, jusqu'à ce qu'il fût sacré et couronné parle pape. On s'éleva ainsi contre le principe de ces prétentions , c'est-à-dire, contre la plénitude de puissance que s'attribuaient les papes tant au temporel qu'au spirituel (ii). Mais parmi ces nais-
(i) Rain.
i333, n.Sctj i-i) Mb. Argent, p.
Repilorf. p. 4'Jti.
l (J) Hervard. t. u , p. 76a.
D E l' E G L I s C. 3ll
«ances de lumières , on ne laisse pas <îe recon^ naître la tyrannie des préventions et des maximes, nouvelles, dans l'estime exclusive du décret et de la glose de Gratien. Les partisans de Louis de Bavière employaient à la défense des anciens principes , l'autorité même de cet auteur oui les avait renversés. Par la même incohérence d idées et de raisonnemens , ils se servent encore de plusieurs autorités du décret et de la glose , pour établir que le concile général ou Louis avait appelé, est supérieur au pape quand il s'agit delà toi et du droit divin. Telle était la difficulté de détruire cet préjugés monstrueux, dont nous avons peine au- )ourd4iui à ranger le règne dans la classe des choses possibles.
Le docteur Albert de Strasbourg fut chargé de porter au pape la résolution des princes de l'empire , et de représenter que son propre évêque ne pouvait plus se dispenser de faire nommage a l'empereur Louis (i). Benoît XII voulut d abord se contrefaire , et parla durement de ce prince à l'envoyé : mais la dissimulation n'était pas le talent de ce digne pontife. Albert lui rappela les anciens témoigpages de bienveillance qu'il avait donnés à l'empereur. Aussitôt le bon pape revenant à sa simplicité et à sa douceur naturelle, di^ en riant lui^ même de sa feinte ; Au mpîns n'est-il pas convenable que votre maître me rendjB le mal pour le bien. Cependant Benoît éprouvant toujours la même gêne dans son séjour d'Avignon , qui dura autant.
?[ue sa vie , cette affaire épineuse demeqra en squfrance tout le reste de son pontificat. Néanmoins il ne renouvela jamais l'anathème contre Louis de Bavière , et n'usa contre ce prince d'aucune voie de violence.
Benoit XII donna une autre preuve iie sa modération et de ses idées saines touchant le pouvoir ecclésiastique, dans le conciledestroisprovinces ^■1 . ■ ■ ■ II» ..Ml»
(i) Glu^on. an. i338 , p. 120,
d'Arles , d'Embrun et d'Aix , qu'il fit tenir ai} mnoastère de Sainl-Riif d'Avii^non ,et où il voulut que les archevèijues de ces provinces présidassent. Oq y abolit quelques procèdes insolites qui s'étaient ïnti'oduits dans la poursuite des excommuniés , et qui présenlaient un aspect contraire tant à la dignité qu'à la douceur ecclésiastique (i). C'es^.' ainsi que certains nlliciaux faisaient jeter des pier* rcs coulre la maison de ceux qui croupissaient dans les censures sans se soucier de l'absolution , ou'qu'on érigeait une bière à leur vue, pour leur imprimer de la terreur. Le concile veut qu'on s'en tienne aux moyens de droit ; ce qui ne peut signifier que les peines spirituelles que l'excommunication emporte de sa naturt^. Il veut aussi que les clercs bénéûciers , ou revêtus des ordres sacre's , pour donner bon exemple aux laïques , s'abstiennent de viande le dernier jour de cbaque semaine, en l'honneur de la sainte Vierge, On voit par-]à que l'abstinence du samedi ordonnée trois cents ans plutôt à l'occasion de la trêve de Dieu, n'était pas encore établie universellement. Un statut plus particulier encore, de ce concile, c'est celui qui n oblige les cbanoines même des cathédrales , qu'à deux mois de résidence (2). Oa donne un an à ceux dont le rang demandait les' ordres sacrés, pour s'y faire promouvoir (3). On pp peut donc pas reprocher au zèle de Benoît XII, d'avoir ignoré les règles d'une tolérance nécessaire, en atteiidani qu'on pût parvenir à un rétablissement plus parfait. Sa condescendance, pour Je prince et la nation chez qui il résidait , se manifeste par la promotion qu'il fil l'an i338 de six cardinaux , dont un seul Italien , et cinq Français.
Dès le commencement de la même année , aiï^ rivèrent à Avignon des envoyés du grand kan des Tarlares , avec une lettre ou il se qualifiait einpe»
(i)Conc.Hard, l.YU,p. 1621. (a) An. 43- f3) Art,5i.
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reur des empereurs. Les titres d'honneur n'étaient pas plus épargnés au souverain pontife. Nous députons, disait-il (i), notre ambassadeur André Franc avec quinze associés , vers le pape seigneur toùt-
{missant des chrétiens, ou delà des sept mers où e soleil se couche , pour ouvrir le cnemin aux ministres que nous avons dessein d'envoyer souvent vers le grand pontife du Dieu suprêaie, aussibien qu'à tous ceuxr que nous le prions de nous envoyer. Nous le supplions de nous donner sa bénédiction paternelle , de faire toujours mémoire de nous dans ses puissantes prières , et de touruer ses regards favorables sur les Alains chrétiens nos serviteurs et ses enfàns. La date est de Cambalu^ centre de la mission de Jean de Mont-Corvin chez les Tartares.
Quatre princes de la nation particulière des Alains avaient joint leurs^ lettres à celle du kan. Elles portaient en substance , qu'ils avaient été long-temps conduits dans le chemin du ciel par l'archevêque Jean, excellent personnage dont ils pleuraient la mort depuis huit ans révolus. Nous avons ouï dire, poursuivirent-ils , que vous nous avez pourvus 4' un autre pasteur ; mais depuis le commencement de ce long deuil , toujours nous demeurons sans chef et sans consolation spirituelle, et nous conjurons votre sainteté de nous l'envoyer au plutôt. C'était frère Nicolas , du même ordre de saint François, désigné depuis long-temps successeur de Mont-Corvin , mais qui n'était pas encore arrivé. Les princes alains priaient aussi le pape d'établir avec l'empereur leur maître un comïnerce d'envoyés réciproques , et de cultiver assidûment l'amitié d'un prince qui pouvait faire des biens ou -des maux infinis à la religion.
Le pape reçut très-gracieusement ces envoyés ^ leur fit rendre de grands honneurs, et à leur départ les combla de présens. ^ Il ne répondit pas
(i) Vading, aa. i338, n. i et scq. Rain. p. 73 et seq.
seulement au grand kan et aux Alains , TOaîs il joignit plusieurs autres leltres pour dilferens princes tartai'es , avec une confession de foi. Quatre mois après, il lit partir pour ces réi-ions lointaines quatre frères mineurs, revêtus pour dix ans de la qualité de nonces apostoliques.
Dans le même temps, il se trouvait en Italie quelques Arméniens imposteurs qui se disaienl cvêques,et qui maltraitaient lescatlioliques de leur nation , c'est-à-dire, ceux qui avaient liçrreur de» rêveries impies de quelques eutycliiens , et do plusieurs autres absurdités fort accréditées en Arménie. Dans la ville même de Rome, Atlianase, prétendu évêque de Véric, s'efforçait de répandre ces erreurs ; et pour y ramener les Arméoieii» orthodoxes, il leur témoignait une aversion méprisante, les traitait de renés[als , en emprisonna plusieurs, et les tourmentait de tout son pouvoir. Pierre , qui se donnait pour cvêque de Nazaretn et patriarche de Jérusalem , tenait la même conduiteà Padoue, et Ezéchiel, son vicaire , à Florence. Ils ne purent échapper à la juste sévérité du pape Benoît , qui envoya ordre à l'évêque d'Anagnie , son vicaire à Rome , ainsi qu'aux évêques de Florence et de Padoue , de réprimer çt de mettre eu lieu sûr ces imposteurs.
Un moine d'Orient, heancoup mieux intentionné , et qui ne put toutefois réussir dans sa commission , vint en cour de Rome de la part de l'empereur Andronic , afin de ménager !a réunion des Grecs avec l'église romaine (i). Il se nommait BarJaam , élait abbé du monastère du Sauveur , et avait pour guide Etienne Dandolc, noble vénitien. II avait une garantie bien plus respectable encore , dans les lettres de recommandation des rois de France et de Naples , dont il était muni. Le pape et les cardinaux , Irès-zclés pour l'union , souhaitèrent que les Grecs fissent leurs propositions par écrit.
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Ils les donnèrent on ces termes : On peut imaginer deux moyens de faire la réunion désirée , la Force et la persuasion. Oublions le premier qui ne vou3 déplaît pas moins qu'à nous , pour considérer mûrement le second , qui est encore double , comme ayant trait aux sa vans et au peuple. Si trente ou quarante de nos docteurs viennent vers votre sainteté , Je ne doute pas qu'ils ne s'accordent avec vous , parce que vous agissez sans passion , et ne cherchez que le triomphe de la vérité. Mais quand lisseront do retour en Orient, ils ne pourront amener le peuple à prendre confiance en vos paroles. Les préventions , la vanité /l'envie , et dans quelques*uns la fausse apparence du bien , feront échouer le zèle des médiateurs , et mettront peutêtre leur sort en péril.
Voici le seul moyen qui me paraisse efficace pour gagner l'ordre populaire avec les savans. Les simples fidèles savent qu'on a tenu six conciles céné- ^ raux y et que chacune de ces divines a^seDiblées a servi de digue contre lejs erreurs qui se répandaient dans l'église: ainsi la multitude est persuadée qu'on doit s'en tenir à ce que décide un concile œcuménique. C'est pourquoi , si l'on en tient un sur vos ditFérens avec les Grecs, tous les Orientaux se soumettront volontiers à ce qu'il prononcera. Si quelqu'un dit que le concile de Lyon s'est déjà tenu à cet effet , il doit savoir que le commun des Grecs ne le recevra jamais,parce queceux d'-entr eux qui s'y trouvèrent , n'avaient été ni envoyés par les quatre patriarches , ni agréés par le peuple , mais commis d'autorité par l'empereur seul qui n'usa d'aucun ménagement. Si donc vous goûte:^ cette idée d'un concile , commencez par envoyer à l'église d'Orient des légatscraignansDieu , pleins de charité et de modestie , avec des lettres pour inviter les patriarches de Constantinople , d'Alexandrie , d'Antioche , de Jérusalem , et les autres évoques , à s'assembler avec vous , à traiter les questions dans une concorde toute fraternelle , et à
décider suivant les inspirations de l'Esprit-Saint.' L'intérêt temporel des Grecs , queK[ue pieux que fussent leurs médiateurs, entrait loufourspour Beaucoup dans leurs demarc lies à l'égard des Latins. Le vertueux Barlaam , ne négligeant pas ce point de vue, poursuivit en ces termes , qui montrent
Î[uece solitaire ne manquait pas d'hauileté: Depuis ùng-lemps , dit-il , les Tiu'cs ont conquis sur les Grecs quatrevillescnnsidc'rablesde l'Asie-Mineiire, et en ont soumis les liabitans à leur daranable religion. Ceux-ci voulant revenir au cliiistianisme , ont fait dire à l'empereur mon maître de venir avec pne armée, et qu'ils lui livreraient ces places ; mais l'empereur ne se voyant pas des troupes s ulli sautes, a réclamé par notre organe le secours du roi de France, pour une expédition qui entraînerait la ruine des infidèles. Si nous reprenions ces villes , toutes celles qui se rencontrent enlr'elles et la Grèce se livreraient à nous ; les Turcs perdraient * toutes leurs forces maritimes , et l'on aurait un passage libre à la Terre-Sainte. Mais nous vous supplions que le secours précède ou du moins acconipagne vos légats : lesex.hortations seront eflicaces , quandellesviendrontaprès les bienfaits. L'empereur pourra dire alors au patriarche et aux autres
Erélats : Voyez la droiluie et la générosité des aiins. Ce ne sont pas là de belles paroles et des S roraesses suspectes, mais des services effectifs et es œuvres essentielles qui réclament notre amitié. ■ Quoi de plus heureux pour nous , ((ue de nous réunir inséparablement avec eux ! Mais tant que notre maître sera tourmenté par les Tnrcs , il ne pourra , ni assembler les quatre patriarches avec les autres évèques ,ni assister lui-même au concile. . On me répondra peut-être : Que les Grecs commencent par la réunion, et aussitôt après nous yolerons a leur secours. Mais d'abord , ces cruels Musulmans n'attaquent pas les seuls Grecs ; ils traitent de la même manière les Arméniens , les Rhodiens , les Cvpriots , et tant d'autres chrétiens ré-
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pandus sur-tout dans les îles. Ils ne poursuivent pas les Grecs comme Grecs , ni comme divise's d'avec vous ; mais tout au contraire', comme pratiquant la même religion. C'est donc le christianisme, à proprement parler ,et non pas les Grecs que vous secourez en marchant contre- les Turcs. Tant que notre empire subsistera , il vous sera beaucoup lus facile , en vous joignant à nous, d'abattre ces arbaresdont nous connaissons la manœuvre et les stratagèmes. D'ailleurs , dans la domination tant des Turcs que des Sarrasins, il y a beaucoup de chrétiens et de renégat^ même encore fort affectionnés à nos empereurs. Mais s'il arrivait , ce qu'à Dieu ne pîàise , que notre empire encourût la ruine entière qui le menace , ses destructeurs deviendraient si puissans , qu'ils riraient également de vos menaces et de vos efforts. Vous écouteriez certainement les Turcs , s'ils venaient vous proposer de vous joindre à eux pour détruire les Sarrasins , parce qu'il vous serait plus avantageux de faire ainsi la guerre aux Sarrasins , que d'attaquer vous seuls ces deux nations. Il en est de même de vous joindre aux Grecs , plutôt que de marcher seuls contre les Grecs et les Turcs. Soyez encoro bien persuadé que ce n'est pas tant la différence de doctrine qui aliène les Grecs des Latins , que le ressentiment qu'ils conservent des grands maux qu'ils en ont reçus en différentes rencontres : cet obstacle à l'union ne peut se lever que par un bienfait signalé de votre part. Sachez enfin que cv. n'est pas le corps de la nation grecque qui m'a député vers vous , mais l'empereur seul , fort secrètement. Il risque tout à témoigner seulement qu'il désire l'union , si auparavant il n'a fait montre du secours que vous nous destinez.
Le pape et les cardinaux ayant examiné mûrement les propositions de Barlaam , trouvèrent un inconvénient capital dans le projet d'assembler un nouveau concile. Outre la guerre et les troubles qui rendaient cette convocation presque impossible , ils.
craignirent <îe paraître rcvotjiier en doute ce qui avait été décidé toiicliant la procession du Sainf- Ësprit en tant d'autres occasions. Eu répondant à Bailaam, on n'allégua pas seulement le concile de Ljon où s'élail fait la réunion ménnge'e par l'empereur Michel Paléologne; niais on insista princi' paiement sur le concile <rEpf)èse généruleraent rêve' lé , et dan^ lequel , à l'occasion du neiiTtème analliémede saint Cyrille , ce père et tous les autres téraoignentclairement qu'ils crOTaient que le Saint' Esprit procède du Fils atissi-bien que du Père. On cita aussi la lettre du pape (lortnisuas à l'empereur Justin , portant en termes exprès , qu'il est le pi*opredu Saint-Espritde procéder du Pèi-e etduFils, sans que les G,recs se fussent alors recfiés contre celte expression.
A celle réponse, Barloam re'pliqua ; Si Ton ne
Eeiit persuader aux Gi-ecs de professer comme les atins cet article du symbole, que cliacun demeure dans sa croyance, sans pi-éjudice de l'union. Cela ne se peut tolérer , lui dii-on sans balancer et d'un accord unanime j léglisecalboliquen'a qu'une seule croyance : en ne résistant [wiiit à l'erreur , elle semllierait l'approuver. Cependant le souverain ponlifc proposa un nouvel expédient pour préluder au moins à l'union. Que votre patriarche et votre empei-eur , dil-il aux députés grecs , rassemblent ceux qu'ils tiennent pour patriarches d'Alexandrie , d'Antioche et de Jérusalem , avec leurs évêques , leur clergé , les principaux laïques, et qu'ils choisissent quelques savans pour les envoyer munis d'une autorisation su disante , afin de conférer avec des commissaires du saint siège , non par esprit de dispute, mais dans l'intention sincèrôj de s'instruire. iH
Ce que votre sainteté propose, reprit Barlaam ^^ me paraît impossible , à moins d'un miracle. L'empereurne sauraitdéclarerledésirqu'ila de se réunie avec vous , sans mettre ses jours en péril. Telle est encore l'anîmosité du peuple et de bien des grands.
en mémoire des violences tyranniqûes de Michel Paléologue. D'ailleurs l'église de Cdnstantinople ne nous enverrait point de nonces sans le consentement des autres patriarches. Or , que d'obstacles se présentent ici ! Il est difficile d'assembler ces prélats , à cause du feu de la guerre ; il est incer* tain s'ils voudront venir , et plus^encore s'ils conviendront de vous envoyer des nonces. Quand ils en seraient d'accord , il est vraisemblable qu'ils ne les autoriseraient qu'à des conditions que vôù4 n'admettriez pas. Barlaam ajouta néanmoins ^ que , nonobstant ces difficultés , il travaillerait de sôtl mieux à la réunion, et prit ainsi congé pour ré*tourner en Grèce. Il faut mettre cette tentative au nombre de tant d'autres, qiii ne servent qu'à manifester les justes inquiétudes qu'éprouvaient au moins les Grecs vertueux dans leurs prévention* schismatiqiies. On observe qu^e d^ns tout le cour* de cette affaire, le pape ne doâna point à Andronixî le titre d'empereur , mais seulement de modérateur de l'enapire , pour ne pas préjudiciel atti droits de Catherine de CoUrtenai , qUl se disait itn'*' pératrice de Constantinople. Par utae consîdét'â*tion semblable en faveur des Lji tins patriarches tîtu* laires d'Orient , il ne nomma jamais patriarches ceux qui étaient en possession des sièges dé Constantinople, d'Alexandrie , xl'Antioché et de 3é^ rusalem.
Toutes les régions du monde et tous les genres d'affaires occupaient alors les pontifes rotnains. Dans l'année où se tint cette conférence avec leà Grecs , le pape Benoît se vit obligé de réprimer aux extrémités de l'Allemagne l'ambition aes religieux militaires de l'ordre teutonique. Casitnir III , roi de Pologne , ou plutôt les états de cette nation s'étaient plaints en cour de Rome , que le grand maître et les chevaliers de cet ordre puissant avaient envahi à main armée , et s'obstinaient à retenir des domaines les plus considérables du royaume de Pologne , entr'autres la belle pro-
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vince de Poroéranie ; ce qui porte , disaient-ils J un gianiE préjudice à l'église lomaiue aussi-I>iea qu'a notre royaume, qui se fait gloire d'en être trîbutaiie, et de ne point reconnaître d'autre supérieur après Dieu (i). Le pape , de l'avis des cardinaux , envoya deux nonces pour informer sur les lieux et coiriypr les abus.
lis firent citer devant eux le grand -maître , Tliicri d'Alderabourg, avec les frères leulouiques, et nomni'éinent vingl-cincj commandeurs. Le procureur de l'ordre comparut en leur nom , prolesta conire lu commission des nonces, eii appela au pape, et se retira brusquement sans prendre congé. Les commissaires jugeant cetappel illusoire , conlumacèienl dans les fornu^s le grand-maître et les commandeurs , puis les déclarèrent excommuniés, et les condamnèrent à restituer tant les lerres envahies, que les fruits qu'ils en avaient perçus depuis l'invasion , avec les dommageset intérêts. Le tout fut taxé 3 194,500 marcs d'argent , à quoi Ton ajouta seize cents marcs pour les dépens. Mais avec des religieux armés, tout diiférens des solitaires pacifiques des temps primitifs, il était bien plus facile de prononcer la sentence que de ia mettre à exécution. Le pape Benoît ne fut point obéi ; et sous le pontificat suivant, les cbe-aliyi'S teutonîques, soutenus par Louis de Bavière , forcèrent la diète de Pologne à leur abandonner définitivement la Poméraiiie,
Benoît XII ne réussit pas mieux avec Pierre d'Aragoij , institué roi de Sicile par le testament de Frédéric son père , qui était convenu , par traité avec le roi de Naples , de lui abandouiier celle île à sa mort , et de ne Id point transmettre à ses propres descendans (i).. Le pape déclara , tjint Pierre d'Aragon que les autres enfaus ou héritiers de Frédéric , déchus de celle pos'^ession , et ordonna de la re^tituer au roi Robert de Naples , comme
au vraî feudataire de l'église. Jusque-là le pape ne fit qu'user légitimement de son droit de suzeraineté sur les royaumes de Naples et de Sicile ; mais ensuite , confondant le pouvoir spirituel avec le pouvoir politique , 11 lit excommunier le roi Pierre : tant il est diificjle à la vertu même de percer entièrement les nuages de certaines préventions.
Le roi d'Aragon , Pierre IV , surnommé le Cérémonieux , marqua au saint siège plus de respect que celui de Sicile , en de» conjonctures à la vérité bien différentes (i). Il ne s'agissait que de rendre au pape un hommage de cérémonie pour le royaume de Sardaigne. A cet effet ^ il vint en personne à Avignon , reçut avec docilité plusieurs avii qu'on lui donna sur sa conduite personnelle, et sur la trop grande liberté qu'il laissait dans son royaume aux Juifs et aux Maures , avec danger de scandale et de perversion pour les faibles. Il parait aussi qu'on prit dans cette entrevue la derrière résolution pour la croisade , que le pape , deux mois après , fit publier en Espagne contre les Maures d Afrique.
Dès l'année i332 , Mahomet, roi de Grenade , vivement pressé par les armées chrétiennes , avait imploré le secours d'Albohacem , roi de Maroc (2). Ce prince lui envoya d'abord des troupes, sous la conduite de Son fils Aboumélic, qui pendant plusieurs années remporta différentes victoires sur les fidèles. Il périt enfin, et son armée fut totalement défaite par le général du roi de Castille, Gpnsalve Martinez , accusé depuis de trahison , décapité et brûlé. Aibohacem , furieux de la perte de son fils , et prenant , pour lui susciter des vengeurs , la méthode usitée dans les croisades , envoya par toute l'Afrique les plus dévots de ses musulmans , afin d'exhorter les peuples à prendre les armes pour la défense et l'accroissement de la religion de leurs pères. Il rassembla par ce moyen soixante et dix
(i) Id. an. i34o, n. 56. (a) Mariaa. 1. i6.