‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 67 sur 89 · THÉMISTIUS · texte numérisé non relu

THÉMISTIUS

e Pour la première fois , ô empereur ! tu vas entendre un orateur libre et vrai , même en te louant; un orateur qui ne dira pas un mol dont son front ait à rougir. »

Et plus bas :

t Je vous atteste tous , ô vous qui marchez dans la même carrière que moi ! si vous apercevez que je vous trompe, si le moindre mensonge se mêle à mes paroles , élevez tous votre voix contre un h\che orateur, repoussez-moi du sanctuaire de la sagesse , et ne permettez plus à celui (jui l'outrage d'oser en donner des leçons. Mais si , toutes les fois que je louerai , je dis la vérité, ne regardez pas comme une vile flatterie ce qui est un juste éloge. L'éloge est un tribut qu'on paie à la vertu. »

Dans un de ses derniers discours à Théodose , il s'interrompt tout à coup :

t Tu vois, prince, lui dit-il, que je ne suis pas venu ici pour te flatter : conviendrait-il à un philosophe en cheveux blancs , qui a vécu familièrement avec tant d'empereurs, aujourd'hui que le plus humain de tous est sur le trône, de mendier sa Aweur par des bassesses ? Quand la liberté est la moins dangereuse, irais-jc choisir ce temps-là pour me déshonorer par des mensonges ? »

On sent bien qu'il devait parler des connaissances et des lettres avec dignité; il fait voir qu'elles ont été chères à tous les princes qui ont été grands ; il cite Aristote comblé de bienfaits par Philippe, Xénocrate par Alexandre , Aréus par Auguste , Dion par Trajan , Sextus par Marc-Aurèle.

€ Tu imites ces grands hommes, dit-il à un empereur; la philosophie et les lettres marchent partout avec toi, elles te suivent dans les canq)s; i)ar toi elles sont respectées, non-seuleincnl du Grec cl du Romain , mais du Barbare même. Le Scythe épouvanté, qui est venu implorer ta clémence , a vu la philosophie près de toi, balançant le sort des peuples et décidant des trêves et de la paix que tu accordes aux nations. Voyez les statues de bronze élevées dans ces murs à la sagesse, les privilèges qui lui sont accordés dans les villes , les honneurs prodigués à ceux qui en sont dignes. La sagesse est la seule qui répande encore plus d'éclat sur ceux qui l'honorent que sur ceux qui sont honorés ; car admirer la vertu dans les autres, c'est déjà une preuve de vertu. »

€ 0 mes amis! dit-il ailleurs, ])ardonnez-m()i , si le désir (|ue l'empereur témoigue de m'cntcndrc m'inspire peut-être un noble

orgueil; il ne se lasse pas d'entendre le langage de la vérité, et il permettra plutôt au guerrier de cesser de combattre, qu'au philosophe de se taire. »

Dans un discours à Théodose, il rappelle le jour où cet empereur, prêt à partir pour l'Occident, lui confia son fils , en présence du sénat et du peuple. Dans ce moment l'orateur se peint vieux, accablé d'infirmités et de faiblesses, courbé sous le poids des ans; mais ranimant ses forces languissantes pour former ce prince, destiné à commander un jour au monde :

« Viens, mon fils, dit-il, viens sur les genoux d'un faible vieillard , recevoir les leçons que la sagesse destine aux princes : ce sont celles que reçurent Antonin, Numa , Marc-Aurèle et Titus. A ma voix se joindront, pour te former, celle de Platoft et celle du précepteur d'Alexandre : à l'école des sages, deviens le bienfaiteur du monde, i

Libanius (314 — 390).

Libanius d'Antioche fut élevé à Athènes , et professa la rhétorique à Constantinople. Il eut pour disciples saint Basile , qui conserva toujours pour lui l'amitié la plus vive , et saint Jean Clirysostômc, qu'il aurait choisi pour successeur dans sa chaire si le christianisme ne le lui eût enlevé. Il jouit d'une grande faveur auprès de Julien, qui voulut l'élever aux honneurs; mais il préféra rester dans une condition privée. Il possédait surtout le talent de s'attacher ses élèves. Loin d'imiter les autres sophistes, qui s'avilissaient par leur avarice et leur avidité , il disait : « J'aime que ceux qui ne peuvent donner soient avides de recevoir. » Julien soumettait à sa critique ses actions et ses écrits; et le philosophe, plus attache à la personne qu'à la fortune du prince , le traita en juge sévère , jamais en courtisan. Il survécut à Julien , et passa les dernières années de sa vie à Antioche, où il professa la rhétorique avec le plus grand succès.

Libanius avait écrit un grand nombre de panégyriques, de déclamations et de lettres. La plus grande partie de ses ouvrages s'est perdue. On a seulement ses lettres , au nombre de plus de deux mille , des déclamations , des progymnasmata , des contes et vingt-quatre harangues, d'après lesquelles on peut, ajuste litre, lui donner la première place parmi les orateurs de Constantinople. Cependant la manie de prodiguer les citations d'Ho-

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mère, un vain luxe d'érudition, une exagération outrée, de la sécheresse, et par suite de l'obscurité , diminuent le mérite de ses ouvrages et déparent un stylo (pii ne man(pic pas d'éclat.

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