‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 36 sur 89 · PÉRICLÈS AUX ATHÉNIENS SUR LA GUERRE DU PÉLOPONÈSE · texte numérisé non relu

PÉRICLÈS AUX ATHÉNIENS SUR LA GUERRE DU PÉLOPONÈSE

La seconde campagne de la guerre du Péloponèse devint funeste aux Athéniens parles revers qu'ils y éprouvèrent, et surtout par l'effroyable contagion qui ravagea l'Attique, et dont nous avons

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\u toul ù llicurc la description. Décourages, al>attus par le double fléau de la guerre et de la peste, ils uiuriuuraiont hautenienl eonlrc Périclès , (prils regardaient eoninie Tauteur de leurs maux , parce qu'il a\ait conseillé la guerre. Ils envoyèrent donc à Laeédénione , pour accepter les conditions (ju'ils avaient d'abord refusées ; mais Icui-s députés revinrent sans avoir rien obtenu : le découragement et les murmures furent à leur comble. Dans cette circonstanee , Péri«I»*'s parla ainsi :

« Atbénicns , je m'attendais â votre colère , j'en conjecture aisément la cause , cl c'est pour vous rappeler à vous-même que je vous ai assemblés. Je viens me plaindre à vous de l'injustice de vos em|>()i-lemen(s contre moi , et de la faiblesse avec laquelle vous cédez au mailieur.

> Le grand intérêt de cliaipie citoyen consiste moins dans sa prospérité personnelle que dans le bonheur de la cité dont il fait partie. Le plus lieureux des citoyens, si sa patrie vient à tomber, tombe néfessjiirement a\ee elli' ; tant cpTclle se soutient, il trouve dans le bonheur général le moyen de réparer ses propres disgrâces. Mais s'il est vrai que la république peut soutenir le particulier <lans s;> chute , tandis (\\w le particulier ne peut arrêter la ruine d'une républiipie (pii ^'é<•rouIe , ne faut-il pas (pie tous se réunissent pour venir au secours de la mère commune, et déploient une fermeté d'àrae... dont vous ête^ bien éloignés aujourd'hui ? je vous vois perdre courage au premier revers , désespérer du salut commun, \ous repnu-hcr à vous-même, aussi injustement qu'à moi, les malheuis d'une guerre <pie nousa\ons «léterininée ensemble.

» Oui, vous vous en prenez à moi, qui me flatte de ronnaitre ▼08 afl'ain*s aussi bien que personiu* et de savoir en parler ; h moi qui suis l'ami de l'Ktat et au-dessus th-s petites considénitions d'un vil intérêt. A\oir des eonnaissiinecs siuis le talent de les eommuniquer aux autres, ce n'est pas être au-dessus de celui ipii ne pense pas : avec ces deux qualitiS^ , sans amour pour la patrie , on ne donnera pas de bons conseils ; tpi'on ait e«'t amour, siins être invincible à la cupidité, tout, par ce seul vire, sera mi> à prix d'argent. Si M)us m'avez, sous ces dilTérenls rapports, aeeortlé ipielquc supériorité sur les autres, et si je dois i cette opinion flatteuse votre déféreiiee ù mesa\is, pouri|uoi donc me f.iire aujourd'hui un crime d'une guerre «|ue vous a\ez jugée indispens^dile?

» iMtrsqu'on a le choix , et que d'ailleurs on est heureux , c'est une grande folie de choisir la guerre; mais s'il ne vou^ restait

qu'un parti à prendre, celui de céder et d'obéir, ou de combattre et de triompher de l'injustice, ne serait-on pas plus blâmable d'avoir fui le péril que de l'avoir bravé? Je suis, moi, ce que j'étais alors ; je ne change pas, comme vous, au gré des circonstances. Vous avez adopté mes conseils avant que les maux soient venus vous assiéger, et vous vous en repentez à présent que vous souffrez. Abattus par des disgrâces aussi funestes qu'imprévues , vous n'avez plus la force de maintenir vos résolutions ; mais les citoyens d'une puissante république , des hommes élevés dans des sentiments dignes de leur patrie , devraient-ils succomber aussi facilement à l'infortune et ternir, par tant de lâcheté , l'éclat de leur conduite passée ? Oui , l'on blâme également la faiblesse qui soutient mal son rang , et l'orgueil qui aspire où il ne saurait atteindre. Vous devez donc , ô Athéniens ! étouffer vos douleurs particulières , pour ne voir et ne chercher que le bien général. Quant à la guerre actuelle, dont vous redoutez la durée et l'issue, il suffit de vous rappeler ce que je vous ai cent fois répété, pour cesser d'en craindre les hasards.

» Je vais vous remettre sous les yeux la grandeur de votre empire, etc. »

L'orateur cherche et trouve, dans l'exposé rapide des forces réelles des Athéniens, des moyens de ranimer leur constance et de soutenir leur espoir; il achève de les enflammer par cette courte et énergique péroraison.

« Montrez en vous, ô Athéniens! par votre fermeté au milieu des dangers qui vous pressent et des maux qui vous accablent, montrez en vous des hommes aussi jaloux de s'illustrer dans l'avenir, qu'attentifs à ne pas se déshonorer dans les circonstances présentes. N'envoyez plus de députés à Lacédémone, et ne faites pas annoncer à votre rivale que vous vous laissez abattre par le malheur. Parmi les peuples, comme parmi les particuliers, c'est la constance dans les revers et l'intrépidité dans les périls , qui méritent et obtiennent l'estime et les éloges. »

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