DANTON
jusqu'à ce qu'il les engloutisse. Tout en lui était athlétique, rude et vulgaire comme les masses. Il devait leur plaire parce qu'il leur ressemblait. Son éloquence imitait l'explosion des foules. Sa voix sonore tenait du rugissement de l'émeute. Ses phrases, courtes et décisives avaient la concision martiale du commandement. Son geste irrésistible imprimait l'impulsion aux rassemblements. L'ambilioa était toute sa politique. Sans principes arrêtés , il n'aimait de la démocratie que son trouble. Elle lui avait fait son élément. Il s'y plongeait, et y cherchait moins encore l'empire que cette volupté sensuelle que l'homme trouve dans le mouvement accéléré qui l'emporte. Il s'enivrait du vertige révolutionnaire comme on s'enivre du vin. Il portait bien celte ivresse. Il avait la supériorité du calme dans la confusion qu'il créait pour la dominer. Conservant le sangfroid dans la fougue et la gaîté, dans l'emportement , ses mots décidaient les clubs au milieu de leur fureur. Il amusait le peuple et il le passionnait à la fois. Satisfait de ce double ascendant , il se dispensait de le respecter ; il ne lui parlait ni de principes ni de vertus, mais de force. Lui-même n'adorait guère que la force. Tout était moyen pour lui. C'était l'homme d'état des circonstances , jouant avec le mouvement sans autre but que ce jeu terrible, sans autre enjeu que sa vie, et sans autre responsabilité que le hasard. » {Histoire des Girondins,)