TYRTÉE
VOS bouclici's, serrés au premier rang, forment un rempart impénctrablc. Marchez en détestant la vie , cl préférez la sombre demeure de Pluton aux rayons éclatants du jour. Vous le savez, c'est au milieu des larmes que Mars accomplit ses exploits. Vous avez plus d'une fois éprouve sa colère , et tour à tour vainqueurs et vaincus, vous connaissez la funeste alternative des combats. Dans les bataillons intrépides qui résistent au choc de l'ennemi , ou qui s'élancent impétueusement à sa rencontre , on voit tomber peu de guerriers; et le peuple qui les suit est sauvé par leur valeur. Mais si le soldat s'épouvante, le courage et la victoire disparaissent. Qui pourrait alors exprimer tous les maux qui tombent sur l'homme sans courage? S'il n'est point de gloire à frapper par derrière l'ennemi fugitif , quel opprobre, pour celui <pii tombe, d'être percé d'un coup qui atteste sa lâcheté! Marchez donc à grands pas, les pieds fermement appuyés sur la terre, et mordant vos lèvres de colère. Le corps entier couvert de vos larges boucliers, brandissez de la main droite votre redoutable lance. Que l'aigrette qui relève vos casques s'agite d'une manière effrayante. Frappez , c'est par de grands exploits que l'on apprend l'art des combats. Que celui qui porte un bouclier se précipite au milieu des traits ; qu'il attaque , qu'il perce de sa lance ou de son épée , que chacpie coup abatte un ennemi. Pied contre pied, bouclier contre bouclier, aigrette contre aigrette, casque contre cascjue, poitrine contre poitrine, luttez avec votre ennemi. Saisissez son épce par la garde, ou arrachez-lui sa longue lance. Pour vous, qu'aucune arme défensive ne protège, faites pleuvoir une grêle de pierres, lancez de loin le javelot, mais sans vous éloigner de ceux qui sont pesamment armés. >
L'ardeur guerrière que les vers de Tyrtée allumèrent dans le cœur des Spartiates fut telle que, ne songeant plus (pià périr dans le combat, uniquement inquiets de leur sépulture, et dans la crainte qu'on ne les reconnût plus parmi les morts, ils s'attachèrent au bras droit une inscription qui portait leur nom et cehii de leur famille.
Les Lacédémoniens , qui faisaient peu de cas des poètes, furent tellement enchantés des vers militaires de Tyrtée , (pTils ordonnèrent, par une loi, que toutes les fois qu'ils se nu-ttraient en campagne , on chanterait ses poésies en présence de l'arniéc. Ils pensaient (pie CCS chants bcllicpicux inspireraient aux Spartiates le désir de mourir pour la piilrie.
<;'est Tyriée (pii avait institué à Spailc ce Inpl»' * iiu-in guerrier
des vieillards , des jeunes gens et des enfants , qui chantaient tour à tour.