LE GÉNÉRAL FOY
Aux miDistres qui refusaient le traitement des légionnaires :
€ Au moment du splendide festin de l'indemnité , laissez tomber de la table , oui , de votre table , quelques miettes de pain pour de vieux soldats mutilés, i
Aux mêmes , qui s'abritaient sous le nom du prince ;
c Ne couvrez pas du manteau royal vos guenilles ministérielles. J>
Parlant indirectement à M. de Serre , transfuge du libéralisme :
« 11 est en politique des situations tellement descendues qu'elles ne comptent plus devant aucune opinion. »
Parlant directement à M. de Serre , garde des Sceaux :
d Pour toute vengeance, pour toute punition , je ne vous condamne , Monsieur, qu'à tourner les yeux , lorsque vous sortirez de cette enceinte , sur les statues de l'Hôpital et de d'Aguesseau ! »
Cette apostrophe oratoire est de la plus grande beauté.
Le général Foy travaillait avec une ardeur infatigable , c'est-àdire jour et nuit. Il compulsait assidûment les mémoires et les rapports, les ordonnances et les lois. Il dictait , il prenait des notes , il analysait ses immenses lectures , cueillant ainsi la fleur de chaque sujet pour se composer son miel.
Il ne dédaignait pas de descendre , lefd de la comptabilité à la main, dans le dédale des lois de finances. Il feuilletait notre volumineux budget, chapitre pnr chapitre, article par article, avec la patience avide et minutieuse d'un commis d'ordre. Rien n'échappait à sa prodigieuse sagacité. Aussi attentif aux détails d'exécution qu'à l'esprit des règlements , il recherchait l'origine des dépenses, recommençait les comptes, vérifiait les chiffres, et décomposait tous les éléments de chaque service. Intendances , états-majors, génie, solde, recrutement, subsistances, casernement, pensions, troupes, gendarmerie, équipages et justice militaire, il voyait, il examinait, il discutait tout. Lois ecclésiastiques , lois civiles , procédure même , il fallait qu'il s'en rendit compte. Emprunts, rentes, amortissement, douanes, dette consolidée, presse, conseil d'Etat, instruction publique , administration intérieure , affaires étrangères , rien de ces questions si diverses et si ardues , ne le prenait en défaut. C'était un homme de fer, un de ces hommes de l'école napoléonienne qui allaient à la conquête de la liberté du même pas qu'ils avaient marché à la conquête
du monde , le front haut , l'œil déterminé , sans s'effrayer des obstacles et sans douter de la victoire ; qui sacrifient leurs jours , leurs nuits , leur fortune , leur santé , leur existence à leur devoir ; qui s'attachent, comme avec des crampons , à ce qu'il y a de plus difficile dans chaque sujet , qui ne lâchent jamais pied , qui vivent et qui meurent de l'énergie de leur volonté.
C'était un noble cœur que le général Foy, un cœur tout plein des grands sentiments de l'amour de la patrie et de l'indépendance nationale, un cœur héroïque qui aimait la gloire non pour lui, non pour elle-même , mais pour son pays, comme on l'aimait à Austcrlitz , comme on l'aimait aux jours de la république naissante !
Jamais l'armée , la perle de notre couronne nationale , n'eut dans les lices parlementaires un chevalier plus brillant. Ils ont de l'autorité , ces hommes qui vous parlent de guerre, en montrant leur poitrine criblée de blessures et leurs bras sillonnés par les boulets de l'ennemi !
On rapporte que l'intérieur de sa vie était admirable , une vie de soldat et de citoyen , tendre et honnête dans ses affections de famille, dévouée à ses amis , simple et studieuse , intègre, naïve , désintéressée et digne, à l'exemple des grands hommes de l'antiquité, d'être racontée par un autre Plutarque.
Il y a, dans les discoui^s du général Fox, je ne sais quoi de pudique et d'attrayant, je ne sais quel parfum de vertu, quelle grâce de cœur qui , dans l'orateur, fait aimer l'homme : on voyait , on sentait qu'en parlant, son âme passait sur ses lèvres.
La réputation du général Foy, comme orateur, était parvenue à son plus haut point, lorsqu'il fut surpris par une maladie à laquelle avait contribué un travail trop assidu. (,Livre des Orateurs.)
Benjamin-Constant. (17(]7 — 1830.)
Benjamin-Constant n'avait ni la facilité de Manuel, ni la profondeur de Royer Callard , ni la véhémence de Casimir Périer, ni l'éclat de Foy, ni l'harmonie de Laine, ni les grâces de Martignac, ni la puissance de de Serre ; mais il a été, de tous les orateurs de la gauche, le plus spirituel, le plus ingénieux et le plus fécond.
Il avait un corps fluet , des jambes grêles , le dos voûté, de longs bras. Des cheveux blonds et bouclés tombaient sur ses épaules et encadraient agréablement sa figure expressive. Sa langue s'embarrassait entre ses dents et lui donnait un parler de