‹ Histoire de l'éloquence (volume 3)Chapitre 41 sur 63 · CASIMIR-PÉRIER. J · texte numérisé non relu

CASIMIR-PÉRIER. J

bonté de sa cause et la sagesse de sa conduite. Notre révolution a éclate parce qu'elle était juste et nécessaire ; elle n'a fait pour s'accomplir que ce qui était juste et nécessaire ; elle a respecté , du reste , tous les droits , ménagé tous les intérêts.

» De là les ménagements et le respect que partout on s'est senti obligé de lui porter. De là l'autorité morale que nous avons pu exercer en son nom. Nous n'en avons point appelé à la force matérielle, nous avons réclamé le droit, la justice, le bon ordre européen ; et, si nous avons dû obtenir une entière confiance, c'est que nous parlions comme la France avait agi.

» Rarement , jamais peut-être , la France n'avait , sans faire la guerre , pesé d'un aussi grand poids dans la balance de l'Europe !

» Elle n'a rien réclamé dans son intérêt immédiat , qui n'ait été consenti ; aucune influence n'est aujourd'hui supérieure à la sienne.

» Mais, pour la conserver, cette influence , il ne faut pas oublier à 'quel prix on l'obtient. Notre respect pour la nationalité de tous les peuples et les droits de tous les trônes : voilà la condition première du respect qu'ont pour nous les peuples elles rois. L'Europe croit à l'autorité de notre parole , elle croit à notre raison , elle ne peut s'offenser de notre fierté. Mais , si jamais la France s'abandonnait à l'esprit de faction , au torrent des passions populaires , elle perdrait aussitôt son influence, et c'est par la violence qu'elle serait forcée d'y suppléer. 11 est donc vrai de dire que la paix du monde dépend du gouvernement intérieur de notre pays !

» Et vous , Messieurs , qui avez une si grande part dans ce gouvernement , représentez-vous toute la gravité des déterminations que vous allez prendre. La discussion qui vous occupe décidera probablement de l'avenir de l'Europe. C'est, à vrai dire, la guerre et la paix qui sont en question devant vous. Que cette pensée vous soit présente, et que la chambre, en exerçant toute sa puissance , connaisse du moins toute sa responsabilité.

» La nôtre ne nous effraierait point , avec l'appui de votre confiance , qui seul peut donner le courage de se dévouer à la cause publique ; mais nous ne pouvons la servir, Messieurs, qu'en restant fidèles à nos principes, et, par conséquent, après que vous vous y serez associés.

» Vous les connaissez; ils vous sont expliques : ils le sont au pays et à l'Europe par ces deux mots qui répondent à nos amis et à nos ennemis , au dedans et au dehors ; ces deux mots qui caractérisent

nos deux systèmes d'administration intérieure et de politique étrangère; ces deux mots qui résument les opinions et les intérêts de la France : La Charte et la faix ! »

{IJn mouvement général d'assentiment se manifeste, des bravos se font entendre dans toutes les parties de la chambre ; une longue ai vive sensation succède à ce discours.)

Page 1