‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 54 sur 64 · LE TROISIÈME AGE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LE TROISIÈME AGE DE L'ÉGLISE

JLj'abus ou le relâcliement étant la production naturelle d^ r ignorance , les ténèbres du second âge de l'église ne poivraient aboutir qu'aux écarts et aux désordres qui l'ont dé'7 8olée durant le troisième , et qui yont faire la matière de cp discours : champ immense , où ii la yérité nous ne manque* rions pas de guides , si à la suite de ces nombreux essaim^ d'observateurs et de censeurs sans retenue y nous youlioiii hasarder une critique audacieuse , et nous livrer aux saillie^ de l'humeur , ou de la présomption applaudie.

Après tout ce qu'on a déjà vu des entreprises des papes sui: la souveraineté des princes , que n'aurions-nous pas encore k dire touchant la liberté mal entendue de l'église j les im- Inunités exagérées des clercs , tous les abus vrais ou faux d^ la juridiction ecclésiastique 7 La difficultié de juger le^E i^véques , et l'impunité qui en estl^ suite , la rareté et l'abolition légitimée , pour ainsi dire y des conciles , la mul* tiplication presque infinie des appels et des citations à ^B.ome , Tinvention des légats à latere , l'exteiision, indéfini^ du pouvoir pontifical , présentaient un champ plus avanta* ceux encore. Quel fonds n'offrait pas sur-tout l'inquisition , indifférente au corps de l'église y et dont les tableaux chargés ont fourni tant de tirades pathétiques et sublimes k nos panégyristes oiseux de l'humanité et de la bienfaisance \ Mais , outre que nous envisageons ces fantômes d'un œil plus froid que ne le font ces nouveaux Héraclites , la naturç et l'étendue des objets qui nous restent à traiter , nous font un devoir plus étroit que jamais, delà brièveté , de l'ordre ^ du sang froid et de la réserve.

Assez long-temps on a crié au fanatisme y pour qu'il ne ^ soit plus contagieux ; et dans les siècles même les plus décriés , ce danger fut beaucoup moindre qu'on n'entreprend de le persuader tant d'années après. Car enfin ,. les maximes

If a 4

568 Discouns.

certîlutle. Le principe de la ri* forma lion tlempuraît ton*

J'our» , ea ce que l'on coriTennit de part et d'autre que a discipline des premiers siècles élaîl I» st^ule règle A Buivrc : tes méprises pariiciilières ne prflvrnnienl que des pA^entions introduites en faveur des maximes nouvelles, qV*, sur la foi et la seule garantie de Grattes , passaient pour (irer leur origine des temps primilifs. l,<- rentède était plus âifîîcile , plus enTclappé et moins présent : mai* toujours il subsistait ; et en écartant le Toile du pré|>igé dont il était couvert, dés-là même on rendait à su vertu toute son activité. Le régime était moina parfait : il n'était pas rwineui. Aussi ne dise on venons -nous pas que la disciplilte ne puisse f tre plus ou moins recommandable ; mais elle ne peut jamais devenirradicalementTicïeuRe, ni éproovei* un dépérissement entier. La foi seule', immualiU?: de sa nature , comme l'élernelle vérité dont elle dtnaiic , ne re-

çoit ni accroissement , ni diminution , ni tiui'ui)<^ allt-ratio Téritable. Mais si elle communique celte diviiir< préroga tive à la discipline fondamenlnle , qui fuît pariÎR de l'évan gtle , elle n'imprime pas le sceau de son iminutBliilité ctde

Ba perfection suprême nnx établissemens divers qa'exigela 1

» diversité des pei'sonnfs , des temps, des lieux , et qui ■^■j

sont pas moins snscpptibles â-. variation , que ces obj^ÎH changenns d'où ils tirent leur nrigine. "i^H

Cette réfutation générale , la seule que les liornc» d'vUV^ discours nons permettent de faire à un détail inliDid'nhjec-

c'est-;'i-dire , pour faire apercevoir à toute aiite droite la merveille de la conservation de l'église contre ers ahus , quels qu'ils aient été. Qu'on remarque cependant que nous écartons précisément les questions qui présentent te moins de difficultés, et que nous nous arrêtons a celles qui prêtent infiniment plus à une critique rnisonnée. Les croisades , lit; pénitence canonique , la résidence des papes k Arigni} voila sur quoi vont rouler nos observatious. L'omission la concision des autres chefs de dUpute ne nous fiu donc commandée par une réserve pusilla

Tout ce qu'il nous importe d'établir toncliantl» OToi des , se réduit à une seule proposition. Ces guerres rftolei elles justes? Si l'affirmative peut se démontrer , dès-Ion l'église qui les approuva, est justilléc pleinement. Qu'elles aient été conformes ou contraires aux muximesdc la politique ; qu'elles aient été bien ou mal conçues el vçnduiies j qu'il en ait résulté des calamités ou des avantages : ce dr sont là que des questions subalternes , étt^ngëres ù l'iionneur ainsi qu'à l'enseignement de l'église , et dont la décision , comme dans tous ces objets & double face , sera tou* Jours en faveur de chaque parti , dans la bouche d* mw partisiins respeclifs. Pour l'église , il s'agit uniquement d'ei

DiSCOTTRS: 569

I seignement pur , de morale exacte , de rèjgleft si(lrés de cont duite , c'est-à-dire , de devoir et de j.ustice. I FureDt-elles donc justes , ces guerres de religion , ces I ligues si extraordinaires de toutes les nations chrétiennes , x cette conspiration soudaine et générale de l'Europe contre I rOrient ? Avant de répondre à cette question , ou à ce doute , affecté , j'en pourrais rechercher l'origine , et la lui trouver commune avec cette classe de chrétiens , prévenus pour les • sectes , d'une prédilection graduée sur le plus ou le moins d'éloigné ment que chacune d'elles marque pour le christianisme. Répondons cependant , sans nous prévaloir de ce très-fort préjugé ; mais aussi sans aspirer à l'honneur dangereux de plaire indistinctement à tous les partis, ou du moins , sans user d'une complaisance , ou plutôt d'une connivence qui serait de notre part une vraie trahison à Tégard de l'église , et qui deviendrait nuisible à ses ennemis euxmêmes. Instruits par l'expérience et par une étude sérieuse de l'histoire ecclésiastique^ nous sommes pleinement convaincus qu'on ne leur a jamais cédé sans que la religion eût à en gémir , sans même les en éloigner davantage ^ au lieu de les en rapprocher.

Si la vraie philosophie cherche la lumière dans les sour-* ces analogues à la matière qui se doit traiter ; si la règle et le Compas mesurent les surfaces , et que la science des idées se tire des idées même ; les choses de fait doivent se puiser dans les fastes des peuples et des temps. L'histoire, donc , les monumens sacrés de l'histoire ^ voilà ce que nous prétendons opposer aux préjugés philosophiques et aux préjugés populaires , qui sont ici les. mêmes. Or , si les empereurs de la nouvelle Rome , toute méconnaissable qu'elle était ^.conservaient le droit d'en défendre les apanages , et de faire à cette fin des ligues offensives et défensives^ tant avec l'empereur de l'ancienne Rome qu'avec tous les auffustes chefs de la république chrétienne , dès-là il n* est plus de doute à élever sur la justice de la guerre sainte , et il ne s'agit plus que d'ouvrir les monumens de l'histoire.

Rappelez-vous donc conunent Alexis-<!!omnène , empereur dépouillé chaque jour de quelque province impériale par les musulmans 9 et tremblantpoursa capitale même ^tourna ses espérances vers les princes et les peuples chrétiens de l'Occident. Dès qu'il s'était vu sur le trône de Grèce , il avait sollicité l'alliance de l'empereur latin , des princes français , et spécialement de Robert le Frison , comte do Flandre , prince en grande réputation de valeur , et d'ua poids à imprimer le mouvement à bien d'autres. Il leur

(écrivit , au rapport de tous les his|;oriens (i) , une lettre

(i) Alex.. An. Comn, Guib. Abb* Rob. mOnach, Anecd. t !• Antpliss. Collect, ^ i.

pathélSque » ofl , après leur avoir peint les excès ri^ToltiH «le rinipiéLë , de la cruauté , de la lubricité mahonK^tane, il les conjurait de lui prêter leurs armes et iears bras,aiiB d'arrêter des oonquéran» si superbes et si odieus. Pour U» presser daTanlage , aux motifs de thle et de Tcrta il joignit ceu3 de l'intérêt , et leur fit envisager des ruinseiaustl'artt d'argent , où il leur serait permis de puiser k discrétion. Le comte de Flandre partitaussitàt pour le pèlerinage de Jésu* ■alem , afin, de reconnaître, sous ce prétexte , l'étal île l'Orient. A son retour , ii passa par Constautînople, s'aboucha avec Alexis , etlui promit cinq cents cavaliers , qu'il lui envoya dès qu'il fut de retour dans sa patrie. Ils meu^ rent avec eux cent cinquante chevaux , outre ceux qn'ili montaient ; genre d'approvisionnement si nécessaire ani Grecs , que l'empereur démonta encore ces caral iers, en leur payant leurs montures j puis les envoya garder Nicomédie, fort menacée par le» infidèles. L'empereur Alexis écrivit BU pape lui-même, qu'il était dans l'impossibilité d'arrttei par ses propres forces le torrent qui inondait l'Asie , et 11 supplia d'userdel'éminentpouvoirque lui donnait sa dignité, pour engager tous les fidèles d'Occident à le secourir. '

Enfin , su mois de Mars de l'an joqS , comme le papt Urbain 11 tenait à Plaisance un concile , oii se ti'ouvaient quatre mille clercs et trente mille laïques , arr-ivèrent les ambassadeurs d'Alexis , qui , au nom du Rédempteur adoré par les Grecs et les Latins , implorait le secours de ceux-ci contre les usurpations et les violences toujours croissantet des musulmans. Les princes , les prélats ,, le souverain pontife , tous les ordres de la société chrélienue et politt^ne , Eonscrivirent à ses vœux.: on alla jusqu'à lui prouieltre expressément trente mille hommes j et telle fut la cause de la première croisade , publiée dans le cours de la même «nnée au concile de Clermont. Alexis, à la vérité, ayant reçu un secours trois ou quatre fois plus nombreux qu'pa ne lui avait promis , parut craindre des défenseurs si cuisis ; et les de'sordres de plusieurs d'entr'eux les lui farent B des ennemis non moins dangereux que les lis on ne laissa pas de passer un traité, récipro- 'ec s'obligeait à joindre ses troupes aux croici k lui remettre les conquêtes qu'ils feraient , Après ce qu'on a vu dans cette histoire , il ésirer pour ta preuve de ces faits.

Îu voir de même , qu' Aboul-Casem-Moctaii , Egypte, avait recherché l'alliance des prin* ces croisés , contre les Turcs attachés à Mostader , calife de Bagdad , et déjà maître d'une partie de la Syrie. 0« contraité par lequel ii était stipulé , que les Francs

regarder infidèles que , où

n'est rien à d "Vous y a'

dut u

sance , il leur, céderait Jiinisaleiu et les sauts Ueits ,

t le calife h citasser les Turcs , et qu en

recouDtu

<v les Turcs avaient enleyés à son père Moctadi , trente-kuit |> ans auparavant. Le calife artificieux profita de la drrersioti il ^t des victoires de l'armëe chrétienne , reprit lui-même j Jérusalem y et déclara ^e , les choses ayant changé de face f i il prétendait garder cette Tille.

I Quand les chréti^^is , par des prodiges de valeur contre» r cet allié perfide , et par un droit de conquête si bien établi , I curent fondé ce nouveau royaume et diiférens autres états , leurs chefs , devenus souverains , entrèrent dans toutes les ]prérogatives du droit die majesté et de monarchie. Dès-lord ris purent en leur propre et privé nom , c*est-à-dire , in* dépendammeni de la Grèce et de l'Occident même , con-» tracter des alliances , former des lignes offensives et défeninves , traiter de la guerre et de la paix , et à bien plus juste titre réclamer et employer les secours de leurs frères a Eu* jrope. Cette patrie nouvelle qu'on s'était faite justement au eentre de l'infidélité et de là barbarie y on eut un titre également juste pour la défendre par toutes les voies de droit public , contre des ennemis irréconciliables , dont la ruine seule pouvait étouffer le ressentiment. Après cette justification de la première croisade qui entraîna toutes les autres , noas les pourrions également regarder comme justifiées dans leur principe , et tenir dès-là pour certain tout ce que nous avons éprouver. Mais , comme en fait d'histoire les détails et les inductions sont les preuves les plus satisfaisantes , parcourons les croisades principales y avec beaucoup de célérité néanmoins , et en abrégeant plus encore ^ue pour la première. Ce que nous venons de dire concer« nant cellé-ci , reflue de soi-même sur toutes les autres. - La perte que les premiers croisés firent d'Edesse y donna lieu à la seconde croisade. Sanguin^ . sultan de Mosal y le

Îlus puissant prince d'Asie , fit un norrible massacre des abitans tous chrétiens de cette ville ^ qui jusque-là n'était jamais tombée au pouvoir des infidèles :'il en profana d'une Inanière affreuse tes églises. L'évêque de Gabale , qui avait le plus contribué à soumettre cette contrée aux Latins , prit le parti de passer les mers , et d'aller demander du secours Aux Occidentaux. Tout fondé qu'il était en justice y comme représentant d'une ville libre qui avait pu choisir les croi- 9és pour maîtres à l'exclusion dés mahométans y il fut encore Appuyé auprès du pape Eugène III par des envoyés d'Arménie , autre pays linre , qui avait le même intérêt à réprimer la rapacité musulmane. Ce fut sur ces demandes qu'Eugène commit à saint Bernard y son ancien maître y le soin de prêcher la croisade en France et en Allemagne , et qu'on ▼it ensuite le roi Louis le Jeune et l'empereur Conrad III éonduire en Orient une grande partie dq^s forces de l'Europe.

Sue cette expédition , mal exécutée y n'ait eu aucun suc- ^8 ; que surit mu% tnikowimot du prédicatew j et wk

lirecle* inâme , luea , «les pro

DtSCOTTR!;

on ait pris témérairement pour al>l esHenûi^llpineat conditionnelles pM des hoinmea iaslruitsà ne jamais tcnterle Seigneur : ce sertit I preudre le cKuuge , que d'entrer dans cette discussion. Ce I

Îui nous importe uiiiijiienipnt , et ce qui est fort indépen- | ant du succès , c'est que l'entreprise , comme on '" ^tait juste dans son princigie.

La troisième croisade fut accordée aux vœux du Jérusalem, Gui de Lusigniin , àquiSaladins

celte capitale et presque ti

nr lequel ilu'

vait lui-niôme que des dixiits très-équivoqu''s , n'étai du Siing des calit'cs uusquels il s'etail substitué. L'empereur | Frédéric, qui partît le premier pour cette expeditiou , aiait | d'ailleurs fait alliance avec le sultan d'iconie , de la Srljnueides. S'il lui prit ensuite sa capitale , après l'uToir I bsttn deux fois , c'est que le turc perfide avait tcuté de le I fuiie périr dans les délités des montagnes. Les rois Philippe- Auguste et Richard d'Angleterre arrivés ensuite , et d»Dt les ifïorts se bornèrent k peu près ù la réduction de Ptolëniaïde, purent sans doute reprendre de m^iue celte ancienns possession aux inlidèles qui l'avaient enleve'e aux^ Latins de Palestine , et qui d'ailleurs y teuuîent ceux-ci assiégés depuis près de deux ans.

Frédéric 11 , dans la quatrième croisade , put à plus forte raison remettre les clirétietisenpossessionde laville sainte, en la manière dont il recouvra ce faible avHntage. Ce ne fat qu'après avoir fait , comme vous l'avez vu dans celle liisloire , un traité en forme avec le sultan Mélic-Ganiel , qui aima mieux céder une partie de la sonverainetrf sur un par» ruiné , que de prodiguer le sang de ses troupes , que de mettre au hasard des conquêtes plus avantugeuses. Jl est vrai i^ue le patriarche , et la plupart des évËque» la tins de Palestine improuvèreut ce traité j mais parce qu'ils le trouvaient honteux , coniraire en diflerens points à la foi ou à la piété chrétienne , et sur-tout parce qu ils ne voulaient rien avoir de commun avec Frédéric , alors sous l'anatliëine qui excita tant de troubles et de désordres dans l'église.

Au reste , nous n'avons pas à justitier chaque entreprise particulière , soii des princes , soilde quelques prélats qui , dans leurs dispositions personnelles et leurs procédés arbitraire» , ne représentaient pas le corps de l'église. Tout ce qu'elle autorisait , c'était la guerre sainte , faite d'une manière qui répondît à la diguité de son objet. Que le roL Richard , par exemple , ait enlevé l'ile de Chypre à Isaac- Comnéne, qui l'avait usurpée lui-mâme sur l'empereur Andronic ; que l'empereur Frédéric , de son càté , ait ravi à Jean de Brienne , son beau-père . le titre même de roî de Jérusalem ; que bien des indignités pareilles , des cruauté* barbares ^ des irahisoas coulre leurs propres frères aïeul tfil

Discours; 573

commises parles guerriers qui combattaient sous rëtendard de la croix : c'est ce que l'église , par l'organe de ses pontifes , ne cessa de blâmer , et de punir autant que l'éloignement et les autres ci/'conslances le permirent.

Il peut TOUS souTenir en particulier des efforts que fit le

Ïiape Innocent III , pour empêcher les croisés de tourner eurs armes contre Constantinople. Toutefois jamais entreprise parut-elle plus plausible , et même plus digne d'éloges? Le fils de l'empereur Isaac , le jeune Alexis l'Ange , qui avait tout à la foi» les injures d'un père et la majesté de 1 empire à vengel* , avait imploré le secours des Français et des Vénitiens , armés contre les infidèles d'Asie. £n quels termes néanmoins le souverain pontife leur écrivit-il contre tin projet si spécieux ? « Que personne de vous , leur dit-il, nés imagine qu'il lui soit permis de faire la guerre aux Grecs, sous prétexte que l'empereur régnant a usurpé l'empire sur 6on frère Isaac , ou qu'ils ne sont pas soumis , comme ils le doivent^ au saint siège. Quelques crimes que lui et ses sujets aient commis , ce n'est pas à vous qu'il appartient d'en faire justice. Nous vous conjurons donc , et vous ordonnons expressément , de ne pas vous ingérer , sous apparence de piété , dans ce qui ne peut tourner qu'à la perte de vos âmes. » Les craintes et les sollicitudes d'Innocent ne cessèrent que quand Constantinople ayant été prise d'assaut par les croisés , et l'empereur Isaac rétabli sur son trônç avec son fils Alexis ; on crut pouvoir traiter avec eux! , comme avec des princes

Sossesseurs tranquilles de la souveraineté , sans plus entrer ans la discussion des droits de ceux qui n'ont que le ciel pour juge.

Les croisés , en leur nom , s'emparèrent enfin de la ville et de l'empire de Constantinople , mais sur le tyran Mursuphle , qui n'y avait d'autre droit que celui du parricide, commis suir la personne du jeune Alexis qu'il avait étranglé de ses propres mains. £n qualité d'alliés de ce malheu-> reux. prince , dont ils ne laissaient pas d'avoir à se plaindre , ils se crurent autorisés , et obligés en quelque sorte à venger sa mort , à précipiter son bourreau de son trône. Si l'on fit à ce sujet une foule de mauvais raisonnemens ; si Constantinople , réduite sous l'obéissance de l'église ro«* inaine , parut la meilleure apologie aux yeux d'une multitude imbue des préjugés du temps , ce vice de raisonnement n'ôta rien , dans la réalité., à la justice d'une conquête conforme à toutes les maximes du droit des gens.

Nous faut-il encore justifier les entreprises du roi saint Louis, dont l'équité scrupuleuse fit l'admiration des mahométans même? Serions-nous moins frappés de l'exemple à jamais mémorable qu'il leur donna dans sa captivité d'Ë-^

Îypte, lorsque ces vainqueurs inUdèles ,. s'étant mécomptes e dix uuUe lÎTres dur le prix convenu desarimçou; il leur

Discours.

fit Importer cet argent, malgré leurs propres ContraTËBltoin au traité ? OLservatcur si rt- ligieux <lcs s^uIps apparencei de la justice, Louis ne l'aurail-il pas consultée pour une expédition qui ulliiit bouleverser des empires entiers ? G^ nie trascendani d'ailleurs , qui, malgré tous les préjp^ de son siècle , distingua si bien , duns les démêlée des papes avec les empereurs , les droits respectifs des deux ptii»' gances , et qui n'imagina jamais que la religion pût fournir des motifs de troubler le repos des états. Ici néanmoini, ■elon uotre plan et notre marcbe accoutumée , coQsaltuni encore les monumens de l'histoire. Louis prit la crois , k U nouvelle que les Corasmiens , chassés de leur pays par I« Tartarea , s'étaient jetés dans la Palestine , et avaient prit Jérusalem , où ils commettaient des cruautés et des horreurs qui faisaient frémir la nature autant que la religion. Le sultan de Damas , et d'autres princes musulmans , t'étaient alliés avec les chrétiens d'Asie. Toutefois d'autrei sultans , moins ei.poscs à la fureur des Corasmiens , soit par e de les attirer chez eux , soit par une haine absolu-

ment aveugle du moins secrètement.

chex qui le sage et

Orient, il reçut encore u qui recherchaient s

hrétien, les favorisa.ient plos M e nombre fut le sultan d'ËgJ'pte ■ 'oi crut devoir porter la guerrti ileur source. A peine arrrrij »

le ambassade des Tariares Mo^kb^ liance contre des ennemis oov nuDS , et qui fournirent de UQuveaux motifs k une |»oIitîque équitable.

Enfin , la dernière croisade se forma pour arrêter les pro» grës de Bondocdar, sultan d'Egypte , contre les chrétien* et les Tartares leurs alliés. 11 avait pris et ruiné CësanSe , avec une multitude d'autres places de moindre importance; il avait dévasté le territoire de lyr , de Tripoli , de toutes les villes où les chrétiens en plus grand nombre avaieM !• plus à craindre de la famine ; il avait pris !t contpositioa le château de Sapbat , la meilleure de leurs forteresses ; et contre la foi du traité , il en avait fait égorger les défenseurs au nombre de plus de six cents , pour uTolr vefttsi ■de renoncer à Jesus-Christ; il menaçait eniinjoppé , Aatio^ che, et jusqu'au dernier refuge que les Occidentaux ew&senC en Palestine. Saint Louis dirigea sa marcha vers Tauift«B Afrique, contrée qui , n'ayant pas encore été le théAw de la guerre, fournissait aux Sarrasins du Levant lotir meilleure cavalerie , avec uue infinité de richesses. ToiM •avei que le roi musulman de Tunis entretenait des relations avec le saint monarque , et témoignait n'attendre qnk son arrivée pour embrasser le christianisme , aan* avoir rien à craindre de ses sujets. Les Français furent trotapA dans leurs espérances i et peut-être que le zèle de la religion lit pécher contre les rf^jjles de la prudence -. mais c«

DiscoriîlV 575

<{ul h6^s itutoTie encore uniqueMent ici , on ne Tiola point les lois de 1 ë^Jiiité. Ainsi donc le feu de la guerre , l'enthousiasme des croisades , examiné froidement d'après les ]^reuTes de fait que présente toute la suite de l'histoire j et

que et plus ifi tolérant que ce qu il appel

tion des faits , dis-je j fait seule éranouir ici toute idéd

d'injustice.

Des tues peut-être fautÎTés y mais légitimes 9 de politî-* que , la nécessité de la propre défense , et la convenance de la diversion, furent un nouveau motif de ces guerres y et four* nissent un nouveau jour pour les justifier pleinement, aux jreux de toute personne tant soit peu versée dans le droit, de la paix et de la guerre. Rappelez- vous un moment quel fut le génie de l'islamisme à son origine , et qruel système d'oppression il ne cessa point de suivre avec acharnement , tant qu'il eut en main la force oppressive et la prépondérance du pouvoir : le but constant du premier auteur de cette absurde religion , fut d'y soumettre les trois parties du monde connu , non par la voie engageante de la per** isuasion , qu'elle ne pouvait soutenir , mais par le poids meurtrier du cimeterre , l'abrogation des lois , la dégra-* dation du genre huniain ^ et le mépris de toute humanité.' Tout était sanctifié par le zèle de l'aicoran^ et pourvu qu'oa ^ tendit à cette fin , il n'était plus de moyen , soit séditieux , soit tyrannique , soit meurtrier et barbare , qui ne devint légitime. Les peuples qui couraient au-devant du joug , qui se faisaient un mérite de la révolte et de l'apostasie , en* traient en communauté de nation et de privilèges , avec la secte monstrueuse qu'ils grossissaient de jour en jour : on faisait impitoyablement tomber le reste *sous le tranchant des armes ; ou par un traitement encore plus déplorable ^ on les réduisait , sous les chaines , à la condition des bétes de somilae. Nul peuple , nul empire , nul droit de cité ni de m|||esté , nulle de ces lois primitives et sacrées parmi ies nations*mème en guerre , n'était révérée par ces viola-* teurs enthousiastes de tout droit et de toute religion. Ne seraient-ce donc pas ces infrac teurs brutaux de tout lien, sdbial , qui enflammeraient toute la véhémence philosophique , si les termes vagues de fanatique et de fanatisme , ex** Ï rimaient autre chose dans son jargon , que la haine de 'évangile et de la vertu ? •

Le conducteur des chameauxdeCadigha entraîna d'abordl les hordes stupides de l'Arabie ^ dont il souleva quelques tribus , et subjugua le reste. Il passa incontinent en Syrie, sur les terres romaines , où il donna de même pour fondement à son empire , les soulèvemens , le niassa crée t l'usurpation. Imbus-deBe^ mai^imes ; ses gén4r^ux ^^essucce$seura|

£76 Discours: ^B

daus l'espace de vingt ans , eurent envahi tont ce qae \ei ILoiuains possëiluieut de meilleur en Asie et en Al'riquejet bien nu dclù dus liuiiles de l'empire , ils s'eiuparèreut <lei

EDSsessiuDB presque uustii étendues des. Perses. Des côtes de iirbarie , ce torreut impétueux se précipita sur l'Espac dont il renversa du premier cLoc , le Lrâne et l'église surinoatu les Pyrénées , et porta ses fsvagps au centre de l'empire français. Vous les uvez vu remonter , d'une part, le long du Kliôiie et de la Suone , jusiju'au cceur de la Bourgogne , marquant toute leur route d'incendies et de ma»sucres ; et 'de l'autre coté , inonder les plaines de Poitiers, où la valeur de Charles , surnomiué le Marteau des ia&dèles, put seule préserver nos pères de leur joug abliorré. Dans l'Italie, plus mal défendue que la France, que d'alarmes n'<]iit-ils pas données, que d'Iiorreursn' ont-ils pas commises , durant des siècles entiers ! Ceux qui avaient dévailé l'Afrique , aussi ardens à lu proie que tes lions avec lesquels ils partageaient ces déserts, s'emparèrent de la Sicile, en même temps que ceus d'Espagne subjuguaient la Crête; et ce qui ajouta la note d'infamie au crime de l'usarpation, c'est que la connivence au rapt sacrilège d'une vierge consacrée i Dieu , fait par le commandant de cette derniers ■île , fut le sale moyen qui leur en ouvrit la route. De là , ils se jetèrent en Calabre , en Pouills , eu Lombardîe , dans tout le contiuentd'ltalie, sans nulle distinction de l'empîrs

Srec, ou del'emplre français. Frénétiques agités, pourainsi ire , pur les vapeurs couvulsives de I alcoran , ils niéconnaissaient tout droit de souvcraluelé ; i!s ne-retenaieut pas la moindre teinture du droit des gens. Ils n'envoyaient , ni hérauts, ui manifestes; ils ne déclaraient la guerre à aucune puissance j ils la faisaient il toutes celles qu'ils pouvaient accabler, et aTec une barbarie particulière, à tont ee qui portait le nom de chrétien. Ils massacraient ce qui leur tombait d'abord sous la main , ou qui faisait résistance , et jetaient les autres dans les fers , sans excepter Ceux même que luur condition, leur âge, leur sexe, ^|^teat empi^ché de prendre part à la défense publique. Ainsi lea rit-on désoler , k vingt reprises différentes , tantôt le pays de Naples, tantôt la campagne et les faubourgs de Rouie ; enlever au Mont-Casiin les dons inestimables et sacrés des papes ei des empereursî.dépouiller et profaner les sépulcres même des saints apôtres ; ruiner tout ce qurli<;r de la ville au delù du Tibre , at faire trembler tes Romains juique d^ns l'enceinte de leurs remparts. On les vit derechef alai-mer l'empire français, et forcer l'embouchure da Bhône , aussi-bil'ii que celle du Tibre ; puis établir h Frew filnet , dans les détroits des Alpes, ce repaire de brigands ,

Îui, pareils k des bêles féroces échappées par intervalle de iurs caverues ; teuaieul tous les passages eu de pcrpé-

tuellea

Discours: $77

luelles alarmes y et iPom[>aient la communication entre les églises diverses et leur père commun ; se fortifier à l'autre Lout d'Italie, dans la ville de Nocera dite des J^aïens ^ d'une manière à n'en pouvoir plus être dëlogës; l)loquei^ kinsi le centre du inonde chrétien , jusqu'au moment pro* pre à le subjuguer^ et cependant le ruiner peu à peu ^ j fomenter la discorde y et le consumer par ses propre^ imains.

Qui peut donc crier k l'injustice contrôles ligues forméet par les nations chrétiennes, afin de parer à la fureur si bien dévoilée de leur ennemi naturel ? Qui peut leur faire un crime d'avoir porté la guerre au cœur de son empire , pour

Î fixer son inquiétude et ses efforts , et l' empêcher de rouiller au loin ? Qui ne manifeste son penchant - odieux pour CCS nations conjurées contre. le christianisme , en usant 'contre leurs vainqueurs d'un rigorisme cont|:*a ire à toutes les règles , non-seulement des plus justes représailles , mais de la 'plus indispensable défense à toutes les maximes de la jprudencë et de la saine politique ? Or, que ces considéra** tipns aient dirigé les chefs de la république chrétienne | c'est çef qui ne saurait plus nous paraître aouteux , depuis

2ue nous a vous entendu le pape Urbain II ^ au concile dd lermont , et ses successeurs en tant d'antres rencontres ^ eSLhortant les princes et les peuples à réprimer l'insolence des musulmans , alléguer , en termes exprès , le dessella qu'avaient ces infidèles de subjuguer tous les royaumes , tous les empires , d'anéantir toute puissance chrétienne.

« Vous Germains et Saxons , disait Urbain dans sa véliëmence très-réfléchie (i) , vous Polonais, Hongrois ,' Bohë-^ miens , si vous n'avez pas encore éprouvé la fureur de ceS barbares , à quoi en étes-vous redevables ? A Quelques fleuves , à quelques détroits qu'ils auront bientôt franchis; à moins que vous ne leur opposiez , sans aucun délai , des barrières moins impuissantes. Et vous Italiens, ne vous sou* vient-il plus qu'ils ont déjà pénétré jusqu'au siège dé votre empire , au siège de la foi chrétienne , qui ne s'est préservée qu'en partie de leurs pillages et de leurs profanations ? Vë-» ni tiens , Dalmates , vous tous habitans des bords Adriati^ ques , dites-nous combien de combats vou^ avez rendus ^ combien de sang il vous en a coûté , pour vous dérober k leur joug honteux. Reconnais^z que.Gonstantinople est la tseule digue qui a jusqu'ici arrêté ce torrent , et qui a dé«> fendu l'Occident d une inondation générale. Mais la tem** pête qui depuis si long-temps dévaste la Palestine ; si vous ne. vous hâtez de la conjurer , va bientôt fondre sur vos tê* tes. Bientôt vou» verrez arrache^ vos épouses de vos couches^ vos filles et vos sœurs de vos bras ; et vouft-mèmes chargés ^

(i) Guill. Matmesk Fris\

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