‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 55 sur 89 · I.0.1GIX · texte numérisé non relu

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occupèrent sérieusement son esprit ; mais il ne tarda pas à sentir combien il se tromjtait sur le véritable but de l'éloquence. Il quitta ce genre puéril pour marcher sur les traces des premiers orateurs delà Grèce, et pour re\clir la philosophie des grâces de l'élocution et de l'harmonie oratoire. Quelque passionné qu'il fût pour Platon cl pour Démosthènc , les deux écrivains qu'il estimait le plus , néanmoins il s'attacha davantage à imiter Lycurguc et Ilypéride. Il se forma un style particulier qui , sans atteindre à la véhémence du premier, avait toute la douceur et la clarté du second. Sa diction est, en général, d'une simplicité élégante; les ornements qu'il emploie sont ménagés avec art, les expressions proportionnées au sujet qu'il traite.

Phiiostrate compare l'abondance de Dion à la corne d'Araalthce, et l'harmonie de son style à celle de Démosthène et de Platon. Il ne manque point de force , mais il tempère sn véhémence par une sage modiTation. S'il gourmande l'insolence de certaines villes, il ne parait ni désagréable ni enclin à la médisance. Il semble maîtriser avec le frein un cheval fougueux, au lieu de le corriger avec le fouet. Fait-il reloge des républiques bien gouvernées, c'est de manière à ne leur inspirer aucun orgueil, à les encourager, à leur faire sentir que bientôt elles tomberont dans les derniers malheui-s , si elles cessent de se conduire avec sagesse. Il aime à employer les fables et les allégories, et il excelle à en tirer un sens moral et instructif. Souvent il introduit au milieu de son discours ou une narration, ou im dialogue, et l'art avec lequel il le fait , jette une variété merveilleuse dans ses compositions.

Les discours qui nous restent de ce sophiste sont au nombre de quatre-vingts.

Longln i!ilO — i73 de J.-C.).

Dans la période de décadence qui nous occupe, on vit paraître plusiejiis honunes de talent (pii entreprirent d'arrêter la corruption du gnùl. Au premier raii;; on doit uu'ttre Longin.

Longin, né à Athènes, (lorissait vers la fin du troisième siècle de notre ère. C'était l'homme le plus célèbre de son temps pour le goût et l'éloqiience. I.a fameuse Zénobie, reine de Palmyre, qui lutta si maliieiireuNement contre la fortune d'Aurélien , le lit \enir à sa coiir, pour prendre de lui des leçons de grec el de philosophie. Décou>rant dans son maître des talents supérieurs, elle en lit son principal ministre. Lorstju'nprès la perte d'une grande

bataille , elle fut obligée de se renfermer dans sa capitale , et reçut d'Aurélien une lettre qui l'invitait à se rendre, ce fut Longin qui l'encouragea à se défendre jusqu'à l'extrémité, et lui dicta la réponse noble et fière que l'histoire a conservée ' . Aurélien vainqueur, maître de la ville de Palmyre et de Zénobie, réserva cette reine pour son triomphe et envoya Longin au supplice. Il y porta le même courage qu'il avait su inspirer à la reine, et sa mort fit autant d'honneur à sa philosophie que de honte à la cruauté d'Aurelien. 11 avait fait quantité d'ouvrages dont nous n'avons plus que les titres. Ils roulaient tous sur des objets de critique et de goût.

Il ne nous reste que le Traité du Sublime , et ce traité place Longin au premier rang des critiques de l'antiquité. Cécilius , qui vivait du temps d'Auguste , avait déjà composé un ouvrage sur le style subhme , mais il s'était contenté de le définir, sans donner aucune règle pour y atteindre. Longin , au contraire , en fait connaître la nature , les effets, les sources et les lois , par des exemples qu'il développe avec grandeur et souvent avec grâce. 11 est le premier auteur païen qui ait senti ou du moins qui ait avoué les beautés simples et sublimes de l'Ecriture.

Ainsi des littérateurs éclairés , des grammairiens savants, portaient le flambeau de la critique dans les routes ouvertes par le génie , et rendaient un compte fidèle des moyens que les grands orateurs^ avaient employés pour charmer l'imagination et ravir tous les cœurs ; mais ils ne purent ressusciter la véritable éloquence. Celle-ci, en effet, ne dépend pas uniquement de l'orateur, il faut encore que le sujet dont il s'occupe soit par lui-même assez noble , assez magnifique pour fournir au génie de grandes conceptions, pour offrir des images imposantes, pour inspirer un intérêt puissant et profond. Bien différent de la poésie , dont le but principal est de plaire, qui, portée sur les ailes de l'imagination , s'élance dans les espaces qu'elle a créés, les remplit d'êtres fantastiques, forme à son gré des tableaux riants ou sévères , gracieux ou terribles, l'art oratoire, circonscrit dans des limites plus étroites, ne doit qu'à la vérité ses effets et sa puissance : tout y doit être réel , tout y doit parler à la raison , et tandis que le poêle peut espérer de nous charmer par d'agréables mensonges , l'orateur ne peut attendre de

* • C'est par la valeur et non par une lettre qu'on contraint un ennemi li se rendre. Vous avez été battu par des voleurs , que ne devez-vous pas craindre de citoyens qui se défendent? Souvenez-vous que CléoD^lre aima mieux mouiir que d'être vaincue. •

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