‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 20 sur 89 · TYRTÉE · texte numérisé non relu

TYRTÉE

> vieillesse. > Ainsi Priam ne parle encore de lui qu'en se confondant avec Pclcc ; il force Achille à ne voir que son propre père dans un roi suppliant et malheureux. L'image du délaissement du vieux monarque, peut-être accable par de puissants voisins, pendant l'absence de son fds; la peinture de ses chagrins soudainement oubliés, lorsqu'il apprend que ce fds est plein de vie; enfin, celte comparaison des peines passagères de Pélcc avec les maux irréparables de Priam , offrent un mélange admirable de douleur, d'adresse, de bienséance cl de dignité.

» Avec quelle respectable et sainte habileté le vieillard dllion n'amène-l-il pas ensuite le superbe Achille jusqu'à écouler paisiblement l'éloge même d'Hector ! D'abord , il se garde bien de nommer le héros troycn; il dit seulement : « Il y en avait un ; » et il ne nomme Hector à son vainqueur, qu'après lui avoir dit qu'il l'a tué combattant pour la patrie; il ajoute alors le simple mot* Hector. » Il est remarquable que ce nom isolé n'est pas même compris dans la période poétique; il est rejeté au commencement d'un vers, où il coupe la mesure, suspend l'esprit et l'oreille, forme un sens complet ; il ne lient en rien à ce qui suit.

« Ainsi le fds de Pelée se souvient de sa vengeance avant de se rappeler son ennemi. Si Priam eût d'abord nonnné Hector, Achille eût songé à Patrocle ; mais ce n'est plus Hector qu'on lui présente , c'est un cadavre déchiré, ce sont de misérables restes, livrés aux chiens et aux vautours; encore ne les lui monlre-l-on qu'avec une excuse : « 11 combattait pour la patrie. » L'orgueil d'Achille est satisfait d'avoir triomphé d'un héros, qui seul défendait ses frères cl les mui*s de Troie.

» Enfin Priam , après avoir parlé des honuncs au fils de Thétis , lui rappelle les justes dieux, et il le ramène une dernière fois au souvenir de Pelée. Le trait qui termine la prière du monan(uc d'llion,esldu plus haut sublime dans le genre patliéti([ue. » (Génie du Christianisme.)

Tyrtée [\(ie siècle).

On doit compter aussi, parmi les Iioimnes les plus éiocpients , cr fameux Tyrlée , poêle Alliénicn , dont la muse guerrière releva le courage des Lacédémoniens vaincus dans la seconde f;uerre de Messène, leur inspira l'enlhousiasme des combats et leur fit remporter plusieurs victoires. Il (lorissjiit vers l'an (iSi avant .I.-C On prétend qu'il était laid cl boiteux, «i que les Athéniens l'en-

voyèrcnt par dérision aux Laccdémoniens, qui leur avaient demande un général d'armée.

Il nous reste encore de Tyrtée des fragments assez considérables , pour que l'on puisse y admirer sa verve poétique et guerrière. Ces discours furent réellement prononcés à la tète des troupes de Sparte , et nous croyons devoir en offrir quelques passages pour faire juger de ce poëte.

« Qu'il est beau pour un brave guerrier de tomber aux premiers rangs en défendant sa patrie ! Qu'il est affreux , au contraire , d'abandonner la ville qui nous a vus naître et le champ qui nous a nourris; d'implorer la pitié publique, d'errer de contrées en contrées, traînant sur ses pas la mère qui nous a portés dans son sein , un père courbé sous le fardeau de la vieillesse , des enfants faibles et gémissants, une épouse en pleurs ! Objet du mépris de tous ceux qu'il aborde, abattu par l'indigence et l'odieuse pauvreté, le vaincu déshonore la noblesse de sa race; il avilit la beauté dont les dieux l'avaient couronné. La honte et la misère accompagnent partout ses pas; il ne doit plus attendre aucun égard, aucun respect.

ï Combattons donc avec courage pour notre patrie ; mourons pour nos enfants, prodiguons notre vie. 0 jeunes gens ! serrés les uns contre les autres , attaquez l'ennemi , bannissez toute crainte , et ne vous livrez point à une fuite honteuse. Que vos cœurs se remplissent d'une noble intrépidité. Ne cherchez point à ménager vos jours au milieu des combats. Surtout n'abandonnez point en fuyant ces braves vétérans dont l'Age a remplacé la vigueur. Quelle honte pour vous si quelque vieillard venait à tomber au poste d'honneur avant la jeunesse ! si l'on voyait cette tête blanchie par les années, exhaler son courage avec son dernier soupir, et ce héros , couché sur la poussière , couvrir de ses mains sa figure sanglante : l'indignation s'allumerait à ce spectacle ! Jeunes guerriers, c'est à vous qu'appartient l'honneur d'un si noble trépas ; à vous , en qui l'on voit briller la fleur de l'adolescence. Celui qui durant sa vie attirait l'admiration des hommes et charmait le cœur des femmes est encore beau, lorsqu'il est tombé dans les premiers rangs. »

Voici un second fragment qui n'est pas moins remarquable.

t N'êtes-vous pas la postérité de l'invincible Hercule? Soyez pleins de confiance, Jupiter n'a point détourné de vous ses regards. No craignez ni la multitude , ni le courage de vos ennemis. Que

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