‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 52 sur 64 · H I 8 T OIE B H^^B · texte numérisé non relu

H I 8 T OIE B H^^B

Celle lettre, composée en latin suivant l'usage Je l'université, ayant été lue toule entière en présence du roi , il en parut très-satisfait, ordonna qu'on la traduisit en français, pour être examinée â loisir, et donna jour aux députés pour recevoir sa réponse: mais , durant cet intervalle , le cardinal de Lune et ie duc de Berri se donnèrent lant de mouTemens , tiu'tls changèrent entièrement les dispositions de la cour. Le jour de la réponse étant venu , le chancelier Arnaud de Corbie dit sèchement aux docteurs députés , que le roi ne voulait plus entendre parler de cette alFaire, et qu'il leur défendait de recevoir aucunes lettres sur ce sujet , sans les lui apporter avant de les ouvrir. L'université , après quelques instances inutiles , fit de nouveau cesser les leçons, ùvec les prédications et tous les autres exercices de son ministère.

Cependant elle reçut des lettres de runiversité de Cologne , qni applaudissait à son zèle jjour l'extinction du scliisme, et la priait de lui communiquer ses vues sur cet objet. Il lui vint des leiires lemblablesdu roi d' Aragon, et du cardinal d'Atençon qui était à Rome. Soit que ces mouvemens de» pays étrangers eussent encore fait changer la cour de France, soit que les princes opposés au duc de Berri y eussent repiis le dessus , le roi permit d'en- Toyer à Avignon la lellrc que lui avaient pre'sentée les docteurs de Paris. Ils y en joignirent une antre tiioins loligne , mais plus pressante encore, où ils disaient entr'autres choses : L'esprit de schisme est monté à un tel excès, qu'on dit tout haut et de toute part, qu'il est indilFérent de recoimarlre un seul pape ou plusieurs ; qu'il pourrait y en avoir , Bon pas seulement deux ou trois, mais dix ou douze, autant qu'il y a de grandes nations , et tous égaux en autorité.

Clément reçut ces lettres en présence de plusieurs

iiersonnes de sa cour. Il en voulut faire lui-même la ecture, et les ouvrit avec assez de sang-froid; mais il ue put ss contenir jusqu'à la [in. Sur les trois

h r t' È 0 ti&t. iS%i

^oies y de In cession ^ da compromis et de la décisknpi, du concile général , seules proposées, potif la réu*^ il ion , il se leva , et dit en Colère (i) : De toute part le poisoîi distille de ces écrits ; ils ne tendent qu'à diffamer le saint siëge. Il n*y fit point d^autre ré" ponse; et ceux qui les avaient apportes, craignant pour leurs personnes , s éloignèretit avec précipitation. Depuis ce jcmr, toutes Tes facultés de Çléméttt demeurèrent comme absorbées par uiie humeur noire, que ne put qu'augmenter la manière touta différente dont ses cardinaux envisaîgèrent la corne qu'on leur avait donnée des mêmes lettres* Il Itrî vint une maladie qui parut légère et ne Talita point} tnais le seizième de Septembre i394s après avoir encore entendu là messe , et à peine reniré chez lui , jl fut frappé d'une apoplexie dont il moorut sur lé champ. Il avait régné près de seiie ans y pendant iesquék, malgré sa douceur, sa bienfàis^ance , et une grandeur d'ame digne de son extraction , it fit bien des fautes dont sa papauté douteuse et chancelante fut presque tôiiiours la cause.

Six jours après la mort de cépontife , Ja nouvelle en fut annoncée au roi Charles, qui tint sur lé champ un grand conseil, et en conséquence écrivit ^ax cardinaux d'Avignon , pour les prier simple^ ment de suspendre lélection jusqu'à l'ambassade qu'il projetait de leur envoyer- Le lendemain ^3 Septembre, l'université s'assembla , opina au ndême délai , et députa quelques docteurs en cour. L'é>aft tout nouveau des affairés en avait aplani l'entrée. On applaudit à leur manière de penser; on résolu!^ Sur leurs avis , d'assembler les prélats et les barons du royaume , les meilleures têtes delà universités et les notables du tiers-état , afin de délibérer sur )a

}' )Osition décisive où l'on croyait àe- trouver; Ofi eur permit encore d'écrire aux autres univer8ité$^ et de cortcertéi^ toutes cnseinble leurs plans et leUfs marches. Le rdi prit ce moixient pouf* foiré âui dé-

(0 Yit. Pap. t. i,p.5âe-

Ll 21

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fiutés Une douce réprimande sur rinterniption M eurs exercices. Ils promirent de les reprendre , et se retirèrent paisiblement.

Pendant toutes ces délibéralions et ces préparatifs, les cardinaux d'Avignon , allant droitaleun fins , s'assemblèrent en conclave , au nombre dc ▼ingt-un , trois 4'entr'eux se trouvant absens. Dèl le surlendemain, 38 de Septembre, le conclave n'e'tant point encore fermé , arriva le courrier qui portait les premières lettres du roi Cbarles , et qui annonçait ses ambassadeurs. Ces dépêches furent rendues sur le champ au cardinal de Florence , le plus ancien des cardinaux évèques, et, en celte

aualité , président du conclave. Les cardinaux se outèrent bien de ce qu'elles contenaient ; et pour ne paraître pas manquer à la déférence que méritaient les intentions du roi , ils recoururent à la ruse, cl convinrent unanimement de n'en faire l'onvei^ ture qu'après l'élecllon. Pour diminuer cependant l'odieux de cette manœuvre, ils dressèrent un acte aulbenliqueoùiIss'eii£;ai^raient80Us serment à prît curer de tout leur pouvoir l'exllnclion du scbisme] et à donner pour la même fin toute sorte d'assistant au pape futur : à quoi chacun d'eux s'obligeait e quelque état qu'il pût se trouver, t't quelque sacrj| fice qu'il lui fallût faire, fût-il question décéder " papauté. Tout le conclave signa l'acte , à Vexce tîon des cardinaux de Florence , d'AigrefeuîJle et de Saint-Martial. Pierre de Lune souscrivit, avec le grand nombre , dont la sincérité peul-éti-« ne se fût pas mieux soutenue , si elle eût été mise à la même épreuve. II se trouva cependant un cardinal , dont on ne dit pas le nom , qui , voyant tous les suifrages pencher vers lui , eut la droiture de r présenter qu'il ne se sentait point assez de courai pour répondre de lui-même , et de sa Gdélité renoncer au trône pontifical , s'il ar ri vaiL qu'il y fût une [fois placé (1). C'est pourquoi il pria ses con

les

(0 Du Cliatcn. p.

VE l'Egliss. 533

fi'ères de ne le point exposer à une lentation supérieure à ses forces. Pierre de Lune au contraire témoigna que cette difficulté' ne l'embarrassait point , et qu'il serait toujours prêt à renoncer au

f>outificat. Il écarta pareillement le procureur de a grande Chartreuse, que les électeurs mirent aussi sur les rangs , donnant toutes ces vertus rigides formées dans la solitude , pour des esprits peu maniables , entêtés de leurs opinions , et susceptibles de scrupules qui font souvent commettre les plus graades fautes. Enlin , U intrigua si bien et avec tant de diligence , qu'il fui élu pape d'une voix unanime, le jour même où le sacré collège avait leçu la lettre du roi , c'est-à-dire le 28 Septembre i^gi- Le même jour, il prît le nom de Benoit XIU, fut ordonné prêtre le 3 d'Octobre; et le dimanche , onzième du même mois, il reçut la consécration épiscopale , et fut couronné immédiatement après.

Ou la tiare change."» prodigieusement l'ame de Pierre de Lune, ou Pierre de Lune , avant que d'y parvenir, fut un prodige de dissimulation et de supercherie. On ie croyait dans le sacré collège le

F lus zélé |>our Tunion : c'est pourquoi les cardinaux élurent tout d'une Toix , et avec tant d'empressement, qu'ils ne furent qu'un jour plein dans le conclave. Souvent on l'avait entendu blâmer la conduite du pape Clément à cet égard. H s'en était exprimé librement devant les princes , devant les prélats , devant les peuples même , en les prêchant ou en les haranguant. Il avait toujours fait entendre au roi et à l'université , que , si jamais il succédait à Clément , il voulait , à quelque prix que ce fût , réunir tous les fidèles sous un même pasteur. L'université pouvait toutefois se souvenir des trames que le cardinal d'Âragoa ou Piètre de Lune avait tissues tout récemment avec le duc de Berri , pour croiser en cour le zèle des docteurs, elles empêcher d'obtenir audience : ce qui rendait ses prolestalions très- jostetaent suspectes , et avait

porte «es mêmes dncleurs h se plaindre de lui en termes fort amers au [lape Clëmenl. Mais ce fameux cardinal élaîl revêtu de toutes les qualités les plu'j

F -optes à en imposer. Sans avoir peut-être dans isprlt un plan formé de la conduite scliismatiquc ^u il tint durant trente ans, le fond de son caractère en recelait Ions les élèmens et les principes; l'occasion et les circonstances ne servirent qu'a les développer , et à mettre , pour ainsi dire , en jeu toutes ces cjualite's funestes.

II était de haute nat^s.'ince, allié à son souverain, fort estimé pour l'intégrité de ses mceurs , d'une grande élévation de senlimens , d'un courage à mépriser tout genre de difliculiés et d'obstacles, d'an esprit délie et inépuisable en ressources, doua è un point unique du do» de la parole et d'une ■vivacité de conception que les rencontres les plus imprévues ne pouvaient surprendre, profond dans la science du droit canonique alors singulièrement ptisée , et par les exercices de l'école qu'il en avait tenue autrefois à Montpellier, rompu dans l'art d'argumenter , d'objocler, de retonjuer , dans tous les genres de subtilité et de cbicane (i). Dès Jes premiers momens de son pontificat , il eut besoin et sut tirer parti de la plupart de ses avantages. U envoja proTnptementen France Gilles de Bellemère, évêque il'Avignon , l'un de ses plus zélés partisans, et en grande estime pour ses commentair^'S sur le ■ Déciel de Gralien. Dans la première audience (|iie ce prélat eut du monarque : C'est une\iolence, dit-il (a), qu'on a faite au nouveau pontife , de le placer sur le tiône apostolique ; mais il ne pouvait rien arriver de plus heureux, pour la religion, puisqu'il est disposé à se renfermer pour le rt!ste de ses jours dans I obscurité d'un cloître, plutôt que d'entretenir, pour son intérêt propre , In division dont il gémit autant que l'église. Benoît se para lui-même de ces sentimens, d'une manière encora

.tO.Niem. I.

(3) uist. ,

plus expressive. Au premier compliment cpie Funi- Tersitë de Paris lui adressa sur sa nouvelle dignité ^ et dans lequel on avait coulé quelques mots sur l'affaire de i union, il mit bas sa chape en présence du dépulé^etdit quil renoncerait au pontificat , avec le même facilité qu il en quittait le symbole^ Les moindres apparences de vertu dans les grands font d'étranges effets sur le commun des hommes^ Ces bons docteurs , si justement prévenus peu auparavant contre la nouvelle élection, récrivirent précipitamment en ces termes : Nos premiers vœuY^ très*saint père , étaient qu'on dinérât félectioii d'un pape , persuadés comme nous Tétions qua c'était le moyen le plus sûr d^extirper le schisme ; mais quand nous avons appris qu'elle regardfiit votre sainteté, notre joie a été parfaite^ dans la ferme confiance que vous suivrez le penchant qpB vous avez toujours eu pour le rétaolissemént de l'unité*

Afin de cimenter des dispositions si favorables ^ Benoît qui connaissait et le liant crédit de l'ttniver*fiité , et la sourde influence des bienfaits dans les résolutions même des gens de bien , fit dire aux doc^ (eurs et aux professeurs pai* le légat Bellemère , d'envoyer à Avignon la liste des bénéfices requis ^ sur quoi il était a usage que le pape fit droii ^ avant lé système des grades tel qu'il est aujourd'hui, pierre d'Ailli , alors chancelier , fut chargé de la porter , et en même temps deconféi^r avec le pon* life sur les moyens d'éteindre promptement le fichisme. À cette occasion Clémangis usa de toute soit éloquence et d*une grande liberté , pour exhorter Benoit à consommer une si bonne œuvre. Le pontife , bien loin d'improuver cette assurance , com«bla l'auteur de si grands témoignages d'estime et 4e bienveillance , qu'il l'attira auprès de lui , le fit son secrétaire , et l'obligea dèsrloi*s à prendre des pensées , ou du moins un langage tout ditiérent d'autrefois. C'est ainsi que ce pape rusé trouva {Xipyen de lie;: en quelque sorte cette langue 4^

536 mtvmit^-

l'université , en qui , depuis cette époque , on ne; retrouve plus l'ardeur qu'il avait tant «le fois marquée pour l'union.

Un personnage tout autrement estimable encore que Benoit XIII attira vers lui , ce fut l'illtistre saint Vincent-Ferrier (i) , qu'il avait su apprécier , étant légat de Clément VIT en Espagne. Dès qu'il se vit sur le trône pontifical , il le 6t venir à sa cour , le nomma son confesseur et le maître du sacré palais. Mais le saint ne tint que deux ans dans cette position critique , où il ne laissa pas de gagner , avec la vénération publique, les bonnes grâces et l'a ffection ' de son maître , qui lui offrit avec instance divers évêchés. Destiné aux vastes fonctions de l'apcslolat , toutes les autres carrières , nonobstant leur éclat et leur douceur, Uii parurent trop étroites. On dit que Jesus-Christ même lui conHa , d'une manière immédiate, te ministère delà parole; mais tju'it n'en Gt pas moins confirmer sa mission par le \icaire de cet éternel pasteur , puis se consacra tout entier aux progrès ue l'évangile. Il n'est poiot de merveilles , comme on le verra par la sulte,auS' quelles ses vertus et ses succès apostoliques , plus merveilleux encore , n'aient donné quelquecouleur de vraisemblance.

On commença cependantenFrance à pressentiriez TuesdeBenoît , et le danger de perdre le temps en députations et en conférences inelllcaces. On convoqua dans la capi taie , pour le second jour de Février i oqS, une assemblée qui porte avec raison le titre de concile national (3). Elle fut composée des patriarches titulaires d'Àlesandrie et de Jérusalem , de sept archevêques, de quarante-sîx évèques, avec plusieurs députés. Le roi voulut que son chancelier assistât aux délibérations , où l'on admit encore quatre conseillers et trois avocats du parlement de Paris. Pour faciliter les opérations des prélots , lec docteurs avaient été charges de dresser un mémoira

(i) Boll- Apr. l. I , p. 434. (?) Tom. xt , Conc. p. ajii,,

DE l' Eglise.

Vraisemblablement par l'organe tie Pierre d'Aillî , qui arrivait (l'Avignon peu sarîsfaîtdupapeBenoit: au moins est-il constant par la seule dureté <lu style, que Clémangis n'est pas l'auteur de cette pièce. Elle n'en établit pus moins solidement la nécessité d'employer la voie de cession pour finir le schisme : il y eut quatre-vingt-sept voix pour ce sentiment, exclusivement à tout autre. Le roi prépara donc une ambassade auguste pour faire proposer ce moyen au pape Benoît. Le duc d'Orléans son frère , ses oncles les ducs de Berri et de Bourgogne , c'est-àdire ce qu'il y avait de plus grand dans le royaume après la personne du souverain , fui chargé de cette mission. Onleurdonno pour conseil quelques évêques et quelques membres de l'université, dont Gilles Descnamps est le plus mémorable. On les munit aussi d'un mémoire d'instruction , dressé à loisir pendant un mois entier qu'avait duré le concile.

Ils arrivèrent à Avignon le samedi vingt-deuxième de Mai , y furent reçus avec de grands honneurs et de grands signes de joie , puis allèrent prendre leurs logemens a Ville-neuve. Le lundi suivant , on leur accorda une audience publique , où Gilles Deschamps , chargé de la parole et prévenu sur la délicatesse extrême de la cour pontificale , n'établit que des principes généraux tendans à l'union , auxquels même il mêla l'éloge du pape avec celui du roi (i). Benoit XIII , l'un des premiers hommes de son temps pour la souplesse et la présence d'esprit, répondit sur le champ avec toute la grâce et tout l'ordre d'un discoursqui eùtété préparé de longue main. Ensuivant de point en pointée qu'avait dit le docteur , il insista principalement sur ce qui était à la louange du roi , et l'embeltit des traitsles

fdus lîns et les plus flatteurs. Remerciant ensuite es princes des peines qu'ils se donnaient pour le bien et l'honneur de l'église : ces nobles travaux ,

(i) Hist. anon. p. 387.

leur dit-il , font la destinée de l'auguste maison de France , rjue Dieu a cboisie spécialement pour soutenir 1.1 religion. Enlîn , cotame les ambassadeurs avaienldemiindé une audience secrète , il témoigna qu'il entendrait volontiers en toute luaniêre c* qu'on avait à lui communiquer de la part du plus chrétien des rois.

Jusqu'ici Pierre de Lune , n'ayant à répondre qu'à (lesjiroposiiionset à des honnêtetés sans conséquence , avait soutenu parfaitement un personnage pour lequel il avait des dispositions eminen les. Dès le lendemain où se tint la conférence secrélft qu il avait accordé de si bonne grâce , la scène de- ■vint plus embarrassante. On y demanda communication de l'acte passé dansle dernier conclave jàl'etfet d'éteindre le scliisme , par la voie même de cession si elle était jugée nécessaire. Benoît oui sentit où l'on en voulait venir , s'excusa d'abord de produire une pièce de conviction si pi'écise , et coiitirmee depuis son élection même. Ses repugnances faisant redoubler les instances avec les soupçons , il coneenlit de la montrer aux trois princes eu particulier, et non pas aux personnes plus capables de discussion qui leurservaientde conseils. Ce reirancbement était trop mauvais pour s'y pouvoir matntenii*. EenoU fut réduit à faire lire l'acte désii-é en présence des princes et de leurs adjoints. On ne s'en tint pas à la lecture ; on demanda copie de /a pièce, et ce fut un objet tout nouveau d'attaque et de défense. Le pape défendit le champ pieu à pied ; il se replia dans tous les sens , il dis]>uta , il se plaignit; mais tout fut inutile: il fallut céder, et le secrétaire de l'ambassade leva la copie en bonne forme,

Forcé dans tous ces retrancbemens , Benoît sut encore se retourner. Les princes lui ayant demandé^ quelques joursaprès, quelle voie il voulait prendre pour procurer l'union, il proposa pour tout nioyen^ une conférence entre lui et son compétiteur. Et comme on ne manqua point de lui objectçr que

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Vacie dxx condave l'obligeait à quel<|ue cliose de plus qu'à un moyen si probablement inefficace , il fit distribuer aux princes un écrit ,dont le tour et les derniers mots , sous le masque du zèle et de Ijl ))onoe foi , sont un cbef-d'oeuvre de finesse et da politique. A-près s'y êtr9 engagé à toutes les voies

Justes et raisonnables , propres à rétablir la paix [ans l'église aiitanè^qu'il y était obligé parson devoir fi par la teneur de l'écrit dressé dans le conclave ^ il protestait d'en vouloir conserver toute la forco ^ans dérogation ni addition quelconque : clause însîr dieus^ y par laquelle cet acte absolu n'était plus que relatif au^ voies justes et raisonnables , qu il se i^ servait la liberté d'entendre à sa fantaisie. ; Les ambassadeurs ne furent point la dupe de cette ruse. Dans une audience nouvelle qu'ils obtins rent le premier de Juin , mardi de la Pentecôte , (Grilles Descliamps réfuta le projet de la conférence entre Benoît et son c6mJ3étiteur, etprouva la néces^» ^ité de choisir ia voie de cession. Lie duc de Berrî , cqmiùe chef de l'ambassade , appuya fortement l'orateur, et supplia le pape de se rendre aux désirs du roi et de tous les fidèles. Benoit voulut donner le (change par son éloquence artificieuse , par ses vagues protestations de zèle pour l'église , et ne cher-*çhant qu'à tirer en longueur , il demanda qu'on lui f*emît par écrit les intentions du roi. Saint père^ repartirent les princes, le mot d^ cession dit tout; il ne faut point d'écrit pour cela. Il répliqua qu'on devai tau moins lui expliquer la manière de faire cette cession. La patience échappa , et on lui dit qu'il ne cherchait qu à éloigner la paix de l'église. Piqué de ce propos , ou affectant de le paraître pour se tirer d embarras , il dit fièremeiit : Après tout , il n'appartient à personne de me contraindre ; je ne dépends que de Jesus-Christ dpnt je tiens ia place en terre , et c'e^tàlui seufque J'ai a rendre compte 4u gouverneqient de Téglis^. La séance finit là. Les princes sortirent brusqùemQ^jt et retournèrent à

yille-neuve. , \

HfSTOlRB

' Le même jour , ils fîrenl inviter les cardînanx i les venir touver ; et quand ils furent assemblés , le duc de Berri tes conjura de dire en conscience, chacun comme personne privée et sans esprit de corps , qucUe voie leur paraissait la plus propre k procurer sérieusement I u?iion (i). Ils répondirent, au nombre de dî\-npuf: La voie de conférence | telJe qu'elle a été proposée par le pape , nous poraiss.i il convenable; mais, puisque la voie de cession semble meilleure au roi et à son conseil , nous déférons à ces lumières , et nous nous conformerons à votre volonté. Les princes prireotacle de la réponse des curdinLiux , qui furent tous du même avis , excepté le seul cardinal de Pampelune , Aragonais dé naissance , ainsi que le pape Benoit auquel il était extraordinairement attaché. Celui-ci dit avec emportement , que le vrai moyen de finir le schisme était d'armer contre l'antipape romain , et de la précipiter de son trône.

Benoît, informé et irès-intriguéde ce qui s'était fait chez le duc de Berri , rechercha leS ambassadeurs et renoua les conférences. Dans celle da douzième de Juin, il se plaignitavec amertume du peu d'égard qu'on avait eu pour sa personne; et recourant dans sa détresse aux défaites les plus pitoyables ; C'est apparemment , dit-il , parce que 16 n'ai pas l'avantage d'être né Français , qu'on va jusqu'à la contrainte pour me réduire à la cession. Il n était pas difficile de faire sentir la puérilité de ce rcproclie , et le duc de Berri y opposa un tissu de choses et de raisons auquel il n'y avait point de réplique. Aussi Benoît n'y répondit que par une bulle donnée huit jours après , et toute remplie de ces protestations d'araour pour l'église et de ce» parades de rhéteur qui ne trompaient personne. Celte tbullu , lue et publiée dans le palais en présence des trois ducs , n excita que leur indignation. Sur le champ ils quittèrent le pape , et les cardinaux

3'Âlbane 6t Je Pâmpelune craignant Quelque résolution violente , les accompagnèrent a Ville-neuve : mais les deux conciliateurs uirent bientôt aux prises entre eux-mêmes. Le cardinal d'Âibane reprocha au cardinal de Pampelune d'avoir fabrique èette Bulle ) et de vouloir en tout , avec cette même im-

Srudence , gouverner le pape. L'altier Âragonais ^ e premier abord , lui donna un démenti. En quelques momens, on en vint de part et d'autre à des propos si injurieux et si messéans y que la scène , à force d'être sérieuse , ne devint plus qu'une farce pour les princes y en qui elle eut du moins l'avantage de faire succéder la risée à des saillies plus à craindre (i).

Peu de jours après , malgré l'incendie qui con-* suma dans cet intervalle une partie du pont d'Aviron ^et que les deux factions opposées ne manquèrent pas de s'imputer réciproquement , les princes passèrent le fleuve en barque , et vinrent prendre des logemens chez les cardinaux qui leur étaient les plus dévoués. Leur demeure dans Avignon fut encore de dix-sept jours , pendant lesquels ils rassemblèrent souvent les cardinaux au couvent des Cordeliers , et délibérèrent avec beaucoup de concert et dé maturité. On examina d'abora la dernière bulle de Benoit ; et les cardinaux tous présens , à l'exception de ceux de Pampelune y de Saint-Martial 4lt de Vergy , s'accordèrent à la rejeter , et renouvelèrent rapprobation qu'il avaient donnée à la voie de ciessioû. Le lendemain y ils allèrent se jeter aux pieds du pape , et lui demander eh grâce d embrasser ce saee parti. Il parut cédera leurs instances; mais la veille de saint Pierre, ils furent bien sur-?

5 ris de recevoir une seconde bulle en confirmation e la précédente. Aussitôt ils allèrent protester de leur mécontentement devant les princes , qui profitèrent de cette conjoncture pour leur demander une promesse écrite de préférer la voie de cession à

-ma^

(i) J. Jmr.j. m.

Histoire toutes ïes autres , et de travailler à la faire réussir «le concert avec la France, Ils promirent de signer cet écrit après qu'ils auraient €0001*6 fait un dernier eOorl sur l'esprit du pape.

Le premier de Juillet , ils se présentèrent à son audience , tenant cet acte en main ; et tons , excepté le cardinal de PanipeUine , le supplièrent i genoux , et la plupart les Inrmes aux yeux , de prévenir enfin lesextrémitésauTKjuellessoninllextbilité l'exposait. Jamais Benoit ne parut plus intraitable gu'en cette rencontre. Il leur dit avec hauteur et colère : Sachez que vous n'êtes que mes suiets,et

3ue je suis le maître non-seulement du clergé , mai? e tous les hommes , soumis à mon autorité par Dieu même. Il prit l'acte en main , le lut précipitamment , et dit ; Il n'est rien de si pernicieux. H leur défendit <îe l'approuver , et publia une bull» nouvelle qui les menaçait de sévir contre eux s'il* le signaient. Mais joignant les artifices d'un corrupteur au langage imposant d'un souverain pontife , il fitentendre aux princes, que s'ils voulaient entrer dansses vues, illeur abandonnerait la conquête des états de l'église en Italie, et qu'il les comblerait de plus de biens et d'honneurs quela maison de Frimce n'en avait encore reçu d'aucun de ses prédécesseurs. Ils répondirent avec mépris qu'ils selrouvaientasseï grancU par eusi-mêmes j qu'en tout cas ils n'avaient pas besoin de son aveu pour porter leurs armes oâ bon leur semblerait (i).

lifc quatrième de Juillet néanmoins , î\s assemblèrent derechef le sacré collège. On y résoJut da faire une nouvelle tentative auprès du pape , et d'en obtenir au moins la révocation des buUes et des défenses intimées récemment aux cardinaux, puis on envoya lui demander audience. Il la promit pour le surlendemain : mais ce jour-là et le suivant, il ne cessa d'élever des ditricutlés, que tous le« égards des ambassadeurs ne iireut qu'accroitre<

Excédés enfin , et voulant absolument et promptement finir , ils se présentèrent pour l'audience le 8 du même mois , introduits par lest cardinaux , qui forcèrent en quelque sorte les passages. Maî$ si l'on put aborder l'opiniâtre pontife , il ne fut jamais possible de l'ébranler. Il répondit toujours qu'il souhaitait plus ardemment que personne la paix de Téglise , et que les déclarations qu'il avait données , contenaient les moyens les plus propres à y parvenir. Depuis long-temps les princes li étaient plus trompés par un zèle qui ne consistait qu'en paroles : ils prirent congé du pape , sans beaucoup oe ménagemens , et avant de sortir du palais , ils invitèi*ent les cardinaux à une assemblée pour 1q lendemain , dans le lieu accoutumé de leurs conférences. Quatre docteurs de l'université y parlèrent duccessivement et très-librement , contre les idées et les prétentions de Benoît ; ils réfutèrent ensuite un frère prêcheur anglais , qui , à leur vue,' prêchait insolemment contre les procédés de la cour de France et de l'université de Paris ; puis , avec i«s princes , ils retournèrent à cette capitale tracer Teffrayant portrait d'une opiniâtreté qui alla tou-

}"ours croissant jusqu'à ces excès , que les monumens es plus authentiques rendent à peine croyables.

Dans le conseil qui se tint à ce sujet , il fut conclu que le roi traiterait a ved les autres princes chrétiens , afin de réduire les deux papes à la voie de cessioti, ou de prendre au moins des mesures égale-* mentpromptesetefficacespourterminer le schisme* On envoya en Allemagne , en Angleterre , auxsou^* verains divers d'Èspaene , et jusqu'en Italie à Boni*" face même : par-tout l'esprit de prévention ou de rivalité empêcha presque tout le succès des négocia-* lions , ainsi que des lettres que l'université de Pariai écrivit pour le même sujet aux différentes univer-* sites du monde chrétien. L'empire d'Allemagne^ administré comme il pouvait l'être par le stupide Wenceslas, ne donna qu'à peine une attention superficidlé à cette affaire capitale de la religion^

Entreles quatre princes qu'on sollicita les premieRi savoir les ducs d Autriche et de Bavière , etIeséIe^ leurs arclievêques de Trêves et de Cologne , il n'j eut que ce dernier qui parut la prendre à coear. Wenceslas pei-sonnellement se comporta si mal, qu'on se persuada, comme le bruit en courut , qu'il 8 était laisse corrompre par les présens de la cour pontificale (i). Sigrsraond , roi de Hongrie, de même famille que Wenceslas , mais d'un caractèra bien dilTérent , goûta la voie de cession , et promit de s'employerdeloulsonpouvoir ày ramener l'empereur son frère ; mais ce prince eut bientôt à s'occuper de (oui autre souci.

Bâjazet surnommé Ilderim , c'est-à-dire foudre, à cause de la rapidité de ses conqiïêtes , cjuatrième sullan de la maison ottomane , enhardi par ses essais sur les petits princes de la Grèce , usait d'une arrogance despotique envers tous les souverains de son voisinai^e (a). L'empereur Jean Paléologue ayant fait bâtir une citadelle à Constantinople pour j «voir une retraite en cas de besoin, l'ioij^érleux sultan, sans autre façon , lui manda de la raser i qu'autrement , il ferait arracher les 3'eux au prince Manuel : c'étaitleûlsaînéetlesuccesseurprésomptif de Paléologue , qui à ce moment se trouvaitsous la main de Baja^et , à qui il était allé conduire des secours ordinairesqu" exigeait ce voisin tyrannique. Incapable de résisler à cette formidable puissance, et d'ailleurs demi-mort de la goutte et des autres effets de sa débauche , Paléologue ne sut qu'obéir, et mourut peu après. Manuel s'échappa de nuit , et vint se faire reconnaître empereur a Constantinople l'an iSgr. Le sultan piqué lui envoya dire aussitôt : Je veux qu'il y ait un cadi chez loi , pour

juger les musulmans ; si tu ne le veux pas , ferme es portes de ta ville , et règne au dedans ; tous les dehors sont à moi. Il passa incontinent dans la Tbrace, en ruina toutes les places, enleva lei

(i)Ibid.p. 33i.

(1} Ducag, c. li.

h»biua»f

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habifUTis , prit jusqu'à Tbessalonique , et resserra tellemen l Conslantinople, que la famine s'y fit hieQtôt sentir cruellement. En cette extrémité, rcmpereur Manuel écrivitau pape , aux rois de France et de Honi^rie , pour solliciter un prompt secours.

LeroiSigismond, menacé lui-même d'êlrealtaqué ius(ju'en Hongrie , envoya de son côté une ambassade au roi Charles (i). Elle ne fut pas sans effet. Il parti t de Franceun corps considérable de noblesse, sous la conduite du comtede Neveis , filsdu duc de Bourgogne , acompagné des deux premiers officiers militaires de la couronne, savoir le connétable Philippe d'Artois , et Jean de Vienne , amiral. Le succès ne répondit point à ce qu'on attendait de cette illustre jeunesse, toute remplie d'ardeur et de bravoure , mais trop licencieuse et trop indépendante pour une expédition où la bonne conduite n'était pas moins nécessaire que le courage. D'abord ils provoquèrent les ennemis , contre les avis du roi Sigismond , et emportèrent un château dont ili massacrèrent totis tcsbabltans. Ils assiégèrent ensuite la ville de Nicopolis. Bajazet vint la secourir, et il y eut une grande bataille , où les Français ■voulurent être à l'avant-garde. Ils furent défaits , tous tombèrent sous le tranchant des armes ou dans les chaînes du vainqueur. Le connétable et l'amiral réitèrent parmi les morts , et le comte de Nevers, fait prisonnier , donna deux cent mille écus pour sa rançon. On rapporte qu'avant le combat, comme on faisait à Bajazet le récit des débauches de toute espèce qui régnaient dans l'armée cbrétienne , le mabométan ditd'un ton assuré : Ils seront vaincus ; ils ont irrité Jesus-Chrisl leur Dieu (3).

La douleur qu'on ressentit en France de celle

i'ouinée déplorable , fut tempérée par le traité que e roi conclut avec l'Angleterre , et dont la base fut le mariage de U princesse Isabelle avec le roi Kicbard. Les deux monarques s'étant abouchés à

(i) Froiss. iT , 6;. Juy. p,

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