PHILIPPIQUES
Si l'orateur manqua de résolution dans celte conjoncture, il en montra beaucoup contre Antoine , qui n'était pas moins l'ennemi de la république que le sien ; et ce double intérêt lui dicta les fameuses harangues publiées sous le titre de Philippiques. Il les appela ainsi parce qu'elles ont pour objet d'animer les Romains contre Antoine, comme Démosthène animait les Athéniens contre Philippe. Elles sont au nombre de quatorze , et toutes d'une grande beauté ; mais la seconde surtout était fameuse chez les Romains , elle passait pour une œuvre divine : c'est ainsi que l'appelle Juvénal. Elle ne
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fut pourtant jamais prononcée ; mais elle fut répandue dans Rome cl dans l'Italie, et lue avec iaj)idité. Antoine ne la pardonna jamais à l'auteur, et ce fut la principale cause de sa mort. Antoine cependant avait été l'agresseur, lui-même avait provoqué cette terrible re[)résaillc, en venant dans le sénat déclamer avec violence contre Cicéron cpii était absent. L'orateur n'avait pas coutume d'endurer CCS sortes d'injures; il était trop sûr de ses armes. Ce n'est pas que ce genre d'éloquence soit le plus difficile, à beaucoup près : rim[)robalion et le reprocbe ont naturellement de la véhémence, et les peintures salyricpies piquent la niali;^nité ; mais ce genre acquiert de l'inqKjrlancc et de la gravité (piand il s'agit d'intérêts publics. La gu(Tre contre les méchants est alors la mission de l'homme honnête , et il appartient à l'orateur citoyen de parler aux ennemis de la patrie de manière à les intimider, et de les peindre avec des traits (pii les fassent rougir d'eux-mêmes. C'est ce que fait Cicéron dans cette innnortelle Philippique , où il trace l'exposé de la vie d'Antoine depuis ses premières années. Ces sortes d'exécutions morales sont une vengeance publique que le talent seul peut exercer (piand il est joint au courage. On ne peut reprocher à (Cicéron d'en avoir man(pié à cette épo(pic vraiment périlleuse, puisqu'alors Antoine était tout-puissant.
< Jeune encore j'ai défendu la i'épid»li(pic; je ne l'abandonnerai pas dans ma vieilb'sse. J'ai bravé les glaives de Catilina ; je ne redouterai pas les tiens, i
C'est ainsi qu'il s'exprime à la fin de son discours; et ce n'était pas une vaine jactance, c'était un sentiment vrai. Il parait que dès ce moment (>iiéron s'était dévoué à la mort. Pendant toute la guerre «le Modène, il lut l'ame de la r('pnbli(pie, et gouverna entièrement le sénat, dont tous les décrets furent rédigés sur ses avis. On voit que celte guerre finit par la réconciliation d'Antoine et d'Octave, et qu'une des premières conditions fut la mort de Cicéron, qui lut aussi glorieuse «pu; sa vie.
Les autres Pfiilippiques sont du genre qu'on appelle délibiratif, et la plupart n«! sont que les axiscpu; Cicéron énonçait dans le sénat lorscpi'on y délibérait sur la conduite que l'on devait tenir à l'égiu-d d'Anloin»!, (|ui assiégeait aloi*s l)écimn>« IJriitus d;uis Modène. l'ttin- bien siiisir le mérite de ces discussions poliliipies, il faut avoir la connaissance la plus exacte et la plus ilétaillée de l'histoire du tenqts, et Icxlrait qu'on en potn-rail faire exigerait des commentaires trop fréquents pour ne pas alfaiblir l'elTel oratoire, qui De peut être senti vivement quand le sujet a besoin d'explication.
ÔOO ÉLOQUENCE ROMAINE.