‹ Histoire de l'éloquence (volume 3)Chapitre 4 sur 63 · MAURY · texte numérisé non relu

MAURY

homme qui eût jamais paru dans le monde, c'est ce magnifique résultat de vingt et une années de réflexions qu'on ne rougit pas de nous présenter ici comme le monument de la plus honteuse faiblesse! Au milieu des préparatifs de son départ pour l'Allemagne, le bon Henri , le vainqueur de la ligue, de l'Espagne, de Mayenne, d'Ivry, d'Arqués, de Fontaine-Française, le seul conquérant légitime, le meilleur de tous les grands hommes, avait une si haute idée de son projet, qu'il ne comptait plus pour rien toute sa gloire passée, et qu'il ne fondait plus sa renommée que sur le succès de cette conquête immortelle de la paix. Quatre jours avant sa mort, il écrivait à Sully : Si je vis encore lundi, ma gloire commencera lundi. 0 ingratitude d'une aveugle postérité! ô incertitude des jugements humains! Si je vis encore lundi, ma gloire commencera lundi. Hélas! il ne vécut pas jusqu'au lundi; et ce fut le vendredi que le plus exécrable des parricides rendit nos pères orphelins , et fit verser à toute la France des larmes qu'une révolution de près de deux siècles n'a pas encore pu tarir. (Ici les applaudissements sont unanimes.) Je croyais devoir, Messieurs, une réparation publique à la mémoire de Henri IV; mais c'est vous qui venez de la faire d'une manière bien plus digne de lui : Henri IV, est vengé ! »

Le début du discours sur les assignats-monnaie montra jusqu'à quel point Maury sentait sa force, et combien il se rendait redoutable à ses adversaires.

< Messieurs, dit-il, je m'étais préparé à soutenir aujourd'hui un combat dans cette assemblée,* et non pas à y prononcer un discours. M. de Mirabeau, qui avait d'abord loyalement ramassé le gant que je lui avais jeté en votre présence, s'est ensuite refusé constamment à un mode de discussion qui aurait résolu tous nos doutes , et qui aurait dissipé tous les vains prestiges de l'éloquence. Je regretterai toute ma vie ce dialogue intéressant, que nous avions annoncé à l'Europe entière ; et mes regards cherchent encore dans ce moment M. de Mirabeau sur cette même aiène, où, au milieu de tant d'adversaires de mon opinion, je me vois réduit avec douleur à la solitude du monologue. »

L'abbé Maury s'est signalé particulièrement dans la discussion

* J'avais proposé en pleine séance, huit jours auparavant, a M. de Miroberm, d'adopter la méthode de discussion du parlement d'Angleterre. Je serais monté a la tribune pour lui répondre, cl j'aurais ensuite pris place îi mon tour pour l'attaquer. M. de Mindieau s'était foniicllemenl engagé îi ce combat. Je l'ai sommé trois lois publiquement de me tenir parole, et il s'y est conslainmenl rcfnsé. • (Note ds Cibb£ Mal'bv.)

sur la fameuse constitution civile du clergé. Son discours excite encore aujourd'hui l'admiration et l'intérêt.

f Messieurs, dit-il, le calme profond avec lequel nous avons entendu hier le rapport et la discussion d'une cause dans laquelle Je clergé de France vous est dénoncé avec tant de rigueur, nous donne droit d'espérer que vous voudrez bien écouter aujourd'hui avec la même attention et la même impartialité , les faits et les principes que nous venons invoquer dans ce moment, pour notre légitime défense. Nous avons besoin que votre neutralité la plus manifeste nous réponde de votre justice. On nous dit de toutes parts que nous venons mettre en question un parti pris irrévocablement; que notre sort est fixé par les conclusions de vos comités ; que le décret est proclamé d'avance ; que nous nous élevons inutilement contre une détermination invariablement adoptée ; et que la majorité de l'assemblée nationale est impatiente de prononcer le fatal arrêt de suprématie , qui doit reléguer tous les ecclésiastiques du royaume entre l'apostasie et la proseription, entre l'indigence et le parjure.

> La solennité de cette discussion nous place devant vous dans une situation d'autant plus périlleuse, qu'à l'inférioi'ité ordinaire du nombre, ce combat vient encore ajouter l'inégalité particulière des armes. Nos adversaires nous attaquent avec des principes philosophiques ; et ils nous invitent à leur opposer les moyens que la théologie nous fournit. lïélas. Messieurs, celte science divine aurait dû être toujours étrangère, sans doute, à cette tribune; mais puisqu'elle y est interrogée aujourd'hui , vous pardonnerez du moins à la nécessité qui nous obligera de vous parler son langage, pour éclairer votre justice. >

On voit que l'orateur se conformait à la gravité des circonstances; son langage avait pris quelque chose d'imposant' et' desolennel : il s'agissait du corps antique et respectable dont il était membre, et qui avait rendu de si longs services à l'Etat.

< Remontons d'abord à l'origine de cette constitution. Cette chaîne de faits doit nous conduire à l'époque où vos délibérations ont excédé vos pouvoirs et signalé votre incompétence. »

i° Excédé leur pouvoir, en attribuant à la législation temporelle un droit qu'elle n'avait jamais eu, et qu'elle ne pouvait avoir, celui de créer et de supprimer des évéchcs, de changer les anciennes limites des diocèses , etc. L'orateur le prouve par l'histoire, les conciles, les canons, etc.

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2° Signalé leur incompétence, en préjugeant une question dont la décision appartenait de droit au chef de l'Eglise , et en s'éloignant , de la manière la plus choquante, de la marche généralement suivie en pareil cas. Les raisonnements par lesquels Maury établit cette proposition sont clairs et sans réplique; mais on veut y répondre par des cris.

« Pardonnez , Messieurs, si ma raison ne fléchit pas ici devant la logique des murmures. Je n'entends pas la langue que vous me pariez en tumulte , lorsque vous n'articulez aucun mot. C'est ainsi qu'on arrête un opinant, je le sais bien ; ce n'est pas ainsi qu'on le réfute. Si vous voulez me répondre, voici les assertions que je vous somme de combattre ; vous n'êtes point un corps constituant. Si vous prétendez l'être , vous n'êtes plus un aorps constitué. Si vous l'étiez en effet , votre mission se bornerait à décréter une constitution, sans vous autoriser à exercer aucun pouvoir politique, sous peine de vous dénoncer aussitôt vous-mêmes à la nation, comme une assemblée de tyrans. (Nouveaux et plus violents murmures.) Je vous avertis que la conséquence naturelle de vos bruyantes et indécentes clameurs , c'est que vous êtes réduits à la nécessite de m'intcrrompre continuellement, parce que vous sentez l'impossibilité de me répondre. »

« Votre comité ecclésiastique, dit plus loin l'orateur, ne cesse pourtant d'exciter la fermentation la plus dangereuse dans toutes les parties de l'empire, en correspondant sans mission avec les bénéficieis , avec le corps ecclésiastique, avec les municipalités et les départements. C'est lui qui ose leur transmettre des ordres que vous n'avez pas le droit de donner. C'est lui qui , par l'organe d'un chef de bureau, qu'il appelle fastueuscment son président, a écrit au corps législatif : Osez tout contre le clergé, vous serez soutenus. (Cris et tumulte.) Vous avez beau m'intcrrompre, vous ne perdrez pas un mot de ma censure. Vous demandez à répondre? Vous avez en effet grand besoin d'une apologie. Attendez donc que l'accusation soit entière ; car je n'ai pas encore tout dit, et il faut tout dire aujourd'hui , pour n'y plus revenir. Je veux tirer enfin dé vous la justice que me pi'omet l'opinion publique, en révélant à cette assemblée l'esprit dont vous êtes animés. C'est votre comité ecclésiastique , Messieurs , qui a usurpé le pouvoir exécutif, et qui s'est fait modestement roi de France, en préjugeant à son profit la vacance du trône, pour toute la partie des décrets qui nous concerne. C'est lui qui a écrit dans toutes nos provinces des lettres aussi fastueuses que barbares, dans lesquelles,

manquant aux lois les plus communes de la décence, il a adopté les formules les plus hautaines des chancelleries allemandes. C'est lui qui s'est érigé en mandataire de l'assemblée nationale, et qui s'est chargé de faire exécuter vos décrets sans vos ordres ; qui a prévenu la réponse du Saint-Siège , que vous sembliez attendre avec tant de modération ; lui qui a provoqué les persécutions et les soulèvements populaires qui vous sont dénoncés ; lui qui s'est emparé de toutes les autorités , qui a aggravé la rigueur de vos décrets, en enjoignant aux municipalités de fermer les églises des chapitres, d'interdir aux chanoines l'habit canonial , l'entrée du chœur, et les fonctions de la psière publique ! Qu'il parle donc maintenant, ce comité, et qu'il nous dise en vertu de quel droit il a donné de pareils ordres : qu'il nous dise quel est le décret qui l'a institué pouvoir exécutif, et qui l'a autorisé à renouveler les horreurs des Huns, des Visigoths et des Vandales, en condamnant à la solitude d'un vaste désert, ces sanctuaires d'où les lévites sont bannis comme des criminels d'Etat, et autour desquels les peuples consternés viennent observer, avec une religieuse terreur, les ravages qui attestent votre terrible puissance, comme on va voir, après un orage, les débris d'une enceinte abandonnée qui vient d'être frappée de la foudre !

» Je bénirai à jamais, Messieurs, le jour où il m'a été enfin permis de soulager moa âme du poids d'une si accablante douleur, en vous dénonçant ces entreprises, ces abus d'autorité , ces excès de rigueur ajoutés à tant d'autres rigueurs, ce luxe de persécution qui a dicté ces paroles par lesquelles la haine fatiguée de la multitude de ses victimes, et après avoir épuisé toutes les vengeances, semble encore implorer au loin contre nous de nouveaux oppresseurs, en promettant impunité et protection à tous ses complices : Osez tout contre le clergé, vous serez soutenus ! »

Ici se trouve le morceau le plus remarquable peut-être qui ait jamais illustré les discussions tribunitienncs. Ce n'est plus un orateur qui harangue ; c'est un champion , qui, s'étant élancé au milieu de l'arène, plein de confiance en ses forces, appelle hautement celui qui naguère le défiait. La lutte est engagée : tous les regards sont fixés sur les deux combattants.

« Il me semble dans ce moment , Messieurs , s'écrie Maury, qu'on n'est plus si pressé de me répondre ? Je continue donc , faute d'interlocuteurs, à servir seul la chose publique, et je laisse là votre comité, pour discuter les moyens de l'un de ses principaux oracles. M. de Mirabeau, en nous lisant une dissertation théolo-

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gique dans la cause du clergé, a solennellement abjuré le principe qu'il professait, il y a trois ans, dans son ouvrage très-peu lu, sur la monarchie prussienne. Cest à VEglise, disait-il alors, c'est à l'Eglise, dont la hiérarchie est de droit divin, à régler la manière de juger les causes, et en qui réside la puissance d'ordonner sur chacune; car vouloir régler les droits de la hiérarchie chrétienne établie par Dieu même, comme dit le concile de Trente ^ c'est assurément le plus grand attentat de la puissance politique contre la puissance religieuse. »

j Voilà quelle était alors l'opinion de ce célèbre adversaire, qui dénonce aujourd'hui au peuple , comme des ennemis de la nation, tous les ministres du culte qui professent encore la même doctrine. On dirait qu'il n'affecte de louer la religion, que pour s'autoriser à flétrir le clergé. A Dieu ne plaise cependant que je veuille rapprocher ici les principes édifiants que M. de Mirabeau a posés en faveur du Christianisme, des conséquences qu'il en a tirées. 11 ne nous est permis de scruter les intentions de personne; et , sans examiner les motifs de tant de figures de rhétorique, nous nous emparons, au nom de la religion, de tous les hommages qui lui ont été rendus dans cette tribune. Nous pourrions peut-être observer, en résumant tout ce que nous avons entendu, qu'il est des hommes qui ont perdu le droit de louer publiquement la vertu, et de s'ériger en censeurs du vice; mais écartons les personnalités , et discutons la doctrine de M. de Mirabeau. Cet orateur a parlaiteraent saisi le grand principe nécessaire à sa thèse, quand il a dit que chaque évèque exerçant son autorité de droit divin, jouissait de la même juridiction dans toutes les églises, et qu'il était ainsi l'évêque universel, partout où il remplissait les fonctions épiscopales. Mon intention est de rapporter fidèlement la pensée, et même les expressions de M. de Mirabeau. Si je me trompe dans une citation si importante, il est présent, je le supplie de me redresser. »

Mirabeau se lève pour répondre à cette interpellation, et l'orateur poursuit ainsi :

« Puisque vous voulez bien. Monsieur, répondre à ma question, je vous supplie de déclarer si vous n'avez pas dit que chaque évèque , jouissant d'une juridiction illimitée, était, en vertu de son ordination , évèque universel de toutes les églises , et que cette proposition était la citation textuelle du premier des quatre fameux articles du clergé de France , en 1C82. Voilà, Monsieur, ce que j'ai cru entendre : je vous prie de inc dire si ma mémoire ne m'a point trompé. »

Mirabeau. « Non , Monsieur, ce n'est point là ce que j'ai dit. Ces ridicules paroles ne sont jamais sorties que de votre bouche. Voici ce que j'ai dit : J'ai avancé que chaque évêque tenait sa juridiction de son ordination ; que l'essence d'un caractère divin était de n'être circonscrit par aucune limite, et par conséquent d'être universel , suivant le premier article de la déclaration du clergé, en 1683. Voilà, Monsieur, ce que j'ai dit : mais je n'ai jamais prétendu que l'ordination fit d'un évêque un évêque universel. » (Cette déclaration est suivie des bruyants applaudissements des tribunes.)

» Eh bien! nous sommes d'accord. C'est bien à ces mêmes assertions, M. de Mirabeau , que je vais répondre; et j'espère qu'il me sera facile de vous faire expier dans un instant les applaudissements dont les tribunes viennent de couvrir votre naïve ex:plication.

» Voici d'abord le premier article de la déclaration du clergé de 1682, que vous invoquez : « L'Eglise n'a aucun droit direct ni indirect sur le temporel du roi. Voulez-vous entendre le second : L'autorité de l'Eglise est supérieure à celle du pape, nonseulement dans le temps de chisme, mais encore dans l'ordre commun , conformément à la décision du concile de Constance. Voici le troisième : Le pape est soumis aux canons ; et c'est dans la charge éminente qu'il a reçue de veiller à leur exécution , qu'il trouve le principe et l'exercice de la prééminence du siège apostolique. Le quatrième enfin prononce, que les décrets du souverain ne sont irréformables t que lorsqu'ils sont acceptés par le consentement de l'Eglise unioerselle. Vous voyez qu'il n'y a rien de commun entre votre proposition et ces quatre fameux articles. Il n'est pas même question de la juridiction épiscopale dans les quatre propositions de l'église gallicane. Vous avez donc cité à faux pour en imposer à cette assemblée; et la vérité a le droit de vous donner à vous, ou plutôt à votre écrivain , le démenti le plus authentique.

> Mais c'est à vous que je reviens , et je vais vous prouver, 4° que vous avez réellement dit ce que je vous ai attribué, et que les matières ecclésiastiques vous sont si peu familières , qu'en croyant le désavouer, vous venez de le confirmer de la manière la plus incontestable ; 2° Que ce que vous avez dit est absolument insoutenable en principe ; et que vous n'entreprendrez pas même de me répliquer, sans vous engager plus avant dans le piège où vous êtes pris. Il ne s'agit plus ici d'une erreur de mémoire ou d'un défaut de bonne foi. Raisonnons, et voyons si votre logique est plus svu'c et plus ferme que votre érudition.

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» Vous reconnaissez formellement nous avoir dit que chaque évêque tenait sa juridiction spirituelle de son ordination , et que ee pouvoir divin n'était circonscrit par les limites d'aucun diocèse. Or, si la juridiction d'un cvcque , si sa puissance spirituelle n'est limitée par aucune circonscription diocésaine, chaque évèque a donc partout la même autorité, chaque évêque a droit d'exercer partout une juridiction commune à tous les territoires, et égale sur tous les territoires ; chaque évèque est donc dans l'Eglise un évèque universel. Je ne vous ai donc pas cité à faux , puisque vous venez de répéter avec la plus édifiante simplicité ce que vous avez dit d'abord et ce que je vous avais fait dire. La seule différence qu'il y ait entre voire nouvelle version et la première, c'est que vous venez, je ne sais pourquoi, de délayer, dans une longue phrase, ce que, d'après vos maîtres, vous aviez d'abord exprime dans un seul raot, évèque universel. Il est donc vrai que vous avez réellement dit ce que je vous ai attribué ; et si votre phrase signifie autre chose, elle ne peut plus avoir aucun sens. Je ne dirai point alors y en discutant votre réponse, que ces ridicules paroles ne sont sorties que de votre Louche; mais je dirai, etcetle assemblée dira comme moi, que votre proposition n'a pu sortir que d'une tète absurde. Remerciez à présent les tribunes des applaudissements flatteurs qu'elles vous ont prodigués, lorsque vous avez eu la charité de me dénoncer à leur savante improbation par voire désaveu. Si vous êtes si tenté de me répliquer^ parlez, je vous cède la parole.... Vous ne dites rien?.... Cherchez tranquillement quelque subtilité dont je puisse faire aussitôt une justice exemplaire... Vous ne dites plus rien?.... Je poursuis donc, et, après avoir restitué ces mêmes paroles, que vous avez trouvées si concluantes dans votre bouche et si ridicules dans la mienne, j'attaque directement votre argument. Je vais vous mettre en état de juger vous-même des principes théologiques qui vous ont fait tant d'honneur dans les tribunes, i

L'orateur marche ainsi de victoire en victoire : mais la rage des vaincus s'irrite contre la puissance du vainqueur; il est écouté avec des clameurs menaçantes.

« Le tumulte de cette assemblée, s'écrie-t-il, pourra bien étouffer ma voix, mais elle n'étouffera point la vérité. La vérité, ainsi repoussée et méconnue , reste toute vivante dans le fond de mon cœur, et la nation m'entend quand je me tais! Cette nation, au nom de laquelle vous prétendez m'interrompre et me contredire , vous a envoyés ici pour faire des lois , et non pas pour me dicter mes opinions. De quel côté sont, daus ce moment, les innova-

lions de principes? Est-ce nous qui imaginons des systèmes contraires à toutes les règles ? Est-ce nous qui mettons sans cesse l'autorité à la place de la raison? Est-ce nous cnGn que vous osez accuser d'être des novateurs, tandis que, pour atteindre notre doctrine dans vos bruyantes discussions, vous êtes obligés de fouler aux pieds les principes de tous les écrivains estimés de tous les états catholiques, de toutes les Eglises et de tous les siècles? Ah ! vous marchez avec tant de rapidité dans vos voies de destruction , que vous devez du moins permettre à vos victimes de tendre les chaînes de la loi devant vous , quand vous vous élancez, armés de toute votre puissance, pour nous anéantir. Vous voulez marquer , dites-vous , tous vos nouveaux départements du signe auguste de la foi des chrétiens? Eh! Messieurs, ne sauriez-vous donc ériger ces monuments de votre piété , sans y attache? pour trophées les signaux de votre révolte contre la religion? »

Après la clôture de l'assemblée, l'abbé Maury quitta la France.

« Mon ami, dit-il à Marmontel en s'éloignant, j'ai fait ce que j'ai pu : j'ai épuisé mes forces , non pas pour réussir dans une assemblée où j'étais inutilement écoute, mais pour jeter de profondes idées de justice et de vérité dans les esprits de la nation et de l'Europe entière; j'ai eu même l'ambition d'être entendu de la postérité. Ce n'est pas sans un déchirement de cœur que je m'éloigne de ma patrie et de mes amis ; mais j'emporte la ferme espérance que la puissance révolutionnaire sera détruite. »

Il reçut partout l'accueil le plus honorable , surtout à Rome où il entra comme en triomphe , et où il fut élevé à la dignité de cardinal. Longtemps la gloire qu'il s'était acquise fut grande aux yeux de l'Europe; mais elle perdit de son éclat, lorsque, sous l'empire, il accepta les faveurs de Bonaparte, flatta ses caprices , reçut de lui l'archevêché de Paris , et administra le diocèse malgré la désapprobation formelle du chef de l'Eglise. La chute de Napo-« léon devait amener la sienne ; il éprouva diverses mortifications qui le déterminèrent à reprendre la route de Rome. Mais le pape le fit enfermer au château Saint-Ange. L'abbé Maury y demeura six mois , et six autres mois chez les Lazaristes. Exclu des réunions du sacré collège, condamné à passer dans la retraite le peu de jours qui lui restaient à vivre, il termina, le 10 mai 1817, une vie qui ne fut pas, comme on l'a dit de J.-B. Rousseau, trop longue de

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