‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 7 sur 89 · ANDOCIDE · texte numérisé non relu

ANDOCIDE

Théramèuc (4. —403).

Diodorc de Sicile rend, en deux endroits, un témoignage honorable à la sagesse et aux talents oratoires de Thcramène; il l'appelle le plus sensé des Athéniens , et dit que l'avis de cet orateur entraînait toujours les suffrages.

Outre ses discours, cet orateur avait composé des déclamations ou exercices de rhétorique. Il donna des leçons publiques d'éloquence, et l'on compte Isocrate parmi ses plus illustres disciples. Les ouvrages dcTliéramène paraissent avoir été perdus de très-bonne heure, du moins ils étaient devenus fort rares du temps de Cicéron, qui déclare ne les avoir jamais vus et ne les connaître que sur le témoignage d'autrui.

Alcibladc (450 — 404).

Alcibiade, élève de Sophilc, de Périclcs, son tuteur, et d'Aspasic, l'un des disciples chéris de Socrate, avait reçu de la nature et de l'éducation tous les avantage's qui peuvent contribuer à former un excellent orateur. Il parlait avec beaucoup de facilité; mais le soin extrême qu'il apportait à parer son élocution des formes les plus élégantes , à n'employer que des expressions choisies , le faisait quelquefois hésiter. Sa prononciation était molle et efféminée. Néanmoins la grâce particulière dont il assaisonnait ses discours le rendait le plus persuasif de tous les hommes. Son éloquence ne manquait point de vigueur, et Démosthènc le reconnaît pour l'orateur le plus véhément de ce temps.

Alcibiade n'a rien écrit, et il ne reste aucun monument qui puisse nous donner une juste idée de son talent. Sa vie , son caractère et ses mœurs ont été l'objet des réflexions philosophiques de Plutarque. C'est là qu'il faut étudier cet étonnant personnage, qui sut allier les plus grandes vertus aux plus grands vices.

Andoclde (465 — 4..).

11 ne nous reste que quatre discours d'Andocide. La simplicité et la clarté en sont les deux qualités principales. La marche de cet orateur est niclhodiquc ; il suit les faits , il les enchaîne avec art

et les appuie par les témoignages et les preuves de raisonnement. A la vérité il use très-peu des grandes figures , on ne trouve point chez lui ces interrogations fréquentes , ces mouvements vifs et passionnés qui caractérisent l'orateur sublime ; mais ces beautés sont en quelque sorte compensées par la pureté de la diction , par la justesse des pensées et la propriété des termes. Andocidc est , après Lysias , le premier orateur de la seconde classe.

Calllstrate ( même siècle ) .

Callistrate fut un des orateurs les plus véhéments de cette époque. Démosthène , fort jeune encore, l'ayant entendu parler devant le peuple , fut si profondément frappé des traits de son éloquence , des applaudissements et des témoignages de considération que le grand talent de cet orateur lui attirait, qu'il résolut, de ce moment, de se consacrer à l'art oratoire.

Lysias (495 — 414).

Lysias a toujours été regardé comme l'un des orateurs grecs les plus excellents; mais dans le genre d'éloquence simple et tranquille. La clarté, la pureté, la douceur, la délicatesse du style, faisaient son caractère propre. « C'était , dit Cicéron , un écrivain d'une précision et d'une élégance extrêmes, et déjà Athènes pouvait presque se vanter d'avoir un orateur parfait. » Quintilien en donne la même idée. « Lysias , dit-il , a le style élégant et léger. S'il suffit à l'orateur d'instruire , il n'en est point que l'on puisse mettre au-dessus de lui. On ne voit rien d'inutile, rien d'affecté dans son discours. Son style est néanmoins plus semblable à un ruisseau clair et pur qu'à un grand fleuve. » {Inst. or., liv. x.)

Si Lysias se renfermait d'ordinaire dans cette simplicité , et , comme l'appelle Cicéron , cette maigreur de style , ce n'est pas qu'il fût absolument incapable de force et de grandeur : il en usait ainsi par choix et par jugement. Il ne plaidait point lui-même au barreau , mais il composait des plaidoyers pour les autres; et, pour entrer dans leur caractère , il était souvent obligé d'employer un style simple et peu relevé , sans quoi il eût trahi lui-même son secret.

On rapporte que Lysias ayant donné un des ses plaidoyers à lire à son adversaire , celui-ci lui dit : La première fois que je

LYSIAS. âo

l'ai lu, je l'ai trouvé bon; la seconde moindre, et la troisième mauvais. — Eh bien, lui répliqua Lysias, il est donc bon, puisqu'on ne le débite qu'une fois.

On est frappe de la variété de ses cxordcs. Dcnys d'IIalicarnassc, qui avait sous les yeux plus de deux cents discours de cet orateur, remarque qu'aucun cxorde ne ressemble à un autre ; et , tandis que la plupart des orateurs ne se font aucun scrupule d'emprunter des débuts à d'autres écrivains, ou de se répéter eux-mêmes, Lysias , dans tous ses exordes , est toujours nouveau , et chacun d'eux est tellement adapté au sujet , qu'il ne pourrait être mis à la tête d'un autre discours.

Ses narrations sont courtes , pleines d'agrément et de naturel , vives et rapides sans trop de précipitation. Toutes les circonstances en sont si bien choisies et si bien enchaînées , tous les personnages y agissent et y parlent si convenablement, qu'il ne semble pas que les choses aient pu se passer autrement qu'il ne les raconte.

Il y a de la chaleur et du pathétique dans quelques-unes des péroraisons de Lysias ; mais ce n'est pas dans cette partie qu'il brille le plus. Seulement il récapitule fort bien, parce qu'il faut surtout de la précision et de la clarté dans la récapitulation , et qu'à cet égard il ne le cède à aucun orateur.

Il ne reste que trente-quatre discours de Lysias.

EXTRAITS DE L'ÉLOGE FUNÈBRE DES GUERRIERS MORTS EN SECOURANT LES CORINTHIENS CONTRE LACÉDÉMONE.

Exorde.

« S'il était possible de célébrer dignement le courage de tous les guerriers quj reposent dans ce tombeau, j'aurais à me plaindre des moments trop courts qui m'ont été accordés pour prononcer leur éloge ; mais puisque lo temps le plus long ne pourrait suffire pour composer un discours digne des exploits de ces grands hommes , il me semble que si l'on n'accorde que peu de jours aux orateurs chargés de ces éloges , c'est par intérêt pour leur gloire, et afin de leur ménager l'indulgence de ceux qui viennent les entendre.

» J'ai à décrire ici les exploits des Athéniens dans tous les siècles ; mais c'est moins la grandeur du sujet que je redoute, que le talent de ceux qui l'ont traité avant moi , car la vertu des lu'ios dont j'entreprends l'éloge fournit une si riche matière à l'chxjuencc et à la poésie, que les premiei-squi leur ont payé un juste tribut de louanges, loin d'avoir épuisé le sujet, nous ont encore laisse un vaste champ à parcourir.

26 ÉLOQUENCE GHECQUE.

Combat des Athéniens contre Xerxcs.

» Xerxès , souverain de l'Asie, dont le prédécesseur avait brave la Grèce et s'était vu frustré dans ses espérances, Xerxès se croyant déshonoré par la défaite de Darius , indigné de la disgrâce qu'avait essuyée son père , irrité contre les peuples qui en étaient les auteurs ; ce prince , qui n'avait jamais été aux prises avec la fortune ni avec les hommes de courage , ce prince enfin , après dix ans de préparatifs , s'avança contre la Grèce avec une flotte de douze cents voiles, et une armée de terre composée d'une si grande multitude de nations , qu'il était même difficile de les compter. Ce qui prouve le nombre prodigieux de ses troupes, c'est que , pouvant aisément avec ses mille vaisseaux , transporter son armée d'Asie en Europe , par le détroit de l'Hellespont, il rejeta un moyen qui pouvait trop retarder son passage. Bravant les lois établies par la nature et par les dieux, voulant étonner l'imagination des hommes et faire dire qu'il avait navigué sur la terre et marché sur la mer , il perça le mont Athos et fit de l'Hellespont une terre ferme , sans qu'aucun des Grecs se mît en devoir de l'arrêter. Les peuples, incapables de résister à ses forces et à ses richesses , déterminés par leur intérêt ou par la crainte , se soumettaient malgré eux ou trahissaient spontanément la liberté publique.

> Ce fut dans ces terribles circonstances que les Athéniens se portèrent sur leurs vaisseaux, à Arthémise, pour s'opposer aux Barbares : les Lacédémoniens et quelques-uns de leurs alliés allèrent à la rencontre des ennemis aux Thermopyles , se croyant en état de garder cet étroit passage. L'action s'engagea dans le même temps et aux Thermopyles et à Arthémise ; les Athéniens furent victorieux dans la bataille navale. Pour les Lacédémoniens , ils ne démentirent pas leur courage ordinaire ; mais ayant contre eux plus d'ennemis et avec eux moins d'alliés qu'ils ne l'avaient cru, ils moururent glorieusement, sans avoir été vaincus, au poste où ils combattaient. Le mauvais succès de ces braves guerriers livra le passage aux Perses , qui , ne trouvant plus d'obstacles , s'avancent contre notre ville. Nos ancêtres apprennent la disgrâce des Lacédémoniens ; menacés de toutes parts et ne sachant quel parti prendre , ils voyaient que s'ils allaient par terre au devant des Perses, ceux-ci avec leur flotte s'empareraient d'Athènes, et que s'ils s'embarquaient, elle serait accablée par leurs troupes de terre. Ne pouvant donc en même temps repousser l'ennemi et garder leur ville, réduits à l'affreuse alternative

Page 1