CAUSES DE PERFECTION ET DE DÉCADENCE
La plupart des écrivains qui ont recherché legjcaiiscs de la pcr- ^fc£tion de F éloquence srcc(iuc.»XoPt attribuée, en Rrandejailtie » à la constiluliQJi^UA.lliàiCS. Cette constitution, comme nous l'avons vu, donnaiX£û-G^l.--iliJ talent de lîipardejl^occasioii dfi-sLeiœrçcr; mais elle ne sufGt pas pour cxplicjucr le haut point de perfection où il est parvenu. C'était la société même, son élut de milisation , ses luoeurs^jUL scS-Vcrlus , phuî encore que sçs^ssions , qui animaient les orateurs. Les assemblées populaires, sous un rapport, sont ordinairement l'unestes aux progirs de réloquciice : le tumulte de la place publique, les iiiouvemenls désordonnés de la multitude , lui impriment un caractère de violence et même de faction; mais dans Athènes , s'adressant à un peuple poli, accoutumé aux charmes des lettres et des arts, elle pouvait prendre ce ton de dignité qui caractérise les grandes couiposilions du génie. D'ailleurs , toutes les questions étaient préparées dans le sénat avant d'être portées dans rassemblée du peujjle, et le respect qu'inspirait naturellement l'autorité des anciens , empêchait de traiter avec légèreté ce qui avait été graveii^cnt examiné par les hommes les plus respectables et les plus éclairés de l'Etat.
Mais parmijcs difTérciiLcs-iauses qui ont élevé si haut L'éloquence ù Athènes dès le commencement de la République, tandis qu'à Ronie, comnîe nous le vcn-ons bientôt, elle fut des siècles avant de se perfccfiônôçr, on doit signaler, comme la principale, Tes vertus sociales qui animaient le peuple. Ami sincère de sa liberté et de sa gloire , il était prêt à faire les plus grands cfTorts et les plus généreux sacrifices pour défendre l'une et pour piocurcr l'autre. Les citoyens pouvaient èlre parlâmes de sentiments; mais ils croyaient miiluellcmcnt à leur puliiotisme. 11 était facile aux hommes de talent d'agir sur dcsauditcursainsi disposés. IMus tard , lorsqu'Athènes fut dégénérée , quand ^iêuîiL-id!£(ll8U''i>Jl:P5s j-lé assujellic à la i)uissance des Macédoniens , et ensuite ù celle do Rome , elle n'ci'il [«as offert à J'cloijucnce , comme au temps <le sa
gloire et de ses vertus, de grands moyens de s'élever. On a donc trop attribué à une simple forme de gouvernement. On a trop donné aussi à l'influence de Démétrius dePhalère. Cet orateur put hâter la corruption de l'éloquence , mais il n'en fut pas la cause. Son siècle le fit plutôt qu'il ne fit son siècle. Pour dominer sur ses concitoyens , il consulta leur goût et leurs dispositions , comme avaient fait les grands orateurs qui avaient paru avant lui.
Nous ferons observer aussi que les orateurs s'inspiraient puissamment des vertus qui les animaient eux-mêmes. Les plus dévoués à la patrie , les plus désintéressés , les plus sincèrement amis de la vérité et de la justice, étaient ceux qui exprimaient le mieux dans leurs discours ces sentiments nobles , ces idées généreuses qui font l'éloquence. Les orateurs mercenaires et égoïstes, au contraire, pouvaient bien éblouir par un vain éclat de paroles, mais rarement ils étaient éloquents , et surtout ils ne pouvaient produire de véritables chefs-d'œuvre.
C'est en partant de ces idées , que l'on comprendra pourquoi , pendant que l'éloquence politique parvenait à une si haute perfection, l'éloquence académique n'offrait, pour ainsi dire, que la déclamation et le ridicule. Les subtilités des sophistes, leur charlatanisme , l'impudence avec laquelle ils se jouaient du vrai et du faux , du vice et de la vertu , révèlent une plaie profonde de la société, l'affaiblissement des croyances, l'incertitude et le doute qui s'étaient emparés de la plupart des esprits. « La littérature, a dit M. de Bonald, est l'expression de la société. > Cette pensée, vraie pour tous les genres , l'est surtout pour le genre oratoire. Les sophistes, cependant, étaient plus avancés que leur siècle, et ils contribuèrent à le corrompre. Le scepticisme qui régnait dans leur philosophie passait naturellement dans leur éloquence, car il y a entre l'une et l'autre une liaison nécessaire.
Ceci peut fournir l'occasion de remarquer l'influence de la vérité sur le .discours. Ces déclamateurs , qui se jouaient de tous les principes, ne pouvaient être éloquents; les esprits, au contraire, qui défendaient la vérité avec conviction , évitaient les défauts des sophistes et atteignaient à des beautés réelles. Cette influence des doctrines se fera mieux sentir encore, si l'on se rappelle que l'éloquence sophistique régna seule pendant plusieurs siècles, et qu'à dater de l'époque où le christianisme eut agi sur les peuples , elle n'existait plus que dans la société païenne; car, dans la société chrétienne qui se formait, on vit se manifester alors une éloquence vraie et sublime dont l'Evangile et la foi des hommes étaient la source.