OPPOSITION LIBÉRALE
Dans les rangs de l'Opposition libérale , sous la royauté de juillet,
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il faut compter surtout Lamarquc, Garnicr-Pagès , Mauguin, Odilon-Barrot , Arago et Jaubert. Leur langage est plus fier et plus violent que celui des orateurs ministériels. Il sera facile d'en juger par les discours et par les morceaux que nous allons citer.
Discours du général Lamarque contre M. Casimir-Péricr et les autres ministres. (Marques d'attention.)
€ Messieurs , la retraite si hautement demandée de nos ministres nous faisait croire qu'ils sentaient l'impossibilité de délcndre leur système ; alors il eût été peu généreux de combattre des adversaires qui criaient merci et s'avouaient vaincus ; mais il en est autrement. Un moment ébranlé par la manifestation de l'opinion publique, le ministère s'est rassuré , et le voilà au grand complet , se pressant sur le banc naguère désert. {^Hilarité générale.) Nous devons nous en féliciter; car il nous impose par là le devoir de signaler de nouveau des fautes et des erreurs qui ont compromis à la fois la dignité et les intérêts de la France. Nous le ferons avec d'aufant plus d'avantage que, donnant du poids à nos paroles, les événements justifient toutes nos prévisions. {Mouvement.)
> Nous vous avions dit qu'en laissant violer les principes que vous aviez solennellement proclamés à cette tribune , vous seriez entraînés de concessions en concessions , et que vous perdriez l'affection des peuples sans obtenir la confiance des rois. Ainsi l'intervention dans ]\iodcne , intervention que vous avez soufferte , après vous y être officiellement opposés, a amené les Autrichiens à Bologne , à Ancône , et les a rendus maîtres de tout le centre de l'Italie. Ils l'évaçuent , dites-vous ; mais à quelles conditions ? Vous scriez-vous soumis à celles qu'osait exiger le cardinal Bernctli , dans une lettre qu'on a rendue publique, et qui semble dictée par la chancellerie de Vienne? Le roi né d'une insurrection légitime aurait-il promis de s'armer contre toute insurrection ? Le fils de la liberté se serait-il engagé à aller la comprimer chez les peuples voisins?
» Je ne puis le croire; mais l'Autriche n'a pas moins accompli ce que, depuis plus de trois cents ans, elle n'a cessé de poursuivre ; ce que, depuis plus de trois cents ans, nos pères repoussaient; ce qui, en 1G29, fit courir aux armes le faible Louis XIII. Elle règne sur l'Italie. Foulant aux pieds les traités de Vienne de I8IG, qui ne lui permettaient pas de s'établir sur la rive droite du Pô,
elle occupe militairement Férare , Comcliio , et le point si important de Plaisance. Elle traite le duché de Parme , dont elle n'a pas la réversibilité , comme le duché de Modène. Ses troupes l'ont envahi ! Elles occupent Massa , et tirent ainsi une ligne de l'Adriatique à la Méditerrannée. A Naples comme à Rome , à Florence comme à Turin , son influence est exclusive , sa domination sans rivale. Les liens de famille sont méconnus , les antiques alliances brisées. Il porte l'habit autrichien, ce prince qui, naguère à Trocadero , se parait de l'uniforme de grenadier français. Détournons donc les yeux de ce malheureux pays , jadis théâtre de tant de gloire.
* Tout y proclame les fautes de noire diplomatie. Elle y a compromis jusqu'à notre avenir, car c'est à elle que s'adressent les dernières paroles de l'infortuné Menotti , paroles que répètent toutes les bouches : Ne vous fiez jamais aux promesses de l'étranger.
» Après avoir sacrifié l'Italie à l'Autriche , vous avez sacrifié la Belgique à l'Angleterre ; et ici vous ne pouvez pas nous dire que c'est une guerre de principes, et que vous ne voulez vous occuper que des intérêts de la France.
» Jamais intérêts ne furent plus positifs, plus incontestables ;''jamais, sur aucune question, l'opinion ne fut plus prononcée, plus unanime. Parcourez la France entière : il n'est pas une ville, un village , un hameau où l'indignation n'ait égalé l'étonnement , quand on a vu la Belgique passer sous la domination anglaise. (^Mouvements divers.)
» Tressez des couronnes , élevez des arcs de triomphe pour le retour de notre plénipotentiaire ; il a accompli ce que la sainte alliance n'avait osé tenter dans l'ivresse de la victoire , ce que les Bourbons de la branche aînée n'auraient jamais accordé ; il a réparé la seule faute politique que Napoléon , dans ses mémoires , reprochait à l'égoïste Angleterre. La Belgique lui appartient. Par le Hanovre , elle s'ouvre tous les débouchés du nord de l'Allemagne ; par le Portugal , tous ceux de la Péninsule ; la Belgique sera à la fois sa tête-de-pont pour la guerre , et un second Hanovre pour inonder de ses produits le nord de la France et le midi de l'Allemagne.
» Ilàtons-nous donc de resserrer nos lignes de douane , de doubler le nombre de nos employés. Ce ne sont plus les draps de Verviers , les toiles de Flandre que nous devons repousser : c'est Manchester et Birmingham , avec leur industrie perfectionnée, qui sont à vos portes! {Oh, oh! murmures au centre.)
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» Mais, vont peut-être nous dire nos ministres, il n'est pas anglais , ce prince qu'ont librement choisi les Belges !... Ils l'ont choisi sans cloute , mais pour sortir de l'inextricable labyrinthe où les avaient jetés les intrigues de la diplomatie ; ils l'ont choisi après que vous leur avez ôtéjusqu'àl'espcrance de rentrer dans la grande famille, après que vous leur avez refusé un fils de notre roi, et ils l'ont choisi uniquement parce qu'il était anglais et qu'il leur promettait l'appui de cette grande nation. En doutez-vous? Voici les propres mots qu'à la séance du 5 juillet , M. Lebeau , le Sébasliani de la Belgique, prononçait pour fixer les irrésolutions du congres : (Vive agitation.)
Plusieurs voix , au centre : à l'ordre! à l'ordre!
M, le président. J'ai déjà rappelé à l'orateur que le règlement interdit toute personnalité.
M. Lamarque. Je crois pouvoir prouver que je n'ai pas fait de personnalité. {Oh, oh !)
e Notre avenir a pour garantie le noble caractère de ce prince > qui appartient à la famille royale de l'Angleterre , et qui a la pers- » pectivc de la régence de ce royaume. »
« Il est donc anglais aux yeux des Belges , ce prince qui épousa une héritière du trône d'Angleterre, et qui s'assiérait sur ce trône, si son épouse vivait encore. En voulez-vous une preuve légale? Vous la trouverez dans un recueil public par l'avocat anglais Ch. Okey ; c'est l'acte de naturalisation du prince Léopold-Georges-Frédéric , margrave de Meissen, landgrave de Thuringue ; il a prêté le serment d'allégeance et de suprématie devant le lord grand chancelier ; cet acte porte que, reçu en qualité de citoyen du royaume comme s'il y était né , il aura la préséance sur l'archevêque de Cantorbéry et les autres officiers et ducs. (Agitation.)
» On a donc violé les protocoles qui excluaient les cinq grandes puissances, et on les a violés au détriment de la France, et peutêtre même de l'Angleterre.
> L'esprit de jalousie et de rivalité, qui, si longtemps, avait animé les deux nations , commençait à s'éteindre, et vous le x'éveillez plus fort que jamais; il n'est pas un Français qui ne se croie humilié, joué , dupé ; qui ne voie avec une douleur profonde que nous abandonnons ces champs où dorment les héros de Fleurus, de Jcminapes et de Waterloo ; ce beau pays, qui, conquis par la victoire, réuni par les lois et l'assentiment des deux peuples , fut si long-temps la France !
» Une sage politique , et c'était celle de nos pères , cherchait à placer de petits Etats intermédiaires entre les grands Etals ; on
évitait ainsi tout choc, tout prétexte de collision; et vous, non contents d'avoir les Prussiens à nos portes , vous faites franchir les mers à l'Angleterre pour lui livrer une partie de nos Gaules !
» Ministres imprudents , les leçons du passé ne sont donc rien pour vous? Ne savez- vous pas que trois cents ans de guerre et de calamités furent la suite de l'abandon de la Guienne à l'Angleterre? Les noms de Crécy , de Poitiers , d'Azincourt, sont-ils effacés de votre mémoire? (Exclamations.) Croyez-vous que, placé à Bruxelles, un prince anglais ne soit pas plus dangereux pour Paris, que lorsque , dans le treizième siècle, il régnait à Bordeaux? Oh! des torrents de sang anglais et français couleront peut-être un jour pour effacer la faute que vous commettez dans ce moment ! Mais vous prétendez nous offrir quelques dédommagements , quelques compensations. Voyons, expliquons-nous avec franchise, et ne cherchons pas à abuser la nation par des promesses qu'on ne pourrait tenir.
s Les places élevées pour menacer la France , et non pour protéger la Belgique , seront démolies , » a dit le discours du trône ; et nous devons y répondre comme si les événements n'apportaient aucun changement à la question; car nos ministres ont déclaré aux puissances que l'occupation de la Belgique cesserait avec les hostilités entre les Belges et les Hollandais. Les places élevées contre la France seront détruites. Cette assurance est vague ; elle laisse le champ ouvert à d'orageuses discussions. Déjà elles ont commencé avec aigreur dans les journaux belges et dans les deux chambres du parlement anglais , où les réponses des ministres ont été peu satisfaisantes et où respire toujours la vieille haine des Chatam et des Burke. Le généralissime a déclaré qu'à l'exclusion de la France, les quatre grandes puissances décideraient seules sur les places à démolir et les places à conserver.
» Ainsi , nous sommes encore sous le poids de la défaite ! ainsi la France de 1831 est traitée comme la France de 1815! Ainsi le canon de Paris n'a pas fait taire le canon de Waterloo! (Sensation.) Comprimons un moment l'indignation que ces prétentions excitent dans toutes les âmes , pour discuter froidement ce passage du discours de la couronne.
» Tremblant encore devant la France , que la trahison lui avait livrée , la coalition eût voulu Tenfcrraer dans un mur d'airain , et dix-sept places furent à nos dépens , construites ou réparées , de Nieuport à Charleroi : laquelle détruirez-vous? Ce ne sera pas Ostcnde..... L'Angleterre voudra des remparts autour de ce port , si
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iraporlant pour elle. Sera-ce Ypres , où aboutissent tant de chaussées; Mons, Tournay, qui dorainent les champs de Jemmapes et de Fontenoy ? Non , on vous prouvera que vous avez en face d'autres places de guerre qui protègent vos frontières. On consultera le généralissime , et ces places seront jugées nécessaires pour défendre la Belgique qui aura ainsi des remparts élevés contre nous , quand elle sera toute couverte du côté de l'Allemagne ; car à quoi lui serviront les citadelles de Liège , quand Maëstricht restera entre les mains de la Hollande ?
> Voulez-vous savoir quelles places on démolira? les nôtres, oui, les nôtres! {Vives exclamations.) Daignez m'entendre.
> Abusant de la victoire , et d'accord sans doute avec les princes qu'elles nous imposaient , les puissances coalisées voulurent se ménager les moyens de rentrer en France sans trouver d'obstacle. La formidable ligne qu'avait élevée le génie de Vauban , fut donc tronquée sur trois points principaux : Landau ouvrit aux Autrichiens et aux Bavarois l'Alsace et les déiilés des Vosges; Sarre-Louis livra la Lorraine aux Prussiens , qui , passant entre Metz et Sargucmines , arrivent à Nancy sans rencontrer un mur qui les arrête ; mais la plus dangereuse de ces trouées , parce qu'elle mène directement sur Paris , est celle qu'a faite l'abandon aux Pays-Bas de Philippeville et de Marienbourg. Pénétrant entre Rocroy et Avesne , l'ennemi marche sur Vervins, sur Laon , tourne Soissons , et fait dépendre d'une seule bataille le sort de notre capitale. Eh bien ! ce sera Philippeville , bâtie par Vauban , ce sera Marienbourg et quelques bicoques qu'on offrira de détruire ; on les détruira , et la trouée n'en existera pas moins ; mieux vaudrait les garder, car nous les reprendrons un jour , et elles nous épargneront des millions que coûterait une nouvelle place. {Mouvements divers.)
» Laissons ces détails militaires , qui , je le crains , ont fatigue votre attention , pour remarquer l'inconcevable , la coupable conduite de notre plénipotentiaire. Vingt protocoles, qui tous protègent la Hollande , ont déclaré que la Belgique pouvait seulement réclamer le territoire qu'elle possédait en i 789; mais, en 1789, elle ne possédait ni le duché de Bouillon, ni Marienbourg, ni Philippeville. Depuis Louis XIV, ces places appartenaient à la France , et vous n'avez pas réclamé cet héritage de nos pères ! Non-seulement vous abandonnez la Belgique à l'Angleterre , mais vous lui cédez une partie de notre vieille France; les traités , rompus pour la Belgique , sont maintenus contre nous. C'est trop de concessions; c'est pousser trop loin l'amour pour la paix , et cependant cette paix à laquelle vous avez tout sacrifié, vous ne la conserverez pas. Après
avoir refusé et la Belgique et le trône des Belges , dans la seule crainte d'allumer la guerre, vous allez faire la guerre pour soutenir le roi qu'a voulu , qu'a donné l'Angleterre. Le sang français , qui , disicz-vous , ne devait couler que pour la France , va couler pour un prince étranger. {Non^ non!...)
» Ainsi les événements trompent vos calculs , et , à force de protocoles , nos diplomates tant vantés nous ont entraînés dans une lutte où la victoire ne paiera peut-être pas tous nos sacrifices.
» Ne nous parlez donc pas de votre prévoyance : vous vous berciez encore de vaines espéi^ances quand le canon d'Anvers vous a surpris et réveillés. Sii vous aviez cru à des hostilités prochaines , nos brigades, nos divisions eussent été depuis long-temps formées ; des généraux accourus à la hâte ne mèneraient pas au combat des soldats qui ne les connaissent pas encore ; mais Thabileté des uns , la confiance des autres , le courage de tous, répareront les fautes ; ils vaincront, et la Belgique sauvée sentira que ce n'est pas sur les bords de la Tamise qu'elle peut trouver son véritable appui. Elle saura que ce n'est pas pour obéir aux protocoles des grandes puissances , mais pour voler au secours de nos frères que nos soldats ont franchi nos frontières.
j Encore quelques jours , et tous les doutes seront dissipés. Si l'attaque des Hollandais n'est qu'une saillie belliqueuse du roi Guillaume, elle sera prompteracnt réprimée. Mais, dans tous les cas , nous avons fait ce que la prudence commandait; non cette prudence timide qui accroît les dangers qu'elle veut fuir, mais celte prudence sage et courageuse qui les aborde pour les vaincre. Ne nous le dissimulons cependant pas : tant de matières inflammables couvrent l'Europe , qu'une amorce brûlée sur l'Escaut et sur la Meuse peut allumer un vaste incendie. Mais, si sur tous les points nous avons des ennemis , sur tous les points aussi nous pourrons trouver des alliés. La conduite de nos ministres n'a pas découragé tous les amis de la liberté.
» Gardons-nous donc de suivre le conseil que nous donnait hier notre premier ministre , conseil qui serait sans doute approuvé à Vienne et à Saint-Pétersbourg : Ne faites pas une guerre de principes , a-t-il dit ; eh bien ! cette guerre est la seule qui nous convient , la seule où nous serons invincibles. Ils portent loin , les boulets, lorsqu'on y a gravé les maximes qu'appellent les voix de tous les peuples ! {Très-bien, très-bien ! Vive sensation.)
» Vouloir nous réduire à une guerre purement mécanique , où des forces matérielles lutteraient contre des forces matérielles ,