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matines , est encore de cette version , ainsi que plusieurs fragraens des pseaumes , qui se trouvent dans ie missel romain. Le pseautier gallican prévalut par-tout ailleurs sur le romain , par le concours même des papes, et d'Urbain V en particulier, qui n'oubliait rien de tout ce qui pouvait contribuer en Italie au rélablissement et à la perfection de la discipline.
Tels étaient les effets lieureiTx et rapides de la
Srésence du nremier pasteur dans le lieu naturel e sa résidence, quand Urbain, par un cbangement à peine concevable , et dont l'envje de procurer la paix entre la France et l'Angleterre ne , parut cju'iin motif peu satisfaisant , publia inopinément le dessein qu'il avait de reiourner à Avignon. Il était di'jà hors de Rome , à Monteûascone , lieu qui paraît lui avoir beaucoup plu , et dans lequel il voulut encore 3 avant son départ, augmenter de deux cardinaux le sacré collège. Le premier fut Pierre d'Estaing , d'une ancienne maison deRouer- Eue , qui a donné une foule de grands hommes à l'état ainsi qu'à l'église , et le second , Pierre Corsini , né à Florence , d'une famille noble et trèsdistinguée dès-lors.
Cependant Pierre d'Aragon , ce pieux infant qui continuait à honorer par ses vertus l'ordre de saint François , et qui avait encouragé le pape Urbain à rétablir le.saint siège à Rome, lui fit de vives remontrances sur un cbangi^ment qui allait ravir lont le fruit de son heureux retour : cbangenient, disait-il d'un ton prophétique, moins propre à éloiiirer !a discorde , qu'à enfanter le schisme (i). D un autre côié , sainte Sfigite, venue de Suède à Rome pour obtenir la confirmalion de si règle protesta qu'elle avait révélation de la sainte Vierg que si le pape retournait à Avignon , il mourrï en y aurivant (2).
(OVit. t. ïïui.p. 390.
(2) Raiu. an. la^Oj n. 19, etc. Bullar. Bonif. IX,Coiist. 1
Êrigîte , par ses vertus , sa naissance et son caractère , jouissait d'une considération qui donnait un grand poids à son témoignage. Elle était d'une des plus nobles maisons de Suède , et avait été mariée dès l'âge de treize ans à un jeune seigneur également illustre , nommé Vulfon. Après avoir eu huit enfans , l'époux et l'épouse , d'un commun accord , se résolurent à garder la continence parfaite. En cet état , il^rent ensemble le pèlerinage de Saint-Jacques en (îalice , et au retour ils prirent l'un et l'autre la résolution d'embrasser la vie religieuse. Vulfon mourut avant de l'avoir exécutée. Brigite , dans son veuvage , redoubla ses austérités et ses aumônes , et , peu de temps après j fonda au diocèse de Lîncop un monastère double , pour soixante religieuses et vingt*cinq frères de l'ordre de saint Augustin. Elle donna elle-même aux uns et aux autres des constitutions., qu'elle disait lui avoir été révélées de Dieu , et dont elle obtint • la confirmation du pape Urbain.
Par toutes ces raisons , la prédiction de la sainte touchant le retour de ce pontife en France , fit beaucoup d'impression sur l'esprit du cardinal de Beaufort , grand homme de bien , que nous verrons bientôt pape sous le nom de Grégoire XI 5 mais il n'osa la communiquer à Urbain. Le que voyant Brigite, elle fit mettre ces mots par écrit, de la main de son confesseur Alfonse , évêque de Jaën : La volonté de Dieu est que le pape ne sorJ^e point d'Italie , mais qu'il y demeure jusqu'à la mort j autrement, il sera aussitôt retranché du nombre des vivans , pour aller rendre compte an Juge terrible des vivans et des morts. Elle s'arme de courage , elle brave tous les dédains de la vaine sagesse du siècle , elle va trouver le pontife , et lui présente elle-même l'annonce fat^le^. Le sort en était jeté : Urbain partit de Montefiascone le 26 d'Août , alla s'embarquer à Corneto , prit terre à Marseille , et de là se rendit à Avignon le 34 Septembre de cette anijiée 1370.
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Pour Erîgîte , puis en Sicile
elle passa incontinent à NapleS^ d'où étant retournée à Rome j elle se crut inspirée d'aller à Jérusalem , quoi- "gée de soixante-neuf ans j et partit avec sa ^Ue Catherine. Arrivée à la Terre-Sainte, «lie visita tous les saints lieux , entre lesquels il est à remarquer que ses historiens comptent la chambre de l'annonciation , c'est-à-dire , la maison qu'avait habitée la Vierge à Nazaredi. Brigite étant revenue à Rome , y mourut saifltement. Son corps fut reporté en Suéde par les soins de saliile, etd^iosé dans le monastère de Vastein que la sainte avait fondé. Les miracles qui s'y opérèrent en foule , cnf^agèrent le pape Boniface IX , malgré les troubles du grand schisme , à la mettre au nombre des saints l'an i3i}i , dix-huit ans seulement après sa mort.
La prédiction qu'elle avait faite à Urbain V , ne fut pas la moins frappante de ces merveilles, et passa pour la voix de Dieu, .dans l'esprit de tous ceux qui en jugèrent par l'événement. Ce pontife ne fut pas plutôt à Avignon , qu'il voulut aller en personne négocier la paix qui motivait son retour; et déjà il avait fait quelques préparatifs pour ce vovace , quand il fut attaqué d'une maladie qu'il jugea fuimêmeilevoir bientôt lui causer la moit. Il mourut en effet le jeudi 19 Décembre iS^o , dans les saintes dispositions que toute la suite de sa vie donnait lieu d'attendre; mais en condamnant la fausse démarche qu'alors il reconnut avoir faite en revenant à Avignon. On dit qu'il se fit porter mourant devant un autel du prince des apôtres , et qu'il attesta le ciel et la terre, que ce manquement ne devait pas lui être imputé ; mais à ceux qui en avaient tellement concerté la conduite , qu'ils le lui avaient rendu comme inévitable (i). D'autres ajoutent qu'il lit vœu de retourner à Rome, si Dieu lui rendait la santé (a). Quoi qu'il en soit, cette faute ou cette
(i) Petrnrc. Uer. sen. 1. 1 3 , cp. i3. [1} Raiii
méprise n'a point empêché qu'on invoquât Urbain V aussitôt après sa mort , qu'on n'exposât de toute part son image sur les autels , et qu'il ne fût question de le mettre solennellement au nombre des saints. Si cette canonisation n'eut pas lieu, quoique sollicitée par toutes les têtes augustes de l'oDedience de Cle'meqt VII , sur une infinité de témoignages rendus à ses vertus et à ses miracles , il n'yeut que les troubles du schisme qui empêchèrent le jugement définitif du siège apostolique.
Pour s'en convaincre , il suffit de jeter un coup d'oeil sur les oeuvres de ce saint pontife (i). Naturellement bienfaisant et libéral , magnifique lorsqu'il s'agissait du culte divin et des fondations religieuses , qu'il fit en grand nombre, et, quant au point délicat qu'on peut regarder comme la pierre de touche des vertus d'un pape , d'une réserve presque unique à l'égard de ses proches. On n'en compte que deux qui aient eu part à ses bienfaits , soii frère que le sacré collège le contraignit en quelque sorte à y associer, et un neveu à qui sa doctrine et sa piété obtinrent l'évêché de Saint-Papoul. Il ne souffrit pas que son père acceptât six cents livres de rente que le roi de France lui voulut donner en sa considération : mais il était libéral jusqu'à la profusion à l'égard des pauvres ; il entrait , avec toutes les attentions tendres d'une mère , dans le détail de leurs besoins; il se déclarait protecteur de tous ceux à qui l'on suscitait de mauvaises afifaires; il plaçait, selon leur condition , les filles dont l'indigence
Êouvait exposer là vertu; il mettait les familles onorables et ruinées à l'abri de la misère , et plus encore de la honte qui en est le comble. Il était grand protecteur des lettres : il fonda un collège à Montpellier pour douze étudians en médecine , et
f)endant tout son pontificat il entretint mille écoiers en différentes universités.
Loin d'aimer le faste , loin de s'égarer dans le
(i) Vit. t. I , p. 292 et seq. Bzov. ap lîjo , n. 16.
^^38 H tourbill ■ "vironna
tourbillons tîe la gloire et de la grandeur qui l'en» ■vironnaient malgié lui, quand il voyait les monarques prostcrni's à ses pieds , it réierait au chef adorable de l'église les horamages qu'on rendait à son vicaire, et disait inlérieuremi;nt : Ce n'est point à nous , Seigneur , c'est uniquement à votre saint nom que toute gloire est due. Aussi éloigné de la vie molle que des projets de l'ambition et des chimères de la superbe , son régime était moins celui d'un pape que d'un moine austère. Le carême et l'avent , il ne mangeait que le soir; il jeiniait aa pain et à l'eau tous les mercredis , vendredis et samedis de l'année : le reste du temps, il partageait avec les pauvres une table assez abondante, mais couverte de mets communs et sanctifiée par de pieuses lectures. Il garda toujours Thabit de saint Benoît , qu'il ne quittait pas même pour prendre son sommeil ; et dans l'appartement retiré qu'il babitait avec le plus de complaisance , tout retraçait la pauvreté d'un simple religieux. 11 joignit à l'esprit de pénitence celui de piété, l'amour de la prière et du recueillement , la confession presque journalière , l'assiduité à célébrer la messe , a reciter aux heures convenables l'office canonial, auquel il ajoutait celui des morts.
Pour ce qui est des devoirs de premier pasteur , il s'appliqua invariablement et de tout son pouvoir à bannir de la cour romaine et de toutes les églises le désordre des moeurs , la simonie , l'esprit d'intérêt, ïa lenteur à traiter les alFaires , et généralement tous les artifices de la cupidité couverts de ce manteau. Il était lui-même très-assidu à donner audience , et Ton vit peu de papes auSsï infatigables et aussi expéditifs. Malgré le sérieux d'une vie si laborieuse et si austère , sa douceur , son affabilité, sa popularité , sa patience ne se démentirent en aucune rencontre. Jusqu'au moment de rendre le dernier soupir , il tint ouvertes les portes de son appartement , pour laisser aux fidèles de toute condition un libre accès vers leur pasteur çL
^L de son ^^^ toute c
leur* père. Pendant tout le cours de son pontificat , qui fut de huit ans un mois et dix-neui jours , il Be se' trouva personne , suivant le témoignage dQ Pétrarque (i) , censeur si rigoureux des papes fran-r çaîs, qui pût se plaindre de son gouvernement on de ses manières.
Après les dix jours destinés au deuil de l'église romaine , les cardinaux entrèrent en conclave : dè$ le lendemain matin , 3o de Décembre , ils élurent unanimement , et comme par inspiration , Pierre Roger de Beaufort , âgé de quarante ans , et car-^ dinal depuis l'âge de dix-huit. Il était neveu de Clément VI et fils du comte Guillaume de Beaufort alors encore vivant, et qui vit ainsi son frère et son fils paj>es , un autre frère, deux neveux et cinq cousins cardinaux. Pierre Roger fut le seul qui n'applaudit point à son élévation. Il résista par uiGie humilité sincère, et ne céda qu à la yplonté de Dieu^ manifestée par la persévérance des cardinaux , qui voulaient absolument donner à Urbain V un succesr seur si propre à suivre les vues de ce saint et sage pontife. Comme il n'était que diacre du titre de Sainte-Marie-la-Neuve , il fut ordonné prêtre le samedi 4 de Janvier, et le lendeinain sacré et couronné. Il prit le nom de Grégoire XI , et tint le siège sept^ans et trois mois. Dès la première année, il créa douze cardinaux. Comme il était naturelle^ ment doux et modeste, les vieux cardinaux avaient entrepris de le gouverner avec empire ; et pour balancer leur autorité , il fit cette promotion nomr breuse , où Ton trouve , entre dix Français , cinq Limousins, compatriotes ou même paxens du nour veau ^ape.
Grégoire s'appliqua aussitôt aux devoirs essentiels du pontificat , particulièrement à conserver dans son intégrité et toute sa simplicité le dépôt de la sainte doctrine. Il n'était point de mystère si saint et si terrible , sur quoi ne s'exereassent alors la eu* ■ ^^^^ - 1 ' ~' —
(1} B.er. sen, i. i3 , ep* x3«
'44ô Histoihb
riosité et la subtilité scolastique. Le pape apprif qu'en Aragon Jean de Laune , de l'ordre des frères mineurs, et quel({ues au très religieux avaient avancé en prêchant sur l'eucharistie , que si l'iiostie consacrée tombait dans l'ordure , le corps de Jesiis- Christ cessait d'y être , et que la substance du pain y revenait ; qu'il en était de même quand un anima! mangeait ou rongeait la saintehostie ; dernême encore si les espèces étaient brisées sous la dent du communiant, que Jesus-Glirist était à l'instant enlevé au ciel, et ne passait point dans l'estomac (i)j Quoique ces propositions eussent eu autrefois des partisans distingués , qui les donnèrent au lAoins pour problématiques , Grégoire XI défendit , sous peine d'excommunication , de prêcher désormais et d'enseigner publiquement cette doctrine, qui dans les circonstances n'était propre qu'à scandaliser les faibles- Alors en effet quelques docteur» audacieux parlaient peu convenablement de l'eucharistie , entr'autres Jean Wiclef , qui commençait à dogmatiser en Angleterre. Aujourd'hui ces trois propositions sont regardées généralement comme fausses et insoutenables.
En Allemagne , l'évèque d'Halberstat assuraitet répétait souvent que tout arrive en ce monde par nécessité ; que la destinée règle la vie et la mort de chaque horame, et que tout dépend absolument des influences célestes(2}. C'était là le fruit, tantde l'astronomie superstitieuse deces temps-là, quedes disputes interminables sur les futurs contingens. Mais comme Albert , c'est le nom de' cet évêque , était docteur de Paris et réputé savant , ses discours faisaient beaucoup d'impression dans II Germanicj et principalement sur la noblesse ignorante. Plusieurs furent ébranlés dans la foi; on ■e et tous 1
DE l' E G L I S E. 44'
%er que pour des usages de pur appareil. Le pape, informe de ce scandale , envoya sur les lieux des commissaires charges d'agir de concert avec l'inquisiteur du canton. Après avoir vérifié les faits, on devait obliger l'évêque à rétracter , en présence de son clergé et de son peuple , ce qu'il avait avancé témérairement , et à déclarer que c'était une hérésie. Soit qu'il obéit ou non , les commissaires devaient encore déclarer publiquement que ces propositions étaient hérétiques et condamnées . par Téglise romaine.
Grégoire apprit aussi qu'il se trouvait en Sicile des personnes abusées , qui honoraient comme saints des sectateurs de Doucin et des frères de la vie pauvre , quoique ces. sectes eussent été condamnées par l'église (i). Elles gardaient , comme des reliques , les os de ces novateurs morts dans l'obstination , érigeaient en leur honneur des églises ou des chapelles , et s'y rassemblaient par troupes, avec tout le ridicule et le désordre du fanatisme. Sur cet avis , le pape écrivit aux évêques du pays , d'empêcher ce culte pernicieuit , non-seulement
Ear les censures ecclésiastiques, mais, s'il était esoin , par le secours du bras séculier. Cette lettre est du 12 Septembre iS^a.
Le commencement de l'année suivante fut marqué par la mort du saint évêque de Fiésole en Toscane, nommé André, et issu de l'illustre maison de Corsini (2). Avant sa naissance , ses parens promirent à Dieu le premier fruit de leur mariage ; mais d'abord André répondit mal à cette sainte -v destination. Dès l'âge de douze ans , il montra beaucoup d'indocilité et de pétulance ; ce qui ne fît qu'empirer durant trois ans , après lesquels s'étant oublié jusqu'à injurier sa mère, elle lui tint ce discours : Je ne vois que trop , mon fils , qtie c'est toi qui me fus représenté en songe la veille de ta
(i) Rain. n. 36.
(2) BuUar. t. :2; p, loêi et seq.Ughel. t. 3 , p. 329.
naissance. Mais si cVsl un loup qui me parut sor-^ tir de mon sein , je le vis aussi se porter vers une église, et en y entrant se changer en agneau. Ap-
I (rends donc, ÎI en est temps , que lu appartiens à a mère de Dieu, a qui ton père et moi nous t'avons voué , et non pas à nous. Ces paroles le frappèrent étonnamment ; il y pensa toute la nuit , et prît la résolution de se convertir.
Le lendemain, il alla se présenter chez les carmes , et demanda comme une faveur insigne d'être reçu dans l'ordre : ce qu'il obtint , du consentement et à la grande salisfaclion de son père et de sa mère. Bientôt il passa les vœux même Je ses pipux parens , par la rigueur de ses austérités , par une aevére retraite , par le mépris de la gloire du siècle eties plus humbles pratiques de la sainte folie delà croix. On le vit souvent , un grand sac au cou , quêter dans li^ rues de Florence. Quand ses proches s'en tenaient déshonorés : Ma gloire , leur disait-il, consiste à marcher, suivant les règles de mon état , sur les traces d'un Dieu anéanti pour notre salut. Il avait tant d'horreur de tout ce qui ressent réclat et l'appareil, qu'il évita jusqu'aux solennités que ses parens avaient préparées pour sa première messe , et l'alla dire à un petit couvent nors de la ville. Le ciel honora bientôt pardesmiracles l'humilité de son serviteur : il avait à peine terminé ses études à Paris, où il était allé les continuer par un ordre exprès du chapi Ire général, qu'en repassant par Avignon, il guérit un aveugle en priant pour lui. .
Revenu à Florence , il fut fait prieur du couvent de cette ville , où il ne travaillait qu'à se faire Oublier du monde, quand on l'élut évêque de Fiésole. Sa modestie en fut si alarmée, qu'il prit la fuite , et se retira fort secrètement chez les cfiai'treux. On le chercha inutilement , et on allait procéder à une nouvelle élection , lorsqu'un enfant de trois ans s'avança dans l'assetnhlée , et cria : C'est André' que le ciel a choisi ; envoyez aux chartreux.
vonsTy trouverez en prière. On le ramena, il fut sacré, et gouverna vingt^trois ans l'église de Fiésole, portant les vertusépiscopalesau point de perfectioa que présage comme infailliblement le reius de l'é-
f)iscopat. Il fit sur-tout admirer sa charité envers es pauvres. Après les plus mûrs examens de ses vertus et de ses miracles, il a été canonisé dans le siècle dernier par le pape Urbain VIII.
Un an après le saint évêque de Fiésole , mourut Pétrarque , que cette époque seule nous fait rapprocher d'un saint (i). 'La frivolité de son ca- , ractère et de ses occupations le rendrait fort indifférent aux écrivains ecclésiastiques , si sa légèreté même n'eût fourni quelques armes aux ennemis de Téglise. Mais sur quel fondement et avec quel avantage peuvept-ils le donner pour un de leurs précurseurs ? Pétrarque , fameux par séS chants
{)assionnés , par le sel et le fiel de ses satires , par 'alliage bizarre de la galanterie et de la débauche avec la qualité de chanoine et d'archidiacre, n'eut jamais la solidité d'esprit , ni la gravité convenable pour s'ériger en réformateur. Panégyriste oiseux de la vertu, et tout entaché des vices qu'il ne cessait de reprendre dans les pontifes et les autres prélats romains , il ne saurait passer , dans l'esprit des gens sensés , que pour un déclamateur sans titre et sans conséquence. Peut-il mieux découvrir soi* coîip d'oeil faux et sa tête exaltée , qu'en préco- Xiisaîjt Textravagant et séditieux Rienzi , cgmme le restaurateur de la liberté romaine, qu'en Fégalant aux Brutus , aux Camilles , à tous les plus grands héros de 1 ancienne Rome ? N'est-ce pas se décrier soi-même , que de donner l'église romaine, sur un ►areil sulFrage , pour la nouvelle Babylone , ou pour [a prostituée de l'Apocalypse (2)?Encdre se trouvet-on peu d'accord avec Pétrarque, tout inconséquent qu'il est lui-même. Il vomit à la vérité les injures les plus atroces , les sarcasmes les plus sàn-
(ij Yit» Petrarc* per Squarz. (2) Mystier, d'inîq[. ç, 6^*
Histoire gianscontrelacourd'Avignon : maiscn mèraeïempfj et invariablement il professe la foi du siège de Pierre , et rend un plein hommage à ratitorité de sessiiccesseurs. Ainsi a-t-il réfute d'avance les sectairesinconsidérés,(]uî n'ont e'rîgé ses lettres latines en renseigneraens graves et de premier ordre , que pour s'appujer de ce témoignage factice.
Il se montra tou)Ours , dans la croyance et les observances, contraire aux novateurs qui réveillèrent de son temps la sollicitude pontificale. TeU furent , au pays de Toulouse , les restes de la secte des albigeois ; les vaudois et les pauvres de Lyon dans le Dauphiné et les provinces voisines (i); les bégards , qu'on appelait turtupins , dans la Flandre et plusieurs antres cantons du royaunae. Ce nom de turiupins se donnait férieusement à «ne espèce de manichéens, qui , sous précexte que la nature est l'ouvrage de Dieu , tenaient pour principe qu'il ne fallait rougir de rien de ce qui est naturel. En conséquence , ils n'avaient pas plus d'égard que les brutes aux lois de la pudeur, s'abandonnaient , quand ils le pouvaient impunément, aux actions les plus honteuses. Le pape écrivit d'un stj'le pressant au roi Charles V , afin d'arrêter ie cours de cette secte infâme (2). On usa de rigueur contre un pareil renversement de l'ordre et de l'hoimèteté publique. A Paris, on brûla leui'S livres dans le marché aux pourceaux, hors de la porte Saint-Honoré. On arrêta leurs chefs , dont les principaux étaient une femme appele'e Jeanne d'Aubenton , et un homme qui n'est pas nommé. La femme fut brûlée vive ; son complice étant mort en prison, le cadavre fut gardé jusqu'à la sentence, et ensuite traîné au bûcher. Celle sévérité arrêta l'impudence des sectaires,sans éteindre la secte : plusieurs années après, les turiupins répandaient encore leurs erreurs par-tout ou ils espéraient l'impunité (3).
(!) Giiguin. 1. 9.
liJRaia. lia. i3;3,u. 19,21
DE l' Eglise* 44^
Polir le$ hérétiques du Dauphiné , patarîns , pauvres de Lyon ou vaudois , soit qu'ils attentassent moins a Tordre public , soit à raison de Téloignement où ils étaient de la cour, on les poursuivit avec moins de vigueur : ce qui en augmenta considérablement le nombre dans cette province , et répandit la contagion dans les contrées voisines. L^ pape se plaignit au roi , que ses officiers, loin de soutenir, comme ils le devaient, les inquisiteurs, mettaient de jour en jour de nouveaux obstacles aux fonctions de leur charge. Ils leur assignaient , selon le pontife , des lieux mal sûrs pour agir contre les sectaires , ne leur permettaient pas de procéder sans le juge séculier, ou les obligeaient à montrer leurs procédures : ils délivraient ceux que les inquisiteurs avaient emprisonnés comme convai]\cus ou suspects d'hérésie ; ils refusaient de prêter le serment de purger le pays d'hérétiques , : quoiqu'il fût ordonné par le droit alors en usage. Ces restrictions apportées à * l'exercice de l'inquisition , montrent que ce tribunal , établi en France depuis environ cent ans par le pape Alexandre IV , sous le règne de saint Louis , commençait à contrarier le goût des Français.
Le roi Charles V ou le Sage poussa les choses plus loin en ce genre. Dès le commencement du pontificat de Grégoire XI, il ôta aux ecclésiastiques la connaissance des causes purement civiles , telles que la vente des terres , les héritages ,.les retraits lignagers , et autres choses semblables (i). Quelque réelles que soient les limites entre la jurididr tion ecclésiastique et la temporelle , rien de plus facile que de s y méprendre ; et tous les jours il s'élevait entr'elles une infinité de contestations auxquelles le roi vgulut absolument mettre fin. Le pape en craignit les suites , et fit ses remontrances : mais le sage et religieux monarque ne crut
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(i) FoDtan. t. IV , p,. 944»
qiie servir l'église et faciliter au clergé les deToirs propres de sa vocation , en le déchargeant des soins
3 ni lui étaient étrangers. Les réformes ne sont angereuses en cette matière , quelque délicate Qu'elle puisse être , qu'autant qu on manque , ou 'attention pour reconnaître les bornes, ou plutôt encore de droiture pour s'y contenir.
Quant à l'inquisition , ce n'était pa* seulement en France , mais dans quelques états d'Italie, que déjà l'on en portait le joug avec peine (i), L'in-
Î[uisiteur de Venise , Miclicl Pisani , de l'ordre des rères mineurs , ayant fait emprisonner quelques personnes opulentes pour cause d'hérésie , les ofiiciers du doge Jean Gradenigo arrêtèrent à leur tour les gens de l'inquisition , prétendirent que , dans la capture des hérétiques, ils avaient pris quelque chose de leurs biens, et les firent mettre a la question. Le pape en écrivit au doge ; mais d'un ton de sollicitation ou même de prière, pliilôt que de menace et d'autorité : on négocia, l'affaire traîna en longueur, le doge Gradenigo vint à mourir , et l'on termina , par voie d'accommodement , sous Jean Delfîno qui lui succéda. A Snse en Piémont, le jour de la Chandeleur iS-jS , il j eut un inquisiteur massacré dans le couvent des frères prêcheurs. Un second inquisiteur du même ordre, dans une paroisse du diucése de Tui-in , où il était à la recnerclie des hérétiques, fut tué publiquement devant féglise , le jour de 1 octave de Pàque , après avoir dit la messe.
L'esprit de secte et de nouveauté gagnait jusqu'au fond du Nord. Un chanoine de Prague, nommé Milleczi , après avoir semé l'erreur dans le pays de sa naissance, passa pour la même lin à Gnesne en Pologne , et y accrédita sa pernicieuse doctrine par une apparence ^e piété. Le scandale fut grand , puisqu'd parvint jusqu'aux oreilles du pape Grégoire , qui en écrivit aux archevêques
(0 Vaaiiig. an. i35G,
2 el seq.
de GneShe et de Prague , aux évêques de Breslau ^ de Litomissels et d'Olmutz, et enfin â l'empereur Charles , souverain naturel du prédicant , comme roi de Bohême.
La Pologne éprouvait en même temps des troubles d'une autre nature , par la faction d'un prince inconstant , qui , après avoir renoncé aux gran^ deurs du siècle pour embrasser la vie monastique , se porta pour successeur du roi Casimir le Grand, mort en 1370(1). Il se nommait Lad islas le Blanc, était cousin issu de germain de Casimir, et comme lui de l'auguste maison des Piats , qui cessait de régner en Pologne par l'âvénement d'un prince étranger à cette couronne , savoir, Louis, roi de Hongrie , de la maison de France , et neveu du dernier roi de Pologne seulement par les femmes. Louis était reconnu par le gros de la nation polonaise ; mais quelques seigneurs songèrent à tirer Ladislas du monastère de Saint-Bénigne de Dijon , où déjà il était passé de Cîteaux , lieu de sa première retraite. Ils allèrent le trouver , et firent briller le diadème à ses yeux, tentation trop forte pour ce léger solitaire. Il accepta leur offre , il alla demander dispense au* pape Grégoire , il en essuya jusqu'à ''deux refus , et ne laissa point de poursuivre son entreprise.
Arrivé en Pologne , il assembla des troupes , s'empara d'abord de quelques forteresses, puis fut défait et son parti ruiné par les généraux du roi de Hongrie. Il fit un accommodement avec son vainqueur , moyennant une somme d'argent et une abbaye considérable que lui donna le roi Louis* Il revint par la suite à Saint-Bénigne de Dijon , où il paraît que son instabilité naturelle le ramena plutôt qu'un repentir , puisqu'il sollicita de nouveau sa dispense , sous le pontificat de Clément VIL Cet habile pontife iie laissa point échapper une occasion si favorable de soustraire la Pologne à
(1) Dlugos. l. 10, p. 20 et seq. Pistor Nidan. t. 2 ;L4rC. 3o.
roliédienrc de son compétiteur Ui-bain VI ; maïs la set-oiule lenlatiïe de Ladislas ne fut pas plus lieureuse que la première. Il s'achemina de nouveau vers Dijon , et mourut à Slrasboiir" , d'où il ordonna cpie ses cendres fussent rapportées à Saintïïcnigne. On y voit encore son énitapbe gravée snr sa tombe , où il est représenté lui-même avec les vains symboles de la royauté qu'il avait si longtemps poursuivie sans surcès.
Lan 13^5, Grég;oire XI publia une constitution datée du ag de Mai , afin d'oblioer les prélats à la résidence , qu'il n'avait cessé de leur recommander depuis qn il occupiil la cbaire de saint Pierre. Il y est enjoint à tous les patriarches, les arcbevéqnes,lesévèques,Ies ahbeset les autres supérieurs monastiques , de se rendre sous deux mois à leurs églises ou à leurs monastères , et d'y résider avec assiduité. On excepte , avec les quatre patriarches titulaires des églises d'Orient , les caruinaux , les légats , les nonces et les autres ofliciers de la cour romaine. Grégoire ayant ensuite rencontré un évèqtie étranger qui demeurait encore à Avignon: Que faites- vous ici , lui dit-il? que n'allez-vous à l'église que vous devez chérir comme votre épouse/ Et vous même , saint père , répondit Tévêque avec autant de justesse que de liberté, pourquoi n'allezvous point à votre épouse, infiniment plus attrayante et plus illustre que la mienne (i) ? La liberté de cette reparlie ne servit qu'à confirmer Grégoire dans la résolution sincère qu'il avait prise depuis long - temps de mettre fin à l'espèce de viduité où languissait l'église romaine. Déjà son départ était fixé au mois de Septembre de cette année l'i'jS ; mais le désir de concilier les rois de France et d'Angleterre , considération si éblouissante pour ses prédécesseurs , le lui lit encoi-e diirérer jusqu'à l'année suivante.
IJanscel intervalle , il fit, le vingtième deDécem-
DE l' Eglise. 449
hve I une promotion de neuf cardinaux , où les Français jouirent de la prëdilectiou ordinaire aux papes d'Avignon. Il y en eut sept de cette nation , un italien seulement , et un espagnol (i). Sur la fin du mois d'Août iS^G , Grégoire reçut , de la part des Romains, une ambassade qui décida fa<ûle« ment son voyage. Il avait perdu toute espérance de procurer la réconciliation qui Tayait retardé; et.aailleurs Luc Savelli, qui était à la tête de cette ambassade y lui déclara sans détour que les Romains voulaient absolument avoir le pape chez eux ; qu'il était le -pontife romjain ; que tous les fidèles le nommaient ainsi , et que , s'il ne revenait à sou siège naturel, Rome était déterminée à se faire un
{>ape qui ne Tabandonnât pluSr D'un autre côté , e cardinal, de Saint-Pierre , légat en Italie , lui écrivit que s'il ne se pressait de venir , il arriverait infailliblement du scandale. On sut en effet depuis , que déjà les Romains avaient jeté les yeux sur Tabbé du Mont-Cassin pour le faire antipape ^ et qu'il avait accepté leurs propositions.
Grégoire prit son parti , et en avertit les car*-» dinaux ^ qui en parurent déconcertés. Le roi Charles V , qui sentait tout l'avantage d'avoir le scruverain pontife dans l'enclave de son royaume , ne fut pas moins affligé qu'eux de cette nouvelle. Il fit aussitôt partir pour Âvicnon son frère Louis^ duc 4'Ai^|ou y avec charge de faire les derniers efforts poui^ rompre le voyage du pape. Le duc agit en négociateur aussi babile que zélé , et fut puissamment secondé par les cardinaux qui avaient un intérêt commun avec lui ; mais tous les efforts et lés artifices furent inutiles. En prenant congé du pape ,> le prince lui dit : Saint père y vous quittez ùli ro;|^aume où la religion est plus honorée qu'en aucun lieu du monde , et vous allez dans une région où vous n'êtes rien moins que chéri :
(i) Vit. t. I , p. 1194'