‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 51 sur 64 · LIVRE QUARANTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-SEPTIEME

Depuis la Jin d'Urbain f^I en iSSf), jusqu'à décadence des fauteuit du, grand schisme d' dent en i4oo.

Xj a mort du pape Urbain porta à lâcourd' A vignott la joie et respérance de voir finir le schisme. Les cardinaux de Clément se rendirent au palais , et tinrent congrégation avec lui. Prévenus assez eratuîtement ([u'ils éprouveraient peu de diOiculte de la part des cardinaux de Rome , et que ceux-ci étaient plus disposes à se rendre au pape Clément qu'à se mettre en conclave , ils ne songèrent qu'à

fagner les princes de l'obédience .d'Urbain , par entremise du roi de France, qu'ils prièrent de leur écrire. Le roi communiqua celte anaire au duc de Bourgogne son oncle , qui la vit tout autrement et beaucoup mieux que le consistoire d'Avignon. Monseigneur , dit-il au roi , Urbain est mon \ voilà tout ce qu'il y a de cerrain : mais il est très-douteux que sescardinaux soient dans les dispositions qu'on leur suppose. £t quand ils \ seraient , comme ila |e trouveul au pouvoir des Humains , u' est-il pasi

HlSTÔIRErDE l'EglISI^. Sti

croire qu'ils seront contraints de fairiErun nouveau pape au gré de ce peuple séditieux , comme ils ont été forcés de faire pape rarclievêque de Bari ?I)aps cet état des choses, les princes ne feront certainement pas plus pour vous , qu'ils n'ont fait jusqu'à Srésent. Sursoyons donc, etvoyonssi les cardinaux e Rome prendront des résolutions de paix , temporiseront avec les Romains , et , sans faire d'élection , leur promettront , ptMir les appaiser , de Élire venir Clément à Rome ; ce qu'il ferait volontiers. Ce sera le temps alors ^ et la conjoncture, favorable , pour écrire aux princes divers de Tautre parti (i^

Le roi et son conseil approuvèrent tousFavîs du duc de Bourgogne , et peu de jours après arriva la nouvelle de l'élection de Boniface IX. Depuis la mort d'Urbain , ses cardinaux li'avaient pris que le temps de se réunir , tant ceux qui se trouvaient à Rome que ceux qui étaient dans les provinces voisines ; et le second jour de Novembre, assemblés en conclave au nombre de quatorze, ils avaient élu tout d'une voix Pierre Tom^celli , appelé communément le cardinal \le Naples ; il fnt couronné le 1 1 du même mois. Il était âgé d'environ quarante* einq ans , de belle taille , et d'une physionomie irevenante , affable , prévenant , maniant -très-bieu là parole , peu instruit d'ailleurs, et si neuf eu particulier dans le style et les affaires de la cour romaine , qu'il signait ^ans choix les suppliques ^ et prononçait aveuglément sur le rapport dea officiers.

Dès le commencement de son pontificat , il voulut accréditer son parti par une des voie» les plus eflicaçes , c'est-à-dire , en annonçant une abondante distribution de bénéfices ; mais les dons ne répondirent point aux promesses. De ces essaims de clercs , ou indignes ou avides , attirés à Rome de toutes les régions , une multitude tomba entre les

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(i) Froiw. Yol. 4 ; C. IQ,

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mains Je Eemard delà Sale, qui commandait le) troupes cléuienlioes dans ta Marche d'Ancône eC dans la Romagne, et plusieurs y perdirent la Tie(i). Quant à ceux qui arrivèrentà leurternse , on commença par leur faire pa\er les droits d'examen; et quand on en vint à la distribution des grâces , on plaça tes pauvres sur la fin des rôles , en sorte ifue les e>peclalives ne furent plus qu'une illusion pour la plupart d'enlreuv (2).

Un mois après son exaltation , le samedi de0

3uatre-tenips de l'avent , Bonîface créa quatre carinaux , tous propres à la soutenir , soit par leur noblesse et leur puissance , soit parleur capacité. Tels étaient Henri Minutuli, arcbevéque de Naplts, et d'une des plus illustres maisons de la ville ; Barthéleini Oleario , cvèque de Florence , et fameux théologiende Tordre des frères mineurs d'où il avait été tiré ; Cosniat IVLeliorati , évèque de Bologse,et depuis pape sous le nom d'Innocent Vil ; enfiO' Clirislopbe Maroni , évèque d'Isernie au royaume deNaples, etromaiude naissance. Boniface rétablit •ncore trois cardinaux déposés par son prédéce»* teur , savoir Adam Eston , évêque de Londres ; Bartbétemi Mezzavacca , évêque de Rieti , etl.andolfe Maramori. Enfin le cardinal>arcbevèque de Ravenne , Pile de Prato , qui avait quitté Urbain pour Clément , et qui était alors tégat de Clément en Italie , le quitta à son tour pour revenir à Boni* face qui le reçut comme cardinal. On le nomm> par dérision le cardinal aux trois chapeaux (i).

L'avènement de Boni face au pontiûcat futencor» signalé , selon !a coutume , par la délivrance des prisonniers. Il se trouva parmi eux un imnosteuf grec qu'Urbain avait fait arrêter (4). C'était uQ aventurier sans bien et sans aveu , mais doué d« la souplesse et de toute la supercberie proprs

(-1) Froise. 1. 4 1 c. 101 1 (4) J- Jnv. p. 78. Labour.

(s) Gnbel. c. 84, p. 2ri. 1. 11., C lo- (3) Vit. l. 1 , p. 5^. 1

t> fe l' E 6 L I i S. 5i3

k laire des dupes. S'ëtant associé qiiet^iies gens de sa sorte, il convint avec eux qu'il se dirait patriarche de Constantinople ,«t qu'ils l'aideraient a soutenir ce personnage dans les pays étrangers^ Il passa d'abord dans l'île de Chypre j dont le roi , surpris par l'imposteur, se fit couronner de sa main , et lui fit un présent de trente mille florins d'or. A l'exemple du souverain^ tout le monde accourut pour lui demander des grâces, et sur-»tout des bénéfices qu'il accordait sans peine à tous ceux qui avaient de quoi payer ces titres sans objet* Il acquit par ce moyen des sommes considérables ^ qui le mirent en état de se produire sur les plus

Îrands théâtres. Il vint donc à Rome , où le pape urbain le fit examiner ^ et il trouva des gens qui lui soutinrent en face , que la même année ils avaient vu en Grèce le véritable patriarche de Constantinople. Ce fut sur cette conviction qu'Urr bain le fit emprisonner^ et confisqua son trésor.

Délivré delà prison qui n'avait servi qu'à leren** dre plus artificieux , il se rendit en Savoie , dont il savait le comte parent du vrai patriarche de Constantinople. Il s'annonça comme appartenamt à ce prince, et après lui avoir montré une généalo'* gie dressée selon ses vues , il se répandit en plaintes sur les traitemens indignes qu'il avait éprouvés de la part d'Urbain , pour l'avour exhorté à mettre fin aux calamités de l église en quittant le pontificat qu'il détenait injustement* Le comte de Savoie ^ clémentin zélé , ne vit plus dans l'imposteur qu'un

f tarent généreux , et qu'un malheureux illustre. Il ui donna une suite et des équipages assortis à sa dignité prétendue , et l'envoya vers le pape Clément , auquel il le recommanda , comme prince de sa maison et patriarche de Constantinople* Urbain , lui dit le grec habile'^ ne m'a fait souurif tant de maux a Rome ^ que parce que je prenais votre parti , et lui représentais qu'en conscience il était obligé à vous reconnaître pour souverain pontife. Clément • ou ébloui au seul nom d'un ■ Xomc FIL Kk

Histoire patriarche de Constantinople qui prenait son parti , OHse promettant deriraposture un grand avantage pour l'accroissement de son obédience , le comfila d'hoDnenrs et loi fît de grandes largesses ; ce {|ui prépara , de la manière la plus favorable , son entrée dans la capitale de France , où it s'achemina d'Avignon. Leroienvova au-devant de lui unnorabreux coitéf^p d'évèques , et son arrivée fut un spectacle public. On admira la forme majestueuse et la magnificence de ses ornemenspontificauit , son air de grandeur , saf^ravité, et bientôt la piété piognlière avec laquelle il visita les églises.

Il ne manqua point d'aller au célèbre monastère cle Saint- Denys , et d'applaudir à la prévention tlc5 moines en faveur de l'anliquité de leur saint potron. Quel bonheur , s'écria-i-il d'nn Ion d'enthoubiasme , de posséder le corps du saint aréopagite I Mais la Grèce est encore dépositaire de sa ceinture et de quelques livres écrits de sa main. Il convient que ces reliques divei-ses soient réunies dans ce pieux asile, Puis adressant la parole à l'abbé : Donnez-moi , lui dit-il , deux de vos religieux pour ïn'accompagner jusqu'à mon église ; et toute glorieuse qu'elleest de posséder un si précieux trésor, je m'engage à le leur faire remettre. Je pourrais ajouter que de si dignes prêtres ne reviendront point ici sans être pourvus de quelque éminente prélature. L'un de ces deux motifs était seul assez puissant. Les deux moines l'accompagnèrent avec joie; il les mena jusqu'à In mer ^ il s'embarqua secrètement avec ses richesses , et laissa ses compagnons abusés , mais non pas encore persuadés qu ils le fussent. Ce ne fut qu'à Rome , où ils allèrent s'informer trop tard du prétendu patriarche, qu'ils apprirent ce qui s'y était pnssé a son sujet ■60US le pontificat précédenl. Ils s'en revinrent en France tempérer leur confusion , en la partageaat flTec tant d'illustres dopes de la même supercherie.

Le pape Clément s'était flallé que la mort d'Uriiain le laisserait seul en pussssiîiuu du siège apoktchj

ut l' Eglise.

liqiie. Quand il lui eut vu donner un successeur, il ne manqua point de prendre contre lui le Ion des censures et des analhèmes. Boniface n'usa pas d'abord des mêmes armes. Il tenta au contraire les lïoies delà douceur et de la reconciliation. Dana une lettre qu'il adressa aux princes de la maison de Bavière , fort puissante en Allemagne et que nous en verrons bientôt occuper l'empire , il offrit de recevoir en grâce les clementins , ei promit de faire Clément légat apostolique à perpétuité en France et en Espai^ne (i). Ces avances n ayant servi qu'à redoubler la bnuteur de son rival , il adressa une grande lettre à tous les fidèles , ou plutôt une longue invective contre le séjour des papes à Avignon , contre los princes qui avaient protégé les cardinaux auteurs de l'élection de Robert de Genève , et renouvela toutes les peines prononcées par Urbain contre ce qu'on appelait à Rome antipape et scbis- Diatique.

Mais Boniface , plus politique et nainrellement plus modéré que son prédécesseur, qui avait opiniâlrément combattu Ladislas et la reine Marguerite sa mère, prit au contraire avec vivacité la défense de ce jeune prince , et envoya le cardinal de Florence pour le couronner roi de Naples , et recevoir , avec ses bommages , sa protestation de fidélité au saint siège. Pour aider Ladislas à soutenir ses droits , il cbargea te cardinal légat de contraindre les ecclésiastiques du roYaurae de IVaples, comme les laïques , à payer un florin d'or par fea

Fendant toute la durée de cette guerre, suivant ordonnance déjà rendue parce jeune roi. Il donna aussi à deux autrescardinaux commission d'engager, et mêoie d'aliéner les fonds des églises el des monastères. Différens seigneurs s'étant mis en possession de plusieurs villes et de quantité de cbàteaux appartenans à l'église romaine , il leur en accorda la jouissance à titre de vicariat , pour le temps dedix

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iSçfO , a. 6.

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H I 8 T O I n K ou douze années , à la charge d'une rederance aiv nuelle en argent , et d'un nombre déteraiiné de gens de guerre entretenus à leurs dépens pour le service du saint siège.

Dans ce besoin d'argent, Boni face ne put qu'être TivemenV piiiué d'une ordonnance qui émana pour lors d'un parlement tenu en Angleterre par le roi Richard II (i). Il y fut statué que désormais personne ne passerait la mer pour oblenii- des bénéfices , sous peine d'être traité en criminel d'état. H élaitdéfendu à toute personne constituée en dignité, même au roi , de donner aucune permission contraire à ce statut , qui concernait visiblement Rome. Au reste , ce n'était qu'une confirmation ou un renouvellement de la loi plus détaillée d'Edouard III, aïeul de Richard , portant ce gui suit : Les élections des évéehés et des autres dignités ecclésiastiques seront maintenues en Angleterre , sur le pied où elles ont été mises par nos ancêlres et par les autres fondateurs. Les prélats et tous les eeclésiastiques qui ont droit de patronage sur quelque béaénce , en auront la collation libre , comme l'ont eue leurs auteurs ; et en cas que la cour de Rome fasse une réserve , ou donne une provision de quelque évêché , dignité ou autre bénéfice , pour en em-

Ïiêclier les élections , collations ou présentations ; e roi aura pour cette fois la collation des évèchés , et des autres dignités électives qui seront de son patronage. Le roi Richard Ct de plus proclamer à Londres , que tous les hénéûciers ses sujets qui se trouvaient en cour de Rome, eussent à revenir sans, délai en Angleterre, sous peine de perdre tous leurs bénéfices , et sous peine de forfaiture pour ceux qui n'en avaient point encore. A celte nouvelle , les Anglais épouvantés , comme si déjà la foudre eût élincelé sur leur tète , abandunnèrent précipitamment l'Italie , et s'enfuirent chez eux. Le pape ne fut guère moins alarmé. L'empire

il) Val», p. 143. Rui

tl TAnglelerre étaient les deux pivots cle son obédience , et il ne pouvait faire aucun fonds sur l'imbécille Wenceslas , fontpme d'empereur abandonné à la paresse et à la crapule. Il expédia des bulles , il envoya des nonces , il témoigna la plus profonde désolation , il représenta les ordonnances anglaises commeentièrement opposées àla dôctrinedes pères, et comme anéantissant les droits les pins essentiels de Téglise. On eût dit qu'elle allait périr ,si le pape ne donnait à Rome les bénéfices d'Angleterre , au préjudice des évêques et des patrons. Toutes les sollicitations , tous les reproches et toutes les flatteries , tous les manèges furent inutiles , et l'ordonnance subsista. Il fut seulenient accordé , qu'avec une permission spéciale du roi , on pourrait obtenir des bénéfices à Rome , jusqu'au parlement prochain. Ce n'était pas sans raison que les Anglais tenaient si ferme contre les collations de bénénces faites par Boniface IX. Thiéri de I^îera nous a laissé des détails affreux sur les pratiques simoniaques de ce Eontife (i). Selon cet auteur , il vendait tous les énéfices , réservés ou non , du vivant même de leurs titulaires , et l'Italie était pleine de courriers toujours en haleine , afin de s'informer s'il y avait de gros bénéficîers malades , et d'avertir promptement de leur mort.*Quelquefois il vendait le même bénéfice à plusieurs personnes , à chacune desquelles il le donnait comme vacant. Il accordait pareillement plusieurs expectatives sous des dates différentes , et il imagina la clause de préférence qu'il apposait à là date postérieure pour anéantir les premières concessions. L'avide pontife , ou plutôt les officiers de la daterie qui suppléaient à s<^ peu d'usage dans les affaires, intrpduisirentun nouveaa genre d'expectatives qui l'emportaient sur la clause même de préférence , et qui se vendaient si chèrement , que peu de gens en voulurent. Enfin , otf fit semblant de vouloir restreindre la multitude

(i) Niem. c. 7 , 8, o,

inSnîe de toutes ces expectatives; mais ce ne fut

3u'un appât pour en vendre encore plus cher les impenses. Après même (jne les suppliques étaient signées, on les retirait des registres, dès qu'un nouvel aspirant venait offrir davantage, et l'on ne manquait pas de trouver des moyens d'eikctuslon contre le moins ofTrant et le premier en date. Pendant la pesle qui désola Rome en iBqS , le même bénéfice fut quelquefois vendu â plusieurs sujets » dont la mort ne permit pas qu'aucun prît possession. Or ce négoce odieux était si public , que la plupart des courtisans de Boniface soutenaient qu'il était permis ; d'où vint la maxime que le pape ne pouvait pécher en faiide simonie. Onélablita peu

Ïirès le même principe par rapport à l'usure , que e besoin d'argent comptant pour ce trafic sans ' crédit , rendit presque légitime à Rome. Observons cependant que l'historien qui rapporte ces faits , passe pour se complaire à déchirer les papes, et

3 ne ses ouvrages ont été mis au nombre des livres éfendiis ; mais la plus grande partie s*en irouvàlelle fausse , il n'en reste que trop pour nous faire à jamais déplorer les désordres que causa dans l'église ce schisme ruineux.

Boniface IX établit incontestablement les annales sur les évêchés et les abba>'cs ; el même ce fut lui qui introduisit généralement les annates per-r pétuelles (i). Il est vrai que la première origine de cet abus remonte plus naut. Quelques évêques d'Angleterre ayant tlemandé à Clément V d'user de ce droit sur les églises de leurs diocèses , ce pape en prit occassion de se les attribuer â lui-même sur tous les bénéfices del'église britannique. Jean XXIJ ce réserva pour les besoins de l'église romaine , les fruits de le première année de tous les bénéfices qui viendraient à vaquer ; mais pour trois ans seulement , et en exceptant les évêchés et les abbayes. Quant à Boniface , il étendit l'annate à toutes les

(i) Tliom. Dis. l. m, p. 793.

prélatures et à tous les temps; «n sorte que quicon- «jue obtenait de lui , soit une abbaye , soit un évêcbé , devait avant toute chose en payer les premiet'S fruits , quand bien même il ne pourrait pas en prendre possession : ce qui devenait plus qu'indiffèrent à ce pontife, qui par-la avait espérance d* tirer d'un autre une somme nouvelle.

Le pape Clément n'était pas moins industrieux

3ue Boniface à se procurer de l'argent , et en bien es articles il ne se montrait pas plus délicat (i). Il aimait le faste , et voulait entretenir te coUëga de ses cardinaux aussi brilUnt et aussi nombreux que si toute l'église eût étéde son obédience. Il accordait tes dispenses avec une facilité inconnus avant lui. Il admit un bigame à la réception des ordressacrés , leva t'irrégularité d'un juge qui voulait se faire ordonner prêtre après avoir porté des sentences de mort, et ne fit aucune difficulté de permettre le mariage , contre l'usage ancien , entra parens au troisième degré. Il prodigua les évêcbés aux ecclésiastiques de cour , gens sans lettres et sur-tout sans tbéotogie ; science prééminente ea soi , et qui devait encore plus le paraître aux yeuï du chef de l'église. Clément néanmoins s'exprima

auelquefois à ce sujet avec une légèreté messéante. n grand seigneur lui recommandant un de ses neveux qui Taisait sa tbéolo«ie avec distinction dans l'université de Paris : Quel travers , répondit le pape (3) , d'occuper ainsi un homme de votre sang ! Qu'est-ce que tous ces ibéologicns, sinon des pédans occupés cle chimères ? Cette façon de penser et de s'énoncer dans un pape ne put qu'aliéner les universités et les docteurs , dont il eut bientôt à se repentir d'être mal venu.

L'université de Paris, pleine alors de sujets également doctes et vertueux , et moins animés sang doute par leur intérêt propre que par le zèle da bien commun de l'église , tint aux Bernardins une

(i) Hist. aiiOD. t. 1 , p. igS. (2] IbiA. p. igg.

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5ao Histoire ■

essemhlée de plus de trois cents docteurs ^ et r^ fiolut de se présenter au pied du trône , slin d'intdiesser le souverain à la prompte estincLion da schisme. Par cette première démarche , elle n'o(>tînt rien d'une cour qui n'avait pas encore révoqué en doute le droit de Clément, Le monarque improuva même dun ton de maître, l'inquiéttide Cfuelle marquait dans une affaire qu'on lui représenta comme regardant beaucoup moins un corps isolé de gens de lettres que l'état cënéral de l'église et du royaume : sur quoi il lui détendit, sous peine d encourir sa disgrâce, d'apporter désormais en cour, ni plaintes , ni remontrances touchant cet oh)et. Ce fut là un sujet de triomphe pour Clément; mais il connaissait peu la persévérance de l'école ^ et il n'en était pas où il se croyait.

Il ne fulpas plus rmbarrassé d'écarter une jeune ParmésanenomméeUisuline, en grande réputation de sainteté, et dans qui la contemplation, les révélations et les ravissemens , la fermelé de courage , Je don de se faire écouter, tout en un mot paraissait surnaturel (i). Elle se rendit à Avignon , accompagnée de sa mère , et se lit annoncer au pape^ comme chargée des ordres du ciel. Elle fut introduite avec distinction rà son enlrée Clément seleva de son tione , il l'ëcoola paisiblement , il Vad* mit par trois fois à son audience ; mais ce fut tout le succès de l'ambassade réputée céleste. Ursuline ayant déclaré an ponlife que son droit n'était pas légitime, et le menaçant delà vengeance divine s'il n'y renonçait , il montra , comme il Tavail déjà fait en pareille rencontre , que les révélations et les propliéties sont de faibles digues à opposer au désir de régner. Il s'en tint aux preuves de même genre qu'il avait en sa faveur , et qui marquent en effet que les voies extraordinaires, inutiles pour discerner des vérités que l'on peut connaître par la voie commune , sont dès-lors raisonuablemenli suspectes.

(i) Bail. L. I , p. -j^3 et seq.

La Pârmésane inspirée retourna en Italie, et alla raconter son entreprise au pape Boniface. Il lui fit repasser les monts avec le caractère de sou envoyée : ce qui , loin de lui concilier pliis d'autorité, ne lui attira que de mauvais traitemens. Sans ce second voyage , oh ne Técoutà qu'afin de la prendre dans ses paroles , on tenta de l'effrayer par des menaces , on la mit en prison ; mais le ciel ne parut la retenir à Avignon que pour la rendre témoin de la mort précipitée de Clément , après

3uoi elle reprit le chemin de Rome. Elle s'embarqua, enuis pour la Terre-Sainte. Enfin elle mourut à Vérone en i4io, âgée seulement de trente-cinq ans. Elle est célèbre en Italie par une multitude de miracles qu'on en raconte , et qui la font honorer à Parme , sous le titre de bienheureuse. ;

Clément ,. résolu de ne point céder à Boniface y soutenait de tout son pouvoir Louis d'Anjou , qui y parla conquête du royaume de Najples , pouvait imprimer le mouvement à l'Italie. Cest pourquoi il épuisait l'église de France en faveur de ce jeune

1>rince ; et , sous ce prétexte , il chargeait sans fia e clergé de nouvelles contributions. L'an i3gi y Marie , mère de Louis , lui ayant demandé un~secours en argent, il imposa une décime sur tous les ecclésiastiques , sans en excepter les membres dé l'université de Paris, société si sensible alors sur le chapitre de la considération et des privilèges. Le roi depuis peu lui avait interdit les remontrances, en ce qui regardait le schisme; mais tant d1iom* mes, rompus dans l'art d'argumenter, surent bien distinguer entre le schisme et la décime. Le rec^ teur porta donc en cour cette nouvelle plainte , et la revêtit de couleurs si plausibles, que le roi promit de la faire valoir à Avignon. L'exemplede Tuni* versité encouragea les évéques , qui firent contre l'imposition un appel du pape surpris au pape mieux informé. Gé moyen raffiné de défense , qui d'ailleurs ne fut pas suivi avec fermeté , ne produisit aucun çffet : Clament négligea les subtilités des spécula-

teitrn , et la conclusion , très-pratiqne , fut ^e~li

clergé donna son argent.

Au sein même du royaume , et par les manœo* Tre^comhinéestlesirois seigneurs quialorsy avaient le plus de crédit , savoir le connétable Clisson , le sire de la Rivière et le seigneur de Noviant , les pri- Tiléges du clei-gé furent attaqués avec un artifica qui , dans ces sortes de guerres , fut le même à pen près dans tous les siècles (i). On s'attaclia siir-toat a trois objets qui présentaient bien de faces cliver" ses , dont quelques-unes pouvaient donner prise. Dans le préjuge où l'on était encore touchant Is donation du grand Cunstaniin , ou mît en avant que cet empereur n'avait pu céder au pape saint Silveslre le domaine temporel de Rome. On se récria contre la possession où se trouvaient les ecclésias* tiques de faii'e justice des criminels , usage pea convenable à leur état, disait-on , et visiblement usurpé sur lesdroits inaliénables du trône. On se plaignait «n6n cjue les évêques, a6n d'étendre leur juridiction, acix)rtlaient le priviléi-e de cléricatiire à des Ëens qui n'avaient pas la première teinture des tttres. Les auteurs de ces plaintes, tout puisons qu'ils étaient par eux-mêmes , trouvèrent encore des fauteurs, comme il arrive toujours jusque dans l'état ecclésia'*tique. Quelques docteurs, sur-lonl d'entre les frères mendians qui n'avaient ni seî* gneuries , ni juridiction à conserver , fii'ent leur cour , aux dépens du clergé séculier; ne considérant que l'intérêt illusoire qu'ils entrevoyaient à se mettre de niveau avec lui , sans penser qu'ils n'avaient d'existence assurée qu'au moyen de la sienne, et que, dans tous tes cas, l'intérêt capital de citacun des corps de la hiérarcbie est inséparable.

Après bien de propos répandus à ce sujet dans le public, a6n de le préparer à l'exécution, on la commença par la Normandie , oii le clert>é avait les

Ci)Labour. xii,c. a.

plus be}Ij3$ terres, et la juridiction la plus étendue* Alors runiversitë de Paris se joignit aux ëyéquec' pour défendre la cause commupe ; iqais la difficulté fut d'avoir audience du roi , obsédé d^s sei^neurflf ennemis d|i clergé , et tout-j^ujssans auprès du monarque. llJN^essation des fonctions publiques lui Sarut un eicpédient décisif. Sur le refus de Tauience y elle ferma ses écoles y et grand nombre d'étrangers sortirent de Paris. La cour y parut, quelque temps inisensible; m^is enfin Va.udience fut obtenue ^ sous de nouveaux prétextes. Les minis-* très craignant Torateur de Tuniyersité , bomme incapable de respect humain et de dissimulation ^ ils se retournèrent tout à coup en courtiâans habir les, et lui fermèrent la bouche àforce d'honnêtetés et de promesses. Aprè^ le début et quelques propos assez génériques, comme il touchait ^u point délicat , le chancelier Arnaud de Corbie se leva et

trwit de vos privilèges, t^ rqi fit ensuite une douce réprimande aux docteurs, ^ur Tinterruption de^ leçons publiques, et leur en joignit de les reprendre. Ils le promirent^ et se retirèrent fort satisfaits ei| apparence.

Comme l'université souffrait toujours avec peine q^u'on l'empêchât de poursuivre à la cour Textincr tion du schisme , den^ chartreqx envoyés vers le roi p^r le pape Boniface , four^^irent à ce corps l'ocr çasion de rentrer dans nne a^alrç qui pe l'intéressait pas moinst{ue ses propres privilèges. Ces deui^ religiciix vraisemblablement étaient allés h Rpmç pour demander ,^ en faveur de leur ordre déjà réputé ei^empt 9 up titr(^ formel d'exemption, qu'ils obtinrent en ejilet de BQniieicelX(i). C'est le premier pionumept ^pthentiqi^e qui les déclare soumis impiédiateme^tf^u saint siège, de. peur qu'ils ne soient

(i) Ballar. t. X ^ Bonif. const. 3r

détournés de la contemplation et dn saint repoi de leur institut. Booiface les chargea d'une lettre pour le monarque français , qu'il s'efforçait de gagner , comme te principal appui sans lequel tout le parti de Clément tomberait bienlôt..JO le conjurait par la miséricorde de Jesus-ChrtSt , par la zèle si mémorable des rois ses prédécesseurs , par la gloire et rantiquitë de la maison de France , enGn par toutes ces qualités personnelles, l'esprit , le courage, la maturité du jugement, la force du corps, la jeunesse, les richesses, la réputation ; il le prenait en un mot par tous les endroits , afin de l'engager à pacifier l'église , et à réparer la négligence des princes occupés de tout autre objet qvie de Ta cause du Seigneur (i).

Charles VI alors était bien difTérent de ce que se le figurait Eoniface. Il était allé pour faire la guerre au duc de Bretagne , chez qui Pierre de Craon avait trouvé un asile , après avoir tenté indignement d'assassiner le connétable de Clisson. Il se trouvait près du Mans à la tète de ses troupes , exposé aux ardeurs d'un soleil briîlant, lorsqu'un inconnu de physionomie sinistre accourut suc ses pas , en crjant de toutes ses forces : Arrêtez, sire ; vous êtes trahi. Pour comble de malheur", l'épé^S d'un homme d'armes s'échappa du fourreau , sou^^ les jeux du roi. Ces cris , ce spectacle , la chalenr" excessive, jointe à une indisposition qui semblait depuis quelques jours avoir tiré le prince de son assiette ordinaire, et lui donnaitun air destupidile. tous ces contre-temps réunis firent dans tous se* sens une révolution si violente , qu'il, tomba sur W champ en frénésie , se jeta l'épée à la main sur touf* ceux qui l'environnaient , en tua plusii mit à poursuivre son propre frère. Cette maladif ' eut ses intervalles; mais elle ne fut jamais bien guérie. L'autorité ou la prépondérance dans les affaires passa tour à tour entre les mains des oncles et da

(1) Spicil t. TI , p. 54.

frère du roî , peu d'accord entr'eùx, et pendant plus de trente ans Féglise et l'état demeurèrent eik hutte à toutes les calamités et à tous les désordres.

Telle était déjà la position du gouvernement, quand les chartreux envoyés par Boniface arrivèrent en France. Ils allèrent d'abord à Avignon , où se trouvait le duc de Berri , celui de tous les

E rinces qui était le plus attaché au pape Clément.' e pape et le prince parurent également alarmés de cette dépulation romaine, refusèrent durement d'entendre ses députés, et les firent comme emprisonner dans la chartreuse de Villeneuve. Cependant ces solitaires intrépides protestèrent qu'ils étaient

Î)orteurs d'une lettre du pape Boniface au roî Char-^ es y sans qu'on pût la leur ôter , ni par menaces y' ni par mauvais traitemens. Le bruit de leur déten*^ tion étant parvenu à Paris, Tuniversité profita da changement introduit dans l'administration, et du peu de concert entre les princes, pour prendre avec succès la défense des députés prisonniers. Elle trouva moyen de se faire écouter ; elle remontra au roi ou à son conseil, que la cour d'Avignon violait le droit des gens et manquait tout à la fois à la majesté royale , en arrêtant deux hommes , revêtus d'uH caractère public et chargés de lettres pour le monarque. On écrivit en leur faveur de la part du rdi au pape Clément, qui n'osa résister. Il mit en liberté les deux chartreux, tâcha de leur faire oublier l'iiïjure qu'ils avaient reçue , par les démonstrations de bonté et de confiance qu'il leur prodigua. Il leur dît en les congédiant : Assurez le roi que nous sommes disposés à sacrifier non-seulement notre dignité , mais notre vie , afin de procurer la réunion de l'église (i). Les chartreux en pensèrent apparemment ce que l'événement en manifesta.

Ils furent reçus très-favorablement par le roi et par les seigneurs ; mais , sans leur donner une réponse par écrit, vu la difficulté de qualifier conve-

{i) Labour, xii ; c. 7«

5a6 Histoire

nablement Boni face tïatis cette négociation délicate, on les chargea de lui dire que le roi louait ses bons sentimeiis [lour l'union , et {ju'il était prêt à employer tout son pouvoir pour la procurer. Pour mieux témoigner la bonne volonie du roi , on es"pédia des lelties à tous les princes d'Ilalie , qu'on invitait à concourir à l'extinction dn schisme. On confia ces lettres aux envoyés , et on leur associa deux chartreux français , dont l'un était prieur de Paris. Tout cela se (ît du consentement unanime des princes, à lexceptlon du seul duc de Berri , c|oî opina constamment à rejeter toutes les proposition! de Boniface , comme d'un antipape et d'un intrus manifeste. Les quatre chartreux portèrent la réponse à Pérouse, où éralt ce pontife qui peu après ut expédier une bulle pour le roi Charles; mais la pièce même sur laquelle on avait établi les plus grandes espérances , les fil aussilôt évanouir. Boniface , aussi alt.iché que Clément à la papauté, et le traitant d'antipape avéré, qui avait fasciné les Teux de ses partisans , ne proposait rien aulre chose que l'expulsion de ce compétiteur. Le roi était dans uft accès de son mai , quand cette bulle arriva. Ce forent les ducs de Berri et de Bourgogne qui la reçurent et l'ouvrirent dans le conseil. '^Tout le monde fut scandalisé de voir le promoteur apparent de la réunion , n'y rien vouloir sacrifier de ses intérêts. On en conçut tant d indignation et de mépris , qu'on laissa la bulle sans réponse, et les alTiires demeurèrent sur le pied où elles se trouvaient.

Dès ([ue le roi fut en convalescence , l'unïversitd reprit vivement ses poursuites , suspendues par l'a maladie depuisprèsd'un an (i). Les circonstances lui paraissaient d'autant plus favorables , qu'on venait de conclure avec l'Angleterre une trêve de quatre ans ; mais Clément , attentif à tout , envoya légat en France le cardinal Pierre de Lune , afin de contrarier secrètement le zèle des docteurs. Le légat

(0 i- Juven. p. 104. HIst. de rUoiv. t. iv , p. 685.

B« l'Egei'se. Sa^'

était secondé par le duc de Berri , cbef dq conseil en sa qualité ae premier prince du sang , et livré plus que jamais à Clément qui ne lui refusait rien, b'un autre côté, l'université était soutenue par \t duc de Bourgogne, politique habile et bien intentionné pour Tunion. Elle obtint audience et per*mission de proposer les moyens, qu'elle jugeait

] propres à éteindre le scbisme. Le résultai de 'assemblée qui se tint en conséquence , fbt que chaque docteur marquerait ses vues dans un mémoire particulier; qu il y aurait dans le clottre des Mathurins un tronc où 1 on déposerait ces méipoires , et que cinquante -quatre commissaires en feraient le relevé et le précis. Tout fut exécuté ponctuellement , et l'on trouva que tant d'avis, trèsvariés dans le tour et les détails , se réduisaient en substance, à la cession ou renonciation des deux prétendans à la papauté : au compromis qui consistait à conSer les droits de l'un et de l'autre à des arbitres , maîtres absolus de prononcer définitivement ', enfin au concile général. On résolut ensuite Îrue ces trois moyens seraient présentés au roi , en orme de lettre , et Nicolas Clémangis fut chargé de l'écrire.

Clémangis ou Clamangis, ainsi nommé du village de Clamangeen Champagne, était un des disciples du célèbre Gerson, qu il n'égala point en doctrine, mais qu'il surpassa dans les belles-lettres. Ce fut lui qui renouvela ce genre d'étude négligé depuis si long-temps , rappela dans sa nation le style des anciens , et démentit ce qu'avait avancé Pétrarque , que , hors de l'Italie , on ne trouvait ni poètes , ni tDrateurs. Il ne sut pas néanmoins se préserver da

f;oût général de son temps pour l'emphase et les ieux communs, ni de la déclamation où l'entraînait son naturel satirique.

Chargé de faire parvenir au trône les vues et les sentimens des docteurs ses confrères, après uA exorde tiré du fond du sujet, c'est-à-dire, des

maux auxquels on cherchait le vemèàe^ il expose

l'fiîS Histoire ^^^

les trots moyens îndiqnes pour procurer runioii,et sedélerminepoiirlacession, de préférence aux voieï

5 lus longues ou plus conapli([uées de l'arbitrage et u concile. Il établit ses allégations d'une manière solide, à l'exception de (juelques traits où l'emporte sa véhémence, puis il conclut pour tous les cas, que si l'un (les prétendans, ou tonsles deux ensemble refusent de suivre la route qu'on leur trace , sans en choisir une autre qui soit également utile et sûre, il faut les condamnercomniedesscbisniatiques opiniâtres, comme d'indignes mercenaires qui sacrifient l'église à leur cupidité. Non, dit-il, il ne faut plusleor laisser aucune administration , et sur-tout, aucune part aux biexisetaux honneurs qu'ils envient uoiqucmenl. Ce ne sont plus des pasteurs, nimêuiedes ,. Erehis; ce sont des loups ravissans qui méritent l'exécration publique , et les peines réservées aux ennemis les plus cruels du trou|>eaude Jesus-Cbriât (i). Il cite ensuite le jugement de Saloinon , et en fait une application ingénieuse s son sujet. Cestà TOUS , ô le plus sa£;e des rois , dit-il en adressantla parole à Charles VI , c'est à vous qu'il appartient encettequalité,comtneen celle deroi très-en réticD, de faire cesser les alarmes et la désolation de la mère commune des fidèles. Entre les deux femmes qui se disputaient un même enfant, Salomon décida qaa celte qui consentait à le voir partager en devix , n'en était pas la mère , et qu'il appartenait à celle qui aimait mieux le céder sans partage. Par ce )ucement à jamais admirable, raifaire présente est cléjà jugée. Eh [ qui pourra douter , après un errenient si sûr , que celui-là ne soit le vrai pontife^ qui se montrera prêt à céder son rang, à sacrifier Ea vie même , s'il en est besoin, pour rendre à l'église, et son unité , et sa tranquillité, et sa puissance , et toute son ancienne splendeur?

Considérez quelques momens ce que l'esprit de discorde et de lacLion lui i'aitsoutlVir. Qu'y avait-il

(i) Si>itil. t. ïi,p. 8i.

SE l' Eglise. Ss^

I évant le schisme de plus auguste et de plus florissant >- qu'elle? et depuis cette triste division , que de désordres et de calamités ! On élève aux prélaturea des hommes qui n'ont aucun sentiment de religion , aucun principe de vertu ni d'honnêteté > des hommes uniquement attentifs à satisfaire leur cupidité et toutes leurs passions. Ils dépouillent les églises et les monastères, ils exigent par la voie des censures et de la prison , ils font lever par des exacteurs inhumains les impôts dont ik accablent les pauvres clercs; le sacre et le profane, tout leuc est indificrent, pourvu qu'ils entassent l'or dans leurs colTres. De toute part on voit des prêtresi réduitsàtamendicité ou aux services les plusabjects. On vend en plusieurs endroits les croix , les reliquaires , les calices et tous les vases sacrés, pour peu que la matière en soit précieuse. Les autels demeurent sans ornemens , les temples tombent en ruines.

Parlerai-je de la simonie qui dispose avec impudence des plus riches bénéfices, et, comme pac préférence , de ceux auxquels le soin si sacré de» âmes est attaché ? Sans rien faire , on est assur* de parvenir à tout avec de l'argent; le mérite et le travail ne conduisent à rien : que dis-je ? ce sont, aux yeux de ce monstre, des titres d'exclusion. Pins les clercs sont doctes et vertueux , plus il les bail , parce qu'ils le condamnent avec plus de liberté , et le décrient avec plus de succès. Le comble du désordre, c'est qu on vend jusqu'auxl sacremens de l'ordre et de la pénitence, c' est-a-dire, qu'on ouvre ou qu'on ferme à prix d'argent , nonseulement i'cntrce du sanctuaire, mais la porte du ciel. Que dirons-nous enfin de la décadence , et du culte , et de la discipline , et des mœurs anciennes du christianisme, tellement oubliées, que si les

Iièresel les pasteui's de l'antiquité revenaient parmi es chrétiens de nos jours , ils auraient peine à croire que ce fût la mêiiie église qu'ils ont autrefois tivernëe ?

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