ORATEURS DE LA COMVENTIOU
tivement ses propres enfants , (paroles de Vergniaud) ; les vainqueurs furent renversés à leur tour pour faire place à d'autres tyrans, jusqu'à ce que l'anarchie conduisit au despotisme militaire et au pouvoir d'un seul.
L'éloquence , dans ces assemblées démagogiques , avait un caractère analogue aux circonstances. Inspirée par le génie du mal, elle se livrait à des transports de fureur, elle vomissait le fiel ; elle était comme dégoûtante de sang. On eût dit les esprits de l'abîme occupés à délibérer sur les moyens de nuire aux hommes. La convention surtout présenta souvent dans ses débats comme une image de l'enfer.
« Il semblait, dit Timon, qu'un glaive suspendu par quelque fd invisible se promenât sur la lêtc du président, de chaque orateur,, de chaque député. La pâleur était sur les visages, la vengeance bouillonnait au fond des cœurs. L'imagination se remplissait de cadavres et de funérailles. Un frisson; de mort courait dans tous les discours. On ne parlait, à mots entre-coupés et comme involontairement, que de crimes, do conjurations, de trahisons, de complicité, d'échafaud.
* On s'élançait à la tribune l'œil en feu, le poing fermé, la poitrine haletante, pour incriminer ou pour se défendre. On offrait, pour témoignage de son innocence, sa tcfe. On demandait celle des autres. On n'invoquait, pour tous les crimes sans distinction, d'autre peine que la peine capitale. Il ne manquait plus dans l'assemblée que le bourreau, qui n'était pas loin. »
Il faut cependant reconnailre" une différence entre les deux partis qui se combattaient : les Jacobins voulaient l'anarchie pour régner dans le sang. Déterminés à tous les crimes, ils auraient immolé la moitié des Français s'ils en avaient eu le temps; la liberté, disait l'un d'eux, doit être e7i péril tant qu'il restera des citoyeiis qui ont vu l'ancien ordre de choses. Les Girondins n'avaient pas ce caractère féroce ; partisans de la république, ils voulaient dominer, mais avec le règne des lois ; sous la législative, ils dejnandèrent des proscriptions, parce qu'ils les croyaient nécessaires pour abattre la monarchie, mais ils ne désiraient point la mort du roi. De là leurs efforts dans la convention pour combattre la tyrannie des démagogues et pour arrêter la révolution qu'ils voyaient avec regret se précipiter dans tous les crimes ; de là leurs tentatives pour sauver les jours de Louis XVI , qu'ils condamnèrent ensuite par faiblesse.
Celte différence doit être signalée particulièrement ici sous le
51 ÉLOQUENCE POLlTIQUr.
l'apport de l'éloquence. Le langage des Jacobins est presque toujours hideux; il n'inspire que l'effroi, ou l'horreur, ou le dégoût; la perversité et la bassesse se montrent même au milieu de la pompe et de l'harmonie des phrases.
C'est du moins ce que l'on peut dire de leur chef, Robespierre.
ISobcspîerrc. (1759—1794.)
Sa figure était celle que l'imagination du peintre pourrait prêter à l'envie. Un mouvement convulsif de ses lèvres et de ses mains révélait l'agitation de son âme ; sa voix était tour à tour criarde et monotone, mais convenait si bien à l'expression de la cruauté, qu'elle eût produit dans vos organes un long frémissement. Il avait une manière de prononcer pauvre peuple et peuple vertueux, qui ne manqua jamais son effet sur de féroces spectateurs. A l'assemblée constituante, il ne s'était montré qu'un rhéteur ennuyeux et cruel ; mais son talent se fortifia dans les progrès de son malfaisant pouvoir. Son élocution devint plus brillante, plus variée : rarement il choquait le goût, même en offensant tout sentiment humain. Il clicrchait peu à persuader par la logique ceux qu'il pouvait entraîner par l'effroi. 11 y avait je ne sais quel effet d'une horrible éloquence dans son ironie prolongée, qui annonçait la mort et semblait la donner déjà... Si Cromwell cachait la profondeur de ses desseins sous l'obscurité amphigourique de ses discours d'illuminé, Robespierre se cachait sous des principes dans lesquels il n'y avait de clair que la cruauté. (Histoire de la Révolution.)