‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 84 sur 89 · HARANGUES DE QUINTE-CURCE · texte numérisé non relu

HARANGUES DE QUINTE-CURCE

Nous avons parle des personnages que Quinte-Curce met sur la scène. Ils y sont d'ordinaire heureusement amenés, mais leurs discours paraissent être plutôt une œuvre particulière de l'écrivain qu'une inspiration fournie par la circonstance à celui qui parle. C'est à peu près toujours le même langage, un langage flouri, élégant, embelli de toutes les formes oratoires, mais raroiiicnt j)assionné et propre a donner du mouvement et de la vi\ai.itc au rcalc du récit. On a admiré le fameux discours de l'ambassadeur des Scythes à Alexandre. Il est beau en effet comme composition oratoire; mais comme harangue adressée à un jeune vainqueur qui

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se débordait sur l'Asie comme un torrent, il paraît être un mélange de paroles outrageuses et insolentes, qu'assurément Alexandre n'aurait point souffertes, lui qui ordonnait à Darius de cesser dans ses lettres de prendre le titre de roi, et qui, mécontent de ce titre pour lui-même, affectait encore celui de dieu. Nous n'en admirons pas moins la magnificence des images qui remplissent le discours de l'orateur scythe ; mais en en faisant honneur au talent de Quinte-Curce , nous préférerons quelques discours moins chargés d'ornements, mais plus accommodés aux circonstances où sont placés ceux qui les prononcent. Tel est celui de Darius , où ce monarque s'efforce de relever le courage du petit nombre de soldats qui lui restent ; telles sont les harangues impétueuses d'Alexandre à ses soldats séditieux , où le caractère du héros est heureusement tracé par le langage que lui prête l'historien, dans des moments où son ambition s'étonnait de trouver quelque résistance de la part d'une armée qu'il trainait à la gloire.

Josthi (lia siècle).

Justin vivait sous Antonin le Pieux, et il sut se préserver en grande partie du mauvais goût qui régnait de son temps. Son langage est simple , facile , clair et naturel , souvent il a une abondance remarquable. Ses formes sont variées , quelquefois brillantes , presque jamais ambitieuses. Il ne manque ni d'expressions énergiques ni d'images pittoresques. L'histoire de Philippe , roi de Macédoine, est un de ses sujets les mieux traités. Il y a un effet de style très-frappant dans le texte , lorsque l'historien montre ce roi portant les yeux du fond de la Macédoine, comme d'un lieu d'observation, sur les divers peuples de la Grèce , et tendant des embûches à la liberté de tous , tandis que chacun d'eux aspire à la domination. La description qu'il fait de la bataille livrée par Philippe aux Phocéens , pour venger le sacrilège qu'ils avaient commis en pillant le temple de Delphes est admirable et ferait honneur à un historien du premier ordre.

Il ne manquait à Justin qu'un génie plus élevé pour donner à ses récits toute la majesté du ton historique. Il choisit avec discernement ce qui doit faire naître de grandes émotions ; ses couleurs sont conformes aux sujets qu'il traite, mais seulement elles ne sont pas assez prononcées ou assez vigoureusement empreintes pour rendre ses tableaux vivants. Son style est souvent lâche et diffus ; il s'attache à des détails peu dignes de l'histoire ;

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sa plume n'est pas toujours chaste , et on trouve dans ses écrits des antithèses et des oppositions d'idées qui annoncent une affectation voisine de la corruption du goût.

L'éloquence de la poésie pourrait être considérée comme celle de l'histoire , soit dans l'ensemble des poèmes , soit dans les discours proprement dits qu'ils renferment. Virgile , Ovide , Lucain et d'autres poëtes offriraient, sous ces deux rapports, des sujets d'étude très-intéressants ; mais il nous suffira de les avoir indiqués au lecteur. Nous quitterons cette éloquence fictive et de cabinet pour reprendre l'histoire de l'éloquence réelle , ou plutôt pour raconter sa décadence et sa chute.

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