‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 57 sur 89 · UOQHEHCE HISTORIQUE ET PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

UOQHEHCE HISTORIQUE ET PHILOSOPHIQUE

Aussi l'élocpicnce véiitablc se réfugia-t-cllc dans les ouvrages iiistori(]ucs et |)liilosophi(|ues.

Poui- l'histoire , nous avons à faire connaître Polybc , Diodorc de Sicile, Denys d'IIalicarnasse, Josèphc et Plutarque: |>our la philosophie le même IMutaniueet Lucien.

Polybc (205 — liî5 avant J.-C.

Polybc de Mégalopolis naquit à l'époque où la puissance romaine commençait ù déborder sur la Grèce. Formé par Lyeortas, son père, l'un des chefs de la li-^ue aihcennc, éle\é sous la tente de Philop«rmcii . le dernier des Grecs, il joua, dès sa jeunesse, un rôle illustre diuis sa patrie. .\ l'âge de quarante ans. conduit en

qualité d'otage à Rome, il devint l'ami , le conseiller et le compagnon d'armes du jeune Scipion Emilicn. A la faveur de cette illustre amitié , il obtint , pour l'exécution du grand ouvrage historique qu'il avait conçu, la communication de ces Libri censuales, registres précieux qui se conservaient au Capitole ; puis, dans son ardeur de savoir, d'étudier l'histoire sur le théâtre même des événements, il s'élança au delà des Alpes, dans les Gaules, et en Ibérie. Riche de matériaux, de souvenirs , d'expérience des hommes et des affaires, il publia, en quarante livres, une Histoire générale. Dans ce grand ouvrage, il avait renfermé la période de cinquante-trois ans, qui s'étend depuis le commencement de la seconde guerre punique jusqu'à la conquête de la Macédoine par les Romains (220 ans avant J.-C). Les deux premiers livres sont une introduction dans laquelle Polybe raconte rapidement ce qui s'est passé depuis la prise de Rome par les Gaulois jusqu'à la première expédition des Romains dans la Sicile, et les événements qui eurent lieu depuis ce temps jusqu'à la seconde guerre punique. Une grande idée guidait sa plume. L'univers retentissait alors de la grandeur des Romains , il n'était question que de la fortune de Rome , que du destin qui protégeait ses aigles. Polybe voulut montrer que Rome ne devait pas sa grandeur à une fatalité aveugle , il voulut démontrer, selon la belle expression de Montesquieu, la réalité de ce projet d'envahir tout , si bien formé , si bien soutenu , si bien fini ; il montra le but de tant de guerres entreprises , de tant de sang répandu, de tant de peuples détruits, de tant de politique, de sagesse, de prudence, de courage. Et quel homme pouvait le faire mieux que lui? Ecoutons-le parler lui-même de cette unité.

Au commencement du troisième livre, il fait remarquer que le sujet de son histoire est, dans son entier, une seule action , un seul et grand spectacle , et qu'il s'agit d'indiquer les causes qui successivement ont fait tomber toutes les parties du monde habitable sous la domination romaine. « Cette action, dit-il, est distincte dans son commencement , déterminée dans sa durée , claire dans son accomplissement final. Il sera donc utile de donner un tableau général des différentes parties dont ce grand tout est composé. >

Par là , toutes les nations connues passent nécessairement sous les yeux de Polybe ; mais il ramène toutes ces nations vers un centre commun, la grandeur romaine; et c'est là l'unité de son ouvrage, cette unité inconnue à ses devanciers, et qui s'est encore accrue sous la plume de Bossuet , dans le cadre bien plus vaste de V Histoire universelle.

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