PARISIS. 4Ô
ï i" Quatorze cents ans d'une alliance glorieuse el féconde de l'Eglise avec la France ont tellement habitué les peuples et même les prêtres à compter sur l'Etat pour les choses de la religion , qu'ils sont toujours prêts à lui demander, comme autrefois , d'intervenir comme protecteur et comme allié dans la direction de leur culte. C'est là, on ne saurait trop le redire, l'erreur de beaucoup d'âmes encore chrétiennes, mais irréfléchies et timides; c'est la plus dangereuse illusion des temps modernes. Tout ce que nous venons d'exposer, et tout ce qui se passe aujourd'hui même dans le monde, prouve jusqu'à l'évidence que, de ses anciennes relations avec l'Eglise, l'Etat, dans ses transformations successives, n'a conservé pour son ancienne alliée que des rancunes parlementaires et des chaînes administratives.
» 2" Quels qu'aient été autrefois, en France, les rapports de l'Etat avec l'Eglise, il est sûr qu'aujourd'hui l'Eglise ne peut plus en aucune manière, ni dans aucun sens, s'appuyer sur l'Etat : non pas que les dispositions personnelles des gouvernants ne l'y invitent, mais parce que le système du gouvernement ne peut plus le lui permettre. Le fondement de notre Eglise, c'est la foi qui la fait vivre en Dieu. Au contraire , la condition essentielle de notre gouvernement , c'est la privation absolue de tout principe de foi , privation qui le force à vivre légalement hors de Dieu. Tout le bon vouloir des hommes n'est-il pas impuissant à vaincre de telles incomptabilités? La seule protection que le gouvernement puisse utilement accorder à l'Eglise, c'est donc la protection de sa liberté , et c'est aussi la seule que l'Eglise lui demande.
j> 5" Cette impossibilité d'appuyer l'Eglise sur l'Etat est chaque jour comprise davantage. Les tentatives du gouvernement, en opposition à cette vérité , se trouvent déconsidérées par leur ridicule, avant même d'avoir été flétries pour leur injustice. Les questions qui se rattachent à cet ordre d'idées sont, pour la première fois depuis cinquante ans, étudiées par les plus hautes intelligences , même dans le monde laïque : les gloires de l'empire, les soanmités de l'antique aristocratie s'unissent aux esprits les plus rigoureusement constitutionnels pour parler en fiwcur de l'indépendance de l'Eglise : la tribune politique se fait l'auxiliaire de la chaire chrétienne pour repousser l'intervention de l'Etat dans les affaires de l'ordre surnaturel, et le clergé, bercé longtemps dans sa religieuse bonne foi par la vague persuasion que le présent ressemble au passé, s'aperçoit enfin qu'il est deux fois dupç,^ et de sa propre erreur, et des assurances dont on l'abuse. ^.^ j^j^^.,
» A° A mesure que l'Eglise découvre ce qu'il y aurait aujourd'hui
pour elle (le déceptions et de périls à confier ses inlérêls aux soins de l'Etat , elle s'isole de plus en plus de ce dangereux conlact. Elle se souvient d'ailleurs qu'elle peut Ircs-bicn se passer de toute faveur humaine, et ranime en elle-même les forces constitutives qu'elle a reçues, comme société, de son divin auteur. C'est pour cela qu'elle réveille la science trop longtemps oubliée de son droit canon ; qu'elle invite ses pasteurs et ses docteurs à purifier ce code sacré de l'alliage trompeur des lois et des ordonnances toutes civiles que les princes y ont introduites ; qu'elle fait remonter de nouveau publiquement ses évoques sur ce tribunal divinement institué, du haut duquel ils jugent les doctrines et condamnent le mensonge, même quand il sort de la bouche ou de la plume des puissants du siècle. Alors, comme au jour de ses plus beaux triomphes, il plait à l'Eglise que ses chefs ne donnent plus à leurs jugements d'autre sanction que celle qui a son principe et sa raison dernière^ dans la conscience de chacun.
i5° Cependant, les hommes du monde, habitués à n'apprécier la puissance que parce qu'elle a de matériel, et, comme ils le disent, de positif, demandent ce que signifie cette autorité sans renfort de gendarmes , et cette parole dont on peut impunément se moquer ici-bas. A ceux qui font celte question, on répondra plus tard ; on pourra leur répondre dans dix ans et peut-être auparavant ; mais aujourd'hui ils sont précisément dans le cas où se trouvaient ces disciples à qui le Seigneur disait : Multa habeo vobis dieere^ sed non potestis portare modà. (Joan., xvi , 42.)
» En attendant, ce peu de paroles désarmées, dont chacun peut se nioqu<!r impunément, et que chacun aussi pourrait impunément prononcer, pourvu qu'il ne fût pas prêtre catholique, ce peu de paroles sorties de la plume d'un évêque échauffe la colère des politiques, trouble le sommeil des hommes d'Etat , et devient le sujet des discussions les plus solennelles , les plus graves , les plus orao-cuses. Etrange contraste! Il y a deux cents ans les évéques formaient en France le premier corps de l'Etat, qui, sans rien leur enlever en apparence de leur autorité spirituelle, les avait investis d'une partie de sa puissance. Ils étaient resplendissants de richesses et de dignités, et parmi eux se trouvaient , entre beaucoup d'autres talents supérieurs, le plus grand génie qu'ait jamais eu l'Eglise en France. Cependant , quand , après de longs débats entre le sacerdoce et la royauté, ces illustres défenseurs de l'Eglise se réunirent pour la protéger contre les prétentions d'un prince idolâtre de lui-même, tous les efforts n'aboutirent qu'à l'abaisser sous la main de l'Etat, par la fameuse
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déclaration des quatre Articles. On dirait que, sous les chaînes dorées dont ils étaient couverts, ces princes de l'Eglise , devenus aussi princes dans le monde , ne pouvaient plus manier efficacement le glaive spirituel.
» Au contraire , voilà qu'aujourd'hui , dans un temps où les évoques ne sont plus rien dans l'Etat , où ils n'ont pas la plus légère parcelle de la puissance publique , où même on leur refuse leur part des libertés accordées à tous, quelques paroles d'un de ces évêques en faveur de l'indépendance de l'Eglise dominent tout à coup toutes les autres paroles , et précisément parce qu'il ne les a prononcées que comme évèque, elles deviennent à l'instant, et dans les discussions de la presse, et dans les discours de la tribune , et dans les salons des ministres, et dans les conseils de la Couronne, la grande affaire du jour; et plus les pouvoirs temporels les réprouvent, plus ces paroles, humainement désarmées, deviennent efficaces et toulcs-puissantes. Quelle leçon! quel sujet de méditation et d'encouragement!
> Voilà donc ce qui se passe en ce moment dans l'Eglise, voilà sa tendance. L'Eglise tend à se reconstituer sur ses bases primitives, elle cherche à rétablir le règne de Dieu par le seul empire de la parole, par la seule lumière de sa vérité, par la seule influence de ses bienfaits, sans autre organisation que sa propre discipline, sans autre contrainte que la soumission volontaire et consciencieuse des peuples. C'est la puissance morale dans toute sa pureté.
» 6° Et pendant ce temps, que fait l'Etat? L'Etat continue son système de centralisation, c'est-à-dire qu'il travaille sans relâche à organiser la France entière comme une immense machine destinée à remplacer toutes les libertés particulières ou publiques par l'irrésistible action d'un seul moteur. Mais, hélas! les intérêts matériels dominent tout le travail de celte immense et redoutable organisation ; et encore, dans ces intérêts matériels, ce sont presque toujours les calculs privés qui l'emportent sur les considérations générales; ce sont les questions de personnes qui effacent les questions de principes; c'est l'égoïsmc de quelques-uns qui absorbe la France entière : et loin que nos institutions et nos représentations nationales résistent à cet individualisme hideux, au contraire, par suite de combinaisons qu'il est inutile d'exposer ici , elles le favorisent, l'encouragent et le développent de pUis en plus. Ce sont là des faits notoires que personne ne révoque en doute. Ainsi marche la France; on le \oit, on eu gémit, on comprend (ju'un tel système ne ]>eul (jue mettre la véualité
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dans tous les cœurs et la démoralisation dans toutes les classes. Ceux mêmes qui y contribuent le plus efficacement avouent que c'est un malheur, et cependant eux-mêmes invitent l'Eglise de Dieu à entrer, non pas comme un principe indépendant et générateur , mais comme un rouage secondaire et passif dans cette combinaison sociale qu'agitent sans relâche toutes les passions mauvaises; et, sur ses excuses , ils veulent l'y contraindre; et, sur ses refus, ils s'irritent , ils la menacent, ils la persécutent, et font rugir contre elle les millions d'hommes qu'ils ont déjà matérialisés.
» 1° Ainsi, d'un côté, c'est l'Église qui reprend dans toute son intégrité la régénération des mœurs par les seules ressources de la foi; de l'autre, c'est l'État qui est comme fatalement entraîné par un système où la matière et l'égoïsme dominent toute morale et tout bien public. Faut-il maintenant demander d'où vient qu'il y a lutte entre l'Église et l'État ? Mais aussi faut-il demander lequel de ces deux pouvoirs aura besoin de l'autre? ^d- r v
ï Certes , nous ne nous faisons pas illusion sur les dangers de l'Église, et l'on a pu voir que nous les avons regardés de près. Nous comprenons bien aussi la force matérielle que la centralisation donne au pouvoir qui de plus en plus se déclare contre nous ; et l'on a vu que nous l'avons calculée : mais qu'est-ce qu'une société qui ne se maintient que par les concessions faites à toutes les ambitions particulières et par un certain équilibre établi non pas entre les divers mérites, mais entre toutes les passions rivales? Hélas! nous sommes bien loin d'appeler des mallieurs sur noire patrie : nous n'avons pas écrit une ligne qui ne fût, au moins secondairement , dans l'intention d'être utile à ceux qui gouvernent, en leur signalant les précipices vers lesquels ils marchent. Mais n'esl-il pas évident qu'un tel état de choses n'a point de bases, et que les moyens employés pour le soutenir sont précisément des éléments de ruine? On voudrait gouverner par la combinaison des passions déchaînées ; mais il en est précisément des passions comme des tempêtes : une fois déchaînées, elles ne sont plus dirigeables, et tôt ou tard elles engloutissent l'imprudent qui s'y confie toujours. Non, il ne faut pas se le dissimuler, un pouvoir ainsi entraîné ne peut ni dominer les événements, ni se suffire à lui-même.
z> L'Eglise , au contraire , n'a besoin ni de contrainte matérielle, ni de secours humains, ni surtout de moyens immoraux pour faire marcher son gouvernement. Seule parmi tous les pouvoirs en France, elle repose, non sur des hommes qui passent r non
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sur des syslcmes ijui se délruiscnt les uns les autics;"nia'îs sur des principes invariables, harmonises et complets. Seule elle prcsenlc une hiérarchie pure des passions ambitieuses et des intrigues avilissantes qui ravagent les autres carrières. Seule surtout clic appelle la liberté de conscience , la liberté pour tous, parce que seule elle n'a rien à en craindre, elle a tout à en espérer. Or, s'il est vrai, comme il n'est pas possible d'en douter, malgré ce que nous avons dit de l'abaissement actuel des idées publiques en France, s'il est vrai que l'avenir des peuples doi\e appartenir à la puissance la plus favorable à la liberté, à la seule qui soit capable d'ôter à la liberté ses périls , ne pouvons-nous pas dire que, par cela même , et à part tous les autres motifs d'espoir, l'avenir des peuples , et surtout l'avenir de la France appartient à l'Eglise catholique? "" '''f^'^.f^ ùùùuvn[
> 8° Cette sainte et immortelle Église continuera donc à se séparer de ces appuis humains qui l'ont gênée dans tous les temps, ainsi que la royale armure de Saûl gênait le prophète David dans sa mission surhumaine , et qui, aujourd'hui, d'après tout ce que nous avons exposé, lui rendraient son œuvre impossible; elle n'acceptera, qu'on le sache bien , aucun engagement, (') quelque honorable qu'il puisse être , dès lors qu'il serait une servitude ; elle entrera dans le mouvement social , non par les voies étroites et dangereuses où le pouvoir ne l'admet qu'en l'étouffant, mais par les libertés que sa constitution garantit à tous : elle usera des armes communes tant qu'elles n'auront rien de contraire à la conscience ; elle prêchera par la presse périodique, (**) comme par la chaire chrétienne; elle agira au dehors dans toutes les questions publiques qui se rattachent au salut des âmes , en même temps qu'elle s'occupera , dans son intérieur, du salut de chacun de ses enfants, puis elle attendra.
(*) M. Dopin cite avec éloge, dans son Ma^iiel (p.5T), ces pnroles de MalesRcibes ; fLesévAqnf^i > doivent certaiiicinciit âtre consiiUés par le loi sur ce qui intéresse la religion ; mais sous quelque
• aspect qu'on les considère, on ne doit point négocier avec eux. Comme ministres de l'Église, il ne leur
• est point permis d'avoir aucune condcsccDdancc , et comme sujets du roi, il n< leur appartient pas ,» d'exiger des conditions. » Nous admettons sans restriction tontes ces maximes réunies, mais il est facile de voir que ce n'est pas sur notre li'te qu'elles relouibent. Quand nous réLlanions la liberté de conscience, ce ne sont pas des conditions que nous demandons, mais des droits. Au contraire, quand le pouvoir civil exiga que nous le laissions en silence dépouiller rLglise de sa doctrine et de sou gouvernement, c'est bien plus que de la condescendance, c'est de la prévarication qu'il demande de nous.
(*■) Il y aquinia ans, b l'exception d'une feuille toute spéciale au clergé, l'Église n'avait pas en ]uopre un seul organe dans la presse périodique. Aujourd'hui elle eu a non-seulenu'nt à l'aris , mais dans presque toutes les parties de la France. Ia" snccfcs des journaux catlioliques va toujours «TPoissâOt, cl ce sont presque toujours des laïque» qui eu supportent toutes les iliaiijes. Ma^i il faudra bientôt ^iie les pn'-tres cux-méuies cuopiMcnt de tous leurs moyens h relie propagation piiissiinle de la pujisée. Kt nous osons mi>me fai»-e ici un v<eu cpiu l'avenir juKliliera, c'est que olitiqud (Koci'ec uU Son V"*""'''comme déjh cliaque Jé|i:iii.'in™i a le sien.
» Oui, l'Egllso attendra que rexpérience ait fait justice de ce libéralisme absurde , qui ose prétendre qu'un gouvernement humain peut imposer violemment des doctrines sans nuire à la liberté de conscience , et de cet industrialisme imprudent qui, consacrant par un système avoué le règne absolu de la matière , dégrade des milliers d'hommes au-dessous de l'esclavage païen , sans se demander quel contre-poids moral pourraient avoir, dans des cas de repos forcé, ces multitudes abruties, si elles étaient quelque temps sans travail et sans pain. L'Église attendra que ees rêveurs socialistes, qu'animent peut-être d'admirables intentions , qu'éclairent parfois des rayons de génie , mais à qui la foi manque, aient compris que s'ils ont pu signaler le mal , il ne leur sera jamais donné d'opérer seuls le bien ; que même, en modifiant profondément leur système, ils pourraient tout au plus préparer les éléments d'une régénération sociale, mais que jamais ils ne pourront la mettre en œuvre, et que cette nouvelle statue de Prométhée pétrie de leurs mains aura toujours besoin pour vivre de ce feu du Ciel que le catholicisme seul peut faire descendre.
ï Oui, l'Église attendra que les peuples soient tout à fait désenchantés de ce qui les séduit encore un peu; que les gouvernements , après avoir, comme le dit l'Écriture , semé les vents , aient assez recueilli de désolants orages , et que , selon le langage du Sauveur, tous ces morts aient enseveli leurs morts.
ï Oui l'Eglise attendra , car elle peut attendre, puisque tous les siècles lui sont promis, parce qu'elle restera dans son auguste isolement, parce qu'elle ne peut s'associer à aucune des destinées périssables ni des institutions grossièrement défectueuses qui l'entourent, et qui toutes voudraient l'asservir; puis un jour viendra, et le mouvement de renaissance chrétienne qui s'opère dans toutes les intelligences supérieures annonce qu'il n'est pas loin , et la fureur même toujours croissante de nos ennemis dit assez que ce jour approche, où les hommes qui nous haïssent le plus , fatigués de tant d'essais infructueux et de déceptions ruineuses , réaliseront une seconde fois la parole du prophète : ils s'attacheront à la robe du prêtre catholique , et lui diront : Marchez avec nous, et soyez libres de faire le bien, car nous avons besoin de vos bénédictions. Et alors l'Église sera au terme des tendances dont on s'effraye ; car elle pourra , selon le seul vœu de son cœur, bénir abondamment et surabondamment ceux même qui l'auront maudite, »
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Tels étalent, sous la monarchie, en 1845, les avertissements prophétiques de nos évoques.
Apres la révolution de février, Ms^ Parisis , nommé à la représentation nationale , a rendu d'importants services à la cause de la religion. Il a eu une grande influence sous la Constituante et sous la Législative dans toutes les questions qui intéressaient l'Eglise. Cette influence il l'exerçait dans les comités et dans les bureaux. Il est rarement monté à la tribune, par respect sans doute pour son caractère qu'il ne voulait point compromettre en présence des fureurs de la Montagne. Cependant lorsqu'il a été nécessaire , il^est sorti de celte réserve , et lorsqu'il a parlé, il a su commander l'attention de l'auditoire. Il a prononcé un admirable discours dans la discussion de la loi sur la liberté de l'enseignement. On sait que cette loi avait été préparée par une commission nommée par M. de Falloux. Comme toute loi de conciliation , elle avait excité de vives critiques. L'opinion catholique , jusque là si unie, si compacte, s'était partagée à son sujet.
Ms"" l'évoque de Langres et avec lui 31. le comte de Monlalem- , bert, puis, à un autre point de vue, 31. Thiers lui-même, font admirablement connaître la pensée de la loi , et dans quel sens la conciliation s'est opérée entre des hommes qui semblaient jusque là si éloignés de s'entendre. Leurs discours indiquent que le mouvement catholique , grâce aux événements , entre dans une phase nouvelle. Les défenseurs de l'Eglise , les hommes dévoués à la société, abandonnant, du moins en partie, le champ de la controverse , vont descendre sur le terrain de la pratique. Ils emploieront tout leur zèle, toute leur activité à tirer le meilleur parti possible de la position nouvelle qui leur est faite. Ils montreront par des faits qu'ils étaient dignes d'une complète liberté.
Nous citerons le discours de M^"' l'évcque de Langres.
DISCOURS DE MS"" l'ÉViIqUE DE LANGRES.
(Séance du 15 janvier 1830.)
Messieurs , je ne suivrai pas le précédent orateur (') dans les critiques de détails auxquelles il a cru devoir se livrer. Je pourrais dire, peut-être, que quelques-unes d'elles sont un peu surannées : lui-même a reconnu qu'elles pouvaient être étranges
(•) M Bartbelémy Saint-Hilaiie.
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dans les temps où nous sommes. Mais je pense que celle partie de la discussion trouvera sa place quand nous serons arrives à l'examen des articles. Il s'agit maintenant d'une discussion générale ; je vais donc examiner la loi dans son ensemble , et seulement à un point de viiè. J'entre tout de suite dans le vif de la question. '''' *'
On a beaucoup reproché à la loi d'être cléricale , et on a ypulu parla, en rendre en quelque sorte la religion solidaire.
Il y a donc ici deux choses : une qualification pour la loi , une solidarité pour la religion. , ' . ,,
La qualification, le ne m en occupe pas ; mais la sondante, le m en inquiète et la repousse.
C'est une loi de fusion, une ïoî de 'transaction que l'on vous propose. Ces mots de fusion, de transaction plaisent aux oreilles chrétiennes , parce qu'ils représentent des idées de paix et de concorde qui sont de l'essence du christianisme ; et cependant je me hâte de dire que ce projet de fusion ce n'est pas la religion qui le propose , c'est la politique.
Je ne blâme pas la politique de le proposer; je ne prétends pas surtout que par là elle ait voulu nuire à la religion; je pense tout le contraire. Mais je dis que la religion laissée à sa libre inspiration, consultant ses propres intérêts , eût proposée non pas cette loi de transaction , mais une loi de liberté.
On demande que l'Eglise fasse alliance avec l'université pour sauver la société en péril. Je n'examine pas jusqu'à quel point cette alliance peut produire les résultats qu'on s'en promet, ni si l'Eglise, laissée à sa libre action, ne serait pas plus à même d'améliorer le sort des peuples, qu'assistée d'un tel auxiliaire; je fais la part des circonstances; j'honore les intentions; je veux bien que ce soit là un essai fort habile qui peut produire d'heureux effets ; mais on m'accordera bien qu'il peut aussi présenter quelques dangers ; on m'accordera bien que , dans ces temps de passions, de réactions politiques, il n'est pas impossible que cet essai d'alliance amène quelque jour un renouvellement de guerre. Je ne veux pas que la religion en ait la responsabilité ; je veux d'abord la dégager.
Je répète que ce projet n'est pas son œuvre, qu'elle n'a aucun intérêt à entrer dans ce système d'alliance, et j'en donne tout de suite la raison.
La religion, sans l'université, peut parfaitement se suffire à ellemême en fait d'enseignement; elle n'a donc besoin que de liberté. Au contraire , l'université sans la religion est incapable de se sul-
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fire (Mouvements divers) , est incapable de rien londer en France ; ie le prouverai.
Je comprends, Messieurs, que ces assertions sont graves, qu'elles ont besoin de preuves; aussi je vous demande la permission de vous les exposer avec quelques détails ; je les trouve dans la simple appréciation des faits depuis l'origine de l'université.
Messieurs, je ne fais pas remonter l'origine de l'université, comme quelques-uns l'ont fait , jusqu'à l'ancienne université de Paris ; l'université actuelle est née au cœur de notre première révolution ; elle est née sur les ruines de toutes les anciennes universités, qui toutes étaient catboliques; elle les a toutes désavouées dès sa naissance; elle est partie d'un principe qui leur était entièrement opposé, d'un principe qu'a indiqué lui-même, en finissant, l'orateur auquel je succède, du principe de l'émancipation de la raison , c'est-à-dire de l'affrancbissement de toute croyance à des vérités révélées. C'est de ce principe qu'elle a constamment vécu jusqu'à nos jours, et qu'elle vit encore aujourd'hui, comme le proclame son organe, à ce qu'il me semble le plus élevé , la Liberté de penser.
M. Wallon. Il n'y a pas d'organe officiel de l'université.
M. Parisis. C'est l'organe de ceux qui sont ses professeurs.
M. \Yallo>'. Je demande la parole.
M. Parisis. M. Barthélémy Saint-llilaire a dit lui-même que c'était là une des conquêtes des temps modernes. C'est ce principe qui présida seul aux divers essais de réorganisation de l'enseignement qui se succédèrent sous les divers régimes de la première révolution , et qui devinrent à la fin l'université impériale.
Car, Messieurs, si à cette époque on s'occupa si souvent de réorganiser l'enseignement, ce n'est pas qu'il manquait à la France, c'est uniquement parce qu'il était religieux , parce qu'il était catholique; la religion, jusque-là, avait prouvé ce que j'ai dit, qu'elle sait très-bien se suffire à elle-même en fait d'enseignement. Je pourrais, Messieurs , en cilcr bien des preuves, je pourrais vous cilcr les ressources qu'elle offrait dans la seule ville de Paris, où elle avait fondé aS9 bourses. Je me borne à citer quelques paroles prononcées en l'an 6, au sein du corps législatif, et qui n'y ont pas été contredites.
« L'ancien régime, disait Pison-Dugaland, n'avait d'autres écoles que celles des congrégations religieuses; et cependant ces cla- Vlissemcnts suffisaient à renseignement, non^sculcmcnt de beau-
coup de prclrcs, mais d'un nombre de magistrats non moins grand que le nombre actuel , d'un nombre infini de gens de loi , d'un nombre au moins suffisant de médecins.
» Nous n'avions que quelques écoles privilégiées de mathématiques et de génie civil ou militaire : et nous n'avons jamais manque d'architectes ni d'officiers. L'impulsion du génie , l'émulation de la gloire , nous avaient toujours abondamment pourvus de poètes , de littérateurs et de philosophes. >
Il est donc bien reconnu , et l'histoire est là pour en fournir la preuve, qu'avec les seules ressources de la religioû;, l'enseignement ne manquait en France à aucun degré, jn'iw, -^o'
Mais cet enseignement eut, un jour, aux yeux du parti régnant, le tort, le seul tort d'être religieux, d'être catholique. Ce fut alors que , sur ses ruines , furent produits les germes du système nouveau. J'ai dit que ces germes étaient par eux-mêmes stériles ; nous allons voir quels furent leurs fruits , tant que , séparés de la religion , ils furent livrés à leurs propres forces.
C'est Talleyrand , comme le rappelait hier l'honorable M. Barthélémy Saint-Ililaire , c'est Talleyrand qui , au mois de septembre 1791 , au moment où la constitution venait d'être proclamée , en exprima la première idée dans un rapport fameux dont je veux seulement citer quelques paroles.
» Tout proclame , disait-il , l'instante nécessité d'organiser l'instruction. Tout nous démontre que l'état de choses nouveau , élevé sur les ruines de tant d'abus , nécessite une création dans ce genre. »
A la suite de ces considérations générales, Talleyrand propose d'établir des écoles primaires , des écoles de district, appelées plus tard écoles secondaires , des écoles de déparlement ; il demande que , désormais , l'enseignement ait pour base , non plus l'Evangile, mais la constitution; que la dcclaraîion des droits de l'homme devienne le nouveau catéchisme de l'enfance. Il demande enfin qu'on établisse à Paris un grand institut national qui, se trouvant le centre d'une correspondance renouvelée avec les départements, devienne le propagateur des principes et le véritable régulateur des méthodes.
Ainsi voilà bien, au moins en germe , dès 1791 , la centralisation universitaire, ce qui, depuis, a été appelé le conseil universitaire.
Sous la Législative, Condorcct reprit l'œuvre inachevée de Talleyrand , et il y a seulement celle différence, que le rapport de ce dernier affecte encore un esprit plus irréligieux que celui qui