VÉNUS ET L'AMOUR
VÉNUS
Pourquoi donc , Amour, toi qui as vaincu les autres dieux, Jupiter, Neptune, Apollon, Rhéa, et moi-même, qui suis ta mère, pourquoi n'oses-tu pas toucher à la seule Minerve? Pour elle ton flambeau n'a-t-il point de feux? Ton carquois est-il vide de flèches? N'as-tu plus d'arc? et ne sais-tu plus décocher un trait avec justesse ?
l'amour.
Je la crains, ma mère, elle est effrayante; son regard est terrible, son air, mâle et courageux. Toutes les fois que , l'arc tendu , je m'avance contre elle, elle m'efl'raie en agitant l'aigrette de son casque; je deviens tout tremblant , et les traits s'échappent de mes mains.
VÉNUS
Mars n'est-il pas encore plus terrible? Cependant tuas bien su le désarmer et le vaincre !
dermers orateurs grecs du paganisme. 2i5
l'amolr.
Oui ; mais il s'avance de lui-même au-devant de mes coups , il m'invite à le blesser. Minerve , au contraire, jette sur moi des regards inquiets et menaçants. Un jour que , par hasard , je passais, en volant , à côté d'elle , j'approcliai mon flambeau de son sein : « Si tu ne t'éloignes , me dit-elle , je jure, par mon père, de te percer de ma lance , ou, te prenant par le pied , je te précipiterai dans le ïartare , ou te déchirerai de mes propres mains et te ferai périr, x Telles sont ses fréquentes menaces. Elle me regarde avec des yeux irrités ; elle porte sur sa poitrine une figure effrayante , dont les cheveux hérissés sont des vipères qui me glacent d'effroi. L'épouvante que me cause cette horrible tête me fait prendre la fuite aussitôt que je l'aperçois.
VÉNUS
Eh quoi ! tu crains , dis-tu , Minerve et la Gorgone, et cela quand tu ne redoutes point la foudre de Jupiter! Mais pourquoi les Muses n'ont-elles pas encore été blessées de tes coups ? Pourquoi sont-elles à l'abri de tes trailsT Agitent-elles aussi des aigrettes et présentent-elles des Gorgones à tes yeux?
l'amour.
Je les respecte, ma mère, elles sont si vénérables. Toujours leur esprit est occupé de pensées profondes. Elles s'adonnent à la musique ; souvent même , attiré par la douceur de leurs chants , je me tiens au milieu d'elles.
VÉNUS
Eh bien ! laisse-les en repos , puisqu'elles sont si vénérables. Mais Diane, pourquoi ne l'as-tu pas blessée ?
l'amour.
D'abord, c'est qu'il n'est pas possible de l'atteindre : elle fuit toujours à travers les montagnes; ensuite, t'est (ju'un autre amour, qui lui est particulier, la possède.
Vénus.
Eh! quel amour?
l'amour.
Celui de la chasse. Toujours à la piste des cerfs et des faons, qu'elle perce de ses flèches, elle est tout entière à cet exercice. Quant à son frère, quoiqu'il porte aussi un arc , et qu'il lance au loin ses traits
VÉNUS
J'entends, mon fils; tu l'as souvent percé de tes flèches