LE GÉM-RAL FOY
en quelque sorte , héroïquement dans son argumentation , et il ëcumait sans contorsions, et l'on pourrait presque dire avec grâce.
Souvent on le voyait se lever tout à coup de son banc , et escalader la tribune comme s'il allait à la victoire. Il y jetait des paroles d'un air fier, à la manière deCondé, lançant son bâton de commandement par-dessus les redoutes de l'ennemi.
Pour suppléer à Tinsuflisance de son éducation oratoire, le général Foy méditait longuement ses harangues. Il en formulait, il'en distribuait dans sa vaste mémoire , l'ensemble et les proportions. Il disposait sesexordes, classait les faits, dressait ses thèses et ébauchait ses péroraisons. Puis, le voilà qui aborde la tribune, et, maître de son sujet, fécondé par l'étude et par l'inspiration, il s'abandonne au courant de sa pensée. Sa tète bout , son discours s'échauffe , se détend , s'allonge , se pétrit , se formule , se colore. Il sait ce qu'il va dire. 11 voit le but, mais il ne sait point par quels chemins il y arrivera. Il a les mains pleines d'arguments , d'images et de fleurs, et à mesure qu'ils se présentent, il les prend, il les choisit, il les entrelace pour en assortir le bouquet de son éloquence. Ce n'est ni le froid de la lecture, ni la psalmodie monotone de la récitation. C'est un procédé mixte, à l'aide duquel l'orateur, à la fois solitaire et illuminé, improvisateur et écrivain , s'enchainc lui-même sans cesser d'être libre , oublie et se souvient , rompt le fil de son oraison et le renoue pour le rompre encore et le retrouver sans s'égarer jamais , mêle les saillies, les incidents, les soudainetés et le pittoresque du verbe, avec la réflexion , la suite et la pensée , et tire ses ressources et sa puissance de l'apprêt et de l'imprévu , de la précision rigoureuse de l'art et des grâces de la nature. N'est pas donné à qui veut , d'être orateur de cette façon-là , car il y faut de la mémoire et de l'invention , de l'originalité et du goût, du laisser-aller et de l'étude, qualités qui s'excluent le plus souvent.
Les mots les plus brillants du général Foy n'étaient que des mots tenus en réserve, des mots à encadrement.
Avec quel art il savait amener une situation , préparer un effet dramatique, une figure saisissante, un mot heureux! Avec quel à-propos, par exemple, il plaça dans une discussion de budget, le portrait du maréchal Gouvion Saint-Cir, peint d'avance, si admirablement peint!
Mais si les grands discours du général Foy, malgré la parfaite exposition du sujet, la clarté de la diction et l'abondance des raisonnements , ne sont pas sans défauts ; si l'on peut leur reprocher d'être un peu compassés, un peu trop laborieux, de sentir trop