‹ Histoire de l'éloquence (volume 3)Chapitre 18 sur 63 · RÈGNE DES BOURBONS · texte numérisé non relu

RÈGNE DES BOURBONS

Lorsque les Bourbons remontèrent sur le trône , ils donnèrent à la France un gouvernement constitutionnel. Dès-lors, la chambre des députés et celle des pairs furent appelées à délibérer sur les affaires les plus importantes. La liberté de la parole forma bientôt de nombreux orateurs.

La chambre élective leur offrit une arène, où ils se livrèrent de violents combats. Dès le début on les vit se partager en deux camps principaux : les libéraux, ou les députés du mouvement; les utira-royalisles, ou les députés de la résistance. Entre ces deux partis extrêmes , paraissaient comme conciliateurs ceux qu'on a|)pelait les modérés. Les libéraux reprochaient aux royalistes de n'avoir que de l'horreur pour la charte constitutionnelle, d'être attachés à de vieilles idées, et de faire des efforts pour opérer une contre-révolutiorf et rétrograder vers l'ancien régime. Les royalistes, de leur côté, accusaient leurs adversaires de tendre vers la démocratie, de miner les fondements du trône et de défendre des doctrines anarchiques et subversives de tout ordre social.

Nous n'avons pas à rappeler comment la lutte s'engagea, quelles furent les victoires et les défaites de chaque parti, de quelle manière ils embarrassèrent la marche du gouvernement, qui demanda tour à tour des ministres aux uns et aux autres , sans pouvoir jamais se fixer dans aucun système. Nous dirons seulement que, malgré les talents des députés royalistes et les efforts des hommes chargés du timon de l'Etat , la révolution marchait à grands pas, entraînait les esprits par son mouvement, et donnait à ses orateurs une force qui devait tôt ou tard les faire triompher de toutes les résistances. Quand ces orateurs étaient peu nombreux dans la chambre , ils se voyaient aidés par la sympathie qu'ils excitaient au dehors. « Nous ne sommes que quinze, disait l'un d'eux, mais nous avons la France derrière nous : j> parole exagérée, mais qui renfermait cependant quelque vérité : car ils avaient pour eux cette partie de la France qui savait remuer et agir. Aussi, lorsqu'ils rentraient dans leurs départements ou qu'ils parcouraient les provinces, ils étaient accueillis avec enthousiasme et promenés quelquefois comme en triomphe de ville en ville. La presse les secondait avec une merveilleuse activité : développant sous toutes les formes les doctrines libérales, jetant le mépris sur les principes opposés, attaquant avec amertume , avec injustice , tous les actes de l'administration, elle envenimait les esprits et répandait peu à peu le dégoût ou la haine des institutions existantes. Les tribunaux eux-mêmes cédaient à l'influence générale, et, dans les affaires politiques qui étaient portées devant eux, ils favorisaient le mouvement révolutionnaire, en prononçant de nombreux acquittements. Mais ce qui augmentait les forces des orateurs et des écrivains libéraux, c'est qu'ils s'appuyaient avec une rare habileté sur les principes de la charte; ils avaient compris qu'il leur suffisait d'en faire sortir successivement toutes les conséquences. Quand on leur faisait quelques concessions, ils démontraient avec une grande vigueur de logique qu'on devait aller plus loin ; quand on reculait de quelques pas , ils criaient qu'on allait briser la charte et qu'on voulait revenir à l'ancien ordre de choses.

Les royalistes cependant avaient aussi leurs avantages. En reparaissant sur la scène après vingt-cinq ans de révolutions , ils montraient que, des principes qu'ils venaient combattre, on n'avait vu sortir qu'une longue suite de désordres et de calamités. Ils peignaient , sous de vives couleurs , tous les maux que la France avait soufferts , depuis l'anarchie de 93 , jusqu'au despotisme de l'empire. Ils présentaient les Bourbons comme des princes destinés à guérir nos plaies , à nous faire sentir le bienfait d'un

gouvernement sage et paternel , et à illustrer la France , non plus par le fracas des armes et le désastre des conquêtes , mais par le progrès de l'industrie , le perfectionnement des arts et les splendeurs de la paix. S'ils montraient de la défiance pour quelquesuns des principes de la charte , c'est qu'ils croyaient devoir environner le monarque légitime de tous les moyens capables de lui donner de la force et de le protéger contre des trames criminelles. S'ils rappelaient des souvenirs cruels, c'était pour défendre la cause de la justice et de l'ordre dans la société. Ils plaidaient en faveur de sujets fidèles , injustement proscrits et dépouillés. Ils ne laissaient échapper aucune parole de haine; ils n'appelaient point la vengeance ; mais , en pardonnant à leurs persécuteurs et en oubliant tout , ils demandaient seulement que l'on prît des mesures pour empêcher le retour de pareils dangers et de pareils malheurs. Ils montraient le gouffre des révolutions entr'ouvert et prêt à engloutir le trône et la société , si l'on ne se hâtait d'arrêter la propagation des monstrueuses erreurs qui avaient enfanté tant de maux. A l'appui de leurs prévisions, ils invoquaient les leçons du passé et les enseignements des sages. Leurs paroles paraissaient partir d'une conviction profonde , et souvent étaient fortifiées par un noble caractère, par des vertus éprouvées , par de longs services rendus au roi et à la patrie, par des talents élevés et de grandes lumières.

Nous allons faire connaître avec impartiaUté les orateurs des deux opinions.

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