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Et VOUS honorez assez votre patrie pour croire qu'un cri général désavouerait le caractère que votre proclamation essaierait de donner au quatrième élu de l'Isère.
> Il devait le savoir, le collège électoral de ce département ; il devait bien juger que celui-là ne pouvait être élu , qui ne peut être proclamé ici l'un des représentants de la France entière! Il n'appartient à aucune section du royaume, de vouloir faire injure et violence à la couronne et aux chambres législatives; de violer les mœurs publiques, l'honneur national , et ces lois qui n'ont pas besoin d'être écrites pour proclamer une indignité notoire au monde entier ! Le souffrir, ne pas annuler l'élection par ce motif, ce serait préférer le plus cruel ennemi de la royauté à la royauté même; car, Messieurs, il me semble qu'il n'y a pas à balancer; il faut que cet homme se retire devant la dynastie régnante, ou que la race de nos rois recule devant lui ! {Trés-vif mouvement.)
» Pour se déterminer à conjurer ce malheur, il est des hommes qui demandent l'autorité des exemples : hé bien , s'il en était besoin, ils ne manqueraient pas !
» Je n'en chercherai pas dans l'histoire de Sparte, où l'assemblée publique exprima souvent son horreur contre ceux qui firent périr le roi Agis; je ne puiserai pas des exemples analogues dans les anciens Etats, qui ont si souvent refusé l'entrée de l'assemblée ou du sénat pour cause d'indignité : on me répondrait peut-être que l'anarchie, les passions avaient dicté ces exclusions, ou que la cause d'indignité n'était pas la même, et je serais trop fort en disant que toute autre cause était bien moins déterminante.
» Je ne rappellerai pas ou les refus d'admettre dans les chambres représentatives, ou les exclusions dont une nation voisine fournit plus d'un exemple pour des indignités moins frappantes, et que ses lois littérales n'avaient pas exprimées : on me répondrait que notre Constitution n'est pas la même , et , comme je suis d'avis qu'il ne faut pas aller chercher des exemples dans l'étranger, je m'abstiens de ces citations.
» S'il fallait absolument des exemples, je rappellerais celui que donna un député de 1814. Déplorant un malheur que je ne veux pas exprimer, il s'éloigna de la chambre parce qu'il entendit la voix de la nation et de sa conscience , qui lui criait qu'il y avait incompatibilité entre la royauté légitime et sa présence au sein de l'assemblée. Sa conduite fut louée, et la France applaudit alors au brillant écrivain qui célébra cet événement.
» Que si l'on se prépare à citer l'élévjftion d'un homme accablé d'un malheur semblable, je dirai que cei\ji-là au moins ne s'obs-
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lina pas à vouloir briser les portes de celte enceinte, et qu'il nous épargna la douleur d'une vérification de pouvoirs.
» Mais, Messieurs, est-il besoin d'exemples lorsque l'indignité repose sur des lois éternelles, qui n'ont pas besoin d'être écrites, sur les mœurs , plus fortes que les lois ! C'est à cette chambre qu'il appartient en cette occasion de donner un noble exemple; elle ne sera même que l'écho du monde. Si vous ne la proclamiez pas avec solennité , la France frémirait des suites fatales de votre silence, pour la royauté légitime et pour la liberté.
ï Cependant quelques esprits se montrent frappés des conséquences de l'exemple proposé : ils craignent, dit-on, qu'on ne repousse un jour, comme indignes, quelques amis de la royauté légitime, des lois, et même de la liberté.
Oh ! si nous étions un jour destinés à ce malheur, on n'aurait pas besoin d'un précédent pour commettre un acte aussi arbitraire, il est probable qu'alors il n'y aurait plus de royauté légitime, de constitution, de liberté.
» Si pourtant il devait arriver que même , en conservant tous ces biens, un homme juste fût repoussé comme indigne, cet homme et la France se consoleraient de sa disgrâce en songeant que le motif de l'indignité a fait exclure le quatrième député de l'Isère. Aristide aidait à son bannissement parce qu'il se rappelait peut-être que l'ostracisme avait éloigné de l'assemblée publique quelque grand perturbateur de sa patrie.
» Je pense que le quatrième député de l'Isère ne doit pas être admis, t
M. Laine reçoit, en quittant la tribune les témoignages de satisfaction du côté droit et d'une partie du centre ; on entend répéter : Bien, bien, Appuyé! — 31. Benjamin-Constant parle après M. Laine.
Discours de M. Benjamin-Constant.
> Messieurs, si la question ne s'était élevée que sur la légalité de l'élection qui nous occupe , je n'aurais point songé à prendre la parole; j'aurais pesé, pour me décider en silence, les raisonnements pour la négative ou l'affirmative, et j'aurais voté suivant ma conviction : quiconque est satisfait de nos institutions, heureux sous le gouvernement du roi et de la Charte , ne peut avoir ni la volonté, ni l'intérêt de provoquer le trouble et le scandale. 3Iais on vous propose de cumuler deux questions, celle de légalité et celle qu'on appelle indignité, question bien plus importante, puis-