Tome FIL
Çali»is , où Charles avait amené la prïncessé sa fîllil ppur 1:^ solennité (lu marîai^e , ils ne manquèrent pas de conférer {le la grande alfa ire du scntNnieM çptaqiée Cannée précédente par des amkasfadeuqf français. Le roi d'Angleterre l'avait renTOTéàl'uDH ■çersité d'Oxfort. Dans l'entrevue , il poussa la complaisance pour son beau-père , jusqu'à se déclarer pptir la voie de cession . qui fut rejetée cependant
£iir cette universilé. Elle s'en tint constamment à 1 voje du concile général , qui seule en eiTet put rclablirlapais dansl'ffglise. Richard ne laissa point ^'aijopter le plan des Français, et d'en prendre l'exéçiilioi^ fort à cœur. Il fut arrêté entre lui et Cliar'P* ^^ ) *I" i* '^ mi-Février de l'année snivan^e i3p7 , ils enverraient des ambassadeurs aux ()et|'x papçs 1 pour leur déclarer que les cours de Frq^ce et d'Anglete^'ie avaient choisi la voie de cession , et pour les porter à s'y déterminer enx' ranimes assez tût, pour qu'à la saint Michel 33 Septembre de la même année , on put donner un geul rhef a 1 église. On convint encore de faire de jionvçlles tcntalivçs pour attirer au même parti rcmpçreiir Wenceslas , qu'on présumait devoir entraîner 1rs autre* princes de l'empire.
L'Esprtgoc , où fi]t envoyé Simon de Cramaud ," palriarclve tiUilaire d'Alexandrie , avec Gilles De»-, champs et quelques autres docieurs , entra saofr peine dans les vues de la cour de France. Le rol Uenri III deCasiille, malgré les sollicilalîons secrèlf?s du pnpe Benoit , et les rois d'Aragon et de. Navarre firent tenir des assemblées deprélatsel de docteurs , pour procéder avec activité , sur le plan des Français , à l'extinction du schisme. Mais ces projets éprouvèrent ensuite de grandes contrariétés , par la fin précipitée, de dom Jean I , roi d'Aragon , qui avait toujonrs léraoigné une ardeur sincère poiir le bien de l'église , et qui en chassant mourut d'une chute de cheval dans la qnaranlccinquicme année de son âge, Dom Martin , son frère et son succcssei^r , embrassa etsoulînt opiaiù-
ttètHéni les intérêts de Benoit , dont il ovaît épousé la.proche parente, Marie Lopez de Lnne.
liai»bassade(jironenvoyaaiixdeux papes rivaii^^ quaiqu'elle fut tout à la fois au nom des rois de France , d Angleterre et de Castille l eut encore moins de succès, Benoît , que les ambassadeurs virent en premier lieu , ne clierdha , selon sa cottfîtu me , qu'îi leur faire illusion , et à traîner en lon^ gueur. Bonifaee sç montra d'abord plus traitable^' d'après l'avis de son consistoire , qui jamais ne soutint mieux la réputation de la poli tique romaine^ Saint père , lui dirent ces prélats , il ne s'agit qu« xie dissimuler en cette rencontre : dites que vous vous conformerez volontiers à toutcequevouscon* seilleront lés rois, pourvu que le prétendu papa d'Avignon abdique de son côté ; qu'ils marquent le lieu où il leur plaira de tenir le conclave , et que vous vous y rendrez avec empressement , ainsi que vos cardinaux. Le succès de cette complaisance ,' vu l'état des choses^ était immanquable. Benoît ^' qu'une ambition outrée rendait incapable d'en faiVe autant, aurait aliéné tout le monde; et dès-là Baniface se conciliait tout naturellement les deux obédiences. Malgré les bornes de ses lumières* et raveuglement de ses préventions, il sentit la sage$9C* de ce conseil , et promit d'y conformer ses répons ses : mais sa mère-, ses frères et tous seS proches lui ayant communiqué leurs alarmes sur l'ombre seule d'incertitude où il mettait sa dignité, ils'ai* bandonnaluî-mêmeàcette pusillanimité poipulaîroy et s*en tint à la sèche réponse déjà donnée en IsanC d'occasions, que la chaire apostolique appartenait incontestablement à lui seul , et que jamais il n'y. renoncerait. Deux fois il eut cette occasion prc>* cieuse d'assurer son'état , et deux foi&ces basses terreurs la lui Grent manquer.
Pierre d'Ailli , parvenu à l'éveché deCambraî ^ ayant été renvoyé à ce pape par le roi Charte*, et l'empereur Wenceslas , n^en reçut pas une réponse plus satisfaisai^te que li^ premiers ambassadeurs.^
ré
Histoire Dans cette seconde occasion , il suivît les l'mprM^ eions des Ruinainà , alarmëssurson sort , beaucoup moins j>ar afî'ecLion pour sa personne , fjiie par la pei'Spoclive des avantages temporels allacliés à la préhenoede la cour ponliGcale , sur-loiit aii-x ap proches du jubilé séculaire , dont le terme n'étail
éloii^né. Wenceslas, vivemenlsollicileparChar-
VI , se rendit enfin à la conférence (Je Reims , d'où revê(|tiedeCambrai fut enïO>éà Rome. Il n'y eut point d'aiilre fruit d'une entrevue si désirée, et de la magniilcence qu'y prodigua le roi Charles, que celte ambassade si peu fructueuse elle-même. Aussi le duc de Bourgogne, prince connaisseur en hommes et en allaires , refusa de prendre part à ces négociations aussi vaines que dispendieuses. L'empereur , en entrant dans le palais abbatial de Saiiit-Remi où on le logea, fut étonné jusqu'au ravissement d'y voir élinceler l'or de touCe part, comme dans un lieu décoré par enclianlement. Sa surprise et sa joie furent bien plus grandes encore , quand on lui dit delà pari de Charles (i) : Seigneur , ~iuis(jue tout ceci vous plaît , le roi vous prie de e recevoir en présent. Le lendemain , fètedel'Annonciation , Cliarles , après avoir passe la maline'e à l'église , envoya , de i archevèclié où il Jogeait , cbercher Wenceslas pour venir dîner avec \ui i mais , tandis que le monarque français s'occupait d'exercices de piété , l'allemand s'élail enivré de» le matin , et il fallut remettre le banquet au four suivant. Il fut d'une somptuosité qui surpassai! de beaucoup ce qui avaîte\cilé jusque-là t'admirât ion
fermanique. La vaisselle d'or et d'argent , dît historien Froissart(2), y roulait, comme, si elle eût éréde bois. Après la cérémonie , le roi Charles^ par une libéralité sans e^eI1lple,ellouabie uniquement a raison de ce qu'il en espérait pour le bien de l'église , Cl donner a l'empeiein- et a ses otficiers toute la vaisselle d'argent rjui avait paru 5ui- les
(j) Ilîsl. anoa. p. 871. (2) Vol. iv , c, gi.
tables , et tous les riches ameubleinens de ]a salle du banquet. Ce présent fut estimé deux cent mille florins aor.
On traita ensuite des affaires de Téglise. Un prince tel que Wenceslas , comblé de ce^ profusions , ne devait pas se rendre fort difficile , sur-tbutà Tissue d'un grand repas. Il fut réglé qu'on poursuivrait la voie de cession , et que celui des deux papes qui résisterait à la^ volonté de l'empereur et du roi , serait déclaré déchu de tout droit à la papauté. Le roi s'engageait à faire entrer dans les mêmes sentimens les rois d'Angleterre , d'Ecosse , de Castille, d'Aragon , de Portugal et de Navarre. L'empereur
f>romettait Ja même chose pour le roi de Hongrie , es états de Bohême , et toute TAUemagne.
Ce fut alors que Pierre d'Ailli s'achemina vers le pape Boniface. Il tenait son élévation à l'épiscopat 9 du pape Benoît y qui s'était proposé de le gagner par ses bienfaits , comme le dfocteur le plus habile et le plus redoutable de l'université. Pierre en était déjà chancelier , aumônier du roi et tré* sorier ou premier dignitaire de la sainte chapelle , quand Clémangis ^ fixé enfin à la cour d'Avicnon , ut entendre à Benoit que ce savant , tout décore qu'il était , pourrait bien encore n'être pas insensi* ble au titre plus éminent de l'épiscopat ^ sur-tout; s'il lui était déféré par sa sainteté. L'évêché du Pui étant venu à vaquer dans ces conjonctures , Benoit en 1895 y nomma en effet ce docteur , qui parut l'accepter volontiers. L'an 1 896, selon quelques auteurs , et selon d'autres, l'an iSgS , il fut trans* féré sur le siège de Cambrai. Voulant alors se fixer dans son diocèse , il résigna la chancellerie à Jean Gerson , athlète plus formidable encore pour les deux compétiteurs ) donf; l'ambition s'obstinait à diviser la chaire de saint Pierre.
Benoît XIII , de son côté , envoya lui-même vers Boniface , soit pour amuser les» princes par ces démarches simuléescontre le schisme , soit , comme son caractère faux et les manœu^vres de ses émi&t
Mm 3
saires l'en firent accuser, pour profiter de Tîn^ (fuietiiJe des Romains , ppii KaiitiraitKrlti gouvernement de leur pape. Ceseiivo^t:ss'a\ancèrenl jusqu'i Fondi , publiant de toute part qu'iU ulluient à Rome pour procurer l'çxtinclion du schisme. Boniface qui se défiait de leuis intentions , ne voulut jamais leur permettre de passer outre; loutcetju'il aceorda , fut (jiie l'évêiiuede Segovic qui se trouvait à Rome , et qui était <le leur cnunaîssance , irait conférer avec eux , à cliarye de lui rapporter tOQtcetpii se serait dit. Cctévéque les alla trouver, et revint aussitôt vers Bonifuce , qui ne laissa point ie lut reprociier d'avoir tramé une cotispirution contre sa personne. On prétenilit en elFel que le prélat espagnol s'était concerté avec les iigeiis d'Avignon , pour les introduire dans Rome et y «xciler des niouvemens qui aumient mis le pape même en péril ; qu'ensiÉilene pouvant plus l'ctourner à Fondi , il leur avait éci'il une lettre qui était xemplie d'infamies contre Bonifare , et qui les «\liortait à exécuter leur complot. Il est du muii constant que ce pontife ordonna de faire le procï à l'évèque de Seyovie , et de le punir selon les ioïl' s'il était trouvé (oupable(i).
Tous ces incidens et ces obstacles qui renaissai' Bins fin le» uns des autres , oL des uioyens mèi •qu'on employait pour procurer l'union , la laient de plus en plus , bien loin de l'avancer. Ce-. pendant et par ces conire-temps-là uiéiue , le zèle s'écliaulfait , la fernientatiou passait dsii& toutes les tel es , lespr'înces, les peupirs , les havans et les 'gens de bieu , tous les fidèles devc-nuient iH-est^ue «utanl d'ajhStres contre le scbisme , et l'un s'ariUMÙ ■contre ce nionslreavec d'autant, plus iràrtieur qu'il ■opoosait plus de résistance. Il appartenait encore à 1 école de Paris, séminaire le plus fécond en hoaiiuesdocte!<etenprf«lalSKélés,d'uasurer lainarclic dans cetie cariiére diilicile , après l'avoir ouverte.
D E t? £ G L I s E. Si
' Déjà elle avait répandu dans le publie , eh forihè âe questions , les articles préliminaires^ qui devaient justifier ses démarches ultérieures^ On y démandait si le pape était obligé d'accepter la voie de cession , et si Ton pouvait Ty forcer ; si tout catholique , et sur-tout les princes, devaient s'employer à Fy con-^ traindre; si du moins il était soatxiis au concild général , jusqu'à pouvoir être dépose ; si Benoit ^ et conséquemment son compétiteur y était dans lo cas d'une rgnorance pàrdonnafble ; sî sa ieondaito Suffisait pour le rendre schismatique ; enfin , si les cardinaux étaient obligés de lui obéir , quand il leur ordonnait de se tenir attachés à lui pour la manière de procéder à Tunion (i).
' Peu après ces préliminiaires ^ on lâcha une espèce de manifeste conditionnel et fort laconique, tou-' jours adressé à fienoit , et portant ce qui suit (2) : oi vous persistez dans votre obstination , nous protestons hautement que nous ne voulons plus être soumis ni attachés à un chef aussi entêté dans ses sentimens. Le docteur Jean de Craon ^ prêtre du diocèse deLaon , et constitué procureur dans cette {affaire, s'énonça au contraire avec beaucoup de diffusion dans l'appel en fùrme qu'il fut chargé dé rédiger. En voici quelques trarts des plus remarquables. Tout ainsi ^ dit-il , que le maître suprême a suscité autrefois Elie et les prophètes pour venger sa loi y Daniel pour défendre Susanne ^ Mathathias^ et les Machabées pour dégrader les faux pontifes ; il a ménagé de même contre le schisme les attentions et le zèle de l'université de Paris , cette source intarissable de la pure doctrine y cette vive lumière
2ui ne souffrit jamais d'éclipsé. Il a choisi pour paci-^ er son église , le roi très-cbrétien et les princes de f^ette race auguste , qui seule peut se glorifier de n'avoir jamais donné dans le schisme ni Fltérésie f qui jamais n'a soutenu que les véritables pontifes, et toujours s'est déclarée contre les intrus^ Jean di^
amm
iO Qu Boul. p. j53i (2) Ibid. pag. 798.
Histoire Craon appelle enfin au pape futur et au siège apostolique , de toutt's les procédures faites ou à faire par le pape Benoit conire l'université.
L'appel fut promptement signifié à ce pontife, qui exhala son piemierressenlimentLlans unebulie où les qualifications graves ne furent pas épargnées. Il déclara de l'avis des cardinaux ( clause qui fut le plus grand sujet d'inquiétude ou de surprise ), que cet appel était illusoire et nul ; se réservan t à pourr suivre l'appelant et ses complices , selon les règles du droit. Du reste , on ne voit point que la rigueur pontificale se soit portée jusqu'aux anailièmes et auxcliâtimens elFectifs. L'ambition de Benoit, très- ■vive sans doute , mais très- compassée , et par-là même d'autant plus à craindre , marchait d'un pas égal vers son but , sans olfenser les princes, sans irriter lessavans, sans que la colère ni aucune autre deses passions, toutes asservies au désir de régner, lui fissent faire une démarche qui l'écartàt de sou tut : chef-d'œuvre de conduite et de persévérance, à quoi il ne manqua qu'un objet dJlFérent pour être à jamais digne de méuioire. La bulle n'étonna point les docteurs. Ayant appelé de tout ce que pourrait faire Benoit , ils avaient paré d'avance à ce coup particulier d'autorité , auquel ils ne laissèrent pas d'opposer un second acte confirmatif du premier, fort diffus à l'ordinaire , et par ce verbiage peu médité, comme il arrive presque toujours, donnant prise en bien des articles. Tel est le vain étalage d'érudition , où ils allèguent en leur faveur l'exemple d'Ânastase II, abandonné de son clergé , et ia déposition de trois autres papes nommés Benoît , savoir le cinquième , le sixième et le neuvième de ce nom (i). Mais l'histoire d'Anastase n'est qu'une fable , tirée , avec tant d'autres , du décret de Gratien ; et l'expulsion des trois Benoîts n'étant que de pures violences , tournait moins à l'avantage qu'à la condamnation de ceux qui s'en prévalaient. Ces
(i) Ibid. p. 823.
docteurs raîsopnent beaucoup mieux* sur lasup-f pression faite ^ar Clément V des huiles violente» de Boniface VÏII contre la France. Ils en concluent avec justesse , qu'à plus forte raison ils peuvent appeler de Benoît XIII au souverain pontife qui gouvernera dans la suite toute Té^^lise.
Leur appel coptre le pape d'Avignon conduisait naturellement et tout prochainement à la soustraction d'ohédience. Aussi fut-elle hienlôt proposée , du moins quant à certains effets, à l'occasion der Tamhassade que le roi de Castille envoya au roi Charles en 1397 (i). Ces ambassadeurs prirent leur route par Avignon , et ils eurent la faiblesse de s'y laisser séduire. Ayant été confondus en France, sur leurs propres instructions qu'on eut l'adresse de tirer de leurs mains , aussitôt runivei:sité fit à ce sujet une députation au roi Charles. L'orateur^ qui était le docteur Jean de Courtecuisse , posa . pour principe , en présence de toute la cour , qu'il fallait ôter à Benoit la faculté d'exercer à l'avenir le talent de la séduction ; et pour moyen , il proposa de se soustraire à son obéissance , au moins en ce qui regardait la collation des bénéfices et la perceptioa des décimes. L'expédîentparutdesmieux imaginés, mais un peu violent : ayant dé le mettre en œuvre , on voulut encore essayer de la négociation.
Enfin le vingt-deuxième jour de Mai de l'année iSgS j toutes les autres tentatives étant épuisées y on en vint à cette rupture ouverte. Benoît XIII , fort inquiet des mouvemens detous les princes de la chrétienté mis en action par la France , y envoya son fameux confident , le cardinal de Pampelune , Martin de Salva. Le sort en était jeté : le roi et les princes du sang, instruits d'avance , lui mandèrent de ne point venir ; et sans délai on convoqua une assemblée , où il se rendit une grande multitude de prélats et de docteurs. Le roi n'y assista point, parce qu'il eut un nouvel accès de sa
(l) J. JttY. p. 129»
funeste maladie. On avait tout emplové inutile' ment pour le guérir , jusqu'à recourir contre son gré , après les prières et tes autres pratiques delà piété clu'étienne , à la divination et à uillle observances superstitieuses.
Le marèclial de Sancerre qui avait succédé au Connétable de Clissun , fit venir de Guieune Ueui religieux augustius , nommés Pierre etLanculot, qui se vantaient d'avoir contre les plus terribles maladies des secrets bien supérieurs aux ressources ordinaii'es de la médecine. Dès qu'ils eurent vu le roi , ils dirent que son mal venait de sortilège , et quelque tcmj>s après, ils conseillèrent d'arrêter deuit bas-ollîcici's du duc d'Orléans. On le fit aussitôt ; mais les accusés se jusli fièrent si bien , que dés le lendemain ou les mit en liberté. Cependant le rot se trouvant mieu^i , les deux aventuriei's ne perdirent rien de leur crédit, et leur irupudencc ne fit que s'accroître , soit par l'espoir de concilier d'autant plus de poids à l'imposture qu'ils aiarqueraieni plus d'audace, boit par l'induction de cei pestes d'état qui ne dominent dans les cours qu'en semant la discorde entre les personnes augustes. Des domestiques du duc d'Orléans , les deux broutiJons passèrent au prince lui-mêu:e, et firent tomber leur calomnie sur ce frère unique du roi. Cette imnu' tation fit frémir d'borreur , on n'usa point de dissimulation ni de tempérament , on n'éloulfa point une injure qui ne doit jamais l'être , on deuiandl la preuve , et pour l'acquérir on déploya tous les instrumens de la torture. Cet appareil suflit pour confondre ces lùcbes scélérats , qui se confessèrent calomniateurs. Ils ajoutèrent à cet aveu le dëlati d« toute leur vie, qui n'était qu'un tissu d'atrocités, de maléfices , de sacrilèges , et de l'infume dissolu* tion qui les avait conduits à l'impiété (i).
Comme ils étaient prêtres et religieux. , on les mit dans les prisons du l'evècbé , et leur procès fut itu-
tnii't ^ar le juge eôclé^iàstique > qui coftcïul à les livrer au bras séculier* Alors et long-temps encore âprè^ ^ on n'exécutait à mon aucun ecclésiastique^' sans l'avoir dég4:*adédes saint!i oi^dres. On mena le^ €ou|>abies en place de Grève , où se rendit l'évêqud diocésain , accompagne de six autres prélats et do plusieurs pi'êtres. Un docteur en théologie leur fit une exhortation poui^ les porter au repentir do leurs fautes. Ensuite les prêtres qui accompagnaient Tévêque les revêtirent de tous les habits de leura ordres ; et en cet état , les mains jointes , devant Tévêque , ils renouvelèrent volontairement la cou-» fe;ssion de leurs crimes. Quand ils l'eurent achevée , le prélat les fit approcher l'un après l'autre , et leur mit en main le calice qu'il retira un moment après, en disant : Nous t'ôtons le saint vasfê où tU as consaci^ le sang du Seigneur. En même temps il ordonna qu'on les dépouillât de la chaiSuble j de la tunique , de l'aube , en un mot de tous les ornetnéns de la cléricature ^ en quoi l'on suivit ponctuellement le pontifical romain. Enfin on leur racla les doigts qui avaient reçu l'onciioïi saceixlotiile , et on les lava dans une liqueur préparée à cet etfet^ puis on les livra aux archers du prévôt qui les fit décapiter. Tel fut , dit l'auteur contempoi^in que nous avons suivi , l'exemple qu'on crut devoir donner aux sorciers ou maléficiers, qui trompaient le public par leurs malignités superstitieuses.
On observe* que ces deux misérables eurent la consolation , si long-temps refusée aux criminels :, de se confesser avant de subir le dernier sup'plice, Xics papes s'étaient souvent plaints à nos rois de l'abus contraire , et spécialement Grégoire XI à Charles V : mais, quoique ce religieux et sage, prince fût entré dans des vu^ si conformés à sa manière de penser et de sentir > il n'avait pu fair^ cesâor cet impitoyable et fau^ respect pour les sacremeus^au moins dans tous les tribuhauxdu royaume. Charles YI , aidé par les ci r cons tances , consomma ç^ ^u'un ^r^, de cat^^^ité 3i supérieure ;^ n'avait
pu qii'ébauclier (i). Quelque temps après l'attentai commis sur le connétable de Cllsson , le seigneur de Cfaon s'étant sincèrement converti , mil au nombre des œuvres de pénitence , les soins qu'il sâ donna pour ne pas laisser mourir les inalfiiiteurs sans confession. Il obtint du prince une déclaration , en ditledu 2 Février 1^97 , porlanl quedani toutes les terres de la domination ii'aiiçaise, on accorderait désormais des confesseurs à tous ceux qui seraient condamnés à mort par la justice. La loi donnée dans une rencontre qui prévenait si faïOrablemcnt les esprits , fut reçue et .ipplaudie par tout. Afln qu'une si bonne œuvre ne tombal point faute de ministres , l'illustre pénitent G t encore une fo'idaiion au\ cordeliers, à charge d'acquitter à perpétuité cet ollice de miséricorde.
Si l'état déplorable de Cliarles VI ne rempécha point en cette occasion , comme en plusieurs auf"" momens lucides, de se montrer en coi digne titre de bienTaimé , son absence n'ôta rien non pi à l'autorilé , ni presque à ia solennité de rassemblée nombreuse, où l'on entreprît enfin, d'une manière effective , l'extirpation du scbisme. Le monarque y fut remplacé par les ducs d.Orieaus, de Berri , de Bourgogne et de Bouibon , accompagnés du roi de Navarre , des ambassadeurs de Castille , du chancelier Arnaud Je Coi-bie, et ds quelques membresdu parlement. D un autre câté, le patriarche Simon de Cramaud qui présida , unie archevêques , soixante évéques , avec une multitude d'abbés , de procuieurs de chapitres , de docteurs des universités de Paris, d'Orléans , de Montpellier , d'Angers et de Toulouse , en Grent une assemblée des plus respectables de l'église de France (2). Le patriarche d'Alexandrie en filTouver* ture par un discours français, où il rappela ce qui s'était passé depuis la mort de Clément VII , elles éloges qu'on avait donnés à la voie de cession dans
itraLl
(1) Ibid. p. 36i.
(2) Dupuy , p. 56a.
tontes les cours de l'Europe , sans enexcepter celle du pape Benoit.
Ce pontife avait néanmoins encore beaucoup de
Î artisans ; et jusque dans l'assemblée, l'évêquede teaux, Pierre de Juis qui lui était tout dévoué , se leva sans aucun respect humain , et demanda qu'il lui fût permis de défendre le pape Benoît (r\ iVon-seulemenl on le lui accorda , mais il eut la liberté de s'associer six personnages capables , pour disputer contre six autres du parti contraire : ce qui se fit huit jours durant , avec Un zèle et des attentions qui ne voulaient rien laisser à l'incerlitude. On examina s'il fallait employer la sonstraC'^ tion d'obédience ; et supposé qu'on l'employât, si elle devait être partielle ou totale, c'est-à-dire, ou bornée à ce qui regardait la collation des bénéfic s , ouétendueà tout ce qui concernait le gouvernement des églises , comme si le saint siège eût été vacant. Quand on eut éclairçi le point capital de la cession ou soustraction d'obédience , le chancelier dit au nom du roi , que tous ceux qui croiraient devoir embrasser ce parti , pouvaient parler avec une pleine liberté , assurés qu'ils étaient de toute la protection du monarque : que jusqu'à la déter^ mination de l'assemblée , on pouvait opiner sans gêne ; mais qu'ensuite les opposans seraient traités comme schismatiques : que si la soustraction avait lieu , le roi , bien éloigne de toutes vues d'intérêt , Toulait que les élections fussent rétablies dans les chapitres et les autres communautés , et qu'on ne devait pas craindre davantage que les laïques et les seigneurs , quels qu'ils fussent , usurpassent la collation des bénéfices : enfin , que pendant la sous^ traction , si elle était ordonnée, le roi ne mettrait point en sa main les annates , ni aucun produit des églises. Après celte déclaration , donnée principalement en réponse aux inconvéniens que faisaient craindre les apologistes de Benoît , le chancelier
(i) Hist. anon. p. 377. Du Boul.t. ly , p. 83o«
5S8 Histoire
invita tous les membres de rassemblée à porter leurf suffrages.
Ils le firent aussitôt de vive voix, en présence de tout le monde ; et quand ce fut le tour de TiMlrî'^ versîtéde Paris , le recteur , pour mtieux témoi^ar sa confiance et rinspirer à tout Te mande, fit ouvrir les portes de la salle où se recueiUaiient les voix-^ San» compter celles des cinq universités, ily eu-t tiHftîft cents suffrages donnés ainsi verbalement. Mais pour rendre la décision plus irréfragable, on pria le» prélats et tous les autres ecclésis^tiqueS) de. ccAr^ signer leurs avis dans des écrits séparés eè signés de leur main. La conclusion fut remise ^u WSM suivant.
De« trois cents voix couchées par écrit- y il s'e» trouva deux ceot quarante-sept poiir bt s^u^tnEMBrt tion tottale et sajis délai. Le i^ Juillet , les pnmces et le chancelier ca firent le rapport au roi ^ ^i se trouvait en assez bonne santé; et par ua %ete du même jour, le monarque ordonna lo soiuistrac« tion. II. était conçu en ces termes : Au nom (le. IjBi sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, noiisids^» clarons que nous et lé clergé de notre ro^^uon/o n'avons plus aucun rapport d'obt^iiSsance a^eq la pppe Benoît» Voulons q-ue de ce moment oane fasm part , ni à lui , ni à ses receveurs , d'aucuDDkS.'vevenuj9^ ecclésiastiques , pour quelque cause ou pi^éteible que ce soit. Ordonnons qu en cas de vacance de» bénéfices , il soit procédé par. élection , paur lea prélatures , dignités et tous bénéfices éleetifa; ejk qu'à Fégard des autres , il y soit poi^vvi par colla* tion de ceux à qui le droit en appartient. DafemioBS très-élroitement à tons nos sujets, même aux évê* ques , d'obéir audit Benoît , ni à ses offipiers , eA enjoignons aux juges des lieux , de punir sévères ment ceux qui contreviendront à ces ordtes.
^ Cet acte fut suivi de plusieurs autres. Il y eut une lettre adressée aux cardinaux d'Avignon , pour leur donner avis de ce qui venait d'être conclu , et le» prier de.&e lier de sentiment et d'intérêt aveq J'é-
Dt T.- K G Lit Cl* 5^9
glise cle Frntice. Nonobstant la déclaration verbalo C[ue te chancelier avait déjn faite en présence det prélats assemblés , le rot ^ pour dissiper jusqu'aux moindres appréhensions , déclara de nouveau , par un acte authentique , quMl nVntendait point en^ yahir la collation des bénéGce?, ni profiter des émo« Uiraensque les papes avaient coutume de percevoir* Enfin le chancelier protesta généralement et san§ nulle réserve, qu'on voulait maintenir les ancien*^ nés lihrrtési de l'église gallicane (i) ; ce qu'explique ainsi Jean Juvénal des Ur9ins(:;ï) , auteur de l'histoire de Charles VI, et depuis archevôquede Reims} fut conclu que le cicrffé du royutime rentrerait dana ses anciennes libertés et franchises, savoir que les ordinaires donneraient les bénéfices qui se trou* vaient dans leur collation ; que toutes grâces èxpec-t tatives et réservations cesseraient ; qu'aux béncficea on procéderait par voie d'élection , et que la coU lation en appartiendrait à l'ordinaire.
Quelque indispensable qu'eût paru le parti qu'on venait uo prendre, cette révolution soudoine , et )asque->lÀ sans exemple dans la hiérarchie, laissait mille embarras que le clergé s'efforça de prévoir et d'aplanir pendant le resteues.on assemblée qui duri^ ji],squ'apreslc8 du mois d'Août. On peut s'en formeo vne idée , sur tout ce qu'il fallut employer de prë* cautions et de circonspection pour instituer dan» ces conjonctures abbé de Saint-Utmys, Philippe da Yillète , succeAsejftr de Jean de Monceaux. L'assem^ Liée du clergé donna d'abord un acte qui autorisait en général les élections confirmées par l'ordinaire Aans recourir au pape , avec promesse de maintonio L)6<i;xemptionf^dans leur intégrité, et de se désisteo de cette façon de pourvoir aux,prélatures des mo* naAtères , sitôt que l'église serait gouvernée par un. seul et légitime poptifë(3). hf roi expédia ensuite ii^ne permission aux religieux de Saint^Denys , à
•■ ' ■ ■ ■ ■ I I I ■ !■ , Il la
(0 Prcuv. flrulîb. do TEgl.] ['y) .T. Juv. p. i33. Call. p. 45o «t suir. | (3) Ui»t. anoi:\.. p. 38o.
56o Histoire
l'efFet de se choisir un abbé. Ce cboîx étant faî l'évèfjiie de Paris , Pierre d'Ort^emont, le confî donna la béné<liclion solennelle au nouvel abW et en niûuae temps dressa iine reconnaissance par laquelle il déclarait ne vouloir porter aucune atteinte aux immunités et francbises de i'»bbave, Cet abbé , par son mérite et sa hante vertu , était «n si grande considération auprès des ducs de Berri et de Bourgogne , qu'ils le reconduisirent en cérémonie , de Paris jusqu'à son monastère.
Tout étant statué pour le déiail de l'administration hiérarcbique dînant la soustraction , on sursit encore à l'éclat de la rupture, jusqu'à ce qn'oa eût fait une dernière lentativesur l'esprit ci e'Benott. L'évêque de Cambrai fut choisi pour cette commission par le roi et les prélats de l'assemblée : mais comme on était déterminé sansrelour, ou à obtenir la cession du pontife, on à lui faire porter la peine de son refus , Jean le Maingre de Boucicaut , marecbal de Fiance, eut ordre d acconspagner l'évêque, et d'assembler des troupes poiu; forcer le pape en cas de besoin. Ces deux minisires , l'un de conciliation et l'autre de sévérité , mai-clièrent de compagnie jusqu'à L}on , d'où le maréchal laissa le médiateur continuer sa roule jusqu'à son terme. Le prélat fut admis avec empressement à l'audience du pontife , le salua respectueusement , et néanmoins avec une réservequi fut lapremière annonce qu'on ne le reconuaissail plus pour chef de l'ég[ise. Quand l'envoyé lui eut dit en termes exprès, i|iielle était la volonté tant du roi que de l'empereur , et qu'on exigerait de même la renonciation de son concurrent, Benoît cliangea de couleur, et dit d'une voix émue : J'ai beaucoup travaillé pour l'église ; on m'a créé pape ; l'éleci ion a été canonique: je ne renoncerai pointa ma dignité. Qneleroi de France apprenne , qu'avec Lonles ses oinionnances , il ne m'empêchera pointdeconserver jiis<|u'àla mort mon rang el mon trône. Seigneur , repartit I évè<|ue de Cambrai , j'atlendais de vous plus de maturité. ConsuUez-vous
DE l' Eglise^ Sût
Cbnsûlfez-vôus avec vos frères les cardinaux , et songez sur-tout que vous ne pouvez tenir seul contre Tenipire , la France et les prélats même de votre cour. Sur cela , deux cardinaux qui avaient la confiance de Benoit , s'avancèrent et lui dirent : Saint père , révêque de Cambrai a raison ; nous vous conjurons d'y penser encore, comme il vous le propose. Toujours prêt à saisir les voies lentes, le
1)ape y consentit , et l'on se retira. Oh se rassembla e lendemain , au son de la cloche qui attira au consistoire tout ce qu'il y avait de çaruinaux dan,s la ville ; mais Benoit fut toujours semblable à luimême : après avoir bien délibéré , après avoir longtemps discuté l'affaire , en l'absence de l'envoyé français qu'on fit retirer pour être plus libre, après avoir entendu toutes les remontrances et les sollicitations de ses cardinaux , toute sa réponse fut qu'il vivrait et mourrait pape, sans que ni roi, ni prince , ni général , lii négociateur pussent le faire changer. On murmura , on se leva brusquement, on sortit sans presque le regarder , et il rentra froidement* chez lui.
L'évêque de Cambrai se retira par-devers le ma-* réchal de Boucicaut , qui s'était avancé jusqu'au port Saint-André , à neuf lieues d'Avignon. Sur le rapport de ce qui venait de se passer , le maréchal dit à l'évêque : Messire, votre charge est faite , je vais remplir la mienne» Vous n'avez plus que faire ici ; retournes dire au roi que je lui rendrai bon compte de ses ordres. Sur le champ il fit partir des commissaires pour rassembler les troupes , et commanda au sénéchal de Beaucaire de fermer tous les passagesd'Airignon , tant par terre que par leRhône. Bientôt après il envoya un héraut df^armes pour défier le pape et la ville d'Avignon , c' est-à-aire, pour leur déclarer la guerre. Le défi porta la consternation parmi les cardinaux et les citoyens. Us coururent représenter au. pape le péril et l'impossibilité de résister à un prince tel que le roi de France. Benoit avec uae fermeté d'ame digne d'une Tonuf FIL iTu
Hl8 ÏOI R ï
meilleore cause , leur répondit d'un aîr délibère : "Vous TOUS troublez de peu de chose ; la ville est forte et bien pourvue; il me viendra du secours de Gênes et d'Aragon : gardez seulement vos remparts, je réponds du château.
Cependant Pierre d'Ailii avait rendu compte en cour de l'opiniâtreté de Beuuît , et l'on avait envoyé denx commissaires, Robert, cordelïer , doc- , leur en droit , et Tristan du Bosc , prévôt de l'église 'd'Arras, afin de publier, sous les yeux même de Tobstiné pontife, la soustraction d'obédience, lia s'acquittèrent fidèlement de leur commission , et commandèrent , sous des peines effrayantes , à tous les sujets du roi , tant clercs que laïques , d'abandonner le service et la cour de Benoît. On obéit ,' et plusieurs même des gens du pape , chapelains ; auditeurs et autres officiers, se retirèrent avec em-
Sressement. Les commissaires étaient encore chaFgéa 'une lettre du roi pour les cardinaux d'ÂvïgnonJ Soit par égard pour les intentions de ce prince,' Soit par les soHicilations des bourgeois , à qui Bou-, cicaut avait dénoncé que, s'ils n'ouvraient leur ville^ il brûlerait leurs vignes et toutes les maisons qu'ils avaient à la campagne , ils tinrent conseil tons ensemble, sans prendre l'avis du pape, et traitèrent da même avec le maréchal. On stipula que lui et se» gens entreraient dans Avignon, et pourraient assié-* ger le palais; mais sans faire aucune violence aux cardinaux , ni au corps de la ville. Oi !t-huit cardi-naux et la plupart des officiers du palais sortirent d'Avignon , et passèrent à Villeneuve , où la sous^ traction fut acceptée et suivie publiquement (i)j Ces prélats en dressèrent l'acte , et l'envovèrent au roi Charles avec une lettre pleine d'éloges et d'applaudissemens.
Benoit fut affligé , maïs nullement déconcerté de ce revers. Réduit à cinq cardinaux et à ses dômesti(|ues, il protesta qu'il ne se soumettrait point ^
{li Vil. Pap. t. a, p. m33.
BC t^'ËGLlfS^r 563
quand il devrait périr, et se résolut à se laisser assiéger. Cependant il reçut quelques troupes arar gonaises , non du roi Martin , qUi ne jugea pointa propos^ comove il s'en expliqua ^ de se commettre avec ]a France pour soutenir |es chicanes d'un prér ire ; mais de Rodrigue de Lune, qui les amena lui--' même au pape son frère(i). Il se tint donc renferme dans son palais , où il avait fait à loisir une am|de provision de vivres de toute espèce. On s'emf>araV dans la ville, de tout ce qui lui appartenait; o& usa de la dernière rigueur envers ceux de ses officiels u'on put surprendre ; on établit contre les murs u château des batteries de canon et les autres ma- -chines de gueri*e alors en usage. Les cardinaux -avaient tellement gasné la bourgeoisie , que le cardinal de Neufchâtel fut. reconnu pour commaur tlant de la ville , aux acclamations d'un peuple nom-> breux qui criait de toute part : Yive le sacré collège et la ville d'Avignon ! Alors on vit un cardinal en pourpoint de pourpre, l'épée au côté et le bâton de commandement à la main , marcher contre un pàpe^ faire feu sur te palais pontifical ^ et d'une manière si sérieuse, que le pontife fpt atteint de quelques éclats de pierre sortis d'un canon. Deux jours aprèa^' le cardinal commandant reçut lui-même un eoup de feu qui mit fin à sa vie et à ses fai ts d'armes.
Tout fut pareillement extraordinaire dans cette guerre bizarre. L'attaque du maréchal eut quelque chose de moins brillant que la défense du pape. Pendant un temps assez long , les succès des assiégeans se bornèrent à couper des convois, et à prendre les cardinaux de PampeluneetdeSaint-Adripn,qui étaient sortis du château. Ils furent jetés dans une prison, et très^raal traités. Le cardinal de Saint- Adrien mourut de misère , et le cardinal de Pampe-^ lune ne se tira des fers qu'au prix de cinquante mille ecusd'or. Les assiégés, de leur côté , prirent une troupe de trente hommes , qui voulurent pénétrer
■WMi«MM%
(i) Froiss. vol. ly, c 98.
lîn a
dans le château par un égoût de cuisine ; ce qui ralentil l'ardeur des assiégeans , sans néanmoins que des avantages si peu décisifs pussent tirer ceux qui les remportaient, du péril et de la détresse qui croissaient de moment en naomeni (i).
Ils avaient des vivres pour deux on trois ans; mais manquaient de hois dans les froids les plus rigoureux de Tannlie. Dailleurs le mauvais air , dans un lieu où se trouvait comme entasse'e la multitude de ceux qui le défendaient , les maladies, le défaut de remèdes , tout sans le fer de l'ennemi , faisait de ee château funeste un théâtre de mort et de desespoir. £n vainquelquesAragonaiset d'autres partisans de rindom|ttahle pontife avalentarmé desgalères pour lui porter des rafraicliissemens , ou du moins pour le tirer de son réduit : les élémens même parurent e'opposer à leur dessein ; les eaux du Rliône se trouvant si basses, qu'ils ne purent jamais remonter jusqu'à Avignon. Dans ces extrémités , Benoît enlin traita de paix avec la cour de France, par le Bioven du roi d'Aragon , qui envoya des amoassadeurs au roi Charles. L'ahbé du Mont-Saint-Michel, le chevalier Guillaume de Tigonville et le docteur Gilles Deschamps qui furent renvojés de France en Aragon , eurent ordre de passer par Avignon, et de convenir avec le pape. On ne se relâcha point sur l'article de la cession : Benoît fut contraint de promettre qu'il renoncerait au pontifical, du moins au cas que son compétiteur cédât lui-même pourquel-
aue cause que ce fût. On lui fit encore promellre e n'erapêctier l'union par aucune voie directe ou indirecte , de se rendre aux assemblées qui pourraient se tenir pour la paix de l'église, et de ne point sortir du palais d'Avignon sans l'aveu des cardinaux et des princes qui avaient été de son obédience. U congédia sa garnison aragonaise , le roi Charles le prit sous sa protection , et on lui fournit toutes les provifiionsdont il avaithesoin. Mais on commit des
(i) Vit. p. uaS.
DE l' E G L I 9 S.' 565
officiers français, avec Farchevéque de Narbonne, pour la garde de sa personne et de son palais. C0 traité fui conclu dans le mois d'Avril 1399 (i).
Cependant la soustraction d'obédience était tou«^ jours mise à exécution par les Français > et s'étendait de jour en jour en de nouveaux états. Elle avait étO: embrassée par la reine de Naples , veuve du duC; d'Anjou , des le mois dp Novembre de 1 année où elle : avait été résolue en France, et le mois suivant ,, par le roi de Castille. Le roi de Navarre qui s'était> trouvé à Paris pendant l'assemblée où elle avait été résolue , ne manqua point , à son retour dans son. royaume, de l'y établir. En même temps la cour de France pressait les princes de l'autre parti de se soustraire pareiîlement à l'autorité non moins équivoque de leur pape. Charles réussit auprès de Jean, de Bavière, évêque de Liège, et chez plusieurs autres princes duraême canton. Il pressa Tempereur: Wenceslat^ d'accomplir ses engagemens ; mais ce
f>rince , aussi lent à dégager sa parole que prompt k., a donner , remit l'affaire à la diète qu il avait con-. voquée à Breslaw. Une révolution qui survint bientôt après dans l'empire , et qui précipita ce prince du trône qu'il déshonorait, lui donna de tout autres soucis. Les électeurs assemblés au château de Laenstein sur le Rhin , l'y déposèrent, avec le consentement du pape Boniface, lè 20 d'Août i4oo , et quatre jours après lui donnèrent pour successeur^. Robert , comte palatin du Rhin. Richard II , roi d'Angleterre , plus fidèle aux promesses faites à Charles VI , trouva le principe de sa ruine daua cette complaisance , ou plutôt dans son indolence et sa mollesse. Durant le cours fatal de cette même année i4oo , il fut mis à mort dans Li prison où il avait été renfermé l'année précédente , après qu'il se fut déclaré lui-même indigne de régner , et qu'il eut remis le sceptre et la couronne au duc de Lancastre son cousin-germain , qui lui succéda sous le
.(i) Aain. an. 1399 ; ^' '^*
Nu i
56(5 HiSTftinE DE l'Eguse.
nom de Henri IV. Sur l'arlicle du schisme, Ie« Anglais s'en tinrent à la loie du concile général, comme au seul remède légitime.
Les sentimens ainsi partagés entre les docteurs et les nations diverses , ralentissaient des elForts qui s'entre-choquaient sans cesse, et reculaient depuis six ans l'extinction du schisme : mais enfin le mouïement était imprimé à tous les corps ecclésiastiques et politiques, et ce monstre, devenu généralement odieux , rie pouvait que succomber sitôt que les princes et les peuples seraient d'intelligence. L'opiniâtre et artificieux Benoît XIII. sut bien encore regagner ceux qui venaient d'al)iurer son obédience. On dil même que les deux papes rivaux se concertèrent ensemble , afin de conserver chacun sa partie du pontificat, détruit en quelque Sorte par ce partage : ils levèrenl au moins les analhèmes dont ils s'étaient frappés récipro<|ueraenl. Cependant on pénétra leurs vues dans les deux partis , où elles ne servirent qu'à rapprocher les uns des autres leur» défenseurs respectifs, et à précipiter leur propre xuine. Les choses en étaient a ce point dans la dernière année du quatorzième siècle , qu'on peut ainsi regarder comme l'époque de la décadence des deux pontifes propagateurs ou fauteurs du schisme.
Fin du Tome septième.