LOI SUR LÉS ÉLECTIONS
Fragment du discours de M. Royer-Collard. (Séance du 17 mai.)
« Messieurs , si les questions qui se pressent dans cette vaste discussion devaient être décidées comme des problèmes philosophiques, par les seules lumières de notre raison , je me plaindrais de ce qu'on m'impose une tâche au-dessus de mes forces , et une responsabilité au-dessus des destinées humaines ; car ces questions sont immenses : d'une part elles embrassent tout le gouvernement et toute la société ; d'une autre part elles portent des révolutions dans leur sein. Ce qui me rassure, c'est qu'il n'y a rien dans ce que nous semblons agiter , qui ne soit depuis long-temps résolu , accompli , érigé en fait irrévocable , et par conséquent placé hors de l'arbitraire de la délibération. Ma faiblesse , je l'avoue , en est soulagée ; elle aime à s'appuyer sur la nécessité, ministre de la Providence , et maîtresse des peuples et des rois.
» La nécessité a son empire dans le monde moral aussi bien que dans le monde physique. A une époque donnée , dans un certain état de la société , une seule espèce de gouvernement est possible pour un peuple. 11 y a donc pour les institutions de chaque peuple des principes ou des conditions nécessaires. Ainsi la monarchie légitime et la liberté sont des conditions absolues de notre gouvernement , parce que ce sont les besoins absolus de la France. Séparez la liberté de la légitimité , vous allez à la barbarie ; séparez la légitimité de la liberté , vous ramenez ces horribles combats où elles ont succombé l'une et l'autre. >
M. Royer-Collard établit sa proposition par divers raisonnements qu'il serait trop long de rapporter ici. Sur la fin de son discours,. il s'exprime ainsi :
t La loi qu'on vous propose serait en vain votée , en vain quelque temps exécutée , les mœurs publiques la fatigueraient , la consumeraient, réteindraient bientôt par leur résistance : elle ne régnera pas : elle ne gouvernera pas la France ! [A gauche : Non ! Non ! Bravos !) Le gouvernement représentatif ne nous sera pas enlevé; il est plus fort que les volontés et les desseins de ses adversaires. Avec un 18 fructidor, on déporte les hommes : les lois fondamentales d'un pays , quand elles ont le principe de vie , ne se laissent pas déporter. {Même mouvement.) Les parlements n'étaient pas aussi robustes que le gouvernement représentatif; ils n'appar-