‹ Histoire de l'éloquence (volume 3)Chapitre 11 sur 63 · ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE

l'Etre-Suprême et de l'immortalité de l'àmc. Il ne pardonnait pas aux railleries irréligieuses des autres membres du gouvernement. Deux choses en eux le révoltaient, d'abord leur matérialisme, et ensuite qu'ils eussent cru pouvoir, pendant quarante jours, se passer de lui.

Lorsque, dans les commencements, Robespierre fut en butte aux terribles assauts de Vergniaud et de Louvet , il courba la tête et laissa passer l'orage : mais lorsqu'il sentit que la convention décimée pliait, il parla en maître. Il voulut que la convention discutât, ou plutôt décrétât sur-le-cbamp les lois les plus épineuses et les plus farouches, proposées à l'instant même par le comité de salut public. La majorité, asservie, pâlissait de colère, et la vengeance couvait dans les cœurs. Merlin, Tallien se troublaient : Bourdon, dévorant son injure, balbutiait avec des lèvres tremblantes : « J'estime Coulhon, j'estime le comité de salut public, j'estime l'inébranlable Montagne qui a sauvé la liberté ! »

Cette Montagne , minée dans ses fondements, allait bientôt se renverser sur elle-même.

Cruel drame oratoire , quel discours en action, que la fameuse séance du 9 thermidor!

Robespierre lance son terrible réquisitoire contre ses ennemis, et descend de la tribune. On se tait, on hésite ; puis un long frémissement court de banc en banc. On s'aborde et des groupes se forment. On se regarde, on se compte, on se consulte, on s'indigne , on éclate. Robespierre est discuté , il est perdu. Saint-Just vole à son secours, Saint-Just dénonce Tallien. A peine ce nom sort-il de sa bouche, que Tallien, pâle, défait, moitié vivant, moitié mort , demande que le rideau qui couvre Robespierre soit entièrement déchiré.

Billaud-Varennes s'écrie : f La Convention est entre deux égorgements; elle périra si elle est faible »

* Non ! non ; elle ne périra pas ! — Tous les députés sont debout ; ils agitent leurs chapeaux, ils jurent de sauver la république. »

Billaud - Varennes : « Y a-t-il un seul citoyen qui voulût exister sous un tyran? > (Toute l'assemblée : Non! non! périssent les tyrans.)

Robespierre s'élance à la tribune. (Un grand nombre de voix : Â bas le tyran ! à bas ! à bas ! )

Alors Tallien : « J'ai vu hier la séance des Jacobins, j'ai frémi pour la patrie ! j'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwell,

et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein ! » (Vives acclamations.)

Robespierre, adossé aux rampes delà tribune, réclame la parole, , il veut la prendre. (Sa voix se perd sous les cris redoublés : A bas le tyran ! à bas ! à bas !)

Robespierre insiste , Tallien le repousse et poursuit son accusation.

Alors Robespierre interroge du regard les plus ardents montagnards. Les uns détournent la tête, les autres restent immobiles. Il invoque les centres : « C'est à vous, bommes purs , que je m'adresse , et non pas aux brigands..,. (Violente interruption.) Pour la dernière fois , Président d'assassins , je te demande la parole. ï (Non, non!) — Le bruit continue, Robespierre s'épuise en efforts ; sa voix s'enroue, j

Garnier : c Le sang de Danton t'étouffe ! »

Danton. (1759—1794.)

La scélératesse de Danton était plus franche et plus impudente que celle de Robespierre. C'était un homme qui, dans son âme de bronze , avait saisi tous les corollaires de la philosophie de l'athéisme , et trouvait aussi naturel de les mettre en pratique que de les professer. Sa figure était une tète de Méduse posée sur un corps athlétique. Il disait lui-même : « La nature m'a donné en partage les formes athlétiques et la physionomie âpre de la liberté. » Le tonnerre de sa voix roulait, portait au loin les accents d'une éloquence gigantesque, convulsive, chargée d'images incohérentes, précipitées, mais vives et terribles. C'est dans le club des Cordeliers qu'il formait ses élèves et leur dictait ses oracles ; mais il haranguait aussi la populace au coin des rues et sur les places publiques. On pourrait l'appeler le Mirabeau des carrefours. En effet, sous la constituante, il produisait au-dehors les mêmes effets que Mirabeau dans l'assemblée; et Mirabeau, qui avait apprécié son talent, se servait de lui, selon l'expression d'un contemporain , comme d'un soufflet de forge pour enflammer les passions populaires.

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